Le 7ème art

Mushishi

Une poésie aussi vieille que le monde Qu'est-ce qu'un Mushishi ? La raison dirait "c'est un expert en Mushi". Mais la poésie, qui s'éloigne du rationnel pour rejoindre l'âme, expliquerait que "c'est un maître qui fait tomber des cornes qui poussent à causes de mots d'oreilles". A cheval entre les deux mondes, entre le logique et l'impensable, l'expérimental et l'imaginaire, l'explicatif et le contemplatif, Mushishi est un anime - aussi nommé "japanime", pour film d'animation japonais - qui vogue d'une rive à l'autre sur le Nil de la vie. Au coeur de Mushishi on trouve l'essence de l'existence, propulsée par…

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Ergo Proxy

Pour savoir penser, il faut savoir voyager.

Ergo proxyMalgré l’affirmation « je pense donc je suis » de l’animé Ergo Proxy, ses prétentions philosophiques sont relativement limitées. Bien que tel un Rousseau, Ergo Proxy clame « c’est de l’homme que j’ai à parler » et que ses références aux philosophes occidentaux s’accumulent tout le long des 23 épisodes (Descartes bien sûr, mais Derrida, Lacan, Husserl, Platon, Rousseau, Sartre, et tant d’autres sont de la partie), le film d’animation japonais n’explore pas sérieusement les différents maîtres à penser qu’il mentionne, sauf Descartes bien entendu. Des hommages artistiques appuyés sont rendus à Michelangelo (son épitaphe, ses sculptures), le Cuirassé Potemkin (les escaliers en colimaçon interminables), 2001: A Space Odyssey (le plus grand raccord de l’histoire du cinéma, lorsque l’os portée vers le ciel devient vaisseau spatial). Ils sont légion à vrai dire, mais ils sont décoratifs et non explicatifs. Toutefois, loin d’être une pensée superficielle, si l’animé Ergo Proxy ose le syncrétisme c’est pour mieux rappeler que derrière toute la verbosité philosophique (la logorrhée?), un dénominateur commun nous unit tous : nous cherchons tous autant que nous sommes à grandir, évoluer, progresser.

Il est donc difficile de justifier une telle pièce maîtresse de l’animation japonaise qui a pour parti pris de n’accéder qu’en surface et émotionnellement à la pensée. Néanmoins, parce qu’Ergo Proxy est paradoxal, et reste une série bavarde, cumulant des références et des positions pour mieux les détruire, il paraît acceptable d’en décrypter les contours. L’arroseur est arrosé, certes, mais c’est le lot de toute oeuvre d’art qui utilise le support même qu’elle dénonce. Paradoxe, disions-nous. Il ne nous reste qu’à commettre l’impair d’être compliqué pour expliquer le simple.
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Survival of the dead – les zombies ne s’en relèveront plus

Parmi les grands mythes modernes, celui du zombie fait partie des plus riches : solitude, lutte pour la survie, consumérisme, écologie, humanisme, médias, la liste est longue. Le propre des grandes idées, c'est d'être si profondes qu'elles collent aux problématiques de chaque époque. Night of the dead, Dawn of the dead et Day of the dead, le tryptique du maître Romero, peut ainsi se revisiter à peu près à chaque décennie. La preuve ? Des petits enfants de Romero ne cessent de voir le jour depuis 40 ans, parfois réussis et parfois moins, mais toujours s'abreuvant à cette source mythologique…

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Sunshine

Dany Boyle auteur inconstant, réalisateur erratique, ça ne fait aucun doute. Que les mêmes mains soient capables de mouler à la fois the Beach et 28 days later, c'est au mieux surprenant. Mais en se penchant avec plus d'attention ces réalisations, on retrouve un même membrane commune : un certain mysticisme, des questionnements riches prenant hauteur et intelligence, bien que parfois noyés dans un fatras de scènes d'action illisibles. Au demeurant belles, ces scènes, mais qui desservent le propos. Et Sunshine, malgré tout l'intérêt que peut revêtir le sujet, à la croisé de film de monstre spatial et de mystique…

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Polanski et pédophilie; la Suisse, garante de la justice ?

Sous ce titre provocateur, deux interrogations : quand est-ce que l’Helvétie verra le bout du tunnel dans son application de la justice ? Après la quasi-fin d’un du secret bancaire, une loi devenue inacceptable dans un monde au bord de la rupture économique, après – plutôt pendant – la confrontation avec la Libye dans une affaire d’arrestation d’un fils du Guide régnant, la voilà embarquée dans une histoire d’extradition qui promet de faire la une de la Pologne et la France. Second questionnement : qu’est-ce que c’est cette levée de boucliers du monde artistique, déplorant l’arrestation du cinéaste ?

N’y a-t-il pas contradiction entre les deux premières affaires – secret bancaire et Kadhafi – et cette dernière – Polanski ? N’y a-t-il pas deux poids, deux mesures ? Le secret bancaire était certes devenu intenable, la Suisse s’étant isolée depuis deux décennies, et ayant progressivement perdu et ses alliés et son statut de « puissance neutre ». Les montagnes d’argent amassées sous la légalisation de l’évasion fiscale n’était plus soutenables. N’ayant plus rien à apporter à ses alliés d’autrefois, et alors que le contexte était à la crise économique et à la chasse aux mauvais citoyens, le montagneux pays ne pouvait espérer garder un tel avantage économique. Et la Suisse sommée de suivre l’intérêt général (celui de l’Occident) sur l’intérêt individuel (celui de la Suisse). Dans l’affaire Hannibal Kadhafi (fils de), il s’agissait au contraire de faire primer la morale supérieure de l’Etat face à une justice spéciale d’élites. Dans les deux cas, la Suisse s’est pliée à l’intérêt général; très fortement incitée, dans le premier cas, elle a démontrer son isolement total dans les deux cas.

Mug Shot of Roman PolanskiPassons à l’affaire Polanski, celle qui nous retient ici. Le pays des Helvètes décide bravement, encore une fois, d’appliquer la même justice à tous. Arrestation donc, du réalisateur sur demande des Etats-Unis, qui ont émis un mandat d’arrêt international il y a 30 ans, pour une affaire de pédophilie présumée. Comment est-ce que l’artiste s’en est sortie jusqu’à aujourd’hui ? Grâce à la complicité bienveillant de différents Etats, au sommet duquel la France a offert sa nationalité au cinéaste recherché. Il est vrai que l’Hexagone a une politique d’asile assez incompréhensible pour tous ceux qui ne seraient pas Français : la « doctrine mitterrand », qui s’était muée de doctrine gauchiste en véritable tradition d’Etat (puisque soutenue même par la droite plus tard), consistait à offrir l’asile politique à des terroristes sanguinaires. La vision de ce qu’est la justice « pour tous », en France, m’a toujours laissé pantois. Dernier avatar sur le grill de cette tradition, Roman Polanski : les critiques fusent, jusqu’au Ministre de la Culture (un certain… Mitterrand) qui se dit « stupéfait » par la décision helvétique d’arrêter Polanski. Un homme poursuivit pour pédophilie aux USA. Qui a fuit lors de sa condamnation, en profitant de sa liberté provisoire sous caution. Cet homme, n’aurait-il pas fait la carrière formidable qu’on lui connaît (j’ai une préférence affirmée pour sa neuvième porte), aurait-il eu droit à la moindre « stupéfaction » ? Certes non. Tout comme si les terroristes des Brigades rouges, au lieu d’être issus d’une idéologie de gauche, avaient penché à droite, aucune bienveillance partisane ne les aurait protégé. On aurait espéré la même mansuétude et la même prévenance à l’égard des prisonniers de Guantanamo. Mais il est vrai qu’eux, au contraire de Polanski, n’ont pas fait de carrière artistique. Est-ce que seuls les assassins et les pédophiles (présumés) auraient droit à la clémence française ? C’est à n’y rien comprendre.
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In the Name of the King: A Dungeon Siege Tale

dungeon siege burt reynoldsPeut-on être de mauvais goût et insipide à la fois ? Cela n’a aucun sens, pas vrai ? Ca tombe bien, car la dernière oeuvre d’Uwe Boll, défiant toute logique, réussit un tel exploit . Uwe qui ? Mais si, allons, Uwe Boll, c’est BloodRayne (1,2,3 et bientôt 36, pourquoi pas) Alone in the Dark, House of the Dead, Postal , ou encore Far Cry qui sort cette année 2008. Un réalisateur boulimique de travail, qui tourne avec la cadence d’un metteur en scène nippon. Il s’est spécialisé dans les adaptations de jeux vidéos, les enchaînant les unes derrière les autres, s’attirant les foudres de fans en désaccord avec sa « vision », respectant il vrai assez peu – voire pas du tout – la base de ses sources. De tout manière, la critique, le teuton n’en a cure : à ceux qui lui reprochent la mauvaise qualité de ses productions, il les défie de venir le rejoindre sur un ring de boxe. Infantile, le réalisateur allemand serait amusant s’il ne se prenait pas tant au sérieux. Et si, accumulant les films commerciaux, il n’avait pas obtenu un chèque de 60 millions de dollars pour adapter le jeux vidéo Dungeon siege. Ce qui lui a permit de réunir une belle brochette d’acteurs, à l’image de John Rhys-Davies (inoubliable Gimli du Seigneur des anneaux), Ron Perlman (Hellboy, Alien 4), Kristanna Loken (mauvaise déjà dans BloodRayne), Ray Liotta (Les Affranchis, Identity) ou Burt Reynolds. Un tel buget, de tels acteurs, et tout ça pour Boll, c’est une blague ?
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L’assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford

Alors que la dernière Frontière américaine s’est effondrée, les Etats-Unis, se cherchant de nouveaux mythes, se tournent vers l’un des grands criminels de la fin du XIXe siècle, l’inventeur du pillage de banque, Jesse James, et en font leurs héros. Comment un bandit et assassin accède-t-il à un tel statut ? Vu à travers les yeux de celui-là même qui mettra fin à ses jours (mais non à son mythe), une tentative d’explication d’Andrew Dominik dans l’assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford, qui signe là une oeuvre magistrale, contemplative et sensuelle. Un régal, que le jeu des acteurs, la maîtrise des images (Dominik a été régulièrement comparé à Terence Mallik, c’est dire) assaisonnent pour donner toute sa saveur à ce film hors normes. Il n’est pas dit, après ce long-métrage, qu’on puisse dépoussiérer sans crainte un tableau, ou lire sans paranoïa les titres d’un journal.

jesse james cropfieldJesse James était plus connu à son époque que le président des Etats-Unis. Sudiste convaincu – les Nordistes lui ont fait subir mille maux – il se lance dans les attaques de banques et de trains. Avec pour justification première l’idée de représailles contre le nouveau gouvernement, il ne s’embarrasse plus par la suite d’aucune justification. Un homme troublé, aux motivations vénales et au goût exacerbé pour la violence, mais un homme avant tout. Dans une ouverture lyrique, poétique sur la duplicité et la faiblesse, on découvre le hors-la-loi le plus célèbre du pays évoluant dans son milieu. Il aime ses enfants, mais leur ment. Il aime tuer, mais ne rechigne en rien à prendre du bon temps avec les commerçants de sa ville, dans laquelle il vit sous une fausse identité. Le regard dans le lointain, Jesse James (Brad Pitt) se demande pourquoi la Création l’admire tant; si sa reconnaissance était justifiée, pourquoi souffrirait-t-il autant ? Le spectateur s’interroge, avec lui, sur une Création parfois incompréhensible. Bardés d’émotions dès les premières secondes, il s’engouffre dans des temps lointains, l’époque des mythes et des légendes, un monde de gangster sur fond de plaines désertes.
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The prestige

abracadabra, regardez ma main, je suis deux

Lorsqu’un film est prenant, c’est une splendide baffe. Lorsqu’il est intelligent, c’est un aller-retour sans appel. Que se passe-t-il alors lorsqu’un réalisateur réussi le tour de passe-passe d’orchestrer ce que connaît de mieux le langage cinématographique à la baguette d’une palpitante intrigue ? The Prestige laisse pantois devant tant d’ardeur et d’audace. Et nos joues ne le remercient pas.

the prestige applaudissezLe 5ème long-métrage de Christopher Nolan était attendu. Réalisateur de l’OVNI Memento et du plus classique mais ô combien réussi Batman Begins – capable de nous faire oublier les deux précédents commis par Schumacher -, le moins que l’on puisse dire c’est que Nolan épate. Aime l’esbroufe. Se joue de nous. Court derrière les artifices. Il aime le cinéma, et partage avec talent sa passion de la mise en scène. La scène, le mot est lâché : magie et cinéma se conjuguent de concert sur les planches, et seront inextricablement liées le film durant dans une allégorie appuyée, qui aurait encore gagné en force si elle n’était pas aussi explicite. Qu’importe, sont au rendez-vous les ingrédients les plus imposants du 7ème art, ne faisons pas la fine bouche.

L’histoire rassemble Hugh Jackman (The Fountain, X-Men, Van Helsing) et Christian Bale (American Psycho, Batman 5 & 6), deux magiciens qui se livrent un duel sans merci pour s’épater l’un l’autre. Le film s’ouvre en les montrant patauger dans une petite salle, ne maîtrisant pas tout à fait les rouages artistiques et spectaculaires de la magie, et se poursuit en narrant l’histoire de l’ascension – et de la chute – de ces deux meilleurs ennemis, qui iront de traîtrises en roublardises pour assouvir leurs appétits de reconnaissance, recourant au chantage, au kidnapping, à la prostitution de sa concubine – et ce n’est qu’un bref aperçu sommaire : dans cette course à la lumière des projecteurs, il n’y a pas de seconde place. Le suspense est omniprésent, on se demande quel sera le prochain pion sacrifié pour soumettre l’adversaire.

L’ambiance est froide et les décors sombres, le Londres dans lequel évoluent les protagonistes est sale, mal entretenu, les portes décrépites, une matérialisation de notre imaginaire collectif sur ce que pouvait être une ville industrielle au XIXe siècle, portée par son développement inégal. Les prises de vues sont parfois tellement serrées que se dégage une atmosphère de huis-clos, on plonge dans cet univers de turpitude où rien n’est épargné. Un univers d’obsédés et de perfectionnistes, gangrené par le secret, détruit par l’ambition. Est-ce ainsi que Nolan voit le cinéma ?

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