• Post published:15/11/2006
  • Post category:Politique

Liberté, égalité et colonialisme

Depuis mon arrivée en Afrique, je ne me lasse pas de découvrir les ravages de la politique française dans l’Ouest du contient. L’interventionnisme en Côte d’Ivoire est plus ou moins bien connu, et la pression mise sur Laurent Gbagbo discutée jusqu’à l’ONU. Créée de toutes pièces par la France, la pseudo rebellion ne serait en réalité qu’un village évacué par les forces ivoiriennes (sur demande de la France), où l’Hexagone s’est mis à former – comprendre à acheter – des rebelles. Ce qui permet aujourd’hui à Gbagbo de devenir aussi populaire dans l’Ouest africain que ne l’est Mandela en Afrique du Sud.

Si les exemples de ce type affluent sur le continent, il en est un en particulier au Togo qui démontre toute l’hypocrisie française. Le Togo est un pays qui était sous dictature jusqu’à la mort d’Etienne Gnassingbé Eyadéma, « président » depuis 38 ans. Changements de constitution après changements de constitution, le pays se dirige peu à peu vers une démocratie. Bien qu’à la mort de Gnassingbé les militaires décident d’outre-passer la constitution, le pouvoir sera transmis à son fils Faure Gnassingbé Eyadéma. Ce transfert s’effectuera en deux temps : d’abord par l’entremise d’un putsch, où l’armée prend anticonstitutionnellement le pouvoir, le transmettant à Faure; puis, par des élections grossièrement truquées, pourtant déclarées « démocratiques ». La démocratie est ici un concept à géométrie variable, aussi fluctuant que la tension électrique, capable d’englober n’importe quel processus politique ou social. Difficile de trouver quelqu’un qui ait voté pour l’actuel président Faure, pourtant celui-ci aurait recueillit 60 % des voix… le site survie-france.org a réalisé un tableau de projections de votes correspondant beaucoup plus à la réalité.

L’appui de Jacques Chirac a été primordial dans la passation de pouvoir du père au fils. L’Union africaine avait été, au contraire, l’une des raisons de la tenue d’élections, condamnant fermement pour l’une des rares fois de son histoire un putsch en Afrique. L’Union européenne, de son côté, a cessé toute coopération avec le Togo depuis 1992-93, exigeant des réformes démocratiques profondes.

Dans cette histoire, c’est donc bel et bien la position de la France qui est la plus hypocrite. Elle soutient le pouvoir dictatorial en place durant 38 ans, puis s’arrange pour faire « élire » son fils. Pis encore : un certain nombre de cadres de l’armée togolaise sont… français.

Dans cette petite contrée, c’est l’armée qui fait et défait les présidents. Savoir que des responsables de l’armée togolaises sont français permet d’envisager toutes les hypothèses sur l’indépendance politique du pays, surtout les pires. Si l’on parle volontier du néo-impérialisme français lorsqu’on se penche sur la politique en françafrique, il faut savoir que ce n’est pas que par le biais d’un impérialisme économique que l’Hexagone maintient la bride sur ses si nombreux « amis personnels » – les dictateurs de tout poil – mais bien par une domination politique.

L’impérialisme économique et politique se conjuguent étroitement en Afrique. Aussi, avant de parler de développement durable et de déplorer le lamenteux état de l’Afrique, la France ferait bien de suivre un tant soit peu des idéaux qu’elle ne manque pas de brandir à tour de bras. Le développement ne peut avoir lieu lorsque les bénéfices sont monopolisés par une quelque élite et par… Paris.

Cet article a 9 commentaires

  1. Titophe

    Bonjour,

    Moi aussi je suis tombé de haut lorsque, dans les années 80 je suis parti vivre 2 ans au Cameroun. J’ai vite compris qu’il me fallait revoir quelques idées préconcues…

  2. jcv

    J’ai découvert l’extraordinaire hypocrisie de la Françafrique en pratique. C’est une chose que de lire, apprendre et s’insurger à des milliers de km, et c’en est une autre que de voir le résultats des politiques nauséabondes de la France dans des pays qui ne demandent qu’à ce qu’on cesse de reprendre d’une main ce que l’on donne de l’autre. Etant entendu, bien sûr, que les projecteurs sont braqués sur celle qui donne, et que celle qui prend est démesurément plus grande.

    Donc oui, j’ai découvert la Françafrique de visu. Et ce fût une expérience très différente que ce à quoi je m’attendais, malgré mon éveil au sujet.

  3. jcv

    (tu vas faire quoi cette semaine ?)

    En théorie, tu as raison. Pas sur le racisme, mais sur le fait que l’Afrique n’a pas à dépendre de la politique intérieur française. En pratique, de nombreux chefs d’Etat africains se maintiennent au pouvoir grâce à (à cause de) la complicité occidentale. Si on leur coupe les vivres, ils seraient beaucoup moins déconnectés de la population. Car l’un des principaux problèmes, à mon sens, c’est que le gouvernement n’a pas besoin de la population…

    Bien qu’espérant que tu ne fomentes pas une révolution, je ne vois pas d’autre moyen pour les Africains de l’Ouest pour se sortir de leur impasse.

  4. solim

    Quel peuple n’aspire pas à la liberté?je me moque des elections en France,que ce soit la gauche ou la droite,il nous réservera le même sort,je parle de celui qui sera élu;il a un électorat à préserver et l’afrique ne sera donc pas sa préoccupation.si seulement nos dirigeant africains pouvaient être sérieux, eviter de s’affronter comme ils le font en marchant sur des cadavres pour avour accès au pouvoir;et ne pas confondre leur poche et la caisse de l’Etat, je pense que tout ira mieux.on pense que quant on est africain, on ne peut pas être sérieux c’est pas vrai.et la semain prochaine je vais prouver.

  5. solim

    je ne suis pas content.pourquoi doit-on attendre que la gauche gagne des elections pour vivre mieux en Afrique.
    est ce qu’on ne peut pas avoir notre destin en main?
    aujourd’hui j ai décidé d’etre raciste,je ne sais pas pour combien de temps, mais cela va durer aussi longtemps la france nous tiendra par les cornes.

  6. jcv

    La gauche a toujours eu une politique TRES différente à l’égard de l’Afrique.

    Il n’y a qu’à espérer que les Français fassent le bon choix en avril 2007, et que l’heureux-se élu-e fasse les bons choix à son tour.

    C’est pas aussi compliqué que l’on a tendance à le décrire. Il y a beaucoup d’intérêts, mais ça reste une simple volonté politique.

    ton article dit bien les choses mais ne résouds pas le problème.

    Ca, si j’avais les moyens de changer quelque chose de manière profonde et durable, je signerais des deux mains 🙂

  7. solim

    je me demande ce que l’on pourrais faire pour empêmcher la France de détruire nos pays comme une parasite.L’Algérie a su renvoyer la Fance de chez elle;mais les autres pays qui ont à leur tête des voleurs,ne veulent pas se liberer du joug français.
    moi je pense qu’on peut vivre heureux en afrique,si nos dirigeant décident d’être honetes.et ça me fait honte de voire nos frères partir en europe,parce qu’il ont perdu espoir.aucune politique ne viendra résoudre cette crise migratoire que nous connaissons aujourd’hui si ce n’est un changement de comportement de nos dirigeant:je parle de la bonne gouvernance.ton article dit bien les choses mais ne résouds pas le problème.

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