Les mythes et les légendes font rêver homo sapiens, et le pousse à coopérer avec ses congénères. La capacité à raconter des histoires est propre à l’homme, et explique sa réussite.

Pachacamac : Le mythe de Cavillaca et Cuniraya

À une trentaine de kilomètres du centre de Lima, on trouve le site très étendu de Pachacamac. Un lieu où quatre civilisations se sont succédées (Lima, Wari, Ychsma, et Inca) au fil des conquêtes et disparitions. Les nombreux temples du site archéologique, ont chacun une histoire à raconter. L'une d'entre elles, restranscrite par un moine du XVIe nommé Francisco de Avila, explique l'histoire de la formations de deux rochers que l'on voit parfaitement depuis le temple du soleil construit par…

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La pensée révolutionnaire d’Evhémère au IIIe s. avant notre ère

Bien avant les tentatives de rationalisation occidentales qui aboutiront à l’athéisme et l’agnosticisme, la Grèce antique procède à sa propre destruction de mythes et légende au IIIe siècle avant J.-C. Avec un souci d’observation qu’il ne faudrait toutefois pas, dans un élan d’anachronisme, mélanger avec la pensée scientifique moderne européenne, Evhémère, mythographe grec, cristallise aux alentours de -300, dans son oeuvre l’Ecriture sacrée, une pensée embryonnaire qui survivra à la chute de l’empire romain et traversera tout le Moyen Age : l’idée que les dieux ne sont que des hommes.

Ses écrits ne nous sont parvenus que de seconde, ou plutôt tierce main; traduit du grec vers le latin par le poète Ennius, la survivance de ses thèses ne nous sont dues qu’à Lactance, qui cite abondamment la traduction d’Ennius. Ce qui suffit toutefois pour retranscrire sa théorie : les dieux sont des hommes au destin élevé, des rois qui ont permis à leur peuplade de se former et se maintenir en société. De se civiliser. Et parce qu’ils ont amené les bienfaits de la civilisation ils seront, à leur mort, déifiés. Sorte de gratification pour biens rendus, la déification n’empêche pas Evhémère d’affirmer pouvoir citer les lieux où sont enterrés les « dieux ». Zeus (Jupiter pour les Romains), qui aurait mené la guerre contre les Titans, aboli le cannibalisme, aurait été brûlé et enterré à sa mort à Cnossos, en Crète. Ou encore, Aphrodite aurait été une simple courtisane. On le voit bien, son postulat est révolutionnaire; bien qu’Evhémère cite des prédécesseurs, tel que Hécatée d’Abdera qui lui s’intéressa dans une certaine mesure aux mythes des dieux égyptiens, aucun n’était allé aussi loin dans la démythification du panthéon grec. Il faut noter ici que le contexte dans lequel évolue le mythographe est particulier : il voit de ses yeux le processus de divinisation d’Alexandre le Grand, le plus grand conquérant que la Grèce antique n’ait jamais connu. Lui, qui sait bien qu’Alexandre de Macédoine n’était qu’un homme, assiste de son vivant, à la transformation de l’homme en dieu; il est certain que cette déification a eu une influence sur sa façon d’envisager l’Olympe des dieux.

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L’assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford

Alors que la dernière Frontière américaine s’est effondrée, les Etats-Unis, se cherchant de nouveaux mythes, se tournent vers l’un des grands criminels de la fin du XIXe siècle, l’inventeur du pillage de banque, Jesse James, et en font leurs héros. Comment un bandit et assassin accède-t-il à un tel statut ? Vu à travers les yeux de celui-là même qui mettra fin à ses jours (mais non à son mythe), une tentative d’explication d’Andrew Dominik dans l’assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford, qui signe là une oeuvre magistrale, contemplative et sensuelle. Un régal, que le jeu des acteurs, la maîtrise des images (Dominik a été régulièrement comparé à Terence Mallik, c’est dire) assaisonnent pour donner toute sa saveur à ce film hors normes. Il n’est pas dit, après ce long-métrage, qu’on puisse dépoussiérer sans crainte un tableau, ou lire sans paranoïa les titres d’un journal.

jesse james cropfieldJesse James était plus connu à son époque que le président des Etats-Unis. Sudiste convaincu – les Nordistes lui ont fait subir mille maux – il se lance dans les attaques de banques et de trains. Avec pour justification première l’idée de représailles contre le nouveau gouvernement, il ne s’embarrasse plus par la suite d’aucune justification. Un homme troublé, aux motivations vénales et au goût exacerbé pour la violence, mais un homme avant tout. Dans une ouverture lyrique, poétique sur la duplicité et la faiblesse, on découvre le hors-la-loi le plus célèbre du pays évoluant dans son milieu. Il aime ses enfants, mais leur ment. Il aime tuer, mais ne rechigne en rien à prendre du bon temps avec les commerçants de sa ville, dans laquelle il vit sous une fausse identité. Le regard dans le lointain, Jesse James (Brad Pitt) se demande pourquoi la Création l’admire tant; si sa reconnaissance était justifiée, pourquoi souffrirait-t-il autant ? Le spectateur s’interroge, avec lui, sur une Création parfois incompréhensible. Bardés d’émotions dès les premières secondes, il s’engouffre dans des temps lointains, l’époque des mythes et des légendes, un monde de gangster sur fond de plaines désertes.
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