Antarctique: la vie existe là où l’on ne devrait pas la trouver

En Antarctique, dans l’un des lieux les plus sombres et les plus froids de la planète, viennent d’être découvert des dizaines d’organismes se reproduisant en toute quiétude depuis des milliers d’années. « L’approche scientifique de la vie est peut-être à revoir ; notre découverte d’une faune abondante dans l’un des milieux les plus inhospitalier de la Terre, bouleverse notre compréhension de la vie. Et si, après tout, ce que nous croyons être un environnement hostile, ne l’était pas ?  », commence le Dr David Barnes, co-auteur principal de l’étude parue dans Current Biology- 1 -Current Biology.

C’est en 2018 qu’une équipe de biologistes allemands s’aventure loin, très loin sur les plate-formes glaciaires antarctiques. La terre ferme n’est qu’un lointain souvenir, et l’océan à plusieurs kilomètres. L’objectif de l’expédition est d’extraire un échantillon d’eau liquide, après avoir creusé à travers plusieurs centaines de mètre de la surface gelée. Il s’agit de l’un des lieux les plus froids, sombre, et isolé de la planète : 1,6 millions de kilomètres carrés complètement blancs. « A vrai dire, l’équipe ne pensait pas trouver grand chose. Elle était consciente que rien ne devrait se trouver là-dessous. C’est pourquoi lors de l’analyse de l’échantillon, trois ans plus tard, la surprise fut totale : 77 organismes vivent et ont vécu durant des milliers d’années. Les tests au carbone 14 font remonter certains des cadavres à 5300 ans ! », fait avec excitation le scientifique, qui a découvert des escargots, des mousses, des verts marins, des bivalves et des coraux.

credit: AWI

Les biologistes allemands, lors de leur retour, recherchent un laboratoire capable d’analyser leurs échantillons. C’est ainsi qu’ils tombent sur Barnes et son équipe, et que leur collaboration va battre en brèche ce qu’on croit connaître de la vie en Antarctique : que le développement cellulaire serait nécessairement lent, ou que la survie dépendant immanquablement d’une source régulière de nourriture. « Or, commence le biologiste anglais, aucun plancton ne se développe à cet endroit, les données sont claires. Et le développement organique est tout à fait régulier. » Si le mystère de l’approvisionnement de nourriture se résout relativement vite – les courants sous-marins apportent du plancton aux animaux relativement immobiles aux mêmes endroits -, la question de savoir pourquoi le froid intense ne ralentit pas le métabolisme reste elle entière.

credit: AWI

« La croissance de ces animaux est normale, bien qu’ils aient une évolution génétique très lente. Ils peuvent vivre plusieurs dizaines d’années, mais ce n’est en moyenne qu’à partir de la moitié de leur existence qu’ils peuvent procréer. Cette reproduction, si lente, explique pourquoi ces animaux ont si peu évolué au fil du temps », indique le chercheur.

credit BAS

Malgré l’incroyable adaptation de ces écosystèmes extrémophiles, le Dr Barnes juge leur survie précaire : « Ils doivent leur existence au fait qu’ils sont éloignés de tout. Des tempêtes, des bouleversements de notre planète, et surtout des activités humaines. Avec le réchauffement climatique, ils risquent d’être condamnés à disparaître rapidement. »

Les pôles, au même titre que les grande forêts, retiennent une importante quantité de carbone. Bien que leur efficience de stockage soit moindre, leur superficie qui s’étend sur des millions de kilomètres carrés, relâchant ou capturant sur des longues périodes le carbone, les rends vitaux pour la survie de la planète. L’extinction prochaine de ces animaux antarctiques pourrait n’être qu’un prélude à une catastrophe à plus grande échelle.

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1 Current Biology

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