La parole est d’or, le silence d’argent

C’est avec mes doigts que j’écris, avec mon cerveau que je réfléchis, mais la vrai révolution, elle est à chercher dans la langue. C’est avec elle que je communique avec l’autre, que je j’établis des ponts qui sont immédiatement empruntés par moi et par mes interlocuteurs.

Mes doigts sont sourds. Mon cerveau est muet. Ma bouche, elle, a la chance d’être connectée avec mon oreille. C’est un travail d’équipe: action et réaction. Je comprends, et je réagis en fonction. J’adapte, je précise, je compatis.

La parole révèle et crée. Le monde est non pas parce que la lumière fût, mais parce que la parole fut dite. Elle fut dite à quelqu’un. Un homme, une femme, était là pour écouter. Et recevoir. Et dire merci.
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Le chant pour celui qui désire vivre

Qu’est-ce qui rassemble le phoque, l’ours et le loup ? Tous les trois vivent dans les parties nordiques de notre planète, et tous les trois sont les seuls moyens de subsistance des Inuits, peuple présenté dans la trilogie de Jorn Riel, « le chant pour celui qui désire vivre ». Trois épisodes que 500 ans séparent chacun, partant des confins des premières migrations inuits vers le Groenland, jusqu’à notre époque mystèrophobe. Un peu à la manière du monde de Corto Maltese, d’Hugo Pratt, la modernité avec son savoir arrogant a enterré les légendes, les peurs et les exploits d’hommes dont le courage n’avait d’égal que leur goût pour la liberté. La liberté, c’est ce que ce chantent sans faiblir les Inuits depuis des générations, et que nous conte Jorn Riel, explorateur de temps à jamais révolus. A travers « Heq », « Arluk » et « Soré », il explore les mythes et légendes inuits, nous faisant voyager dans le peuple inuit, nous dépeignant un tableau d’hommes et de femmes forts et fragiles à la fois, des légendes qui nous confrontent à notre modernité. Il prend pour cadre une arène de jeu que peu d’entre-nous pourrons jamais voir : le nord du Canada et surtout le Groenland, terre de découvertes et d’aventures. Une analyse pour ceux qui ont eu la chance de parcourir le triptyque glacé.

Les Inuits – « hommes », dans cette langue – sont paradoxalement emplis de tabous, et pourtant aussi libres que l’ours qui hiberne, le loup qui prend son temps pour choisir sa proie, ou le phoque qui cherche le trou idéal pour reprendre sa respiration. Lorsque le voyage est difficile, le voyageur s’arrête et se transforme en sédentaire. Lassé par une vie trop confortable, au bout d’un mois, d’une année et d’une décade, il reprend le chemin du nomadisme. Il mange quand il le peut, chasse, vie et meurt. Il aime, inconditionnellement, mais sans être esclavagiste : il a une, deux ou trois femmes, tout dépend de sa capacité à entretenir ses concubines. Si elles sont mal traitées, elles vont voir ailleurs. Si un autre homme désire l’une d’entre elles, l’affrontement est inévitable. Car la violence est omniprésente, générée par la mouvance des choses; comme les glaces groenlandaises, tout se redéfinit à chaque hiver, à chaque précipitation. Neigera-t-il, ne neigera-t-il pas ? De cela, les esprits décident, l’homme se contentant de faire ce que l’instant et l’instinct lui conseillent de faire. Sa seule responsabilité, c’est lui-même, rien n’est écrit.
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Bégayement

Pourquoi entends-ton certains nous répéter les mêmes choses, notamment les personnes âgées ? Pour une raison simple : plus rien de très excitant dans leur vie. A un moment donné, pour une raison ou une autre, on ne vit plus que de ses acquis. On décide, par exemple, de ne plus prendre de risque. Dès cet instant, on devient le dépositaire vivant de sa propre mémoire. On vit pour perpétuer ses expériences, aventures, réflexions passées. Et lorsque malgré tout, un…

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Les invasions barbares

(message original du 16-11-2003 @ 01:48:59)

En francophonie, l’accent le plus méprisé est sans conteste le québécois. C’est presque devenu un sport national que de vanner les expressions et autres accent de la Belle-Province.

Pour dépasser ces a-priori somme toute assez primaires, le cinéma est un outil absolument formidable; la force que dégage de ce média, lorsqu’il est bien maîtrisé, est un défi à toute la méfiance que se construit notre espèce vis-à-vis de ce qu’elle ne connaît pas, ne comprend pas.

Les invasions barbares parlent de ce qui est commun à l’être humain : la superficialité, la spiritualité, l’amitié, la paternité, la vanité, l’amour et surtout la mort. On tente donc plus de rapprocher que d’éloigner.

Car les barbares, faut-il le rappeler, sont les étrangers, l’alter : on n’aime pas ce qui est différent, et est différent ce qu’on ne connaît pas. Des images chocs, distillées dans film comme de la nitroglycérine dans un jus de fruit trop doux, nous posent la question de savoir ce que nous comprenons réellement du monde qui nous entoure.

Il y a de nombreuses manières de tenter la quête du Pourquoi : les femmes, la lecture, l’action politique. D’autres de baisser les bras : la drogue, l’hédonisme. C’est une question de choix, mais un choix dans les limites des possibilités offertes par notre enfance, notre éducation. De toute manière, rien ne nous aide vraiment à trouver la raison de notre existence, ni même ne nous rapproche d’une solution à cette quête immémoriale; Denys Arcand semble d’ailleurs nous dire que l’on cherche le sens de la vie ou non, tout n’est que temporisation, on ne fait que repousser notre adieu à ce monde.

La religion, une réponse ? En socialiste convaincu, rationaliste acharné, le protagoniste principal (Rémy Girard) rejette la foi chrétienne aux oubliettes de l’histoire; tant mieux, l’attentat du 11 septembre, montré de près, est une histoire de religion. Ou du moins, la religion sert de faire-valoir, comme toujours depuis deux mille ans.
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