Bein oui, c’est ma formation, après tout.

Feu de joie triste, mai 68 est définitivement mort et enterré

Dans une ambiance qui n’a absolument rien à voir avec les émeutes de mai 1968, la France vit depuis 11 nuits les émeutes les plus violentes depuis 35 ans.

Alors qu’on se souvient des étudiants qui montaient aux barricades, qui s’opposaient aux forces de l’ordre en lançant des pavés, en scandant des slogans égalitaristes, aujourd’hui on assiste à une flambée de haine déchaînée par les déshérités des banlieues. Les deux sont parfois comparées dans la presse, est-ce à juste titre ?

Mai 68 était une révolution de bourgeois : ces jeunes voulaient détruire une société sclérosée par son aspect patriarcal. « Tu es jeune, attend que ça passe », disaient les chefs d’une société hautement traditionnaliste. C’était aussi des « tu es femme, trouve un mari et consacre-toi à ton foyer » beaucoup plus définitifs.

Quand on combat pour la liberté d’être un jeune, d’être une femme, c’est une lutte de riche; la panse est suffisamment remplie pour se préoccuper d’autres aspects de sa vie. Est-ce que les banlieues à feu (et à sang ?) ne sont pas de même des combats de bourgeois ?
(suite…)

3 commentaires

Elections de l’exécutif genevois : Khalil Gibran ou Paul Aymon ?

Je n'en avais pas du tout entendu parler, c'est pourquoi la surprise m'a cueillit avec une douceur inouïe. Un prophète est candidat à l'exécutif genevois ! Voilà à quoi ressemble sa candidature : sobre, mais chrétienne. Loufoque, mais engagée. Incompris, mais christique. Une croix, un "nom de parti" choc, un métier pas assez reconnu de nos jours, Paul Aymon n'y va pas par quatre chemins. Une interview bien faite pour connaître le bonhomme, et vous voilà au courant des dessous…

0 commentaire

Journal gratuit et matin bleu

En ce premier jour de démarrage du « Matin bleu », je ne pouvais faire autre chose que m’interroger sur l’impact des journaux gratuits dans le monde de la presse suisse. Parce qu’en Suisse le marché est microscopique (les mauvaises langues diront que c’est parce qu’en Suisse on est plus prudent qu’ailleurs), l’idée n’est transformée que bien des années après la France, l’Allemagne ou même l’Italie.

Et après réflexion, je m’étonne moi-même, mais je trouve que c’est une bonne chose. Peut-être plus parce que l’information se doit d’être gratuite, que par souci « d’informer la population ». Il faut être réaliste, ces journaux gratuits n’ont de « quotidien » que le fait de paraître chaque jour. Ils ne vont jamais informer la population, développer son esprit critique, affûter la curiosité du quidam. On va y parler fringue, faire de l’actu’ comme on dit, oublier l’analyse. Tout ce que je déteste 🙂

Mais peut-être que l’esprit corporatiste de la profession journaliste me dérange encore plus qu’un journal de mauvaise qualité. La Suisse, suivant là aussi le reste du monde (et sans retard !) connaît de grosses difficultés à maintenir une presse de qualité. Les journaux adoptent les standards de management venus d’outre-atlantique, remplaçant « la corroboration de source » par « public cible », « international » par « proximité ». Et cette presse gratuite fonctionne tout comme les nouvelles valeurs ont commencé à s’infiltrer en Europe dès les années 70, l’information étant une marchandise comme une autre.

Toutefois, je n’oublierai pas avec quel plaisir immense j’ai vu arriver l’information par internet. C’était il y a déjà dix ans, et me voilà qui me répétais en faisant des mouvements de va et viens du chef contre mon écran : « ce n’est pas vrai, ce n’est pas vrai ». Tout ce savoir, tous ces avis/opinions, tous ces discours historiques à portés de quelques clicks. Et ces mouvements de souris ne me coûteraient pas un sous ! J’en avais l’émotion au sommet de la gorge. Un sourire béat, je commençais à « surfer sur le web ». Pour voir quelques pubs de voitures et des kilomètres de textes rébarbatifs. Mais le mal était fait.

Ce mal, c’était un goût pour la recherche. La possibilité de pister tel un limier l’origine de la source – bien que possibilité très surfaite – était à portée de main. Toute ma façon d’appréhender l’information allait s’en trouver changer.

Pour en revenir au journal gratuit, un torchon qui ne viendra que se superposer à la longue liste déjà existante, ce n’est pas la « gratuité » qui doit être attaquée. Or, c’est sous cet angle là – à tort – qu’il a été contré.
(suite…)

12 commentaires

La grippe aviaire déplume l’homme

L’Europe, après l’Asie, vit un psychodrame depuis maintenant quelques semaines. La grippe aviaire, à l’origine de pas beaucoup plus d’une centaine de morts en 5 ans, est à en croire les quotidiens, la prochaine apocalypse : si les millénaristes se sont trompés pour l’an 2000, on a l’impression que ce n’était que de cinq petites années. On pouvait lire ainsi dans le Temps de vendredi dernier, les propos d’un éditorialiste n’ayant pas froid aux yeux : sans se démonter, il se lance dans une comparaison entre la grippe espagnole d’après Première Guerre Mondiale (20 millions de morts en quelques années) et la grippe aviaire.

Il faut faire attention avec de telles comparaisons. La population doit être avertie et alarmée lorsque la situation l’exige, et pas pour faire vendre du papier ou grimper la barre d’audimat. Et de se souvenir des risibles réactions auxquels on assistait lors des fameuses affaires d’anthrax.

Si je suis sourcilleux avec les journalistes qui visiblement perdent tout esprit critique dans cette affaire, c’est avant tout parce que cet embalement médiatique fait perdre de vue ce que nos réactions ont d’atroce. Un peu à la manière des USA qui ont été si décriés au lendemain du 11 septembre, qui votent lois liberticides, s’organisent en sociétés de patriotes, font la guerre, eh bien l’Europe, oui, l’Europe, ce dernier rampart contre l’impérialisme étasunien, cette forteresse des droits de l’homme, se comporte de manière tout aussi déraisonnée et inhumaine. J’en veux pour preuve cette folle ruée sur le Tamiflu – médicament qui n’est même pas efficace avec certitude contre le H5N1 – ces mesures de précautions sur les brevets de ce pseudo-médicament – Roche s’en frotte les mains – ou l’abattage prophylactique de milliers, de millions d’oiseaux.
(suite…)

6 commentaires

Dans la peau d’une blonde

C’est l’histoire d’un mec…

commençait Coluche. Eh bien non, ce n’est pas l’histoire d’un mec, mais d’une nana. Une femme, qui se trouve être une amie, qui se présente à un entretien d’embauche. Jusque là, rien de bien exceptionel : travailler pour manger, voilà la condition humaine résumée de manière pas très originale.

Le problème, c’est que cette femme est une femme. En plus d’être une femme femme, c’est une femme blonde. Des cheveux décolorés à la californienne, une vraie blonde (enfin, pour ce que j’en sais, aussi), qui doit subir gags, moqueries, épithètes peu glorieux depuis 5-6 ans. Depuis qu’il est à la mode de chercher la blague ridiculisant le plus cette minorité capillaire. Je ne critique pas, je participe aussi au mouvement.

Si se moquer des blondes est relativement neuf, sous-estimer ou déconsidérer les femmes est une nouveauté bourgeoise. Mai 68 et tout le mouvement féministe ont-ils changé cela ?
(suite…)

4 commentaires

What is a neo-conservative anyway ? – by Jim Lobe

Qu’est-ce qu’un néo-conservateur ? Que gouverne-t-il, qu’est-ce qui l’anime ?

Jim Lobe écrit pour les affaires internationales de Inter Press Service, Oneworld.net, Foreign Policy in Focus et AlterNet.org. C’est un intellectuel engagé, on le retrouve sur de nombreux sites « anti-guerre ». Je suis d’un naturel méfiant envers ce type de sites (que l’on a vu aussi se battre contre l’OTAN durant les guerres balakaniques, et étrangement critiquer les non-interventions au Rwanda), mais M. Lobe a des positions intellectuelles très intéressantes. Il a l’avantage de tenter de rationaliser, avec beaucoup de recul, le pourquoi de certaines décisions de l’administration Bush.

L’un de ses textes lus lors d’une conférence à HEI est reproduite ci-dessous. Si vous préférez le télécharger au format pdf (download) : pdf file
(suite…)

4 commentaires

L’héritage d’Atatürk : les raisons de l’entrée turque dans l’UE

J’ai déjà eu l’occasion d’aborder précédemment les exigences qui vont se poser à Ankara dans le cadre des négociations pour l’adhésion à l’UE. Depuis, on a pu voir l’Autriche faire pression sur la Turquie pour faire entrer en catimini dans l’agenda de Bruxelles les négociations avec la Croatie. Stratégie couronnée de succès, il ne fait nul doutes que les amis croates se souviendront d’un tel appui.

Le précédent article évitait sciemment d’aborder le problème de la rationalité d’une adhésion turque ou non. Abstention à laquelle ne se livrera pas cette article; ce choix avait pour but d’obliger au recul. Certains sujets ont tendance à être perçus de manière trop affective, et l’on fait des liens qui n’ont pas forcément lieu d’être.
(suite…)

0 commentaire

Les blogs sont-ils l’information de demain ? – 2ème partie

Plaidoyer pour une utilisation des nouvelles technologies de l’informations d’une manière vraiment novatrice.

La première partie de cette réflexion terminait sur un constat : les blogs ont toutes les chances de devenir une source d’information privilégiée de demain, en raison du court-circuitage des médias et des pouvoirs. Mais la réflexion se poursuit ici car, après tout, cette caractéristique de pied de nez à la hiérarchie est propre à internet, et pas aux blogs : les grands quotidiens possèdent eux aussi des pages sur la toile. Et surgit dès lors un questionnement sur les avantages du blog vis-à-vis de ces « portails » que sont les sites webs des journaux officiels, dont la seule approche de l’interactivité se résume trop souvent à créer des forums non modérés pour que les lecteurs interagissent entre eux. Voilà qui n’aide pas à la distinction des rôles journaliste/politicien/citoyen, puisque toute personne participant à ces forums peut avoir l’impression d’être à même d’endosser les trois casquettes à la foi, ayant l’impression que le journaliste se contente d’émettre une simple opinion : il en irait tout autrement si (p.ex.) des journalistes modéraient ce type de discussion…

La question surgit dès lors : qu’apporte un blog ? Quels sont ses avantages vis-à-vis des portails des grands quotidiens ? Chaque système a ses propres avantages, en fonctions des moyens à disposition et des contraintes propres à son dispositif structurel originel. Par dispositif structurel originel, j’entends l’origine de la structuration du réseau informatif : le site web d’un journal est dépendant du savoir-faire du monde de la presse écrite, avec ses mécanismes cognitifs et ses réflexes traditionnels. Un blog peut, pour autant que le rédacteur n’ait pas ou peu été formaté par ce monde, développer son propre dispositif structurel originel. Enfin, les deux modes d’expressions partages avantages et désavantages propres à internet.

Sans chercher à établir une liste exhaustive de chacune des deux formes, on peut relever certaines caractéristique propres ou communes à celles-ci :
(suite…)

1 commentaire