Les articles écrits sous forme d’interview ou contenant des interviews sont regroupés ici.

Guérisseur, trafiquant d’armes et banquier : entre matériel et spirituel, le parcours hétéroclite de Wilder

A cinquante ans, Wilder Ivan Monteza Hinetrasa n'avait peut-être pas de Rolex au poignet mais il avait déjà eu une vie bien remplie. Banquier, porteur d'affaires pour des trafiquants d'armes, aujourd'hui à soixante ans il est guérisseur au Pérou, dans la ville de Huánuco, située dans les montagnes andines, au centre du pays. Il fait découvrir les vertus électromagnétiques du site archéologique de Kotosh et propose aux visiteurs une guérison spirituelle moyennant finance. "Des ministres péruviens me consultent, et parfois je participe à des exorcismes avec mon fils", fait Wilder d'un sourire en coin. Il ne trouve pas de contradiction à…

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La dame de Cao et l’archéologue anonyme qui fait vivre le passé dans le présent

Il est des hommes qui n'auront pas leur place au Panthéon. Leur nom n'apparaîtra dans aucun recueil et aucune dépêche d'agence ne les mentionnera jamais. Illustres inconnus, ils ont pourtant participé à sculpter le monde. Dans notre espace sémiologique, des villages reprennent des formes et des dessins de civilisations disparues, des voyageurs lointains se font tatouer des signes qu’ils trouvent plaisants. Sur le plan économique, des musées surgissent de terre, une ville offre des emplois inconnus jusque-là, comme guide et potier. Mais on délaisse les pionniers techniques ; alors que tout le monde se souvient de l'égyptologue Champollion, et peut-être…

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Libye : Les coulisses du régime Khadafi

On lui donnerait le bon dieu sans confession : simple et accessible, le visage fendu d’un sourire en demi-lune, Idris Aboufaied est pourtant passé par bien des cauchemars. A la place du bon dieu, la Libye lui a donné 25 ans de prison ferme. Avant d’être, sous les pressions internationales, libéré pour raison médicale. Idris est malade, mais il ne se départit pas de son rire. Et ne regrette pas ses choix de vie.

Alors qu’il est jeune médecin, le Libyen est incorporé dans l’armée nationale et part au Tchad. Capturé, il pourrit plus de deux ans dans les geôles de Hissène Habré, alors président de la République tchadienne. A la fin des années 80, libéré, il rejoint aux côtés de 1200 autres prisonniers le National Front for Salvation of Libya (NFSL), groupe créé en 1981 et cherchant à renverser le colonel Khadafi. « Depuis 1973, Khadafi met en prison ou liquide tous les leaders de l’opposition », explique Idris. La résistance est un acte dangereux. Mais bouffi d’espoir, il voit la configuration politique dans l’Europe de l’Est changer complètement : les dictatures communistes s’effondrent, et « le soutien occidental aux opposants démocrates s’avère déterminant », retrace-t-il; le médecin caresse l’espoir de voir la même chose se produire dans son pays. Dans un premier temps, Idris est auréolé de son statut d’ancien prisonnier de guerre; le régime libyen n’ose prendre de mesure drastique à son encontre. Jusqu’à ce que, la pression devenant insupportable et craignant pour sa vie, il ne dépose une demande d’asile par l’entremise du CICR, et que la Suisse ne l’accueille.

Son arrivée en Suisse ne met pas fin aux pressions. Les menaces, les intimidations se poursuivent. Berne décide alors de le cacher dans le canton des Grisons, car Tripoli multiplie les coups de fils à la capitale helvétique pour s’enquérir de la situation d’Aboufaied. La Suisse, qui est tout au long de ses divers séjours soucieuse d’assurer la sécurité du Libyen, le déplace dans le pays et lui fournit une protection policière. Idris constate pourtant combien la Libye reste aux aguets : à plusieurs reprises, son chemin croise celui d’individus à la mine patibulaire mimant de leurs mains un couteau porté à leur gorge, simulacre pour rappeler qu’on ourdit toujours de lui trancher le gosier.

Pendant près de seize ans, Idris suit de loin les événements de son pays. Il mène sa vie en Suisse, effectue une spécialisation en chirurgie en Grande-Bretagne, travaille comme assistant chirurgical à l’hôpital de Sion. Le Libyen est confiant, il croit au changement démocratique et continue à militer pour celui-ci. Il est tellement optimiste que, lorsque le régime libyen annonce en 2006 une amnistie à toute personne ayant fuit le pays et n’ayant pas de sang sur les mains, il y retourne. Tous les deux ans en effet, la Libye formule de telles promesses ; Aboufaied décide alors de partir, car « je croyais le régime sincère, je refusais de rester silencieux loin de chez moi », confie-t-il. Il n’imaginait pas que Tripoli ne cherchait qu’à s’acheter une respectabilité internationale, le reste n’étant que poudre aux yeux. Quelques mois après son retour d’exil, il est emprisonné pour avoir projeté d’organiser une manifestation pacifique. L’arrestation a lieu le jour précédant le rassemblement; il sera condamné à 25 ans de prison en juin 2008, pour « complot terroriste ». Avant d’être « relâché probablement grâce aux pression de Condolezza Rice et Micheline Calmy-Rey », suppose-t-il.
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L’information en Birmanie, un pari de Claude Schauli

« En refusant l'assistance internationale en 2008 et pour imposer sa politique en Birmanie, la junte au pouvoir a peut-être tué 100'000 personnes ». Un constat froid que nous livre Claude Schauli, producteur et réalisateur, auteur de plus de 200 reportages, qui s'intéresse à la Birmanie depuis 34 ans, et lutte pour révéler les exactions du régime militaire. Fort de sa longue pratique, il réalise « Birmanie, de la révolte au chaos »; un documentaire dont la sortie n'allait pas de soi, bien que la situation du petit pays soit catastrophique. En effet, en dehors d'évènements exceptionnels, comme le furent…

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Si les Russes veulent l’autocratie, qu’ils l’aient – entre stéréotypes et réalités

A un journaliste français qui lui demanda si en éradiquant le terrorisme tchétchène, il ne risquait pas d’éradiquer la population tchétchène elle-même, Vladimir Poutine répondit « si vous voulez devenir un islamiste radical et êtes prêt à vous faire circoncire, je vous invite à Moscou. Nous avons un pays multi-confessionnel, nous avons des spécialistes de cette question et je vous recommande de pratiquer cette opération de façon à ce que rien ne repousse ». Cela se passait lors d’un sommet Union européenne-Russie à Bruxelles, le 11 novembre 2002, en présence d’un Romano Prodi qui peine à cacher son dégoût, et qui pourtant ne pourra condamner l’incident – il « doutera » que Poutine ait réellement proféré ces paroles. A en voir son air médusé, il semble pourtant qu’il ait très bien compris les propos du président russe.

La vidéo de Poutine est disponible. (Malheureusement, on ne voit pas suffisamment Prodi sur ces images)

A côté d’une telle déclaration, la polémique autour du « casse-toi sale con » du président Sarkozy peut sembler inutile. On devrait plutôt s’offusquer du fait que Jacques Chirac, l’ancien président français, ait remis à Poutine la plaque de Grand-Croix de la Légion d’honneur, argumentant devant les journalistes qu’il n’était « pas question de lier » le problème des droits de l’homme en Russie aux relations économiques avec ce pays, en particulier dans le domaine de l’énergie. « Ce sont deux sujets qui n’ont pas de rapport », avait-il expliqué. Quand on sait avec quel empressement Nicolas Sarkozy a félicité Medevev lors de sa récente « élection », on se demande si les journalistes sont capables de discernement dans le choix de leurs sujets.

La 7ème journée du Festival des droits humains était consacrée à la Russie. Un pays qui, selon Mme Oksana Chelysheva, journaliste et militante des droits de l’homme, « fait quotidiennement l’objet de meurtres, extraditions, tortures et condamnations arbitraires ». La liberté d’expression est un vain mot, les journalistes n’ont pas la possibilité d’informer l’opinion publique : « nous ne pouvons pas faire la lumière sur les violations commises par le gouvernement, il nous est impossible de travailler ». La police est extrêmement violente, et l’usage de la force démesurée. Ainsi, lors d’une marche de protestation contre le pouvoir en mars 2007, 10’000 hommes lourdement armés étaient déployés dans la cité russe de Nizhny Novgorod (la troisième ville du pays), avec pour mission la surveillance de 200 manifestants réclamant plus de liberté. A cinquante contre un, on se demande de quoi le Kremlin a-t-il aussi peur.

Les attentats du 11 septembre ont été un prétexte pour restreindre les libertés fondamentales aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, pour envahir l’Afghanistan et l’Irak, c’est une histoire bien connue en Occident. Ce dont on parle moins, c’est à quel point ces attentats, que Poutine a condamné avec la plus grande fermeté, ont été utiles à son administration pour faire taire l’opposition russe. Avec le même résultat que la croisade occidentale, pour Chelysheva : aucune diminution de l’extrémisme, qui au contraire s’en est retrouvé légitimé par celui qui déclarait qu’il irait « buter les terroristes tchétchènes jusque dans les chiottes » (sic).
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Joaquí­n José Martínez, un témoignage essentiel sur la réalité des couloirs de la mort aux USA

La peine de mort, tout le monde a son avis sur le sujet, variant entre l’inacceptable, « l’inacceptable mais » ou le carrément justifié. Le sujet est si sensible, si profond que tout un chacun se sente légitimé à se prononcer. Et souvent de manière tranchée.

Conférence Joaquin Jose Martinez publicJoaqui­n José Marti­nez était à Genève à l’occasion de la journée des villes pour la vie et contre la peine de mort, en ce vendredi 30 novembre 2007. Survivant des couloirs de la mort, son témoignage est essentiel pour dépasser les lieux communs sur la peine capitale. Il a séjourné dans cet enfer, enfermé entre quatre murs et sans aucun espoir de retour. Il n’aborde pas de manière théorique la chose. Du moins, il ne le fait plus : avant son chemin de croix, il était, comme tant d’Etasuniens, favorable au châtiment suprême. De par son éducation, son entourage, le poids des coutumes locales, il croyait qu’elle se justifiait, qu’elle n’était réservée qu’aux crimes les plus odieux, la seule capable d’assurer la protection de la société contre ses dangereux éléments.

Ce qu’il a vécu a battu en brèche ces idées. Lui-même condamné à mort à l’issue d’un procès bâclé, résultat du faux témoignage d’une ex-femme vindicative, il a ouvert les yeux sur un monde dont il ne soupçonnait même pas l’existence. Des violeurs en série, des poseurs de bombe luttant contre les cliniques pratiquant l’avortement, des trafiquants de drogue, il a fait connaissance avec les bas-fonds de l’humanité. Avec terreur, il découvre des fous inconscients de leurs actes, mais aussi des innocents qui n’ont pas plus leur place derrière les barreaux que lui-même. Son quotidien sera peuplé de querelles mystiques, où notamment deux de ses compagnons de couloir débattent sans fin sur qui attendra l’autre auprès de Lucifer. Difficile d’imaginer que l’exécution ait jamais pu dissuader ces deux malades. Un troisième, avec qui il se lie d’amitié, décédera d’un cancer avant même d’avoir subit le mortel voltage de la chaise électrique; après avoir clamé son innocence treize ans durant, une analyse ADN révélera un an après sa mort que, non coupable, il l’était sans aucun doute possible. Le banal de Joaquín José, c’est d’évoluer entre fous et innocents, épicé de tortures administrées par des matons plus sadiques que ceux qu’ils surveillent, le tout servi dans un bol froid comme la mort. Ce qu’il a vu le changera à jamais.
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Révérien Rurangwa reste en attente d’une décision

Seul souvenir qu'il lui reste, une photo datant de 1977, une période bénie pour sa famille; à cette époque, il n'est pas encore venu au monde. Aujourd'hui, les rôles ont été inversés : il tient dans ses mains cette photo, et tous ceux qui y figurent qui ont disparus. Dans un triste retournement de situation, le bonheur familial ainsi que les personnages sur la photo ont été effacés en 1994, lors du génocide au Rwanda. En moins de 3 mois, entre 800'000 et un million d'hommes, de femmes, d'enfants et de vieillards mourront dans de terribles conditions, uniquement parce qu'ils…

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Clé de Sol, une maison écologique sans fausse note

On se croirait perdu dans le film de Peter Jackson, chez les mystérieux hobbits, avec une maison à flanc de colline ; pourtant, nous sommes en Suisse, chez Olivier et Françoise Guisan, qui sont les heureux propriétaires d'une maison entièrement écologique qui n'a de futuriste que son degré de réflexion. Conscient depuis trois bonnes décennies que l'environnement passe par une approche globale, l'aimable couple occupe depuis 1999 une habitation qui n'emprunte aucun système hi-tech. A la place, elle est en osmose avec les éléments naturels, utilisant au maximum de ses possibilités les ressources de dame nature, avec des capteurs solaires,…

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