L’ambassadrice Laura Dupuy Lasserre rappelle au Bahrein l’importance de protéger les défenseurs de droits de l’homme

laura dupuy lasserre préside le Conseil des droits de l'hommeDans un acte de courage remarquable, l’ambassadrice Laura Dupuy Lasserre (présidente du Conseil des droits de l’homme) a profité de l’adoption du rapport lié à l’Examen périodique universel (EPU) du Bahreïn pour faire part de sa préoccupation à M. Salah Bin Ali Mohamed Abdulrahman, Ministre d’État aux droits humains du Bahreïn. La présidente du Conseil a en effet été informée qu’une campagne de presse menaçant les défenseurs de droits humains était en cours au Bahreïn, et que les défenseurs des droits humains qui ont participé à l’EPU étaient accusés dans la presse du pays d’être des « traîtres ». Mme Dupuy Lasserre a rappelé qu’une telle opération « [était] inconsistante avec l’esprit de la participation démocratique, qui est à l’origine du mécanisme de l’Examen périodique universel ». Elle a terminé sont intervention en citant les nombreux noms des défenseurs touchés par la campagne de presse diffamatoire, en indiquant que cela permettrait de s’assurer que ces individus ne soient pas molestés une fois de retour chez eux, et de suivre si l’État du Bahreïn se conformait correctement à son devoir de protéger la liberté de la presse et d’empêcher toute représailles contre cette dernière.

L’Arabie Saoudite, le Yémen, la Biélorussie et le Koweït ont pris la parole sous couvert de règles procédurales pour, au final, s’insurger que l’on parle de droits de l’homme dans l’enceinte du Conseil des droits de l’homme. Aucun pays « progressiste » n’a eu le courage de soutenir l’intervention de l’ambassadrice uruguayenne.

On voudra donc bien se rappeler à l’avenir le courage de Mme Dupuy Lasserre, encore en charge de présider le Conseil jusqu’au mois de décembre 2012. Et très vite oublier la lâcheté des pays occidentaux présents dans la salle. Il faut savoir qu’au Bahreïn, depuis 2011, les journalistes et défenseurs de droits humains se font régulièrement assassiner. Qu’ils sont forcés à l’exil. Que leur vie et celle de leur famille est constamment menacée. Lorsque l’Union européenne, si fière de sa politique extérieur en matière de droits humains, ne prend pas la parole, on se sent presque aussi honteux que la délégation bahreïnienne, regardant ses chaussures en quittant la salle.

Le silence dans lequel les hommes et femmes meurent au Bahreïn est assourdissant. L’ambassadrice Laura Dupuy Lasserre, dans un acte peu policé, aux conséquences pour la diplomatie uruguayenne très imprévisibles, a choisi d’élever la voix. Cette femme a été aussi grande que l’Occident et l’Amérique latine ont été lilliputiens. Une géante dans un monde de nains.
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Tchad: Daniel Deuzoumbé Passalet avertit le régime d’Idriss Deby

Daniel Deuzoumbé Passalet, leader de la société civile et président de l’association  » Droits de l’Homme Sans Frontière (DHSF) » au Tchad

Suite à une déclaration faite sur Radio France Internationale (Rfi), dans l’affaire de Matta-Léré, M.Daniel Deuzoumbé, leader de la société civile, qui préside à la tête de l’Association tchadienne des Droits de l’Homme Sans Frontière (DHSF), a été interpellé le 19 décembre 2011 par M.Mahamat Saleh, procureur prés le Tribunal de première instance de Ndjaména. Il a été auditionné, arrêté à la police judiciaire avant d’être transféré puis détenu arbitrairement pendant deux semaines au tristement célèbre bagne de Moussoro à 300 km de Ndjaména.
Libéré à l’approche des fêtes de fin d’année, il nous a accordés une interview dans laquelle, il critique, dénonce et pointe du doigt, Me Bernard Padaré comme le premier responsable de son incarcération.

Il s’insurge contre l’absence de liberté d’expression et d’opinion au Tchad, la menace qui pèse sur les citoyens qui souhaitent s’exprimer librement dans un espace politique de plus en plus verrouillé.
Il conseille au régime d’Idriss Deby de lire les signes du temps et d’éviter de limiter l’espace des libertés publiques aux citoyens avec des pratiques discriminatoires et autres actes provocateurs. Car le printemps arabe est un indicateur non négligeable et que rien ne peut arrêter la volonté populaire.

Par ailleurs, le défenseur des droits de l’homme tchadien attend de la France de réfléchir au changement politique au Tchad. Car, dit-il, le peuple tchadien aspire à ce changement et que Paris doit se rapprocher des peuples d’Afrique pour s’éloigner des dirigeants autocrates et véreux qui persistent à se maintenir au pouvoir par des moyens antinomiques aux règles
élémentaires du jeu démocratique.

Interview réalisée par Makaila Nguebla:
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Syrie: Vote en faveur l’établissement d’une commission d’enquête au Conseil des droits de l’homme

Au cours de la session spéciale du Conseil des Droits de l'Homme des lundi et mardi 22-23 août 2011, 33 pays se sont prononcés en faveur (4 contre et 9 abstentions) de l'établissement d'un commission d'enquête sur les violations commises par le régime de Bachar al-Assad. Il était difficile de faire plus, puisque le Conseil n'est qu'un organe subsidiaire rapportant à l'Assemblée Générale des Nations Unies. Compte tenue des circonstances (plus de 2000 morts selon Navy Pillay, la Haut Commissaire…

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Les naturalisations par le peuple ne sont pas démocratiques

Le 1er juin prochain, le peuple suisse s’exprimera si il désire que doter les communes de la possibilité de voter sur la naturalisation d’un étranger. Actuellement, le processus de naturalisation implique un examen administratif pointilleux par les autorités de la personne souhaitant obtenir le passeport à croix blanche. L’initiative lancée par l’Union démocratique du centre (UDC, extrême droite suisse), a toute les chances d’être acceptée par le peuple, selon les sondages. Ce qui mettrait la Suisse dans une situation délicate, car en plus d’avoir dans sa législation une loi contraire aux droits humains (l’égalité de traitement ne serait plus assurée), cette loi serait contraire aux engagements internationaux, notamment la Convention européenne sur les droits de l’homme (CEDH); il ne fait aucun doute que toute personne qui activerait les mécanismes de la Cour européenne gagnerait contre une commune qui lui refuserait la naturalisation par le biais des urnes. En effet, l’initiative précise que tout recours est impossible; une telle disposition est illégale au sens du droit international.

Cette initiative, illégale dans son application, pose toutefois un défi aux partis suisses; comment, en effet, combattre une loi qui veut accorder plus de pouvoir au peuple ? Comment justifier qu’un parti qui demande plus de démocratie, refuse d’accorder des pouvoirs au peuple ? Cela requiert de se poser les bonnes questions, et aborder le fond, et non seulement la forme : qu’entend-on par « démocratie », où commence-t-elle où se termine-t-elle ? Quelques tentatives d’explication.

Le texte

L’initiative populaire soumis au peuple a la teneur suivante :

La Constitution fédérale du 18 avril 1999 est modifiée comme suit :
Art. 38, al. 4 Cst. (nouveau)
4 Le corps électoral de chaque commune arrête dans le règlement communal l’organe qui accorde le droit de cité communal. Les décisions de cet organe sur l’octroi du droit de cité communal sont définitives.

Cette initiative fait suite aux deux recours perdus en 2003 devant le TF par les communes qui naturalisaient leurs étrangers par votation populaire. L’initiative, si elle passe, permettrait aux communes le libre choix de la procédure de naturalisation; soit elles poursuivent leur pratique administrative, soit elles choisissent de recourir au vote des citoyens pour décider de qui ferait un bon Suisse, et qui ne le serait pas.
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Droits de l’homme à l’UPR : Une France au-dessus de tous soupçons ?

La France passait ce matin du 14 mai ce qu’elle qualifiait de « grand oral », à travers le nouveau mécanisme du Conseil des droits de l’homme, l’Examen Périodique Universel. Séance présidée par une troïka de 3 Etats-membres (la Zambie, l’Italie et la Malaisie), les questions d’une quarantaine d’Etats sont venues demander des comptes au « pays des droits de l’homme ». Sur des questions d’actualité, mais aussi sur des débats passés.

L’Hexagone a pris toutes précautions d’usage lors de son discours introductif : tout en rappelant son attachement aux droits humains, l’ambassadeur aux droits de l’homme M. François Zimerey a relevé qu’aucune nation, quel que soit son implication en la matière, ne peut se mettre au-dessus de la critique d’autres Etats. Un tel dialogue a des vertus constructives, et la France croit à « l’alliance des civilisations, et non au choc des civilisations », explique le diplomate. Prenant les devants sur les sujets qui fâchent, M. Zimerey rappelle qu’on « juge aussi une société à l’état de ses prisons. Pour être clair, nous avons des défaillances auxquelles nous avons décidé de pallier ».

Une présentation qui n’a pas dissuadée les pays de poser des questions incisives sur les conditions de détention pénitentiaires des condamnés, notoirement en surnombre. Ce qui pousse l’ambassadeur a préciser les actions prévues, telles que la constructions de nouveaux établissements, et la destruction d’autres, vétustes : « Dans les prochaines années, nous devrions pouvoir détenir 6’000 condamnés supplémentaires. De plus, la mission de la prison est repensée, avec l’idée que ce lieu a pour objectif la réinsertion des délinquants. Nous privilégions aujourd’hui des mesures telles que la semi-liberté ou le port de bracelets », défend-il.

Devant la multiplication d’offices – indépendants, souligne l’ambassadeur – chargés de faire respecter les droits de l’homme, certains s’inquiètent des difficultés de coordination inhérentes. Réponse toute trouvée, somme toute très française : « Notre pays a créé un nouvel office chargé d’assurer une telle coordination, et harmoniser les pratiques ».
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J.O. chinois : médaille d’or de répression, lot de consolation pour la censure

Le battage médiatique, à quatre mois du rendez-vous olympique, est quotidien. Dans une autre situation, l’organisateur des J.O. aurait donc eu de quoi se réjouir; difficile pourtant de croire que cette publicité, très négative, est une aubaine. Difficile de croire aussi qu’elle pourra se renverser et que, au mois d’août prochain, tout ne sera que sourire et bonne humeur. Non, l’évènement est déjà entâché, et il le restera. Tout au plus pourra-t-on éclaircir la couleur de la salissure, mais le mal est déjà fait. Partant de cette hypothèse, il est très instructif d’observer comment la Chine, pays qui n’est plus communiste mais reste une dictature de parti unique, se démène pour amoindrir le terrible choc porté à son empire et son prestige. Comment le pays de Lao Tseu gère-t-il la levée de boucliers des journalistes, des citoyens et même des Etats ?

Il faut reconnaître un amateurisme infantile dans l’établissement de sa propagande : l’Empire du Milieu a beau se tortiller, il n’y a (pour l’instant) aucune créativité dans ses contre-attaques. La censure et la propagande sont utilisées sans retenues, et le People’s daily – journal officiel – ouvre les vannes de la manipulation comme jamais. Lorsque l’information est trop subversive et difficile à réécrire, le People’s daily fait l’impasse et renonce à la traiter; lorsqu’au contraire, l’information semble plus plastique, on s’engouffre avec délice dans la mythomanie : ainsi, partant du fait que les Tibétains se laissent aller à des meurtres de Chinois (une réalité factuelle), le People’s daily explique que Dalaï-Lama et sa « clique » seraient à l’origine des troubles au Tibet (le mensonge). Censure et manipulation sont servies comme les deux faces d’une même pièce, destinées à acheter l’opinion publique chinoise; malheureusement, cette pièce est l’un trente deniers pris dans la bourse de Judas Iscariote, et finira par se retourner contre celui qui s’est servi.

En premier lieu, la censure des évènements du Tibet est matériellement intenable; le black out imposé sur le moteur de recherche « google » (sur le mot « tibet » notamment) est facilement contournable. Mot mal orthographié (quid d’une recherche sur « tibét », renvoyant 57 millions de pages ?), utilisation d’autres moteurs de recherche, vidéos à la demande sur youtube ou dailymotion, communication sur d’autres outils internet que le web (email, chat, réseaux sociaux, etc) voue à l’échec une telle stratégie. Au contraire, cacher de manière aussi ostentatoire ne fait qu’aviver la curiosité; en entrant dans l’arène de la communication électronique, la Chine s’est condamnée à en accepter les règles libertaires numériques. C’est pourquoi elle a récemment lâché du lest, en proposant l’envoi d’une dizaine de journalistes internationaux au Tibet. Des journalistes qui seront aussi libres au pays du Dalaï-Lama qu’ils ne le sont en Irak, soit; mais qui rapporteront, à n’en pas douter, entre les lignes, des évènements contradictoires avec le discours officiel. Une balle dans le pied, mais que Beijing était obligé de se tirer.
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Si les Russes veulent l’autocratie, qu’ils l’aient – entre stéréotypes et réalités

A un journaliste français qui lui demanda si en éradiquant le terrorisme tchétchène, il ne risquait pas d'éradiquer la population tchétchène elle-même, Vladimir Poutine répondit "si vous voulez devenir un islamiste radical et êtes prêt à vous faire circoncire, je vous invite à Moscou. Nous avons un pays multi-confessionnel, nous avons des spécialistes de cette question et je vous recommande de pratiquer cette opération de façon à ce que rien ne repousse". Cela se passait lors d'un sommet Union européenne-Russie…

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La Chine tombe dans le piège des droits de l’homme

Les Etats-Unis viennent, bien malgré eux, de tendre un piège magistral à la Chine. Condolezza Rice, en abaissant d'un niveau la catégorie de violeur des droits de l'homme de l'Empire du Milieu, a provoqué une réaction de ce dernier en deux temps : ce fut d'abord sur la défensive que la Chine rétorqua ne pas commettre de violations, puis il fit place à l'attaque : les USA seraient eux-mêmes des violeurs de ces mêmes droits. Alors que la naissance du…

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