Big Fish

Dans tout mensonge, il existe une part de vérité.

Jouons franc jeu : il m’est totalement impossible d’être calme, objectif ou dans un état mental serein requis pour l’écriture d’un commentaire cinématographique qui se voudrait neutre sur Tim Burton. Complètement déjanté, il fait partie de cette clique de réalisateurs qui, depuis Eisenstein, n’ont cessés de développer le vocabulaire et la grammaire du 7ème art. Il a compris, aux côté des Fritz Lang, Kubrick ou Welles, que le cinéma n’est pas simplement un montage de photographies superposées les unes sur les autres. Il existe un cadrage, oui, mais les interstices calés entre les scènes sont des univers que « quelques uns » ne savent exploiter; Burton fait partie des « quelques autres », raison pour laquelle il restera, sans doute, parmi les quelques 50 ou 100 réalisateurs qui auront marqués le XXème siècle, le siècle du cinéma. Souvent subversif, anti-conventionnel, sensible, il fait voyager un spectateur qui oublie à chaque fois combien il va cruellement souffrir, lors de l’immanquable retour à la réalité de fin de projection; le monde semble si monochrome, en comparaison, et manque tellement de merveilleux.
(suite…)

2 commentaires

Godfather: Part III, the

A chaque épisode du Parrain correspond une nouvelle génération du XXe siècle : si dans le premier nous sommes dans l'après-guerre, les sixties hantent le deuxième épisode alors que dans le dernier, ce sont les années golden boys qui crèvent l'écran. A chaque nouvel épisode correspond également une génération d'acteurs : Marlon Brando (Vito Corleone) dans le premier, Al Pacino (Michaele Corleone, qui joue également dans la première partie) et Robert De Niro (Vito Corleone jeune) dans le second, et enfin Andy Garcia (Vincenzo Mancini-Corleone) dans le dernier. Enfin, ce sont trois types de violences différents qui sont abordés tout…

0 commentaire

Untergang

– Trop humain !
– Trop sensible !
– Trop pas assez démoniaque, pas assez représentant du diable sur Terre !

Extrait de quelques unes des critiques qui accueillirent Der Untergang, film sur les derniers jours d’Hitler, une oeuvre d’Oliver Hirschbiegel, réalisant là son troisième film. Il faut dire que parler d’Adolf Hitler n’est jamais facile, quelque soit la bonne foi dont pour être animé le réalisateur. On touche à l’une des plus grande catastrophe de l’humanité, LA guerre de tous les superlatifs. Il fallait un ennemi à la hauteur des dommages irréparables engendrés, comme si, dans tout bon film hollywoodien, on pouvait faire remonter le « mal » à une seul source : Hitler, Hitler, Hitler, répétons-le ad nauseum pour se convaincre que le mal, c’est lui, le bien, c’est nous. Cela n’empêchera pas Ian Kershaw, historien, de publier des biographies sur le mal, ni Hirschbiegel d’en adapter certains passages.

Hirschbiegel a été accusé de nombreuses choses qui doivent faire mal. « Pactiser avec Hitler » ne doit pas être de tout repos, surtout lorsque l’on prend conscience de la symbolique que représente cette homme. Humaniser un tel homme, c’est s’enfoncer plus loin dans les cercles de Dante. Il faudrait voir à ne pas accuser à la légère Hirschbiegel de réaliser un film qui traite à la légère de Hitler : des accusations de ce type font mal.

Untergang bruno ganzAssez de méta : qu’en est-il concrètement ? Qu’est-ce que le film montre, en mettant en scène Hitler qui s’adonne au baise-main ? Tout d’abord, le Führer est interprété par Bruno Ganz, un acteur ayant compris que le surjeu ne desservirait le film : à la constante recherche aux confins de la folie, Ganz explore un personnage ambigu, incompréhensible, avec un maestria stupéfiante. Présent et imposant dans chaque scène, le charisme dégagé aide à saisir l’amour sans borne que vouaient certains fidèles au chef germanique. Il est inutile de crier pour se faire obéir, la présence animale du Führer déconcertait; mais très vite, nombreux vont l’abandonner, partir sans un regard.
(suite…)

0 commentaire

Arizona Werewolf

« Cette nuit, il va se réveiller… »

Je ne sais pas si ce sous-titres était destiné à informer le spectateur que toute l’équipe (réalisateur, acteurs, producteurs) avait dormi durant le tournage. Ce qui est certain a contrario, c’est qu’Arizona Werewolf est le plus mauvais film de l’histoire du cinéma. Je ne suis pas le seul à le dire, l’imdb lui donne au moment de la rédaction de ce message la position incroyable de « 23ème plus mauvais film au monde » . Le moins qu’on puisse dire, c’est que le rang obtenu est à la petitesse de la qualité du film.

Ce film m’a fait comprendre ce que navet veut dire. Des décors en carton-pâte, des acteurs certainement trouvés au détour d’un bistrot, un scénario qui ferait *presque* passer Taxi pour un film d’auteur, un dialoguiste qui devait être shooté au fameux speedballs, rien, mais absolument rien n’est épargné au spectateur.

La première fois que je l’ai vu, j’ai arrêté la vidéo après 5 mn. Mon amie est allée se coucher, me lançant un regard lourd de sous-entendus agacés. Et puis j’ai remis ce machin appelé « film », me disant que tout le reste ne pouvait pas être à l’image de ce que je venais de voir; je me trompais lourdement, c’était encore pire. Depuis, je me le repasse en boucle avec des amis, qui, la bouche ouverte durant 99 minutes, répètent inlassablement : « c’est pas possible, c’est pas vrai ».
(suite…)

9 commentaires

Gremlins

Selon l’âge dont dispose le lecteur enthousiaste de cet article, le titre a de grandes chances d’évoquer un conte aussi fort que sorti des frères Grimm. Et pourtant : à l’origine, Gremlins est tout juste de la bonne série B. Des personnages peaufinés, un scénario et une ambiance sympatoche, mais de la série B malgré tout.

J’en veux pour preuve l’humour décalé des monstres : les gremlins plante dans l’appendice charnu arrière des seringues, se déguisent en femelles gremlins (scène que l’on revoit dans le second opus), jouent aux cartes, s’émerveillent devant Blanche Neige et les 7 nains. Les gremlins ont des répliques que pourraient avoir des acteurs d’un film de Luc Besson :
– Gizmo caca !
– Miam miam !
– Glou glou ?

On peut encore citer les dialogues entre les différents personnages :
– Je ne fête plus Noël !
– Ah oui ?
– Oui, quand je pense qu’on se remplit l’estomac alors que des milliers de personnes n’ont pas de quoi fêter…
– Ca y est, je suis déprimé moi aussi, maintenant, fait avec une grimace penaude l’homme-adolescent héros du film.

Je l’affirme haut et fort, Gremlins n’est que de la série B. Joe Dante, réalisant son 8e film, et également à l’origine de « choses » telles que Piranha, Small Soldiers ou encore Innerspace (l’Aventure intérieure). Rien de bien folichon, et n’en déplaise aux adeptes de ce dernier, ça reste que du B. Même du Z, pour le premier d’entre eux 🙂

Pourquoi alors cela a-t-il prit ? Pourquoi le terme de gremlins est-il devenu un nom commun ? Qu’a donc ce film de plus accrocheur, qu’est-ce qui lui donne une saveur aussi particulière ?
(suite…)

9 commentaires

Thin Red Line, the

La croix de guerre, la médaille de la bravoure, et quantité d'autres décorations de mérite sont les symboles qu'on nous assène, sans remords, dans les films de guerre. Oui, parce que la guerre c'est avant tout une histoire d'homme, de courage, de fierté, d'honneur. L'image de guerrier vaillant, le fusil droit comme un "i", partant défendre sa patrie est une espèce d'idéal commun qu'on veut nous faire avaler. Des hommes comme Mallick, ou Peter Kosminsky (Warriors, 1999) tentent de voir ce qu'il y a au-delà de cette propagande. La guerre n'est pas belle, nous le savons tous plus ou moins,…

0 commentaire

Matrix Reloaded

On peut souvent entendre que pour connaître la qualité d’un homme, il faut voir ce qu’il a dans le pantalon. Ca choque, et pourtant on a l’habitude de faire la même chose avec les films, et de regarder ce qu’ils ont dans les effets spéciaux.

De ce côté-là, Matrix Reloaded se rapproche des tous grands, car le seul poste « SFX » dans la rubrique comptable est griffonné d’un $100’000’000. Ahem, il y a parfois des choses indécentes en ce bas monde.

La suite de l’équivalent des chocs pétroliers des années 70 dans le cinéma était, il faut l’avouer, déjà condamnée avant sa sortie. Au contraire de ce qu’on pouvait entendre après l’une des autres trilogies, Lord of the Rings (LOTR), peu s’attendaient à être aussi émerveillés avec la séquelle du révolutionnaire Matrix. Il faut dire que le premier volume avait déclenché un raz-de-marée, que le temps nous permettra de comparer ou nom avec la troisième grande trilogie de ce début de siècle, j’ai nommé Star Wars.

La triple comparaison n’est pas ici gratuite : chaque triptyque contient une proportion ahurissante d’effets spéciaux, chacun a une cohorte de zélés fidèles, chacun se veut comme une oeuvre majeure de cinéma.

Mais la relation s’arrête à cela, du moins avec Star Wars; peut-être parce que ce dernier est déjà la suite d’une autre trilogie, ce sont bien les premiers épisodes de LOTR et de Matrix qui ont déchaînés les foules et accessoirement fait couler beaucoup d’encre. Les deux (trois) réalisateurs ont fait le choix de sortir les deux derniers épisodes à une très courte échéance. Mais poussant la scission plus loin, Matrix se veut a connotation philosophique, et LOTR seulement contemplatif.

Matrix première mouture fût une innovation technique sans précédent dans le monde de l’info-cinéma et dans l’esthétique cinématographique. Utilisant une technique française, précédemment testée dans un clip de Daft Punk, les 360° virtuels se sont incrustés dans nos rétines, mais dans nos consciences aussi. De nombreux films y feront référence, l’utiliseront, la parodieront. L’esthétique elle-même, d’un teint verdâtre, les combats, intronisant enfin les cascades hong-kongaises et ouvrant la grande porte à une multitude de films de genre (notamment Tigres et dragons), bref, détracteurs ou amateurs, il faut avoir l’honnêteté de l’avouer, quelques furent les défauts de Matrix, il y eu un avant, il y eu un après. Ce qui prétendent le contraire sont aveuglés par un idéologie boiteuse, et se mentent à eux-mêmes.

Malheureusement, le deuxième opus se révèle une copie en ce qui concerne l’esthétique, ou l’innovation technique. Les frères Wachowski se reposent sur leurs lauriers ? Peut-être, mais au moins ils gardent une certaine cohérence avec leur premier film. Les cascades sont identiques, les combats pareils, sauf peut-être que le super-héros Neo peut maintenant voler; il ne lui manque plus que les collants et la cape rouge, et la ressemblance est telle que je me suis vraiment attendu à le voir faire tourner la Terre, pour remonter dans le passé… à la mort de sa douce. Ce n’est pas une attaque gratuite, je l’ai vraiment pensé (bien qu’un court instant), vu le nombre énorme de clins d’oeils (hommages, diront certains) faits à quantité d’autres films.

L’échec principal de Matrix 2, c’est de ne pas avoir su nous faire oublier la première édition. Nous n’attendions pas de nouvelles techniques à couper le souffle, mais nous rebâcher ad nauseum les mêmes combats, les mêmes effets à tout bout de champs, c’en est réellement lassant. A certains moments, on ne comprend même plus pourquoi les protagonistes se battent, si ce n’est pour faire (beaucoup) bosser les boîtes de SFX. La scène où Neo se bat face à l’armée d’agents Smith aurait pu être délectable (et tendre vers un Being John Malkovitch), mais elle est bêtement longue. C’est simple, le film dure plus de 2h, et les bons deux tiers sont consacrés aux bagarres. Pour un peu, on en regretterait Bruce Lee.
(suite…)

1 commentaire

Jeux d’enfants

(message original du 05-10-2003 @ 19:52:43)

Peut-on mourir d’amour ? L’amour est-il si puissant que seule la mort peut réunir les âmes aimées ? Question banale a priori, maintes et maintes fois traité, avec à chaque fois une réponse différente

Yann Samuell répond pour sa part un oui vibrant. Et non pas à travers une histoire d’un amour qui voudrait des déclarations enflammées ou une tendresse débridée, mais plutôt personnifié par des défis que vont se lancer deux enfants, Julien et Sophie.

Tout commence lorsque Julien découvre que sa mère est malade, gangrenée par un cancer. Immédiatement, à la manière d’une « Amélie Poulain », Julien sombre dans un univers rêveur, où seul lui décide de la réalité. La référence est si forte, que Samuell ne peut s’empêcher d’utiliser les techniques et les effets spéciaux qui sont propre au film de Jeunet (mais ce sera la seule ressemblance avec Amélie Poulain). Julien va croiser par hasard sur son chemin Sophie, une Polonaise brimée par ses camarades, et lui offrir son amitié en lui donnant ce qu’il a de plus cher, un boîte métallique offerte par sa mère.

Sophie, loin d’accepter immédiatement la main tendue, va mettre au défi Julien : un déclic se fait entendre, l’engrenage qui les mènera à des actes destructeurs pour eux et pour leur entourage s’est mis en branle. Les « cap, pas cap » vont dorénavant ponctuer leur existence.

Commençant par de banales jeux d’enfants (faire pipi devant le proviseur, dire des gros mots) on voit bien qu’il y a là plus que des enfantillage, mais une vraie passion qui s’élabore entre les deux. On pourra voir ainsi Sophie, lors de l’enterrement de la mère de Julien, chanter « la vie en rose », chanson primordiale dans la vie de Julien (elle lui rappelle sa mère, justement), devant une assistance outrée, pensant certainement que seule la tristesse est de mise à un tel moment. Julien, lui, retrouve le sourire, Sophie étant dorénavant la seule personne sur Terre capable de lui procurer de la joie.

L’âge venant, les jeux continuant, l’amour enfantin doit logiquement déboucher sur une tendresse et un attachement plus adulte. C’est ce que l’on voit émerger à la fin de l’adolescence, lorsque Sophie se décide à se déclarer à Julien. Mais celui-ci, toujours pris dans le jeu, manquant certainement de maturité, ne souhaite que continuer à se lancer des défis avec son amie d’enfance; mal lui en prend, Sophie va finir par le quitter, et l’idylle en gestation s’arrête là.
(suite…)

9 commentaires