Sa majesté Sabancaya, rencontre du troisième type avec un volcan actif

Sabancaya, première rencontre

C’est l’histoire d’un volcan nommé Sabancaya. Il est le 7ème volcan actif le plus haut du monde, en éruption depuis 2016. Mais à ce moment-là, lorsque j’admire ses rejets au loin, j’ignore son prénom et caractéristiques. Ses volutes s’élèvent au ciel sans montrer aucun intérêt pour ma personne. J’écarquille les yeux devant sa majesté, il crache sa fumée à des dizaines de kilomètres, agacé par la pesanteur qui l’empêche de s’élever comme sa nature le voudrait, mais c’est un décollage que la nature lui interdit.

Dans un moment un peu fou, je m’imagine avec arrogance le pousser à se dévoiler. Je suis en route pour la vallée de volcans (le valle de los volcanos) située au sud du Pérou, la coïncidence me trouble. Sabancaya est ardant, vivant, alors que je m’en vais voir ses frères éteints à quelques dizaines de kilomètres de lui. La nuit étend progressivement son manteau, je finis par extirper mon visage de la vitre embuée de mon véhicule, et oublie la force de la Terre qui me montrait comment on respire lorsqu’on est un géant.

Le cimetière du valle de los volcanos me retiendra une semaine au cours de laquelle mes genoux ont bien failli trépasser. Aucun transport n’est opérationel en ce temps de pandémie, le touriste est condamné à parcourir la région à pieds. Je visite les volcans morts et leur histoire, hantant la région comme un fantôme. Mon excursion m’ayant blessé les articulations, je rentre me reposer à Arequipa, une ville morte durant cette pandémie assassine. Que les activités soient limitées me convient à merveille, j’ai tous les prétextes nécessaires pour redonner vie à mes jointures. Trois semaines passent, faites d’écriture et réflexions scientifiques, je me dore la pilule au soleil comme un lézard à deux queues. Mes genoux ne geignant plus, je m’apprête à reprendre ma route qui, je pense naïvement, me mènera à Lima pour décoller en direction d’un pays limitrophe, soit l’austère Bolivie ou le froid Chili. Je consulte les dernières nouvelles d’Andina, l’agence de presse péruvienne. Il est possible que l’ouverture des frontières terrestres soient au programme, et je trouve ce moyen de transport plus conforme à mes aspirations environnementales. Pas de nouvelles sur l’ouverture d’un passage; je m’apprête, dépité, à prendre un dernier café, lorsque… une photo de gaz volcanique attire mon regard sur la page internet que j’étais sur le point de refermer. On y parle de Sabancaya le magnifique, un volcan dans la région d’Arequipa que l’Institut de volcanologie péruvien (l’ingemmet) garantit ne pas être dangereux pour les habitants des villages dans sa proximité. Les scientifiques, qui font régulièrement des mesures, supputent qu’en cas d’explosion agressive le Sabancaya (langue de feu en quechua) n’atteindra pas les habitations humaines. L’univers me ferait-il un clin d’œil ? Ou est-il mécontent de mon manque de persistance, ma mémoire défaillante oublieuse des respirations poussées par le centre du monde contemplées quelques semaines auparavant ? Je réfléchis : est-ce raisonnable de m’attaquer à l’un des phénomènes les plus brutaux de la terre, pouvant me balayer sans même le savoir ? N’est-ce pas faire preuve d’arrogance que de croire que l’on peut survivre aux Titans ? Les contes grecs sont emplis de héros châtiés par Némésis, car ils faisaient preuve d’insolence, d’hubris.

Sabancaya, deuxième rencontre

Je décide que l’expérience est suffisamment prometteuse en adrénaline et unique pour tenter une telle aventure malgré la punition possible des dieux. De plus, une femme à Espinar m’avait conté les merveilles de la région du Colca, je serais bien mal inspiré de ne pas profiter du maximum des beautés du Pérou avant de m’envoler pour d’autres contrées. Combien de fois aurai-je une telle occasion de repousser mes limites ? Je rêve de voir les exhalaisons brutes de Gaïa depuis des années. J’aspire à me rapprocher plus que ne le veut le bon sens de ces monstres éveillés dont les ramifications sanguines s’étendent jusqu’au centre de la Terre. Je partirai dans la vallée du Colca, et des fourmillements d’appréhension et d’excitation commencent à parcourir mon corps. Il est temps de nous mettre en danger, mes genoux et moi.

Le départ d’Arequipa se fait sans encombre. Je parviens en quelques heures à Chivay, village de 5000 habitants, dont le grandiose passé touristique semble fané. Petite ville ou grand hameau, elle est vidée de ses habitants qui s’en sont retournés aux champs, les chakras, à défaut de s’occuper de touristes inexistants. Quelques cafés et pizzerias restent ouverts autour de la plazza de armas, le centre du village, mais seuls les quelques propriétaires terriens fortunés se laissent aller aux délices à l’européenne, buvant des cappuccinos et expressos très forts. Qu’une bourgade aussi minuscule possède les étendards de la mondialisation contraste avec le désert qu’elle est devenue. On croirait l’une de ces villes du far-west, construite en 10 jours avec ses bars et ses lupanars, puis abandonnée en quelques heures après l’épuisement de son seul filon d’or. Le gisement touristique, asséché par la pandémie, a fui la région réputée pour ses condors, ses balades dans le canyon, ses geysers et ses montagnes enneigées. Le Mismi, montagne dont le pic est recouvert d’une robe blanche et humide, culmine à 5600 mètres et serait l’une des sources principales du fleuve Amazone. Les guides expliquaient autrefois aux touristes qu’il s’agit de la source du plus grand fleuve au monde. Le conte permettait d’attirer un maximum de voyageurs et d’aventuriers tel Mike Horn qui, en 1997, descendit le sommet en hydrospeed jusqu’en Amazonie.

Les montagnes environnantes sont certes passionnantes, mais je ne suis là que pour celle qui éjecte des cendres grises dans la vallée. Je me renseigne auprès des locaux, leur demande de m’expliquer ce qu’il y a à voir dans la région, et glisse parfois subrepticement dans la conversation que j’aimerais voir Sabancaya. Je ne parle à personne de mon projet ambitieux de le grimper, on me prendrait pour un fou. Les locaux me conseillent de me rendre à Yanque pour l’apprécier de plus près. Je mets le cap sur le minuscule hameau, situé à une vingtaine de minutes de Chivay en combi (minivan collectif). Je gravis un petit mont, recouvert des ruines d’une quelconque civilisation pré-inca, et là, le cracheur de feu m’observe à une distance de vingt ou trente kilomètres, riant de mes peurs ancestrales, m’invitant à l’aventure la gueule ouverte tout en m’assurant que Némésis condamnant l’hubris n’est qu’une fable de vieille femme. Je l’immortalise de loin avec ma technologie éphémère, espérant devenir immortel plus tard à ses côtés.

 

Plans pour une troisième rencontre avec Sabancaya

Une fois l’émerveillement passé, je serpente jusqu’à Chivay échafaudant un plan de rapprochement. Ma forme physique n’est pas au plus haut et ma résistance à l’altitude au plus bas. Je dois m’entraîner ainsi que dénicher un fou pouvant me rapprocher du volcan. Je passerai une semaine à poursuivre ces deux objectifs.

J’entre en contact avec tous les personnes susceptibles de m’aider : j’approche la mairie, le département du développement économique, puis enfin les rares agences de voyage à être encore ouvertes. On écarquille les yeux face à mes demandes, on se fait rationnel : « non monsieur, il n’est pas possible de visiter le Sabancaya, il est en éruption ». Le calme avec lequel on m’oppose une réalité dont je refuse l’existence tranche avec mon bouillonnement intérieur.

Ne prêtant que peu d’attention à ceux qui me parlent d’impossibilité, je continue opiniâtrement mes recherches. Et je tombe sur Pedro, un guide de 43 ans, petit mais filiforme pour un Péruvien de son âge. Son allure m’indique qu’il s’agit d’un habitué des sommets. Il me sert la main façon pandémie, c’est à dire que nous échangeons un coup de coude. Je lui fais part de mon obsession, et ses yeux s’agitent avec excitation devant le projet.

– « Le Sabancaya? Mais tu peux le voir depuis Yanque, ou Pinchollo. Tu veux beaucoup t’en approcher ?

– Le plus près possible. J’ai lu qu’il y avait de la lave. Je n’ai jamais vu de lave de ma vie. »

Pedro laisse transpercer sa nervosité, puis se reprend très vite.

– « Je peux regarder ce que l’ingemmet en dit. Je dois demander à la mairie les autorisations. Et il nous faudra de l’équipement. Laisse-moi quelques jours. »

Une voie vient de s’ouvrir vers le sommet. J’en chercherai d’autres, notamment à Yanque. Je ne mets jamais tous mes mousquetons à la même corde. Certains finissent par s’accrocher fermement, d’autres se détachent rapidement. Je passe encore une journée à Chivay, rêvassant au village tel qu’il devait être autrefois, avec ses fêtes et ses danses, ses cafés enfumés par les Européens, et une place centrale animée. Je jette un coup d’œil à ma carte de la région, glanée lors de mes recherches d’aventuriers fous, et remarque le nom d’un hameau, faisant face de Sabancaya : Pinchollo. Je cherche dans mes notes éparses, personne ne m’en a parlé. Il semble proche toutefois d’un mirador de condors, d’un geyser, et de hautes montagnes. L’endroit semble parfait, je saute dans une combi, me voilà parti au cœur du canyon du Colca.

S’essouffler pour des condors et miradors

Il est 15 heures lorsque le véhicule me lâche à Pinchollo. Le hameau est minuscule, une centaine voir deux cents habitants, et presqu’aucun n’est présent. Je cherche quelques enseignes m’indiquant un hostal, j’en trouve deux, mais les deux hébergements sont fermés. J’appelle un numéro figurant sur le mur du second, et une femme m’explique qu’elle a fermé son établissement, qu’elle est actuellement à la chakra. J’insiste, et lui explique que si elle ne peut me loger, je devrai me contenter de dormir sur la plazza de armas dans le froid. Elle finit par céder, et me demande d’attendre une petite heure le temps qu’elle termine son travail aux champs. Elle tient sa promesse, et une minuscule femme d’une cinquantaine d’année vient m’ouvrir la porte de l’hostal, où je m’engouffre avec assurance. Il m’est arrivé par le passé de jouer la même scène à 4 heures du matin avec des températures négatives, je suis rôdé.

Il n’y a rien à faire dans le hameau si ce n’est regarder les enfants jouer au football contre les murs décrépits. Je passe en revue les coins où je pourrai m’entraîner à respirer avec un minimum d’oxygène. Je remarque que le Sabancaya est caché à ma vue, malgré ma plus grande proximité. De nombreuses montagnes s’interposent entre Langue de feu et moi, il me plairait de battre des ailes comme un condor andin pour me hisser dans les airs. Qu’à cela ne tienne, j’irai observer ce grandiose volatile, le deuxième à l’envergure la plus large, depuis les précipices.

Ma logeuse m’indique qu’à une heure de marche, un mirador offre une vue imprenable sur le plus grand vautour du monde. Je la scrute de haut en bas, compare mes jambes aux siennes, et en déduit qu’au plus 45 minutes me séparent de ma destination. Il me faudra deux heures pour y parvenir, elle avait omis de m’indiquer qu’elle parlait d’un raccourci.

Le spectacle qui m’attend est de toute beauté. Les rapaces s’élancent sur les courants aériens comme des kayakeurs sur l’eau. Ils dansent sur les fils arachnéens de l’éther sans remuer la moindre aile. Danseurs infatigables car le vent fait tout le travail à leur place, ils ressemblent à ces marionnettes siciliennes théâtrales remuées avec ardeur par des marionnettistes et qui restent obstinément rigides. Les condors sont un mélange de marionnettistes et de marionnettes, ils tirent leurs propres ficelles célestes avec une habileté consommée.

Je transpire les jours suivants à m’exercer dans la région, respirant à 4000 mètres alors que ma mission requiert au moins 1500 mètres de plus. C’est comme s’entraîner pour l’Everest depuis le Mont Blanc, la démarche est futile. Je découvre le geyser des guides touristiques, phénomène qui passe à mes yeux pour le stade infantile d’un volcan. La zone est nuageuse et hostile, mais présente des couleurs que l’on ne trouve que dans ces lieux où la soupe primitive se cuisine, et les premières bactéries s’unissent avant d’aller affronter le monde. Le geyser de Pinchollo est bien pauvre en face de ses confrères de l’Islande ou du parc de Yellowstone, mais à ce moment précis, je me suis enrichi de l’amuse-bouche. Et je reviendrai à plusieurs reprises sur les lieux, moins pour m’adonner à la contemplation que pour apprendre à respirer en faisant des efforts en altitude.

L’entraînement touche à sa fin, et bien que je ne me sente pas prêt pour l’altitude de Sabancaya, il me faut retourner à Chivay. Pedro m’explique qu’il a tout ce qu’il faut pour s’attaquer au Titan des profondeurs de la terre. Ce n’est évidemment pas vrai, et je patiente encore quelques jours. Les jours au soleil radieux alternent avec la pluie. Nous examinons les données volcanologiques et météorologiques avec Pedro espérant ainsi trouver le meilleur jour pour aller à la rencontre de Sabancaya. J’ai la sensation que nous sommes deux Martiens décidant du moment adéquat pour attaquer la Terre, utilisant des chiffres que nous ne comprenons pas totalement. Nous avons recours à un art divinatoire basé sur des chiffres pour nous donner constance et certitudes; avec beaucoup d’assurance, il est décidé que vendredi, nous irons assaillir un volcan qui ne se doute de rien.

Rencontre du troisième type

2 heures du matin. Il faut partir tôt, le trajet en 4×4 sera long. Pour se rapprocher du cratère, nous empruntons des routes sinueuses, trouées, et évitons les ruisseaux asséchés mortels pour la voiture. Je ne sais pas comment Marcos, le conducteur, trouve son chemin. Il m’explique être habitué. Cela doit faire 4 ans qu’il n’a pas pris cette route, nous n’avons pas la même définition de l’habitude. Je ne peux rien faire sinon m’angoisser, je m’étale sur la couchette arrière du véhicule et pique un somme. On m’a dit que le chemin prendrait 2 heures, je me réveille 4 heures plus tard. Nous sommes à 3 kilomètres du camp de base, et la voiture est tombée en panne. « Foutu camelote chinoise », me lance Marcos. Une moitié du volant a disparue à un moment de l’existence du 4×4, je le soupçonne de ne pas être précautionneux. Ou de ne pas avoir accès à des pièces de rechanges, on se demande à quoi a-t-il accès à Chivay. Heureusement, il est mécanicien, et je prie qu’il parvienne à faire des miracles durant notre absence. Il est presque 6 heures, le soleil est déjà bien levé, Pedro et moi prenons nos sacs à dos et débutons notre périple. Je me demande comment nous pourrions rentrer si Marcos échoue dans sa tâche : le plus proche village est situé à 20 kilomètres, et nous nous apprêtons à marcher en haute montagne, ce qui va nous épuiser. Je me défais de mes craintes, il n’est pas question de laisser ces préoccupations mineures me gâcher la découverte d’une force de la nature.

Le dénivelé se présente comme une promenade. La montée est graduelle, et en comparaison des montagnes que j’ai montées jusqu’à présent, je ne suis guère impressionné. Je grimpe sans difficultés… le premier kilomètre. Il en reste deux, et la respiration se fait exigeante. Je maudis la voiture en panne qui n’a pu m’emmener jusqu’au camp de base. J’ouvre mes poumons aussi grands que je le peux, mais je m’essouffle comme vieillard. Je force le second kilomètre, je m’éreinte sur le troisième. Le ciel est dégagé, splendide, et l’on observe déjà les volutes gazeuses de Sabancaya qui recouvre sa zone. Car il s’agit de son territoire, il peut faire de nous ce qu’il veut. Animaux ou humains sont soumis à son bon vouloir, Sabancaya est un roi de la Terre, et nous entrons dans son royaume. J’oublie temporairement ma fatigue, mon guide et moi sommes arrivés au dernier poste d’analyse de l’ingemmet. Au-delà, le désert gris de cendres et de pierres crachées par le grand capricieux s’étendent à perte de vue. Je reprends mon souffle, bois autant que je peux, tourne mon regard dans toutes les directions, mais reviens immanquablement à la star de ces lieux, qui éructe son paquet noir à plus d’un kilomètre au-dessus d’elle tous les quarts d’heures.

– « On continue ? », fais-je à Pedro.

– « On est déjà très près. Deux kilomètres tout au plus. L’ingemmet ne veut pas qu’on se rapproche plus. »

Je tente d’activer mes neurones. A cette altitude, on ne réfléchit plus normalement. Je ne sais pas comment font les condors pour détecter des carcasses à cette hauteur.

– « Rapprochons-nous encore. On n’a pas vu de pierres lancées par Sabancaya. L’ingemmet ne saura jamais que nous n’avons pas tenu parole. On n’est pas venu si loin sans être un peu roublard. »

A son corps défendant, voyant bien que je continuerai le chemin quoi qu’il arrive, Pedro me suit. Rapidement, c’est moi qui le suit, mes poumons expulsant à nouveau la chaleur de l’enfer. Nous sommes à 5500 mètres au-dessus du niveau de la mer, et je marche par sections de 50 ou 100 mètres, avant de reprendre mon souffle et mes esprits. La vision parfois défaille, des maux de têtes m’assaillent, mais je n’ai d’yeux que pour Sabancaya qui me toise de la même manière que Cerro Mongón il y a quelques mois. Le Péruvien et moi-même revêtons pour nous protéger des masques de protection qui ont trop vécu, des casques de kayak n’ayant rien à faire à cette altitude, et continuons notre périple de fourmis arrogantes et insouciantes du danger. Eole est de notre côté jusqu’à présent, et souffle dans la direction opposée à la nôtre, nous protégeant des gaz certainement mortels de Sabancaya. Mais Eole est aussi capricieux qu’un homme, et bien que nous devisions sur la meilleure stratégie à tenir pour s’approcher du monstre. En réalité, le choix se réduit à deux options : continuer ou non. Nous continuons, et j’essaie de rassurer Pedro en m’improvisant vulcano-géologue et lui montrant que peu de pierres ont été éjectées jusqu’à notre chemin. Pedro me rassure en me disant que mes maux de têtes vont passer. Ni lui ni moi ne croyons en la véracité de nos propos, mais nous marchons.

Pedro s’arrête. 1 kilomètre nous sépare des fumées champignonesques de Sabancaya. Lorsque sa majesté éructe, nous sentons le sol vibrer sous nous épais souliers de montagne. Des petites pierres pyroclastiques recouvrent les alentours. Nous sommes allés aussi loin que notre folie pouvait nous pousser, et tombons d’accord qu’aller plus loin serait de l’idiotie. Fous mais pas idiots, nous bombardons à notre tour de photos et vidéos la beauté naturelle qui s’offre à nous, reconnaissants que le courroux de notre seigneur ne prenne pas notre direction.

Les nuages s’amoncèlent. Nous entendons l’orage s’approcher. Nous ne savons plus si c’est Zeus ou Vulcain qui nous crie de partir. Pedro me fais signe qu’il est temps de partir, je peine quant à moi à me détacher de la magnificence de la nature déchaînée. Il est des morts qui ont du panache, et peut-être est-ce le manque d’oxygène, mais dans un éclair de romantisme désuet, je m’imagine mordre la poussière volcanique frappé par la foudre devant le volcan. Pedro se fait insistant, me sauve de mes fantaisies imbéciles, et nous rebroussons chemin. Bien que mes bronches ne souffrent plus du manque d’air car nous descendons sans faire d’effort, je m’arrête continuellement pour jeter un œil sur le magnanime Sabancaya qui a décidé de m’épargner aujourd’hui. Il est entré en lutte avec le ciel, s’oppose au tonnerre, les dieux n’ont plus que faire des hommes. Nous nous effaçons discrètement.

Une heure de descente plus tard, nous retrouvons Marcos et sa voiture chinoise réparée. Pedro et moi rions pour évacuer le stress de la montagne, et prenons la route de Chivay dans la bonne humeur. Nous avons eu de la chance, et toute expédition en montagne en nécessite. Mais je crois que j’ai eu plus de chance que d’habitude ce jour-là.

Cet article a 2 commentaires

  1. Christophe Barbey

    Hello Jean-Claude,
    Je me récite,
    Tu récites,
    Cela se récite !
    Je te lis,
    Tu te lis,
    Cela se lit !

    Tout cela est plus long qu’un poème, mais moi aussi j’aime les volcans et j’en ai abondamment jouis sur la Terre d’Islande.
    Que tes périples restent joyeux et gratifiants, formateurs un peu et épanouissants toujours !
    Joyeuses fêtes, où que tu sois,

    Christophe

    1. Cher Christophe ! Merci pour tes messages toujours sympathiques et porteurs de paix.

      Je compte bien boire le calice jusqu’à la lie, sois-en sûr.

      Merveilleuses fêtes à toi aussi, que 2021 te porte chance à toi et tous tes proches.

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