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Le corps des femmes a toujours été un enjeu majeur en politique. Contrôler leur corps, c’est contrôler le futur de la société. Mais il y a un phénomène nouveau, promu grâce aux réseaux sociaux : c’est l’instrumentalisation des corps féminins, par les femmes elles-mêmes. La théâtralisation repose sur le conte moderne féministe de l’émancipation de la femme, alors que les projets fascistes ont toujours relégué la femme à une soumission masculine. Les choses auraient-elles changé ?
L’Espagne et la réhabilitation du nazisme
Isabel Medina Peralta, militante néo-fasciste espagnole, est belle et féminine. Elle sait jouer avec les caméras, et montre du « courage » en faisant un salut néo-nazi devant l’ambassade du Maroc à Madrid. Elle a 24 ans, et fait partie de ces femmes néo-fascistes qui militent pour des États occidentaux blancs, refusant tout type d’immigration de culture et/ou d’ethnie non européenne.
Medina Peralta assume le caractère néo-nazi de sa démarche : elle se promène avec un exemplaire de Mein Kampf dans les mains, jusqu’en Allemagne. Elle est une version entièrement assumée d’un retour à un État fort, traditionnaliste, basé sur la couleur de la peau et le rejet des droits des minorités et des droits humains. Elle partage de nombreuses idées avec les chauves tatoués d’American History X, mais extérieurement elle ne leur ressemble en rien : son esthétique est la nouvelle monnaie du monde à l’heure des réseaux sociaux. La féminité de son visage, la blancheur de ses dents, l’absence d’embonpoint, voilà comment elle vend ses idées fascistes.
Telle une vendeuse d’automobiles, qui sait qu’une jolie femme pousse à l’achat, elle se met en scène. Toutefois, contrairement aux femmes-objets du passé, Medina Peralta est une auto-entrepreneuse : elle choisit les règles de la théâtralisation de sa vie, avec pour objectif de mettre en avant ses idées bien évidemment, mais également d’en vivre.
L’internationalisation du fascisme français
Les groupes néo-fascistes féminins en France ont encore des scrupules à se revendiquer ouvertement de Pétain. Un homme peut timidement le faire, à l’image d’un Éric Zemmour, mais ni sa jeune et embellie compagne Sarah Knafo, ni le collectif Némésis ne le font. Peut-être parce que le travail de mémoire a été constant depuis la fin du régime de Vichy en France, et que la figure emblématique de Charles de Gaulle, ennemi acharné de Pétain, est difficile à dépasser. Lorsque des images d’Alice Cordier (responsable du collectif néo-fasciste Némésis) où elle fait des signes nazis circulent, elle n’assume pas et nie, au contraire de Medina Peralta. Mais la même théâtralisation féminine du corps de toutes les influenceuses d’extrême droite, se retrouve à l’identique. Il y a peu, Némésis se mettait en scène à Londres, revendiquant sa « liberté féminine » en retirant une burqa que, dans l’imaginaire d’extrême droite, les musulmans auraient imposée un jour aux femmes européennes.
Une « féministe » qui déclarait pourtant qu’en « tant que femmes et féministes, notre rôle aujourd’hui est de défendre nos hommes, nos mâles blancs et de redorer le blason du communautarisme entre personnes qui considèrent la France comme leur unique nation et la culture européenne ». Le féminisme à la sauce néo-fasciste est donc un rejet des traditions extra-européennes, mais une soumission à l’homme blanc et aux traditions européennes. En d’autres termes, il est suprémaciste blanc : on retrouve donc bien là le cœur de tout projet fasciste du siècle passé.
On y retrouve également une composante religieuse ; encore récemment, la militante Alice Cordier demandait à Elon Musk, grand allié de la cause des extrêmes droites européennes, de l’aide pour rétablir des comptes religieux bannis sur Twitter. Et c’est ici un point qu’il faut souligner : le néo-fascisme se revendique du christianisme, tout en rejetant les condamnations du Pape sur le traitement inhumain des immigrés, la « remigration », et tous les thèmes habituellement portés par l’extrême droite. La religion chrétienne forme donc un socle fantasmé, et non une marche à suivre.
L’alliance du sexe et du fascisme aux États-Unis
Mais les modes politiques viennent bien souvent des États-Unis, et on y trouve bien souvent le futur des mouvements européens. Outre-Atlantique, le néo-fascisme féminin est en train de devenir si caricatural qu’il fait ressortir sans équivoque les travers d’une voie suivie plus discrètement en Europe. On voit ici Savanna Cannon, une créatrice de contenu OnlyFans (site à caractère pornographique) prenant des positions suggestives pour parler d’immigration et d’une membre du Congrès américain d’origine somalienne, Ilhan Omar.

Aux États-Unis, on assiste à la fusion des réseaux sociaux (pornographiques et familiaux), de hautes aspirations et des plus triviales (politique et sexe) ainsi qu’à l’hypersexualisation féminine pour rendre les femmes indépendantes financièrement. Comme le présentait récemment une étude espagnole sur la sexualisation des femmes sur les réseaux sociaux[1] :
It seems to be the case that virtual influencers tend to be portrayed in ways that reinforce gender stereotypes. In particular, those of young girls, who are in the majority, have been presented as objects of desire, highlighting their youth, beauty and explicit sexuality in advertisements and social networks.
Les réseaux sociaux sont la clé de la prise du pouvoir par le fascisme au XXIe siècle
Si Leni Riefenstahl travaillait pour le IIIe Reich aujourd’hui, elle ne mettrait plus en avant le corps des hommes blancs, mais celui des femmes. L’esthétisation des corps a toujours remplacé le manque de programme politique ou ses incohérences profondes. Car que disent ces mouvements néo-fascistes de femmes sur la place de la femme dans la société ? Elles disent vouloir des enfants, mais n’en ont pas parce qu’elles travaillent à s’auto-réaliser. Elles disent rejeter l’islam, mais elles appellent de leurs vœux une version médiévale du christianisme. Elles prétendent vouloir une société où les « femmes sont des femmes » (sous-entendu, pas des transgenres), mais elles refusent de rester à la maison.
Les mouvements néo-fascistes féminins en Occident ont tous en commun de théâtraliser leurs actions, en raison du « regard » des réseaux. L’homme regarde la femme, une femme qui lui demande d’agir et de la protéger. Elle utilise son corps, car cela lui rapporte pouvoir et argent; la grande nouveauté, c’est l’internationalisation du néo-fascisme au moyen des réseaux sociaux qui, au moyen de leurs algorithmes, favorisent les femmes les plus jolies — mais aussi les plus extrémistes politiquement.
Références
- Sexualization of virtual female influencers as a digital marketing resource. A look at Virtual Humans among generation Z, mars 2026, ou accès direct au PDF[↩]