Articles qui ont été publié ou auraient pu l’être. La valeur informative devrait être supérieure aux autres billets.

Et parfois c’est le style qui compte.

La pensée révolutionnaire d’Evhémère au IIIe s. avant notre ère

Bien avant les tentatives de rationalisation occidentales qui aboutiront à l’athéisme et l’agnosticisme, la Grèce antique procède à sa propre destruction de mythes et légende au IIIe siècle avant J.-C. Avec un souci d’observation qu’il ne faudrait toutefois pas, dans un élan d’anachronisme, mélanger avec la pensée scientifique moderne européenne, Evhémère, mythographe grec, cristallise aux alentours de -300, dans son oeuvre l’Ecriture sacrée, une pensée embryonnaire qui survivra à la chute de l’empire romain et traversera tout le Moyen Age : l’idée que les dieux ne sont que des hommes.

Ses écrits ne nous sont parvenus que de seconde, ou plutôt tierce main; traduit du grec vers le latin par le poète Ennius, la survivance de ses thèses ne nous sont dues qu’à Lactance, qui cite abondamment la traduction d’Ennius. Ce qui suffit toutefois pour retranscrire sa théorie : les dieux sont des hommes au destin élevé, des rois qui ont permis à leur peuplade de se former et se maintenir en société. De se civiliser. Et parce qu’ils ont amené les bienfaits de la civilisation ils seront, à leur mort, déifiés. Sorte de gratification pour biens rendus, la déification n’empêche pas Evhémère d’affirmer pouvoir citer les lieux où sont enterrés les « dieux ». Zeus (Jupiter pour les Romains), qui aurait mené la guerre contre les Titans, aboli le cannibalisme, aurait été brûlé et enterré à sa mort à Cnossos, en Crète. Ou encore, Aphrodite aurait été une simple courtisane. On le voit bien, son postulat est révolutionnaire; bien qu’Evhémère cite des prédécesseurs, tel que Hécatée d’Abdera qui lui s’intéressa dans une certaine mesure aux mythes des dieux égyptiens, aucun n’était allé aussi loin dans la démythification du panthéon grec. Il faut noter ici que le contexte dans lequel évolue le mythographe est particulier : il voit de ses yeux le processus de divinisation d’Alexandre le Grand, le plus grand conquérant que la Grèce antique n’ait jamais connu. Lui, qui sait bien qu’Alexandre de Macédoine n’était qu’un homme, assiste de son vivant, à la transformation de l’homme en dieu; il est certain que cette déification a eu une influence sur sa façon d’envisager l’Olympe des dieux.

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Droits de l’homme à l’UPR : Une France au-dessus de tous soupçons ?

La France passait ce matin du 14 mai ce qu’elle qualifiait de « grand oral », à travers le nouveau mécanisme du Conseil des droits de l’homme, l’Examen Périodique Universel. Séance présidée par une troïka de 3 Etats-membres (la Zambie, l’Italie et la Malaisie), les questions d’une quarantaine d’Etats sont venues demander des comptes au « pays des droits de l’homme ». Sur des questions d’actualité, mais aussi sur des débats passés.

L’Hexagone a pris toutes précautions d’usage lors de son discours introductif : tout en rappelant son attachement aux droits humains, l’ambassadeur aux droits de l’homme M. François Zimerey a relevé qu’aucune nation, quel que soit son implication en la matière, ne peut se mettre au-dessus de la critique d’autres Etats. Un tel dialogue a des vertus constructives, et la France croit à « l’alliance des civilisations, et non au choc des civilisations », explique le diplomate. Prenant les devants sur les sujets qui fâchent, M. Zimerey rappelle qu’on « juge aussi une société à l’état de ses prisons. Pour être clair, nous avons des défaillances auxquelles nous avons décidé de pallier ».

Une présentation qui n’a pas dissuadée les pays de poser des questions incisives sur les conditions de détention pénitentiaires des condamnés, notoirement en surnombre. Ce qui pousse l’ambassadeur a préciser les actions prévues, telles que la constructions de nouveaux établissements, et la destruction d’autres, vétustes : « Dans les prochaines années, nous devrions pouvoir détenir 6’000 condamnés supplémentaires. De plus, la mission de la prison est repensée, avec l’idée que ce lieu a pour objectif la réinsertion des délinquants. Nous privilégions aujourd’hui des mesures telles que la semi-liberté ou le port de bracelets », défend-il.

Devant la multiplication d’offices – indépendants, souligne l’ambassadeur – chargés de faire respecter les droits de l’homme, certains s’inquiètent des difficultés de coordination inhérentes. Réponse toute trouvée, somme toute très française : « Notre pays a créé un nouvel office chargé d’assurer une telle coordination, et harmoniser les pratiques ».
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Mauritanie: Le coup d’Etat démocratique

A priori, on peut se demander ce que les termes « démocratique » et « coup d’Etat » peuvent bien avoir en commun. Quel sens peut-on trouver à une phrase composée de ces deux antinomies. Un coup d’Etat ne peut être démocratique, puisqu’il se solde immanquablement par un régime autocratique, voire oligarchique.

Vall en civilC’est pourtant en pariant sur la réussite d’un coup d’Etat de transition, un « changement » comme il préfère dénommer son acte, que Ely Ould Mohamed Vall renverse Maaouiya Ould Taya, au pouvoir depuis plus de vingt ans en Mauritanie. Jusque-là directeur de la sécurité du pays, il profite du départ de Ould Taya en août 2005, qui se rend aux obsèques du roi saoudien Fahd, et prend le pouvoir à la tête d’un junte. Il promet de remettre le pouvoir à la population « au plus tard dans 2 ans ». Personne n’est dupe, la communauté internationale, l’Union européenne et l’Union africaine, tous condamnent la prise de pouvoir contraire au droit international, et demandent à Vall de rendre les rênes. Et 19 mois plus tard, Vall et sa cohorte se retirent. L’ancien président a pris la peine de s’expliquer sur ce coup d’Etat lors de la 9ème et dernière journée du 6ème Festival international du film sur les droits humains.

Brève présentation de la Mauritanie, tout d’abord. Grande comme deux fois la France, elle est composée de 3 millions d’habitants, dont 1 million de votants. Elle est sous le régime d’un parti unique depuis son indépendance (en 1960), et connaît une succession de coups d’Etat jusqu’en 1984, année où Maaouiya Ould Taya prend le pouvoir. Il le perd en 2005, lors du dernier coup d’Etat (réussi). Le pays est majoritairement arabe, officiellement musulman (le pays se nomme « République islamique de Mauritanie ») ethniquement très diversifié, et fait partie depuis peu du club des Etats producteurs de pétrole. Ca n’en reste pas moins un pays très pauvre du monde arabo-musulman.

carte de la mauritanie

C’est dans un contexte qu’il décrit comme sans issue, qu’Ely Ould Mohamed Vall renverse le président d’alors. Il explique, en effet, que le « droit le plus élémentaire pour un peuple est de disposer de sa propre liberté ». Or, invariablement depuis l’indépendance, le régime du parti unique décide à la place du peuple. Chaque nouveau dirigeant décrétait, jusqu’en 2005, que « le peuple n’était pas prêt pour la démocratie ». Cette situation aurait pu se perpétuer sans fin.
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Si les Russes veulent l’autocratie, qu’ils l’aient – entre stéréotypes et réalités

A un journaliste français qui lui demanda si en éradiquant le terrorisme tchétchène, il ne risquait pas d’éradiquer la population tchétchène elle-même, Vladimir Poutine répondit « si vous voulez devenir un islamiste radical et êtes prêt à vous faire circoncire, je vous invite à Moscou. Nous avons un pays multi-confessionnel, nous avons des spécialistes de cette question et je vous recommande de pratiquer cette opération de façon à ce que rien ne repousse ». Cela se passait lors d’un sommet Union européenne-Russie à Bruxelles, le 11 novembre 2002, en présence d’un Romano Prodi qui peine à cacher son dégoût, et qui pourtant ne pourra condamner l’incident – il « doutera » que Poutine ait réellement proféré ces paroles. A en voir son air médusé, il semble pourtant qu’il ait très bien compris les propos du président russe.

La vidéo de Poutine est disponible. (Malheureusement, on ne voit pas suffisamment Prodi sur ces images)

A côté d’une telle déclaration, la polémique autour du « casse-toi sale con » du président Sarkozy peut sembler inutile. On devrait plutôt s’offusquer du fait que Jacques Chirac, l’ancien président français, ait remis à Poutine la plaque de Grand-Croix de la Légion d’honneur, argumentant devant les journalistes qu’il n’était « pas question de lier » le problème des droits de l’homme en Russie aux relations économiques avec ce pays, en particulier dans le domaine de l’énergie. « Ce sont deux sujets qui n’ont pas de rapport », avait-il expliqué. Quand on sait avec quel empressement Nicolas Sarkozy a félicité Medevev lors de sa récente « élection », on se demande si les journalistes sont capables de discernement dans le choix de leurs sujets.

La 7ème journée du Festival des droits humains était consacrée à la Russie. Un pays qui, selon Mme Oksana Chelysheva, journaliste et militante des droits de l’homme, « fait quotidiennement l’objet de meurtres, extraditions, tortures et condamnations arbitraires ». La liberté d’expression est un vain mot, les journalistes n’ont pas la possibilité d’informer l’opinion publique : « nous ne pouvons pas faire la lumière sur les violations commises par le gouvernement, il nous est impossible de travailler ». La police est extrêmement violente, et l’usage de la force démesurée. Ainsi, lors d’une marche de protestation contre le pouvoir en mars 2007, 10’000 hommes lourdement armés étaient déployés dans la cité russe de Nizhny Novgorod (la troisième ville du pays), avec pour mission la surveillance de 200 manifestants réclamant plus de liberté. A cinquante contre un, on se demande de quoi le Kremlin a-t-il aussi peur.

Les attentats du 11 septembre ont été un prétexte pour restreindre les libertés fondamentales aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, pour envahir l’Afghanistan et l’Irak, c’est une histoire bien connue en Occident. Ce dont on parle moins, c’est à quel point ces attentats, que Poutine a condamné avec la plus grande fermeté, ont été utiles à son administration pour faire taire l’opposition russe. Avec le même résultat que la croisade occidentale, pour Chelysheva : aucune diminution de l’extrémisme, qui au contraire s’en est retrouvé légitimé par celui qui déclarait qu’il irait « buter les terroristes tchétchènes jusque dans les chiottes » (sic).
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Le chasseur de dictateur – the dictator hunter

Reed Brody n’est assurément pas un homme comme les autres. Pourquoi ? On le surnomme le « chasseur de dictateurs ». Porte-parole de Human Rights Watch (HRW), il a traqué des années durant Hissène Habré, ancien dictateur tchadien. Pour le troisième jour du 6ème festival du film sur les droits humains, la moitié de la journée lui a été directement ou indirectement consacrée. Deux films ont ainsi été proposés, suivis de débats.

Le premier film, qui lui est nommément consacré, the dictator hunter, a un côté hollywoodien dérangeant. Assez peu de place est donnée aux victimes de Habré, et Brody y fait l’objet d’un culte quelque peu dérangeant pour un homme qui se veut avant tout un outil actionné par la défense. On y découvre comment il a mis sa vie personnelle de côté des années durant et quelle souffrance anime les victimes et leurs proches de cette dictature longue de 8 ans (de 1982 à 1990). Un travail de longue haleine, qu’il poursuit malgré les déconvenues uniquement pour éviter l’oubli. Car depuis plusieurs années, l’ancien président a trouvé refuge au Sénégal, dans une confortable villa d’où il peut toiser sans remords ses anciens citoyens venus lui demander de rendre des comptes.

Comme l’explique Brady, « tuez une personne, et vous êtes accusé de meurtre. Tuez-en 40, et vous êtes interné dans un asile. Déchaînez la violence et assassinez-en 40’000, et vous voilà à l’abri de représailles ». Jusqu’à Brady, aucun ancien dirigeant africain n’avait été traduit en justice. L’impunité des crimes dictatoriaux semble totale; le seul dirigeant qui aurait pu faire l’objet d’une accusation, Slobodan Milosevic, est mort dans les geôles de La Haye. Le courage de cet homme pourrait faire basculer cette coutume : l’Union africaine (UA) a décidé, il y a un an et demi, sous la pression des activistes des droits de l’homme de juger son ancien membre au Sénégal. Au Tchad, le procès n’aurait pu avoir lieu. Et établir le tribunal en Belgique, pays d’où a été activée la procédure à l’origine, serait politiquement problématique, puisque les dirigeants africains actuels ont le sentiment qu’il s’agit d’une affaire africaine. On préfère laver le linge sale en famille.

Malgré cette fantastique réussite, Hissène Habré n’a pas été jugé en 18 mois. L’instruction n’a même pas démarrée. Des signaux contradictoires sont émis pas ceux-là même qu’hier, s’engageaient personnellement à faire triompher la justice. Idriss Déby, « président » depuis sa chute, perçoit le risque qu’il peut y avoir à demander aux dictateurs répondre de leurs actes. Et c’est là le coeur du problème : comment juger un dictateur, sur un continent où la démocratie est un voeux pieu ?
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La montée du populisme en Europe : la gauche s’autocongratule

Pour ouvrir le Festival du film et forum international sur les droits humains (FIFDH), et prolongeant la diffusion du film La machine populiste (Jean-Pierre Krief, 2007), un débat était organisé ce vendredi 7 mars autour de la montée des populismes sur le Vieux continent. Une semaine de films consacrés aux droits de l’homme, le festival est résolument engagé, et contient une affiche des plus prometteuses : Carmen Castillo, Oskana Chelysheva, Aye Chang Naing, pour ne présenter que la devanture. Alléchant, car la qualité est épaulée par la quantité de courts, moyens et longs métrages, de films et de documentaires. On se dit, au moins sur le papier, qu’on va apprendre bien des choses. Mais est-ce le cas ?

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Ca commence mal. Le documentaire La machine populiste est un affront fait à l’intelligence des spectateurs. Un pamphlet sans créativité qui, sous prétexte de dénoncer les idées populistes de l’extrême droite, a une forme insupportable et un fond inexistant. Durant 52 minutes, on attend un argument. Une enquête. Une information. Autre chose que des gros plans suggestifs et subjectifs des leaders honnis par une assemblée soucieuse des droits humains, des images baignant dans une musique suffisamment noire pour bien faire comprendre au spectateur que c’est le mal incarné qui est à l’écran. Ralentis, discours coupés à la seconde près, aucun recul, on se croirait pris dans la tourmente d’un quelconque film de propagande de l’ancienne RDA. Le rideau se ferme, le calvaire prend fin, la prise d’otage est terminée : le public est enfin libre de penser ce qu’il veut, la chape de plomb se lève. Le sens critique refait surface.
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Joaquí­n José Martínez, un témoignage essentiel sur la réalité des couloirs de la mort aux USA

La peine de mort, tout le monde a son avis sur le sujet, variant entre l’inacceptable, « l’inacceptable mais » ou le carrément justifié. Le sujet est si sensible, si profond que tout un chacun se sente légitimé à se prononcer. Et souvent de manière tranchée.

Conférence Joaquin Jose Martinez publicJoaqui­n José Marti­nez était à Genève à l’occasion de la journée des villes pour la vie et contre la peine de mort, en ce vendredi 30 novembre 2007. Survivant des couloirs de la mort, son témoignage est essentiel pour dépasser les lieux communs sur la peine capitale. Il a séjourné dans cet enfer, enfermé entre quatre murs et sans aucun espoir de retour. Il n’aborde pas de manière théorique la chose. Du moins, il ne le fait plus : avant son chemin de croix, il était, comme tant d’Etasuniens, favorable au châtiment suprême. De par son éducation, son entourage, le poids des coutumes locales, il croyait qu’elle se justifiait, qu’elle n’était réservée qu’aux crimes les plus odieux, la seule capable d’assurer la protection de la société contre ses dangereux éléments.

Ce qu’il a vécu a battu en brèche ces idées. Lui-même condamné à mort à l’issue d’un procès bâclé, résultat du faux témoignage d’une ex-femme vindicative, il a ouvert les yeux sur un monde dont il ne soupçonnait même pas l’existence. Des violeurs en série, des poseurs de bombe luttant contre les cliniques pratiquant l’avortement, des trafiquants de drogue, il a fait connaissance avec les bas-fonds de l’humanité. Avec terreur, il découvre des fous inconscients de leurs actes, mais aussi des innocents qui n’ont pas plus leur place derrière les barreaux que lui-même. Son quotidien sera peuplé de querelles mystiques, où notamment deux de ses compagnons de couloir débattent sans fin sur qui attendra l’autre auprès de Lucifer. Difficile d’imaginer que l’exécution ait jamais pu dissuader ces deux malades. Un troisième, avec qui il se lie d’amitié, décédera d’un cancer avant même d’avoir subit le mortel voltage de la chaise électrique; après avoir clamé son innocence treize ans durant, une analyse ADN révélera un an après sa mort que, non coupable, il l’était sans aucun doute possible. Le banal de Joaquín José, c’est d’évoluer entre fous et innocents, épicé de tortures administrées par des matons plus sadiques que ceux qu’ils surveillent, le tout servi dans un bol froid comme la mort. Ce qu’il a vu le changera à jamais.
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De l’impossibilité des races

Sus au politiquement correct, appelons un chat un chat, et cessons de prendre des pincettes pour exprimer ce que nous savons tous être vrai ! Les races existent, et ce n'est pas être raciste que de dire qu'il existe des différences entre les hommes ! Sous ce cris du coeur lancé périodiquement dans le débat politique ou dans le cercles des proches, que nous avons tous entendu - voire auquel nous avons participé - se cachent sans coup férir les racines du racisme. Pourquoi ? Parce que sous le couvert de démonter un "politiquement correct" qui nous empêche d'utiliser des…

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