Le montagneux pays, le pays qui m’a vu naître et tant apporté. Mais où je me suis ennuyé ferme.

Le triomphe de Heidi

C’est l’histoire d’une jeune fille amoureuse de la montagne. Entourée de ses vaches, dansant sur le yodel, elle n’avait de cesse que de fourrer ses lèvres dans ces instruments oblongs pour en sortir la longue plainte propre à réveiller toute la vallée. Rieuse et joueuse, elle partageait avec l’impératrice Sissi un goût pour l’indépendance, la sincérité et la simplicité. Heidi la rebelle goûtait aux nourritures du terroir, un fromage brut sans chichi, une viande dont elle préférait oublier la provenance – elle avait passé l’été à jouer avec la belle Jahrhundert dite « la cornue », elle ne saurait l’imaginer dans son assiette. Elle évitait de fricoter avec ceux de la ville, dont le discours ennuyeux la détournait de la magnificence des pics enneigés qui s’offraient à elle. Ces industriels qui lui parlaient de progrès technique et scientifique alors qu’elle contemplait une nature pure, n’avaient aucun intérêt pour elle. Ses vaches grasses, ses fromages laiteux, ses vallées intactes suffisaient à rendre heureuse Heidi. Heidi court dans l'herbe des Alpes suissesSauf que ce bonheur et cette simplicité n’étaient que sur papier; Heidi était une fille pauvre, famélique, le cinquième enfant d’une famille de dix individus. Sous la pression de la faim, après avoir mangé Jahrundert et toute sa descendance, Heidi quitta ses vertes ou blanches vallées pour la ville, dans l’espoir d’une vie meilleure.
(suite…)

0 commentaire

Initiative extrême droite: l’usine à Breivik

Encore une initiative, encore liée à l'immigration, encore tapageuse. L'UDC suisse, mouvement politique ouvertement d'extrême droite qui a l'étrange particularité d'être le premier parti helvète, revendique sans gène aucune son lien avec Anders Breivik, le Norvégien récemment passé berserk comme dans une saga nordique: C'était donc ça. A force d'avoir ce discours xénophobe, simplificateur, les extrêmes droites sont devenues des fabriques à extrémistes. Peut-être faudrait-il songer à fermer ces usines.

0 commentaire

La victoire de la peur : la peur bonne conseillère ?

Le week end dernier les patriotes campagnards suisses ont encore décidé d'un coup d'éclat : les étrangers en Suisse auront droit à un traitement personnalisé sur leurs mauvaises actions. Abuser de l'aide sociale sera moins grave pour un Suisse que pour un étranger, être l'auteur de coups et blessures sera également moins réprimandé selon que l'on soit un ressortissant national ou non. La prochaine étape ? Elle est toute tracée : frapper un étranger, abuser d'un étranger sera toléré avec…

3 commentaires

Amnesty International dit non à l’initiative sur le renvoi et au contre-projet

Berne/Lausanne, le 2 novembre 2010. Amnesty International dit non à l'initiative sur le renvoi et rejette également le contre-projet qu'elle estime inutile. Une fois de plus, le peuple suisse est appelé à se prononcer sur une initiative qui viole sciemment le droit international. La votation est utilisée par les initiants, par un discours xénophobe et par un abus du droit d'initiative, pour renforcer son capital politique. Pour l'organisation de défense des droits humains, une nouvelle base constitutionnelle en la matière…

3 commentaires

Initiative populaire fédérale « Pour le renvoi des étrangers criminels » – bannissement à la Suisse

La Suisse s'apprête à durcir encore, si besoin était, sa législation en matière d'immigration et d'étrangers. Depuis une petite dizaine d'années, la vague répressive, menée par l'extrême droite, accumule les réussites : Initiative "Contre la construction de minarets", Loi fédérale sur les étrangers, Loi fédérale sur l'asile, le discours se radicalise tant et si bien que, dans un pays où 1 Suisse sur 5 était étranger avant de prendre la nationalité suisse, on s'inquiète de la schizophrénie ambiante où l'étranger…

2 commentaires

Le retrait de « J’aime Polanski et je hais la Suisse »

La rédaction de la règle du jeu a décidé il y a 3 jours de retirer un texte critiquable de Yann Moix, m’ayant rappelé tout ce que produisait d’insoutenable la France des années 30.

Yann Moix le regard perduEn réponse aux lecteurs et amis suisses de La Règle du jeu qui nous ont fait part de leur étonnement quant au retrait du texte de Yann Moix publié le 1er février 2010 et intitulé « J’aime Polanski et je hais la Suisse », la Rédaction précise que ce retrait a été effectué à la demande de l’auteur. Nous vous invitons à lire la version longue de ce texte, très controversé, dans son livre La Meute, à paraître chez Grasset le 24 février prochain.
La Rédaction.

La magie d’internet, c’est que plus rien ne se perd : voici l’intégralité de son texte, pour information.

« Je hais la Suisse.

Roman Polanski, nous venons de l’apprendre, va passer un an de plus dans sa prison suisse. Je dis bien : « prison ». Une prison, ce n’est pas strictement un cachot avec des rats. Une prison, c’est tout prosaïquement un endroit dont on ne peut sortir. D’où on ne peut pas s’échapper. Peu importe que la prison soit une cellule ou un chalet, un terrier ou même un immeuble tout entier. On est en prison quand on ne peut pas être ailleurs. Roman Polanski restera emprisonné en Suisse : c’est la Suisse la prison. C’est la Suisse le bourreau. C’est la Suisse la sentence. C’est la Suisse la trahison. C’est la Suisse la haine et la revanche et la vengeance. Parce que la Suisse n’est pas un pays : la Suisse n’est rien. La Suisse n’existe qu’en détruisant. En neutralisant. Ce n’est pas un pays neutre, non : c’est un pays qui neutralise. Très joli pays qui, pendant la guerre, voyant qu’un peu trop de juifs venaient étrangement faire du tourisme en ses montagnes, a demandé à ce que fût apposé sur les passeports le « J » de Juden. La Suisse n’est pas un pays neutre : c’est un non-pays vendu. La Suisse, ce pays des horlogers, sait manier le temps comme Satan : enfer du temps dans lequel elle neutralise un génie (un an de plus), enfer du temps à l’intérieur duquel, avec une infinie patience, elle guette sa proie : trente-deux ans pour attraper Polanski. La Suisse n’existe pas : pour exister, elle est obligée de faire dans le sale, dans le crade, dans le porno. La Suisse est un pays pornographique. Sales affaires (comptes bancaires, fiscalité), sale comportement (arrestation de Polanski) : tout est propre dans les rues suisses, dans les montagnes suisses, dans les vallons suisses, tout est très propre parce qu’au fond tout y sale dans les tréfonds, dans les fondements, dans les soubassements. C’est un pays qui se vend sans cesse au plus offrant. Qui courbe incessamment l’échine devant le plus fort. C’est un pays qui fait basculer les choses vers le plus dictateur, le plus violent, le plus menaçant. La Suisse ne se donne même pas, comme le feraient des salopes ordinaires : la Suisse se prête au plus fort. Elle prête sa soumission. C’est une pute. Elle ne se donne jamais mais se prête toujours. Elle se prête avec intérêt. Elle se loue. Elle se sous-loue. Elle fait des offres. Elle écarte les jambes quand viennent à passer un officier nazi, ou une très grande puissance comme, par exemple, aujourd’hui, nos amis les Etats-Unis.
(suite…)

5 commentaires

Oskar, dessine-moi la Suisse du futur

Suisse 2020. La dernière femme quitte le marché du travail, suite au vote de l'initiative dite « Nous les Suisses, on veut faire comme les chevreuils ». En effet, chez les chevreuils, la femelle se cantonne à élever les petits et s'occuper de la nourriture, rejoignant ainsi les aspirations de l'ancien conseiller fédéral Ueli Maurer pour la gent féminine. Suite à la rupture des bilatérales et au meurtre de l'ambassadeur de l'UE en Suisse par le président à vie Oskar…

1 commentaire

L’échec d’un pays : la Suisse interdit de construire des minarets

minaret missiles campagne udcNous y voilà. 60 % des Suisses ont lancé un vibrant cri de peur, d’incompréhension, de haine : il sera dorénavant interdit de construire un minaret en Suisse. Pourtant, presque tous les partis étaient unis derrière le rejet de l’initiative populaire : seul l’extrême droite soutenait la proposition de réglementer leur construction. Et pourtant. Avec un taux de participation peu courant (pas loin de 60% à Genève, une moyenne de 52% en Suisse), le vote est sans appel. Il prouve, une fois encore, que la puissance de l’extrême droite est intacte : ces dernières années, les objets acceptés par le peuple alors qu’ils n’étaient que soutenus par cette formation politique ne se comptent plus.

Alors que faire ? Les élites politiques, clairement, n’arrivent plus à expliquer la complexité du monde à leurs populations. On le voit, lorsqu’on consulte les Européens sur l’avenir de l’Europe, les débats ne prennent aucune hauteur. Comment oublier que le droit à la vie inscrit dans feu le Traité établissant une Communauté Européenne déborde en France sur la peur de voir remettre en question le droit à l’IVG ?

Il semble invraisemblable que la seule question des minarets ait poussé les citoyens helvétiques à glisser un non massif dans l’urne. C’est assurément un « non » aux questions pêle-mêle véhiculées par l’islam, que ce soit la bourqa, la séparation filles-garçons à la piscine, et tutti quanti qui se sont vues attaquées ce dimanche 29 novembre. Pas de clivage ville-campagne, pas plus de röstigraben (partie francophone du pays opposée à la partie germanophone), c’est à l’unisson que le peuple suisse s’attaque de front aux musulmans. L’ampleur du vote a dépassé nombre de ses défenseurs, s’empressant de rappeler que cette initiative populaire n’était pas « contre » l’islam, mais uniquement contre les minarets. Il est assez cocasse de voir les mêmes qui hier, rappelaient combien l’islamisation rampante de nos société étaient dangereuse, se muer en VRP de la tolérance inter-confessionnelle aujourd’hui. Les risques inhérents à cette votation sont réels, et personne ne voudra les assumer.

Car les risques, quels sont-ils ? L’image du pays est évidemment désastreuse. La crédibilité auprès du monde musulman risque d’être réduite à peau de chagrin. Au Maghreb et au Mashrek, la tentation de prêter une oreille attentive aux élucubrations de Mouammar Kadhafi, ennemi de toute une nation, sera plus forte que jamais : jusque-là, il prêchait que l’islamophobie gangrenait la Suisse, seul dans son désert, mais la votation semblera lui donner raison. Par ailleurs, la crainte de voir une fuite des épargnes déposées dans les coffres helvétiques est plus justifiée que jamais; annus horribilis pour le secteur bancaire qui, touché par la crise et par l’effritement accéléré du secret bancaire, ne doit plus savoir que faire. Ainsi, les problèmes engendrés par cette votation sont multiples : difficultés exacerbée pour la politique extérieure (et pas seulement vis-à-vis des dirigeants étrangers, car après l’affaire des caricatures de Mahomet, quelle sera la réaction des populations musulmanes ?), stigmatisation des musulmans en Suisse et remous économiques. Les milieux politiques et économiques vont devoir faire preuve d’inventivité pour contrebalancer les effets potentiellement dévastateurs de cette votation.

Les 40% de la population qui ont refusé les amalgames simplistes et la guerre des civilisations vont se mobiliser, c’est certain. Bien que je doute du moindre impact que pourrait avoir certaines formes de mobilisation (je ne compte plus le nombre de fois que j’ai reçu des invitations à rejoindre des groupes « facebook »), il est primordial de rappeler que sur une partie de la population s’exerce de plein fouet la tyrannie de la majorité. Que des Suisses ont mal à leur nationalité en ce jour, et qu’accepter le résultat de cette votation fera appel à toute la foi qu’on peut nourrir dans la démocratie.
(suite…)

5 commentaires