Enfin, philosophie c’est un bien grand mot. Mais c’est ainsi que la plupart le voit.
Selon Socrate, philosopher c’est apprendre à mourir.

The environment does not need to be made

This is a response to the very deep and knowledgeable article written by Stephen Corry, The best conservationists made our environment and can save it. Stephen is the director of the formidable NGO Survival International. He has field expertise and a deep philosophical approach to indigenous people. He does not fell in the trap of the 19th century's romanticism or 18th century's Rousseauism. He has developed a personal philosophy on how modernity can accommodate with indigenous people, based on years of vast experience. In my opinion, he picks the good and meaningful fights, he's a man of values and I…

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Féminisme: #metoo, un énième signe du changement de régime égalitariste

Au degré de culture auquel est parvenu le genre humain, la guerre est un moyen indispensable pour la perfectionner encore ; et ce n’est qu’après l’achèvement (Dieu sait quand) de cette culture qu’une paix éternelle nous serait salutaire et deviendrait possible.
Kant, Conjectures sur les débuts de l’histoire humaine

L’émergence du féminisme dans les années 60 est le plus grand bouleversement intellectuel depuis la pensée rationnelle socratique. Sauf que Socrate n’a « que » changé la manière de penser d’une élite, alors que les féministes ont redéfinis les rapports de forces entre homme et femmes, ont renvoyé des traditions millénaires aux oubliettes, ont émancipé l’humanité de son obsession de la nécessité naturelle. Ce n’est pas un hasard si le féminisme accouchera du respect des minorités sexuelles, du droit à l’avortement, de l’écologie, et surtout de la a pensée post-moderne : tout ce qui était inenvisageable jusqu’alors, car la société qui encadrait la reproduction (ou plutôt la survie de l’espèce), est balayé. La contingence s’impose et devient norme. Les femmes deviennent plus que de simples outils à procréer, et accèdent à la catégorie si enviée d’êtres pensants. Les femmes devenant plus qu’un simple utérus, les bases du patriarcat oligarchique sont soufflées. Un Etat total, avec pour nouvelle idéologie l’égalité totale, sort des cendres du vieux monde.
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De la liberté d’expression (totale) expliquée

On a commencé à mourir sur le champ de bataille de la liberté d'expression, aussi bien du côté de ceux qui l'aiment que du côté de ceux qui ne la connaissent pas. On a commencé à mourir à des milliers de kilomètres de l'endroit où le prophète de l'Islam a été caricaturé; ces morts seront suivis, à n'en pas douter, par d'autres qui seront bien plus proches du lieu de l'acte blasphématoire, et qui mettront tout en oeuvre pour ne pas passer de vie à trépas sans emmener avec eux des innocents. La mondialisation exporte et importe l'idéologie tout comme…

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Ergo Proxy

Pour savoir penser, il faut savoir voyager.

Ergo proxyMalgré l’affirmation « je pense donc je suis » de l’animé Ergo Proxy, ses prétentions philosophiques sont relativement limitées. Bien que tel un Rousseau, Ergo Proxy clame « c’est de l’homme que j’ai à parler » et que ses références aux philosophes occidentaux s’accumulent tout le long des 23 épisodes (Descartes bien sûr, mais Derrida, Lacan, Husserl, Platon, Rousseau, Sartre, et tant d’autres sont de la partie), le film d’animation japonais n’explore pas sérieusement les différents maîtres à penser qu’il mentionne, sauf Descartes bien entendu. Des hommages artistiques appuyés sont rendus à Michelangelo (son épitaphe, ses sculptures), le Cuirassé Potemkin (les escaliers en colimaçon interminables), 2001: A Space Odyssey (le plus grand raccord de l’histoire du cinéma, lorsque l’os portée vers le ciel devient vaisseau spatial). Ils sont légion à vrai dire, mais ils sont décoratifs et non explicatifs. Toutefois, loin d’être une pensée superficielle, si l’animé Ergo Proxy ose le syncrétisme c’est pour mieux rappeler que derrière toute la verbosité philosophique (la logorrhée?), un dénominateur commun nous unit tous : nous cherchons tous autant que nous sommes à grandir, évoluer, progresser.

Il est donc difficile de justifier une telle pièce maîtresse de l’animation japonaise qui a pour parti pris de n’accéder qu’en surface et émotionnellement à la pensée. Néanmoins, parce qu’Ergo Proxy est paradoxal, et reste une série bavarde, cumulant des références et des positions pour mieux les détruire, il paraît acceptable d’en décrypter les contours. L’arroseur est arrosé, certes, mais c’est le lot de toute oeuvre d’art qui utilise le support même qu’elle dénonce. Paradoxe, disions-nous. Il ne nous reste qu’à commettre l’impair d’être compliqué pour expliquer le simple.
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Religion et modernisme, réflexions sur le dogme religieux, la croyance monothéiste et le pacte social

Les avantages d’une religion, c’est de pouvoir poser des règles de vie ensemble claires, et d’établir des buts communs à tout un groupe. Simplifier le pacte social, fortement condamner celui qui ferait défaut : mettre l’égoïsme hors-jeu, tout en répondant aux grandes questions de l’homme, la religion a toujours répondu à un impératif social (pourquoi faire le chemin ensemble) ainsi qu’à un impératif philosophique (pourquoi faire le chemin tout court). Ce ferment a fonctionné avec des hauts et des bas durant des millénaires; animisme et polythéisme ont été les premières tentatives de pacte social; le monothéisme, une version de ce pacte plus moderne, au dogme plus rigoureux et délimité, est venu couronner les premières tentatives. Le monothéisme est une version évoluée, car plus rigoureuse du pacte social; cela posé, je n’entrerai pas dans les détails pour ce qui est de la réussite en terme de bien-être. Le terme « évolution » est à comprendre ici comme un synonyme de technique, de sophistication, et non de bonheur ou de réussite.

Pourtant, si l’étude des écrits saints des trois grandes religions monothéistes (judaïsme, christianisme et islam) est riche d’enseignements et de réflexions, on s’aperçoit combien l’image de celle-ci est erronée – aussi bien pour les croyants que pour les non-croyants – et combien les discussions sur le sujet sont éloignées de la réalité de cette littérature.

Car cette analyse amène un certain nombre de questions : comment un croyant peut-il s’accommoder des incohérences si manifestes dans les écrits ? Comment peut-il vivre sa foi à l’aune du modernisme, des découvertes scientifiques ? Agnostique moi-même, des bourrasques de révolte me transportent dans le royaume de l’athéisme frontal par moments : les monothéistes sont-il vraiment conscients de ce sur quoi repose leur foi ? Car l’une des distinctions principales entre la spiritualité et la religion réside dans le dogme : je suis chrétien parce que je crois en Jésus; musulman parce qu’en Mahomet, juif parce que Jehova est le seul et unique. C’est l’adhésion à ce dogme qui signifie l’appartenance à la communauté religieuse choisie (ou suivie). Le dogme est en partie issu des écrits : tout monothéiste se devrait de les connaître sur le bout des doigts. Vivre sa foi de manière consciente, c’est adhérer au dogme. Comment ce dernier survie-t-il dans notre monde, ou plutôt dans nos mondes ?

Mais ne soyons pas tendre avec les athées : ont-ils eux-mêmes conscience des conséquences de leur posture philosophique ? Ne sont-ils pas, à force, en train de créer une nouvelle forme de dogme ?

Quelques interrogations en vrac, qui n’épargnent ni les croyants, ni les athées, et un questionnement sur le pacte social à l’aune de la modernité en conclusion.

Du relativisme et de l’intégrisme

De l’absolutisme de l’athée

Tirer à vue sur les croyants est un sport très couru parmi les athées. Tenus par ces derniers pour des fondamentalistes ou des intégristes, les critiques à l’égard des religions sont extrêmes et non factuelles. Il faut dire que pour beaucoup d’athées, l’athéisme se transforme rapidement en – et c’est le comble – une profession de foi : convaincre son interlocuteur de la vacuité de sa croyance. L’athée affirme sa foi dans le créé – par contradiction au Dieu incréé. Est-ce que ce type de débat ne prend rapidement la tournure de n’importe quel débat entre paroisses ennemies ? L’athée ne doit pas prétendre s’être libéré de ses chaînes pour s’en inventer de nouvelles, il doit refuser toute croisade totalitaire, tout rejet a priori des affirmations religieuses. L’athée doit bien comprendre que sa voie est celle de la raison, de la science. Mais pour ce faire, il doit réussir à être conforme à ses idéaux : ne pas remplacer un Dieu totalitaire par une Science totalitaire (le scientisme du XIXe n’est pas mort, loin de là, Claude Allègre veille), simplement parce que la science, poussée dans ses plus hautes questions, est aussi impuissante que la philosophie à apporter des réponses définitives; ne pas rejeter non plus tout ce qui vient du monde religieux car, bien souvent, aussi étrange que cela puisse sembler, les mêmes combats sont menés de part et d’autre de la barrière religieuse. J’en veux pour preuve le domaine des droits de l’homme, défendu sous l’empire de la raison pour les athées, ou sous la transcendance divine pour les religieux.

Se déclarant non dogmatique, l’athée ne doit pas suivre un chemin circulaire qui le ramènerait à son point de départ, qui remplacerait un dogme religieux par un dogme anti-religieux. La liberté, c’est l’incertitude, et non l’imposition à autrui de ses propres certitudes. Laisser la place aux interrogations, aux doutes, voilà l’origine de la science : il est terrible de voir combien la science est parfois appelée dans le domaine à aspirer tout l’oxygène de la discussion, asphyxiant toute velléité d’échange…

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La pensée révolutionnaire d’Evhémère au IIIe s. avant notre ère

Bien avant les tentatives de rationalisation occidentales qui aboutiront à l’athéisme et l’agnosticisme, la Grèce antique procède à sa propre destruction de mythes et légende au IIIe siècle avant J.-C. Avec un souci d’observation qu’il ne faudrait toutefois pas, dans un élan d’anachronisme, mélanger avec la pensée scientifique moderne européenne, Evhémère, mythographe grec, cristallise aux alentours de -300, dans son oeuvre l’Ecriture sacrée, une pensée embryonnaire qui survivra à la chute de l’empire romain et traversera tout le Moyen Age : l’idée que les dieux ne sont que des hommes.

Ses écrits ne nous sont parvenus que de seconde, ou plutôt tierce main; traduit du grec vers le latin par le poète Ennius, la survivance de ses thèses ne nous sont dues qu’à Lactance, qui cite abondamment la traduction d’Ennius. Ce qui suffit toutefois pour retranscrire sa théorie : les dieux sont des hommes au destin élevé, des rois qui ont permis à leur peuplade de se former et se maintenir en société. De se civiliser. Et parce qu’ils ont amené les bienfaits de la civilisation ils seront, à leur mort, déifiés. Sorte de gratification pour biens rendus, la déification n’empêche pas Evhémère d’affirmer pouvoir citer les lieux où sont enterrés les « dieux ». Zeus (Jupiter pour les Romains), qui aurait mené la guerre contre les Titans, aboli le cannibalisme, aurait été brûlé et enterré à sa mort à Cnossos, en Crète. Ou encore, Aphrodite aurait été une simple courtisane. On le voit bien, son postulat est révolutionnaire; bien qu’Evhémère cite des prédécesseurs, tel que Hécatée d’Abdera qui lui s’intéressa dans une certaine mesure aux mythes des dieux égyptiens, aucun n’était allé aussi loin dans la démythification du panthéon grec. Il faut noter ici que le contexte dans lequel évolue le mythographe est particulier : il voit de ses yeux le processus de divinisation d’Alexandre le Grand, le plus grand conquérant que la Grèce antique n’ait jamais connu. Lui, qui sait bien qu’Alexandre de Macédoine n’était qu’un homme, assiste de son vivant, à la transformation de l’homme en dieu; il est certain que cette déification a eu une influence sur sa façon d’envisager l’Olympe des dieux.

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Imprescriptiblité des actes pédo-pornographiques : le triomphe de la démocratie kitsch

La démocratie suisse, l’une des plus avancée au monde en ce qui concerne les prérogatives accordées au peuple, a encore donné la parole au pouvoir de la victimisation : hier, 30 novembre, l’initiative populaire concernant l’imprescriptibilité des actes pédo-pornographiques a été acceptée. De justesse, mais il faut noter que l’association de la Marche blanche a fait campagne contre la quasi totalité des acteurs politiques du pays, sans beaucoup de moyens, face à des médias plutôt hostiles. Malgré cela, il n’est que peu de régions qui l’aient refusé, les Helvètes ayant troqué leur sens critique contre un « accord catégorique sur l’horreur que représente la pédophilie ». Les anciens grecs avertissaient déjà : une démocratie sans garde-fous, c’est une démocratie victime des modes, des sentiments, où l’irrationnel est roi. Depuis hier, la Suisse doit se doter d’un arsenal législatif rendant possible la poursuite d’un acte à caractère sexuel sans contrainte de temps. A 60 ans, poursuivre son père ou sa mère de 90 ans sera désormais possible.

C’est le règne de l’irrationnel, car il était impossible de s’opposer de manière argumentée aux défenseurs des victimes de tels actes. Y a-t-il vraiment parmi les Suisses des gens qui souhaitent voir les abuseurs d’enfants épancher en toute quiétude leurs déviances ? Bien sûr que non. Raison pour laquelle le Conseil fédéral (l’exécutif suisse) avait pris les devants et proposé une limite d’âge pour déclencher de telles poursuites : 33 ans. Un âge arbitraire, certes, mais lorsqu’on imagine les difficultés qui peuvent surgir lors de la collecte des preuves et témoignages dans une affaire qui se serait produite au minimum 15 ans auparavant, la plafond semble raisonnable. Mais en face des différents arguments, il existe le kitsch : une émotion à la force irrésistible, qui emporte tout sur son passage. Une émotion unanime qui, vantant la douleur des victimes, ne fait pas cas de la rationalité ou de l’intérêt général. Ou bien vous êtes avec nous, ou bien vous êtes contre nous; il faut choisir son camp.
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Milan Kundera, ses accusations et son oeuvre

Ceux qui me connaissent savent à quel point Milan Kundera est un romancier que je respecte. Devant le torrent de critiques auquel je dois faire face, il me semblait justifier de clarifier ma position à son égard. C’est que les attaques se multiplient depuis lundi.

Car je suis partagé entre deux sentiments contradictoires : la défense irraisonné et déraisonnable d’un intellectuel, un mentor que je j’admire, et le simple j’m’en-foutisme.

Je voudrais bien le défendre, simplement parce qu’il m’a fait beaucoup évoluer, mais en vérité, je ne sais pas de quoi il en retourne. En effet, quelle foi accorder à des archives de la police secrète tchèque ? Pourquoi ne l’a-t-on pas sali, alors qu’une telle attaque aurait trouvé parfaitement sa place dans le contexte de la guerre froide, lorsque l’Ouest brandissait ce type d’intellectuel en héraut de la démocratie pour dénoncer la barbarie du régime communiste ? A la suspicion, je réponds par la suspicion.
Par ailleurs, je m’interroge sur le traitement de cette information : en raison de la stature de Kundera, il devrait être coupable jusqu’à preuve du contraire, n’importe quelle accusation devrait être acceptée ? Il a le droit, en cas de procès, de se défendre. A demander que des preuves tangibles soient produites, autres que des noms et des dates sur un papier émanant des services de police d’un pays qui cultivaient le mensonge et la trahison à son plus haut niveau. Si demain, je déclare posséder des documents prouvant l’implication de, au hasard, Jacques Attali dans une, au hasard toujours, vente d’armes en Afrique, il me fera un procès en diffamation. Et je serai sommé de prouver sa culpabilité, le fardeau de la preuve m’incombant. C’est ainsi que notre système fonctionne, et c’est tant mieux. Sous prétexte qu’il s’agit de Milan Kundera, il serait justifié de lui appliquer un traitement digne d’un époque qu’il n’a cessé de dénoncer à travers ses écrits ? Très peu pour moi.
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