Il y a 147 ans, l’humanité s’enregistrait pour la première fois

Edison et son phonographe ? Ca ne viendra qu'en 1877. 17 ans avant ce qu'on tenait pour le début de l'aventure audiophonique de l'humanité, un typographe français, Edouard-Léon Scott de Martinville, enregistrait déjà avec son appareil dénommé "phonautographe", un appareil capable d'enregistrer les sons, mais pas de les reproduire. Qu'a cela ne tienne, la First Sounds, une association étasunienne qui se destine à créer une sonothèque des plus vieux enregistrements, a reconstitué, 1 siècle et demi plus tard, ce qui…

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Comment Jean Ziegler se fit élire au Conseil des droits de l’homme

Un article soupçonneux sur la récente élection de Ziegler, qui passe de rapporteur spécial sur l’alimentation au Conseil consultatif du Conseil des droits de l’homme. Mais comment pourrait-il en être autrement, avec l’homme qui voit des complots partout ?

Jean Ziegler le vieuxJean Ziegler est connu pour ses engagements sociaux et politiques, sa fougue à défendre la veuve et l’orphelin, ses appuis dans la société civile et dans les pays en développement. Sans oublier son opposition virulente aux carburants issus de l’agriculture. Il en a récolté le fruit le 26 mars lors de son élection triomphale au comité d’experts du Conseil (voir encadré). Il finira pourtant son mandat de rapporteur sur l’alimentation par une curieuse concession aux carburants « verts » brésiliens.

En octobre 2007 à New York, le rapporteur des Nations Unies sur le droit à l’alimentation critiquait en effet sévèrement la production d’agrocarburants, y compris au Brésil où, écrit-il, « le Mouvement (…) des sans terre a déjà dénoncé « l’esclavage » auquel sont soumis les ouvriers de certaines plantations ».

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J.O. chinois : médaille d’or de répression, lot de consolation pour la censure

Le battage médiatique, à quatre mois du rendez-vous olympique, est quotidien. Dans une autre situation, l’organisateur des J.O. aurait donc eu de quoi se réjouir; difficile pourtant de croire que cette publicité, très négative, est une aubaine. Difficile de croire aussi qu’elle pourra se renverser et que, au mois d’août prochain, tout ne sera que sourire et bonne humeur. Non, l’évènement est déjà entâché, et il le restera. Tout au plus pourra-t-on éclaircir la couleur de la salissure, mais le mal est déjà fait. Partant de cette hypothèse, il est très instructif d’observer comment la Chine, pays qui n’est plus communiste mais reste une dictature de parti unique, se démène pour amoindrir le terrible choc porté à son empire et son prestige. Comment le pays de Lao Tseu gère-t-il la levée de boucliers des journalistes, des citoyens et même des Etats ?

Il faut reconnaître un amateurisme infantile dans l’établissement de sa propagande : l’Empire du Milieu a beau se tortiller, il n’y a (pour l’instant) aucune créativité dans ses contre-attaques. La censure et la propagande sont utilisées sans retenues, et le People’s daily – journal officiel – ouvre les vannes de la manipulation comme jamais. Lorsque l’information est trop subversive et difficile à réécrire, le People’s daily fait l’impasse et renonce à la traiter; lorsqu’au contraire, l’information semble plus plastique, on s’engouffre avec délice dans la mythomanie : ainsi, partant du fait que les Tibétains se laissent aller à des meurtres de Chinois (une réalité factuelle), le People’s daily explique que Dalaï-Lama et sa « clique » seraient à l’origine des troubles au Tibet (le mensonge). Censure et manipulation sont servies comme les deux faces d’une même pièce, destinées à acheter l’opinion publique chinoise; malheureusement, cette pièce est l’un trente deniers pris dans la bourse de Judas Iscariote, et finira par se retourner contre celui qui s’est servi.

En premier lieu, la censure des évènements du Tibet est matériellement intenable; le black out imposé sur le moteur de recherche « google » (sur le mot « tibet » notamment) est facilement contournable. Mot mal orthographié (quid d’une recherche sur « tibét », renvoyant 57 millions de pages ?), utilisation d’autres moteurs de recherche, vidéos à la demande sur youtube ou dailymotion, communication sur d’autres outils internet que le web (email, chat, réseaux sociaux, etc) voue à l’échec une telle stratégie. Au contraire, cacher de manière aussi ostentatoire ne fait qu’aviver la curiosité; en entrant dans l’arène de la communication électronique, la Chine s’est condamnée à en accepter les règles libertaires numériques. C’est pourquoi elle a récemment lâché du lest, en proposant l’envoi d’une dizaine de journalistes internationaux au Tibet. Des journalistes qui seront aussi libres au pays du Dalaï-Lama qu’ils ne le sont en Irak, soit; mais qui rapporteront, à n’en pas douter, entre les lignes, des évènements contradictoires avec le discours officiel. Une balle dans le pied, mais que Beijing était obligé de se tirer.
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Nos pires peurs deviennent réalité

Oksana Chelysheva est une journaliste et défenseuse des droits de l’homme, dans la lignée d’Anna Politkovskaïa. Le monde sait combien il est dangeureux aujourd’hui de s’opposer au pouvoir du Kremlin; il faut avoir à l’esprit en lisant les lignes suivantes, combien chaque mot met en danger Mme Chelysheva, en pleine ligne de de mire du pouvoir dictatorial russe.

Nos pires peurs deviennent réalité, – Les autorités attaquent en justice ceux qu’elles détestent

par Oksana Chelysheva, depuis le site finrosforum.fi

Le 20 mars 2008, les autorités de Nizhny Novgorod et Arzamas ont lancé une nouvelle vague de raids dans les bureaux de la Fondation de Nizhny Novgorod pour promouvoir la tolérance et dans les habitations de nombreux opposants au pouvoir.

La Fondation pour promouvoir la tolérance est une Organisation non gouvernementale (ONG) russe, qui a été fondée pour continuer le travail de la Société d’amitié russo-tchétchène – aujourd’hui interdite. Cette dernière a toutefois été officiellement (ré)ouverte et enregistrée en Finlande.

La police a confisqué tous les ordinateurs des bureaux de la Fondation. Le bureau a été séquestré. Elle a aussi confisqué le téléphone portable de Stanislav Dmitrievsky, conseiller de la Fondation et président de la Société.

De plus, la police a mené des fouilles dans les appartements de nombreuses personnes associées à la coalition d’opposants « l’Autre Russie » : Ilya Shamazov, Yuri Staroverov, Yevgeni Lygin, Yelena Yevdokimova, Yekaterina Bunicheva et Igor Voronin à Nizhny Novgorod, ainsi que Dmitry Isusov et Maxim Baganov à Arzamas.

Ilya Shamazov, Yelena Yevdokimova et Yury Staroverov font tous partie du personnel de la Fondation.

Après avoir terminé les recherches dans l’appartement de Baganov, les autorités l’ont inculpé pour violation de l’article 282.2 du code pénal (« extrémisme »). Beganov a été interrogé à 3h30 le 20 mars. La police a confisqué son passeport.

Dmitrievsky a demandé au Comité d’investigation de découvrir les raisons de ces raids de masse. Quand j’ai joint Dmitrievsky, il rentrait à peine du Bureau régional du procureur, se rendant dans les locaux du Comité contre la torture de Nizhny Novgorod.

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On prend les mêmes et on recommence

George W. Bush et son administration resteront dans l'histoire pour avoir commis bien des impairs. Pour s'être trompés sur l'Irak, pour avoir ramené la torture dans les démocraties, pour s'être aliéné les alliés traditionnels européens, pour avoir ranimé avec une force jusque-là inconnue l'extrémisme, avoir été incapables de gérer l'ouragan Katrina, et j'en passe des meilleurs. Mais c'est surtout la guerre en Irak que l'on retiendra; bien décidés à en découdre, le gouvernement étasunien aura menti, associant le groupement terroriste…

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Le chant pour celui qui désire vivre

Qu’est-ce qui rassemble le phoque, l’ours et le loup ? Tous les trois vivent dans les parties nordiques de notre planète, et tous les trois sont les seuls moyens de subsistance des Inuits, peuple présenté dans la trilogie de Jorn Riel, « le chant pour celui qui désire vivre ». Trois épisodes que 500 ans séparent chacun, partant des confins des premières migrations inuits vers le Groenland, jusqu’à notre époque mystèrophobe. Un peu à la manière du monde de Corto Maltese, d’Hugo Pratt, la modernité avec son savoir arrogant a enterré les légendes, les peurs et les exploits d’hommes dont le courage n’avait d’égal que leur goût pour la liberté. La liberté, c’est ce que ce chantent sans faiblir les Inuits depuis des générations, et que nous conte Jorn Riel, explorateur de temps à jamais révolus. A travers « Heq », « Arluk » et « Soré », il explore les mythes et légendes inuits, nous faisant voyager dans le peuple inuit, nous dépeignant un tableau d’hommes et de femmes forts et fragiles à la fois, des légendes qui nous confrontent à notre modernité. Il prend pour cadre une arène de jeu que peu d’entre-nous pourrons jamais voir : le nord du Canada et surtout le Groenland, terre de découvertes et d’aventures. Une analyse pour ceux qui ont eu la chance de parcourir le triptyque glacé.

Les Inuits – « hommes », dans cette langue – sont paradoxalement emplis de tabous, et pourtant aussi libres que l’ours qui hiberne, le loup qui prend son temps pour choisir sa proie, ou le phoque qui cherche le trou idéal pour reprendre sa respiration. Lorsque le voyage est difficile, le voyageur s’arrête et se transforme en sédentaire. Lassé par une vie trop confortable, au bout d’un mois, d’une année et d’une décade, il reprend le chemin du nomadisme. Il mange quand il le peut, chasse, vie et meurt. Il aime, inconditionnellement, mais sans être esclavagiste : il a une, deux ou trois femmes, tout dépend de sa capacité à entretenir ses concubines. Si elles sont mal traitées, elles vont voir ailleurs. Si un autre homme désire l’une d’entre elles, l’affrontement est inévitable. Car la violence est omniprésente, générée par la mouvance des choses; comme les glaces groenlandaises, tout se redéfinit à chaque hiver, à chaque précipitation. Neigera-t-il, ne neigera-t-il pas ? De cela, les esprits décident, l’homme se contentant de faire ce que l’instant et l’instinct lui conseillent de faire. Sa seule responsabilité, c’est lui-même, rien n’est écrit.
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Mauritanie: Le coup d’Etat démocratique

A priori, on peut se demander ce que les termes « démocratique » et « coup d’Etat » peuvent bien avoir en commun. Quel sens peut-on trouver à une phrase composée de ces deux antinomies. Un coup d’Etat ne peut être démocratique, puisqu’il se solde immanquablement par un régime autocratique, voire oligarchique.

Vall en civilC’est pourtant en pariant sur la réussite d’un coup d’Etat de transition, un « changement » comme il préfère dénommer son acte, que Ely Ould Mohamed Vall renverse Maaouiya Ould Taya, au pouvoir depuis plus de vingt ans en Mauritanie. Jusque-là directeur de la sécurité du pays, il profite du départ de Ould Taya en août 2005, qui se rend aux obsèques du roi saoudien Fahd, et prend le pouvoir à la tête d’un junte. Il promet de remettre le pouvoir à la population « au plus tard dans 2 ans ». Personne n’est dupe, la communauté internationale, l’Union européenne et l’Union africaine, tous condamnent la prise de pouvoir contraire au droit international, et demandent à Vall de rendre les rênes. Et 19 mois plus tard, Vall et sa cohorte se retirent. L’ancien président a pris la peine de s’expliquer sur ce coup d’Etat lors de la 9ème et dernière journée du 6ème Festival international du film sur les droits humains.

Brève présentation de la Mauritanie, tout d’abord. Grande comme deux fois la France, elle est composée de 3 millions d’habitants, dont 1 million de votants. Elle est sous le régime d’un parti unique depuis son indépendance (en 1960), et connaît une succession de coups d’Etat jusqu’en 1984, année où Maaouiya Ould Taya prend le pouvoir. Il le perd en 2005, lors du dernier coup d’Etat (réussi). Le pays est majoritairement arabe, officiellement musulman (le pays se nomme « République islamique de Mauritanie ») ethniquement très diversifié, et fait partie depuis peu du club des Etats producteurs de pétrole. Ca n’en reste pas moins un pays très pauvre du monde arabo-musulman.

carte de la mauritanie

C’est dans un contexte qu’il décrit comme sans issue, qu’Ely Ould Mohamed Vall renverse le président d’alors. Il explique, en effet, que le « droit le plus élémentaire pour un peuple est de disposer de sa propre liberté ». Or, invariablement depuis l’indépendance, le régime du parti unique décide à la place du peuple. Chaque nouveau dirigeant décrétait, jusqu’en 2005, que « le peuple n’était pas prêt pour la démocratie ». Cette situation aurait pu se perpétuer sans fin.
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Si les Russes veulent l’autocratie, qu’ils l’aient – entre stéréotypes et réalités

A un journaliste français qui lui demanda si en éradiquant le terrorisme tchétchène, il ne risquait pas d’éradiquer la population tchétchène elle-même, Vladimir Poutine répondit « si vous voulez devenir un islamiste radical et êtes prêt à vous faire circoncire, je vous invite à Moscou. Nous avons un pays multi-confessionnel, nous avons des spécialistes de cette question et je vous recommande de pratiquer cette opération de façon à ce que rien ne repousse ». Cela se passait lors d’un sommet Union européenne-Russie à Bruxelles, le 11 novembre 2002, en présence d’un Romano Prodi qui peine à cacher son dégoût, et qui pourtant ne pourra condamner l’incident – il « doutera » que Poutine ait réellement proféré ces paroles. A en voir son air médusé, il semble pourtant qu’il ait très bien compris les propos du président russe.

La vidéo de Poutine est disponible. (Malheureusement, on ne voit pas suffisamment Prodi sur ces images)

A côté d’une telle déclaration, la polémique autour du « casse-toi sale con » du président Sarkozy peut sembler inutile. On devrait plutôt s’offusquer du fait que Jacques Chirac, l’ancien président français, ait remis à Poutine la plaque de Grand-Croix de la Légion d’honneur, argumentant devant les journalistes qu’il n’était « pas question de lier » le problème des droits de l’homme en Russie aux relations économiques avec ce pays, en particulier dans le domaine de l’énergie. « Ce sont deux sujets qui n’ont pas de rapport », avait-il expliqué. Quand on sait avec quel empressement Nicolas Sarkozy a félicité Medevev lors de sa récente « élection », on se demande si les journalistes sont capables de discernement dans le choix de leurs sujets.

La 7ème journée du Festival des droits humains était consacrée à la Russie. Un pays qui, selon Mme Oksana Chelysheva, journaliste et militante des droits de l’homme, « fait quotidiennement l’objet de meurtres, extraditions, tortures et condamnations arbitraires ». La liberté d’expression est un vain mot, les journalistes n’ont pas la possibilité d’informer l’opinion publique : « nous ne pouvons pas faire la lumière sur les violations commises par le gouvernement, il nous est impossible de travailler ». La police est extrêmement violente, et l’usage de la force démesurée. Ainsi, lors d’une marche de protestation contre le pouvoir en mars 2007, 10’000 hommes lourdement armés étaient déployés dans la cité russe de Nizhny Novgorod (la troisième ville du pays), avec pour mission la surveillance de 200 manifestants réclamant plus de liberté. A cinquante contre un, on se demande de quoi le Kremlin a-t-il aussi peur.

Les attentats du 11 septembre ont été un prétexte pour restreindre les libertés fondamentales aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, pour envahir l’Afghanistan et l’Irak, c’est une histoire bien connue en Occident. Ce dont on parle moins, c’est à quel point ces attentats, que Poutine a condamné avec la plus grande fermeté, ont été utiles à son administration pour faire taire l’opposition russe. Avec le même résultat que la croisade occidentale, pour Chelysheva : aucune diminution de l’extrémisme, qui au contraire s’en est retrouvé légitimé par celui qui déclarait qu’il irait « buter les terroristes tchétchènes jusque dans les chiottes » (sic).
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