Brad Pitt est un splendide acteur, malheureusement sous-estimé en raison de certains navets dans lesquels il a joué. Mais il a aussi joué dans d’incroyables films démontrant son talent hors normes.

L’assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford

Alors que la dernière Frontière américaine s’est effondrée, les Etats-Unis, se cherchant de nouveaux mythes, se tournent vers l’un des grands criminels de la fin du XIXe siècle, l’inventeur du pillage de banque, Jesse James, et en font leurs héros. Comment un bandit et assassin accède-t-il à un tel statut ? Vu à travers les yeux de celui-là même qui mettra fin à ses jours (mais non à son mythe), une tentative d’explication d’Andrew Dominik dans l’assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford, qui signe là une oeuvre magistrale, contemplative et sensuelle. Un régal, que le jeu des acteurs, la maîtrise des images (Dominik a été régulièrement comparé à Terence Mallik, c’est dire) assaisonnent pour donner toute sa saveur à ce film hors normes. Il n’est pas dit, après ce long-métrage, qu’on puisse dépoussiérer sans crainte un tableau, ou lire sans paranoïa les titres d’un journal.

jesse james cropfieldJesse James était plus connu à son époque que le président des Etats-Unis. Sudiste convaincu – les Nordistes lui ont fait subir mille maux – il se lance dans les attaques de banques et de trains. Avec pour justification première l’idée de représailles contre le nouveau gouvernement, il ne s’embarrasse plus par la suite d’aucune justification. Un homme troublé, aux motivations vénales et au goût exacerbé pour la violence, mais un homme avant tout. Dans une ouverture lyrique, poétique sur la duplicité et la faiblesse, on découvre le hors-la-loi le plus célèbre du pays évoluant dans son milieu. Il aime ses enfants, mais leur ment. Il aime tuer, mais ne rechigne en rien à prendre du bon temps avec les commerçants de sa ville, dans laquelle il vit sous une fausse identité. Le regard dans le lointain, Jesse James (Brad Pitt) se demande pourquoi la Création l’admire tant; si sa reconnaissance était justifiée, pourquoi souffrirait-t-il autant ? Le spectateur s’interroge, avec lui, sur une Création parfois incompréhensible. Bardés d’émotions dès les premières secondes, il s’engouffre dans des temps lointains, l’époque des mythes et des légendes, un monde de gangster sur fond de plaines désertes.
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3 commentaires

Fight Club

(message original du 03-12-1999 @ 01:00:00)

Rien que de repenser à ce film, un sentiment de malaise renait en moi.

David Fincher, avec son acteur fétiche Brad Pitt et avec Edward Norton sous sa houlette fait vraiment ici des merveilles.

Rarement un film m’aura autant bouleversé et « pris aux tripes ». Un film de tous les superlatifs, qui incontestablement a des qualités artistiques, tant au niveau de la réalisation, du scénario (adaptation du roman), de l’éclairage, de la photo, des SFX (bluffants), des qualités techniques qui laissent pantois d’admiration. Il est difficile de refermer la bouche et d’essuyer le filet de…, enfin, de refermer la bouche, tant on reste contemplatif devant ce pur chef d’oeuvre.

Film de la décennie, film du siècle, la question ne se pose pas en ces termes. Mais c’est certainement un film marquant, qui fera référence plus encore que ne l’a fait Seven, tant des innovations scénaristiques et techniques sont apportées ici; le reste, c’est au spectateur qu’il appartient de le juger…

A noter Meat Loaf (le chanteur du tube à succès « anything for love ») dans un rôle plutôt atypique.

Une ambiance terrible, glauque s’impose à votre esprit dès le début du film. Le désespoir insupportable auquel doit faire face le narrateur de l’histoire (son nom ?), un cadre menant une vie monotone, dénuée d’intérêt. Un désespoir dépeint avec une exactitude troublante, voire dérangeante, la perception de la société par la x-generation.

Sa seule passion, son mobilier IKEA, dont il dévore les catalogues comme d’autres fantasment sur Playboy. C’est par son besoin de posséder, par son matérialisme qu’il essaie de combler son vide affectif. Mais rien y fait, il souffre d’insomnies chroniques et désespère.

C’est par hasard qu’il tombe sur des gens aussi désorientés que lui, mais que des maladies aussi diverses qu’étonnantes empêchent de s’intégrer à la société comme tout un chacun. Cette découverte, qui le fait réaliser que sa souffrance n’est pas isolée, et surtout que des gens souffrent plus encore que lui-même, il va l’exploiter, s’en repaître. Le tout est dépeint avec un cynisme rare, un humour noir assez déstabilisant. L’immersion dans le film étant totale à ce moment du film, il est trop tard pour pouvoir prendre du recul; on s’identifie à ce vautour, ce charognard des grandes villes.

Ses insomnies cessent jusqu’à la rencontre de Marla, une paumée marginale qui vampirise tout comme lui la douleur d’autrui. Subitement, il prend conscience de son hypocrisie, et les faux semblants ne lui sont plus d’aucune aide.
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