The prestige

abracadabra, regardez ma main, je suis deux

Lorsqu’un film est prenant, c’est une splendide baffe. Lorsqu’il est intelligent, c’est un aller-retour sans appel. Que se passe-t-il alors lorsqu’un réalisateur réussi le tour de passe-passe d’orchestrer ce que connaît de mieux le langage cinématographique à la baguette d’une palpitante intrigue ? The Prestige laisse pantois devant tant d’ardeur et d’audace. Et nos joues ne le remercient pas.

the prestige applaudissezLe 5ème long-métrage de Christopher Nolan était attendu. Réalisateur de l’OVNI Memento et du plus classique mais ô combien réussi Batman Begins – capable de nous faire oublier les deux précédents commis par Schumacher -, le moins que l’on puisse dire c’est que Nolan épate. Aime l’esbroufe. Se joue de nous. Court derrière les artifices. Il aime le cinéma, et partage avec talent sa passion de la mise en scène. La scène, le mot est lâché : magie et cinéma se conjuguent de concert sur les planches, et seront inextricablement liées le film durant dans une allégorie appuyée, qui aurait encore gagné en force si elle n’était pas aussi explicite. Qu’importe, sont au rendez-vous les ingrédients les plus imposants du 7ème art, ne faisons pas la fine bouche.

L’histoire rassemble Hugh Jackman (The Fountain, X-Men, Van Helsing) et Christian Bale (American Psycho, Batman 5 & 6), deux magiciens qui se livrent un duel sans merci pour s’épater l’un l’autre. Le film s’ouvre en les montrant patauger dans une petite salle, ne maîtrisant pas tout à fait les rouages artistiques et spectaculaires de la magie, et se poursuit en narrant l’histoire de l’ascension – et de la chute – de ces deux meilleurs ennemis, qui iront de traîtrises en roublardises pour assouvir leurs appétits de reconnaissance, recourant au chantage, au kidnapping, à la prostitution de sa concubine – et ce n’est qu’un bref aperçu sommaire : dans cette course à la lumière des projecteurs, il n’y a pas de seconde place. Le suspense est omniprésent, on se demande quel sera le prochain pion sacrifié pour soumettre l’adversaire.

L’ambiance est froide et les décors sombres, le Londres dans lequel évoluent les protagonistes est sale, mal entretenu, les portes décrépites, une matérialisation de notre imaginaire collectif sur ce que pouvait être une ville industrielle au XIXe siècle, portée par son développement inégal. Les prises de vues sont parfois tellement serrées que se dégage une atmosphère de huis-clos, on plonge dans cet univers de turpitude où rien n’est épargné. Un univers d’obsédés et de perfectionnistes, gangrené par le secret, détruit par l’ambition. Est-ce ainsi que Nolan voit le cinéma ?

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Wanted

Ou : Lorsque qu’un faiseur de vampires russes s’essaie à l’univers des comics

wanted affiche choose your destinyTimur Bekmambetov avait déjà réalisé Nochnoy dozor (aka Nightwatch). Puis Dnevnoy dozor (aka Daywatch). Il aime les histoires fantastiques, et il le fait savoir au monde entier. La Russie a beau être nostalgique de son glorieux passé impérialiste et s’y réessayer, si l’on veut faire du cinéma a budget, c’est chez l’Oncle Sam que ça se passe; Bekmambetov, dont les canines ont été remarquées outre-pacifique, a signé une adaptation facho-esthétisée qui plaira beaucoup au fans de jeux vidéos, nourris à la Wolfenstein - 1 -Wolfenstein est le premier jeu vidéo « FPS », pour First Person Shooter, pour « jeu où je tire sur tous ce qui bouge ». Son histoire est plutôt controversé, car si le « scénario » du jeu mettait en action un tueur de nazis, certaines images semblaient en faire l’apologie.. Scènes aux discours que Joel Schumacher applaudirait des deux mains, l’invraisemblable divertissement a du mal a cacher son coeur malade, même si il palpite à 400 pulsations/minutes.

Pourtant, ça commence plutôt bien : Wesley Gibson (James McAvoy) végète dans un univers inspiré de Fight Club, où il achète des capotes à un son meilleur ami, un meilleur ami qui s’empressera de les utiliser avec sa fiancée. Sur une table (clin d’oeil appuyé) Ikéa. Il est cocu, et il le sait. Mais il se fout de tout. Son âme est vide, plus rien ne l’atteint vraiment; et de se rappeler Edward Norton, le regard creux, faisant des photocopies. Est-ce un hasard que McAvoy ressemble tant au fluet acteur de Fight Club ? Univers carcéral transposé dans un monde de gratte-papier, le début promettait. Mais la suite déçoit. L’histoire qui suit est en effet du pur jus hollywoodien dans ce qu’il a de moins intéressant : des sauts au-dessus de trains, voitures, immeubles, explosions à la Matrix, et, nouveautés esthétisante, balles qui peuvent suivre des trajectoires courbées. On se demande comment est-ce qu’on faisait des films avant l’arrivée du numérique.
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Notes de bas de page   [ + ]

1. Wolfenstein est le premier jeu vidéo « FPS », pour First Person Shooter, pour « jeu où je tire sur tous ce qui bouge ». Son histoire est plutôt controversé, car si le « scénario » du jeu mettait en action un tueur de nazis, certaines images semblaient en faire l’apologie.

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