Le montagneux pays, le pays qui m’a vu naître et tant apporté. Mais où je me suis ennuyé ferme.

L’export du matériel de guerre en Suisse; un débat de clocher

[singlepic id=568 w=160 h=120 float=left]Le 29 novembre prochain, la petite (autrefois calme) Confédération helvétique s’attaque à de grandes questions, en consultant sa population sur deux initiatives : faut-il cesser l’exportation de matériel de guerre, faut-il interdire la construction de minarets en Suisse. Les partisans de cette dernière initiative n’ont pas hésité à faire un lien entre les deux objets, transformant les minarets en missiles. La Suisse a donc à se prononcer sur l’exportation de missiles (le matériel de guerre) mais aussi sur son importation (les minarets musulmans) : que de questions explosives, en cette année déjà si bien remplie…

Peut-être serait-il utile d’aborder la question des minarets; profondément laïc, l’objet du débat ne me semble pas relever du citoyen, mais de l’individu. Profondément agnostique, les clochers d’Eglise me dérangent beaucoup plus avec leur manie incessante de sonner les mariages et autres cultes du week-end que ne pourrait le faire un minaret muet – puisque les appels à la prière ne sont pas revendiqués par les imams en Helvétie. Ce qui fait que la dispute sur le sujet reste assez au raz-des-pâquerettes (« Les Saoudiens sont intolérants avec les chrétiens », un peu comme si, le comportement de la Corée du Nord pouvait justifier l’emploi de la torture en Suisse), et les arguments échangés très pauvres. Tout au plus dénotent-ils de l’islamophobie qui gangrène l’Occident, du manque de connaissance de l’autre dans un monde qui se croit globalisé. Faire des affaires avec l’Iran ne nous fera pas comprendre la culture de ce pays millénaire, mais je m’égare. Sans remettre en question le bien-fondé d’une discussion autour de l’organisation religieuse du pays, force est de constater que cette discussion se borne à servir d’exutoire à tout ce que compte la Suisse d’islamophobes.

L’exportation du matériel de guerre soumis à l’analyse

Le débat autour de l’export du matériel de guerre semble quant à lui promis à un vaillant échange égoïste : va-t-on perdre ou pas des places de travail dans la neutre Suisse ? Le précédent objet agglutine autour de lui le coeur de la Suisse, à savoir la fermeture, la xénophobie et un certain conservatisme malséant; mais pour ce second, on serait en droit d’attendre des questions de fond s’élever au-dessus de la mêlée : comment cet export s’inscrit dans la politique extérieure d’un pays neutre, quelles sont les alliances qui sont conservées grâce à cet outil, etc.
Or, qu’en est-il dans les faits ? On s’égosille à discourir sur les places de travail mises au rebut en cas d’acceptation de cette initiative populaire. Les places de travail ? Aussi étonnant que cela puisse sembler, les opposants à cette initiative qui cherche à bannir tout export de matériel de guerre s’arc-boutent sur le coût économique de l’abandon de cette pratique. C’est intenable, et je vais tenter rapidement d’en démontrer le pourquoi.
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Imprescriptiblité des actes pédo-pornographiques : le triomphe de la démocratie kitsch

La démocratie suisse, l’une des plus avancée au monde en ce qui concerne les prérogatives accordées au peuple, a encore donné la parole au pouvoir de la victimisation : hier, 30 novembre, l’initiative populaire concernant l’imprescriptibilité des actes pédo-pornographiques a été acceptée. De justesse, mais il faut noter que l’association de la Marche blanche a fait campagne contre la quasi totalité des acteurs politiques du pays, sans beaucoup de moyens, face à des médias plutôt hostiles. Malgré cela, il n’est que peu de régions qui l’aient refusé, les Helvètes ayant troqué leur sens critique contre un « accord catégorique sur l’horreur que représente la pédophilie ». Les anciens grecs avertissaient déjà : une démocratie sans garde-fous, c’est une démocratie victime des modes, des sentiments, où l’irrationnel est roi. Depuis hier, la Suisse doit se doter d’un arsenal législatif rendant possible la poursuite d’un acte à caractère sexuel sans contrainte de temps. A 60 ans, poursuivre son père ou sa mère de 90 ans sera désormais possible.

C’est le règne de l’irrationnel, car il était impossible de s’opposer de manière argumentée aux défenseurs des victimes de tels actes. Y a-t-il vraiment parmi les Suisses des gens qui souhaitent voir les abuseurs d’enfants épancher en toute quiétude leurs déviances ? Bien sûr que non. Raison pour laquelle le Conseil fédéral (l’exécutif suisse) avait pris les devants et proposé une limite d’âge pour déclencher de telles poursuites : 33 ans. Un âge arbitraire, certes, mais lorsqu’on imagine les difficultés qui peuvent surgir lors de la collecte des preuves et témoignages dans une affaire qui se serait produite au minimum 15 ans auparavant, la plafond semble raisonnable. Mais en face des différents arguments, il existe le kitsch : une émotion à la force irrésistible, qui emporte tout sur son passage. Une émotion unanime qui, vantant la douleur des victimes, ne fait pas cas de la rationalité ou de l’intérêt général. Ou bien vous êtes avec nous, ou bien vous êtes contre nous; il faut choisir son camp.
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Il est anticonstitutionnel d’interdire de fumer dans les lieux publics à Genève

Depuis le 1er juillet de cette année, les terrasses étaient plus bondées que d’habitude dans la petite ville du bout du lac; la météo était plus ensoleillée que de coutume, assurément, mais l’entrée en vigueur d’un loi interdisant de fumer dans les lieux publics est venue renforcer cette habitude saisonnière. Or, le Tribunal fédéral a rendu aujourd’hui une décision inattendue : l’initiative populaire interdisant la fumée dans tous les lieux publics a été invalidée. Il est autorisé, dès aujourd’hui et avec effet rétroactif, de fumer dans les restaurants, les bars, les discothèques. Coup de tonnerre. MM. Amaudruz, Yagchi, et Pardo, qui ont recouru contre la loi jusque-là en vigueur, se moquent de la volonté de presque 80 % des citoyens genevois. Enfin, c’est ainsi que l’on retiendra l’histoire. Ou peut-être pas.

Illustration de cigaretteIl est difficilement compréhensible que l’organe chargé de veiller à la constitutionnalité des lois, déclare qu’interdire de fumer soit anticonstitutionnel. Le goudron et la nicotine, un droit garanti par le papier le plus sacré de notre édifice ? Que nenni, il ne s’agit en rien de cela, ne brûlons pas encore nos manuscrits sacrés, emportés par notre guerre contre les fumeurs. Si acte illégal il y a eu, il ne réside pas dans le fait se lancer dans une chasse à l’intoxiqués, mais dans le mode d’adoption de la loi : c’est le Conseil d’Etat (l’exécutif) qui a légiféré, au lieu du Grand Conseil (le législatif). Cette seule règle constitutionnelle, pierre angulaire de la séparation des pouvoirs, a été bafouée. L’exécutif, sous la houlette d’un politicien zélé, s’est laissé emporté par l’enthousiasme et arrogé des droits qu’il n’a pas. Celui d’édicter des règles.

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Les naturalisations par le peuple ne sont pas démocratiques

Le 1er juin prochain, le peuple suisse s’exprimera si il désire que doter les communes de la possibilité de voter sur la naturalisation d’un étranger. Actuellement, le processus de naturalisation implique un examen administratif pointilleux par les autorités de la personne souhaitant obtenir le passeport à croix blanche. L’initiative lancée par l’Union démocratique du centre (UDC, extrême droite suisse), a toute les chances d’être acceptée par le peuple, selon les sondages. Ce qui mettrait la Suisse dans une situation délicate, car en plus d’avoir dans sa législation une loi contraire aux droits humains (l’égalité de traitement ne serait plus assurée), cette loi serait contraire aux engagements internationaux, notamment la Convention européenne sur les droits de l’homme (CEDH); il ne fait aucun doute que toute personne qui activerait les mécanismes de la Cour européenne gagnerait contre une commune qui lui refuserait la naturalisation par le biais des urnes. En effet, l’initiative précise que tout recours est impossible; une telle disposition est illégale au sens du droit international.

Cette initiative, illégale dans son application, pose toutefois un défi aux partis suisses; comment, en effet, combattre une loi qui veut accorder plus de pouvoir au peuple ? Comment justifier qu’un parti qui demande plus de démocratie, refuse d’accorder des pouvoirs au peuple ? Cela requiert de se poser les bonnes questions, et aborder le fond, et non seulement la forme : qu’entend-on par « démocratie », où commence-t-elle où se termine-t-elle ? Quelques tentatives d’explication.

Le texte

L’initiative populaire soumis au peuple a la teneur suivante :

La Constitution fédérale du 18 avril 1999 est modifiée comme suit :
Art. 38, al. 4 Cst. (nouveau)
4 Le corps électoral de chaque commune arrête dans le règlement communal l’organe qui accorde le droit de cité communal. Les décisions de cet organe sur l’octroi du droit de cité communal sont définitives.

Cette initiative fait suite aux deux recours perdus en 2003 devant le TF par les communes qui naturalisaient leurs étrangers par votation populaire. L’initiative, si elle passe, permettrait aux communes le libre choix de la procédure de naturalisation; soit elles poursuivent leur pratique administrative, soit elles choisissent de recourir au vote des citoyens pour décider de qui ferait un bon Suisse, et qui ne le serait pas.
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Rappels élémentaires sur les institutions démocratiques – la démocratie en Suisse, c’est aussi le parlement

La démocratie foulée au pieds en Suisse ? Mon oeil !

Le 7ème membre de l’équipe composant le cabinet ministériel suisse est désormais connu : Mme Wider-Schlumpf, qui ne s’attendait décidément pas à tant d’honneur. Elle a accepté la double charge de Conseillère fédérale, et de cheval de Troie potentiel infiltré dans le parti dont elle est issue, l’Union démocratique du centre (UDC, extrême droite suisse).

Les commentaires sans grande classe, émanant d’un parti éméché par la défaite, ont dénoncé le manque de conformité avec les règles démocratiques, et le peu de cas fait de la souveraineté populaire. Au-delà des déclarations émotionnelles, somme toute compréhensible pour un parti qui subit l’une des plus grandes défaites de ces deux dernières décennies, peut-on parler de parlementaires irresponsables et indifférents au choix des électeurs ? Assurément non, et nous allons voir pourquoi.
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Changement dans le temple du conservatisme

A la surprise générale, le tribun Christoph Blocher, leader officieux (mais non officiel) du parti d’extrême droite suisse dénommé UDC (pour Union démocratique du centre) et Conseiller fédéral helvétique n’a pas été réelu à ce poste. Le parlement lui a préféré Mme Eveline Widmer-Schlumpf, Conseillère d’Etat dans le canton des Grisons.

Malgré le succès sans précédent de son parti, qui a recueilli à peu de choses près 30 % des votes lors de l’élection parlementaire d’octobre dernier, celui qui en défend haut et fort les couleurs se retrouve éjecté de son bureau. Ministre de la justifice, futur président programmé de la Confédération en 2009, le voilà bouté dehors tel un mouton noir.
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Pourquoi c’est l’extrême droite qui a gagné en Suisse

Alors que l’Union démocratique du centre (UDC) se pose la question de comment réorganiser la politique en Suisse, les qualificatifs des journaux à l’égard de ce parti vont certainement se faire de plus en plus légers. Moins grossiers. Moins moralisateurs. On serait à moins, puisque le parti agrarien a réussi le pari de faire mieux qu’il y a 4 ans, et atteint le score incroyable de presque 30 % des votes exprimés en sa faveur. C’est, semble-t-il, le pourcentage le plus élevé jamais réalisé par un parti politique en Suisse. Habitué au consensus, l’Helvétie a pour habitude de composer, de négocier entre les différents tendances. Face à un parti représentant pas loin d’une voix sur 3, les journaux pourront-ils tenir le même discours ? Les électeurs de l’UDC seront-ils toujours taxés de xénophobes ? A l’étranger, cela ne fait aucun doute, mais dans ce montagneux pays, où les journaux doivent compter avec un lectorat relativement réduit, on en doute. Comment évoquer qu’un tiers des votants suisse soit d’extrême droite ?

Avant de passer en revue les arguments qui donneraient à croire que ce parti n’est pas qu’une simple droite nationaliste, observons le taux de participation. On se gausse dans notre pays d’avoir atteint les 50 %, alors que la campagne s’est déroulée de manière très virulente, les invectives volant très bas et les appels au vote se répétant ad nauseum. Jamais on avait vu l’électorat et les politiques se mobiliser de la sorte, les manifestations se voyant opposer des contre-manifestations, les journaux analysant les penchants politiques de tous les candidats, les tracts s’échangeant à toute vitesse de mains en mains. L’agitation est à mettre en relation avec celle ayant suivi la qualification de Le Pen au deuxième tour des présidentielles françaises de 2002, qui eut pour résultat le taux record de presque 80 % de participation. Entre la France de 2002 et la Suisse de 2007, on passe à peu de choses près du simple au double. La démocratie suisse, ce n’est pas tellement une affaire populaire.
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Initiative populaire pour le renvoi des hommes

Chères Suissesses, Chers Suisses, Il n'y a guère d'autre pays au monde où vivent autant d'hommes qu'en Suisse. Si la majeure partie d'entre eux respectent nos lois, on compte un nombre trop élevé d'hommes qui abusent de notre hospitalité. Ils commettent des délits graves, menacent notre propriété et même notre intégrité physique et notre vie. Les hommes sont par nature belliqueux, ils sont statistiquement dangereux; lorsque les statistiques sont une source fiable du danger, qui aurait le mauvais sens de…

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