Festival à Bogotá

Défilé d'inaugurationSamedi dernier, 1 avril, le dixième Festival Iberoaméricain de Théâtre a débuté par un magnifique défilé dans les rues de Bogotà¡. On a pu admirer, parmi d’autre, le carnaval Blancos y Negros de Pasto (Colombie), le carnaval de Barranquilla (Colombie) ou encore le carnaval de d’Oruro (Bolivie) qui a été déclaré Patrimoine Oral de l’Humanité par l’UNESCO. Même la police chargée de la sécurité du défilée était maquillée et a profité du défilé.

C’est le plus grand festival de théâtre du monde, il réuni des groupes de théâtre, bien sûr mais aussi de danse et de musique qui proviennent de 45 pays. Toute la ville va être animée pendant 17 jours avec des représentations dans les parcs, les cinés, les théâtres etc. Depuis 18 ans (il a lieu tous les deux ans) Bogotà¡ se transforme en la capital du monde artistique avec des spectacles impressionnants et bien souvent unique.

Cette année l’invité d’honneur est la Russie, mère patrie du théâtre moderne, les pays des Balkans, ayant suivis la tradition sont les invités spéciaux

Alors pendant plus de 2 semaines le théâtre va être au coeur de la ville et dans le coeur de la population, un bon moment de paix et de plaisir pour montrer à  tout le monde que la Colombie est un pays magnifique!

site officiel

La démobilisation des paramilitaires

 

La Ley de paz y justicia n’a, pour l’instant, bénéficié qu’aux paramilitaires. L’article 73 laissait penser que cela se déroulerait ainsi car il annonce que la loi ne s’applique qu’aux faits antérieurs à  sa promulgation. Or ni les FARC ni l’ELN n’avaient commencé à  négocier avec le gouvernement au moment de la promulgation de loi. De plus ils ont continué leurs actions illégales ce qui rend difficile le fait qu’ils bénéficient de celle-ci.

Le simple fait que cette amnistie n’est pas appliquée pour tous les groupes armés rend le cas de la Colombie original et compliqué. Tout d’abord original, car on assiste à  une amnistie en cas de conflit et non de post-conflit. Les paramilitaires ont été créés en réponse aux FARC, cependant les FARC continuent d’exister. Le premier problème surgit sur le terrain, comment ceux qui finançaient les paras pour leur défense, vont-ils réagir face au vide créé par la démobilisation? Il existe 3 solutions, soit ils acceptent que les FARC prennent le territoire, ce dont je doute, soit l’Etat arrive à  contrôler le territoire, ce qui n’est pas facile, en sachant que cela fait plus de 20 ans qu’il ne le contrôle pas, soit ils refont appel aux paras. Pour l’instant la situation dans certaines régions est réellement compliquée: la population se retrouve entre 3 feux, les FARC essayent de profiter de la démobilisation pour étendre leur influence, les paras résistent malgré le fait qu’ils aient rendu leurs armes et l’Etat envoie un maximum de troupes pour tenter de contrôler le tout.

L’originalité du cas colombien n’est donc pas vraiment un avantage pour construire une paix durable. L’amnistie a conduit quelque 30’000 paramilitaires à  rendre un peu plus de 15’000 armes. Le rapport de 1 arme pour 2 hommes peut s’expliquer, il n’y a pas que les combattants qui se sont rendus à  la justice mais aussi les informateurs, financiers, etc. On peut tout de même douter, les paramilitaires n’ont jamais eu une réputation d’être mal armés.

De là , apparaît un autre problème: que faire des 30’000 démobilisés? Le gouvernement en attendait la moitié, réussir à  réinsérer tous ces combattants va être une tâche difficile; pour cela il faut réussir à  leur donner un statut légal. La justice doit pouvoir déterminer la position de chacun. Actuellement le risque le plus grand est la paralysie du système judiciaire transitaire qui conduirait à  une amnistie totale et une amnésie généralisée. Ceci peut entraver une possible réconciliation. La réponse du gouvernement à  cette critique est que la loi, donc la justice transitoire, ne s’adresse qu’aux délits graves; les cas de délits mineurs doivent être conduit devant la justice “normale”, qui devrait, elle, statuer sur l’amnistie de ces personnes.

Un autre point m’amène à  être critique envers cette loi; j’ai rapidement abordé dans mon article précédent (problème éthique), est l’effectivité de cette démobilisation. Nous avons vu que lors des élections les pressions paramilitaires n’ont pas cessé malgré leur démobilisation. La violence, elle aussi, continue; le 25 février dernier, dans un département du Nord, un démobilisé a assassiné le maire d’un village, un autre a tué le commandant des forces de police…

Ajoutez à  cela que les paramilitaires détiennent le pouvoir économique dans les régions où ils se sont démobilisés, on peut alors douter grandement de l’efficience de l’application de cette loi. Il me semble assez juste de croire que la loi va permettre de légaliser des combattants, fatigués de se battre mais qui ne veulent pas perdre leur pouvoir illégalement acquis. Cependant, on ne peut pas conclure maintenant sur un processus si jeune alors que dans de nombreux pays la réussite d’un tel processus ne se mesure qu’après une quinzaine d’années.


 

 

Le problème éthique

La Ley de Justicia y Paz décrite dans l’article précédent pose un problème éthique sérieux. On a vu qu’elle accorde une amnistie partielle à  des combattants qui ont perpétré les pires crimes imaginables. La logique voudrait que l’on juge ces monstres et qu’après avoir révélé la vérité ils soient condamnés à  des peines dignes de ce nom. Pour cela il existe au niveau national comme international plusieurs possibilités. Les tribunaux mis en place après certains conflits nous donnent quelques exemples: le tribunal Nuremberg, celui du Rwanda ou de Yougoslavie. Ces tribunaux ont l’avantage de condamner des coupables, ils ont aussi l’avantage de fortifier le droit international, d’envoyer un message fort aux criminels. Cependant dans certains cas on s’est rendu compte qu’ils étaient contre-productifs pour plusieurs raisons: tout d’abord, car ils cherchent des responsabilités et pas forcément la vérité. Dans de nombreux cas la vérité est plus importante que la responsabilité, car elle permet aux victimes de pouvoir continuer à  vivre et de vouloir construire quelque chose d’autre. Un tribunal ne garanti en rien la réconciliation de la population.

L’autre point négatif d’un tribunal est qu’il nécessite une victoire militaire claire, parce qu’il est presque impossible d’imaginer des criminels de guerre rendre les armes en sachant qu’ils vont passer le reste de leur vie en prison.

Tout ceci est vrai pour les tribunaux qu’ils soient nationaux ou internationaux. Dans le cas d’un tribunal national il est nécessaire d’avoir des institutions fortes et à  tendance démocratique, le cas inverse conduirait probablement à  un retour au conflit.

L’alternative qui a été proposée dans de nombreux cas est la création de commissions de vérité. L’Afrique du sud est un exemple mais le Salvador et le Guatemala en sont d’autres. Autant dans le cas sud-africain on peut parler de réussite (même si le processus n’a pas été parfait) autant ce n’est pas le cas au Salvador.

A nouveau les valeurs démocratiques des institutions en place sont importantes, car un gouvernement peut refuser les conclusions de la commission. Ce qui a été le cas au Salvador.

L’ultime solution est l’amnistie. Mais pourquoi amnistier des monstres qui ont enlevé, torturé, massacré… La réponse est “pour la Paix et la Démocratie”. Je sais la paix et la démocratie ont bon dos, surtout ces temps. Mais dans un cas, comme la Colombie, où le conflit dure depuis une éternité, qu’aucune victoire militaire n’est prévisible avant très longtemps, que les institutions, même si elles se prétendent démocratiques, sont faibles et corrompues, l’amnistie peut être une solution. Elle peut arrêter les effusions de sang. Le politicien peut se permettre de mettre en application une telle idée, il peut être pragmatique contrairement au juriste. Le cas de la Namibie est un exemple dans ce domaine, elle a réalisé sa réconciliation à  travers des programmes de répartition des terres, de rééquilibration des richesses entre les blancs et les noirs. Le passé a été oublié avec le temps et 15 ans après la fin du conflit il ne s’est toujours rien passé.

Cependant ce “pragmatisme” peut aussi se révéler inadéquate s’il n’existe pas une volonté à  long terme de fortifier les institutions. Cela peut être une étape pour la paix, mais pas un but en soi.

Pour cela les amnistiés se doivent non seulement de rendre les armes mais aussi de garantir de ne plus user de leur pouvoir de pression qu’il soit politique ou économique. Là  est la grande inconnue de la Colombie: que font les démobilisés?

Pour aller plus loin

La Ley de Justicia y Paz

Après l’expérience des négociations du Président Pastrana qui ont malheureusement échoué le Président Uribe est arrivé au pouvoir avec une proposition totalement différente. Tout d’abord la reprise des hostilités contre les FARC avec le but de les anéantir par les armes. Ensuite son gouvernement a fait une proposition de loi pour l’amnistie partielle des groupes armés illégaux, qui devrait permettre la démobilisation de ceux-ci. Cette loi est, en tout cas en théorie, adressée aux paramilitaires comme aux FARC qui ont commis des atrocités telles que la torture, l’enlèvement, le génocide etc. Le but principal, annoncé dans le premier article, est de promouvoir le droit des victimes à  la vérité, la justice et la réparation.

En de nombreux points la loi n’est pas respectueuse du Droit International (DI) comme par exemple lorsqu’elle définit les victimes. La définition inclus les membres de la force publique qui ont souffert de blessures. Le DI Humanitaire considère qu’un soldat blessé au combat n’est pas une victime. Cette loi permet aux militaires de bénéficier des avantages concédés aux victimes. Hormis le droit à  la vérité, la victime a le droit à  la réparation c’est à  dire l’indemnisation, la réhabilitation et la garantie de non répétition des actes.

Ensuite la loi met en place un système de justice transitionnelle pour favoriser la révélation de la vérité. Une audience préliminaire est suivie d’une investigation de 60 jours. Ces 60 jours sont censés permettre à  la police judiciaire de réunir tous les faits. Cela peut paraître insensé car de nombreuses enquêtes durent depuis plusieurs années et aucun résultat ne permet de conclure quoi que ce soit. La loi, telle qu’elle existe, ne permettrait pas aux victimes de connaître la vérité, une nouvelle fois la loi n’est pas conforme avec le DI.

Le thème suivant concerne les peines, elles sont allégées, le but est motiver les groupes illégaux à  déposer les armes. Le maximum autorisé par la loi est 8 ans. De plus il existe la possibilité de faire une peine alternative: c’est à  dire de se compromettre à  contribuer à  sa resocialisation à  travers le travail, les études ou l’enseignement pendant le temps de privation de la liberté et promouvoir les activités orientées à  la démobilisation des groupes armés.

Il existe aussi un devoir de réparation et de restitution. Les membres des groupes armés doivent rendre les biens qu’ils ont obtenus par la force, principalement les terres. Ils doivent aussi payer leurs victimes en guise de réparation. Le problème est qu’ils ont apparemment le droit de payer avec l’argent obtenu illicitement, ce qui peut paraître quelque peu grotesque.

L’autre possibilité pour promouvoir la réparation est la mise en place par l’Etat de programmes de réparations collectives tel que des actes symboliques en mémoire des morts, des monuments ou même des programmes de développement institutionnel pour les municipalités qui ont souffert de la violence. Cela devrait être fait de même que la mise en place d’une commission de réparation et de réconciliation qui devrait être créé d’ici quelques mois.

Cette loi est un exemple de justice transitionnelle, ce n’est pas la première fois dans l’histoire qu’un Etat fait recours à  ce genre de méthode. L’exemple le plus connu est celui de l’Afrique du sud où les commissions de vérité mise en place dans ce pays ont été une réussite, les victimes ont pu connaître leur histoire et les bourreaux ont demandé pardon. C’est un échange, la vérité contre le pardon, qui peut permettre la réconciliation.

Dans le cas de la Colombie il reste encore beaucoup de chemin à  faire mais il faut, c’est presque un devoir, garder espoir.

República Originaria de Bolivia

Le grand rêve d’Evo est changer les règles de son pays, il veut donner la possibilité aux indigènes de vivre dans la dignité, sans avoir l’impression pesante qu’ils se font voler.

Pour cela Evo veut que la Bolivie profite plus des exploitations de gaz, cependant il tient des propos moins radicaux que beaucoup d’autres mouvements indigènes et syndicaux. Il veut accepter la participation étrangère en collaboration avec le gouvernement.

Le fait de vouloir augmenter la participation de l’Etat dans les hydrocarbures n’a rien de très surprenant, car à  chaque fois que les prix augmentent les Etats concernés cherchent à  augmenter leur revenu. Ce n’est pas une idée propre aux pays à  tendance socialistes.

Il aborde aussi le thème de la plantation de coca d’une manière douce. Il veut défendre le droit à  la plantation sans que son pays devienne une plate-forme du narcotrafic. Pour cela il est conscient qu’il a besoin de l’aide américaine. Le résultat d’une politique tolérante de la culture peut être intéressante, on peut espérer un effet de diminution de culture illégale destinée à  la production de drogue. C’est une affaire à  suivre.

Evo admire Chavez et Castro certes, mais il a aussi de nombreux contacts avec Lula du Brésil et Tabaré Và¡squez d’Uruguay. En ajoutant la dépendance de la Bolivie aux financements nord américain on peut largement imaginer Evo suivant les pas d’un Lula, qui est aussi entré dans le monde de la politique par la grande porte, en faisant des annonces fracassantes. Cependant Lula n’a pas suivi les pas de Chavez, la volonté du Brésil d’avoir une place au Conseil de Sécurité a sûrement joué dans ce sens.

Ce qui est sûr c’est qu’Evo est le seul, actuellement, à  posséder suffisamment de légitimité face aux mouvements sociaux de 2003 pour gouverner. Mais il n’a pas beaucoup de temps pour agir; Les entreprises l’accusent de démagogie, de ne pas avoir l’expérience de l’administration. Parmi la gauche on le prévient qu’il doit réaliser les réformes voulues par la masse : c’est à  dire la nationalisation sous peine de perdre l’appui d’une partie de ses troupes. De plus les USA le considèrent comme une menace pour l’équilibre de la région.

Sa tâche va être difficile, mais s’il arrive à  mener à  bout les réformes dont il rêve on devrait pouvoir d’ici quelques années parler de la « Repàºblica Originaria de Bolivia » comme d’un pays stable … ce qui n’est pas arrivé depuis longtemps!

Source

 

 

Evo Morales


Evo Morales, premier président indigène de BolivieIl n’a été qu’une fois au ciné dans sa vie et la dernière fois qu’il a mis une cravate c’était lorsque qu’il était trompettiste, il y a plus de 20 ans. Pourtant Evo, comme il aime apparemment se faire appeler, n’est pas né de la dernière pluie. Il a été berger de lamas, cultivateur de riz puis de coca. Sa première expérience de leader c’était avec une équipe de foot de son quartier. Je ne dis rien de bien nouveau en suggérant ses origines populaires. Très populaire même, 4 de ses frères et soeurs sont morts alors qu’ils n’avaient pas 3 ans.

Il a ensuite suivi ce qu’on appelle une formation continue, a participé à  de nombreuses réunions de syndicats, de nombreux séminaires à  travers toute l’Amérique latine. Petit à  petit, à  force de former des groupes, des syndicats il a été reconnu comme un leader socialiste. Il a su ensuite s’entourer d’académiciens comme Garcà­a Linera, professeur en sciences sociales de l’Université Publique.

Son combat date au minimum du début des années 80. L’imposition du «consensus de Washington» en 1985 a marqué sa carrière politique. Ce fameux consensus du FMI appliqué à  de nombreuses économies en crise crée en Bolivie (comme dans bien d’autres pays) un appauvrissement de la population. Le petit «plus» ajouté par les USA est le financement de la lutte anti-narcotrafic. Par cela, ils entendent la destruction des cultures de coca… et donc la ruine de milliers de paysans, déjà  appauvris par les réformes économiques.

Evo fait alors partie des militants cocaleros. Le slogan des protestations «vive la coca, dehors les gringos» est encore bien connu aujourd’hui.

Les manifestations, qui ne se limitent pas à  défendre la culture de coca, durent mais les privatisations continuent (compagnies pétrolières, télécommunications, système électrique etc.).

Plusieurs violentes confrontations ont lieu, notamment en 1994, 1996 puis en 2000 où la loi martiale fini par être décrétée, mais finalement le gouvernement doit faire marche arrière.

En 2002 les élections présidentielles donnent gagnant le rival d’Evo, mais les élections, bien que très serrées, laissent un goût amer de démocratie sous tutelle: Les USA ont menacé les Boliviens que s’ils votaient pour Evo les différentes aides à  la Bolivie seraient supprimées.

Le gouvernement qui ne représentent pas le peuple et continue avec ses réformes impopulaires et injustes provoque un tel mécontentement qu’une révolution éclate. La police et les travailleurs n’arrivent juste pas à  renverser le gouvernement mais celui-ci perd toutes formes de popularité.

Presque 3 ans plus tard, de nouvelles élections amènent, enfin, un indigène au pouvoir. Fin janvier Mr Bush a, de manière très cordiale, félicité et souhaité bonne chance au nouveau Président de Bolivie. Une semaine plus tard les USA annoncent que leur aide pour la lutte contre le trafic de drogue allait diminuer de 80 millions à  67 millions de dollars.

Il est vrai qu’à  la vue de l’admiration d’Evo pour Chavez et Fidel, les USA ont quelques soucis à  se faire. Cependant si leur but est qu’Evo et son parti optent pour une gauche raisonnable à  la manière du Chili, avec Mme Bachelet, ou du Brésil, avec Lula on pourrait légitimement se demander s’ils suivent une bonne politique pour arriver à  leur fin.

Source : «Evo sin suéter», Gatopardo, Marzo 2006

Manifestons protégés!

La France, pour ne pas changer ses bonnes habitudes, est dans la rue. Les jeunes, les syndicats, et les autres (car tout le monde est invité) manifestent. Ils crient, ils marchent … ils cassent. Bref c’est la fête ! Le seul problème c’est que parfois les CRS sortent, et eux quand ils sortent ils ne sont pas très commodes. Ils cassent aussi, mais ils ne cassent pas les vitrines, ils cassent des têtes.

Comme on est dans un pays bien démocratique on ne va pas interdire de manifester… Ce serait un comble ! Alors on envoie les CRS pour qu’ils tapent et parfois les résultats ne sont pas terribles : Comme ici en Colombie, il y a 2 semaines, un jeune manifestant a succombé à  ses blessures. Il manifestait, certes pas paisiblement, mais il exprimait son désaccord sur la réforme de l’Université Nationale, une des seules universités publiques.

Le problème est qu’il a reçu un coup, ou un lacrymogène (on ne sait pas trop) en pleine tête, et il en est mort.

Alors quelle est la solution ? Soit on ne manifeste plus soit on ne propose plus de réformes qui déplaisent ? Je crois que personne n’a besoin d’explication pour être d’accord qu’aucun des deux n’est possible. Le principe même de la démocratie est de discuter, de ne pas être d’accord, de manifester, de casser et de se faire taper… Où serait le plaisir de vivre dans une démocratie si tout ceci n’existait pas?

Vient alors LA solution : j’ai découvert cela il y a quelques mois à  New York en visitant le MOMA (Museum of Modern Art). L’exposition temporaire du sixième étage était sur le thème de la sécurité : il y avait plein de choses, des gadgets pour la sécurité d’un bébé aux ustensiles de survie pour la montagne, le désert ou en cas de tremblement de terre.

La protectionAu milieu de tout ceci LA chose (voir photo) pour se protéger des coups de la police. Cela ressemble à  une bouée très solide avec une forme de buste et un système pour que tout le monde écoute les battements du coeur. Plus ils sont rapides plus ils sonnent fort. Je ne sais pas encore exactement quelle est l’utilité d’entendre les battements du coeur : effrayer la police avec les bruits ou si leur signaler qu’on est encore en vie et donc qu’ils peuvent continuer à  taper ?

 

 

Il nous reste seulement à  espérer qu’ils commercialisent ce truc très vite, comme ça les jeunes Colombiens pourront reprendre leurs manifestations sans avoir trop peur de la police. Quant aux jeunes Français je suis sûr qu’ils n’en ont pas besoin pour continuer à  manifester mais cela rendrait la police un peu plus inutile et la France un peu plus sûre de ne jamais évoluer…

La Vérité?

Hier je parlais de l’espoir de renforcer la démocratie, aujourd’hui je pourrais seulement ajouter que le chemin va être long, très long.

Comme prévu les amis d’Uribe ont gagné la majorité au Congrès et au Sénat, les surprises viennent plutôt de l’échec de certains candidats. Plusieurs figures connues n’ont pas réussi leur passage (comme deux anciens maires de Bogotà¡), le vote a puni les candidats indépendants. Pour être élu hier il fallait être membre d’un parti !

Les libéraux sont loin d’avoir convaincu, mais il paraît qu’ils sont en train de se restructurer… alors il faut être patient. Le pôle démocratique a progressé, un peu, juste suffisamment pour combler la perte de vitesse des libéraux. Son rôle de parti de l’opposition en est renforcé, et après seulement 4 ans d’existence il doit prouver sa capacité à  être critique et constructif. Il a la possibilité de créer le débat, celui qui m’a tant manqué pendant la campagne !

La guérilla se compte aussi parmi les perdants, elle prétendait saboter les élections, elle a échoué. Bien sûr quelques attentats ont fait des victimes, mais dans les régions où elle a menacé tout le monde, le taux de participation est plus élevé qu’en 2002. La population de ces régions, a pris son courage à  4 mains…

Quant aux paras ils ont à  peu près respecté les pronostics, même s’ils ont privilégié les politiciens traditionnels à  leurs membres. Mais pas de soucis pour eux, ce sont des politiciens « amis », ils ont simplement l’avantage d’être un peu plus crédibles aux yeux de la population.

On pourrait conclure en disant que tout s’est bien passé, comme prévu à  quelques détails près. Mais ce serait oublier le plus important. Comme le font les soi-disant gagnants de ces élections. Quelle légitimité ? Que valent les 70% des sénateurs pro Uribe ? Sans revenir sur les pressions et la corruption on peut simplement regarder la composition des votes : Tout d’abord le taux d’abstention (presque record) est de 60%, 3% de vote blanc (il y avait une case pour voter blanc), 4% des votes ont été annulés, car mal remplis, 1% n’ont pas été rempli du tout.(source)

Ce qui veut dire que les élus ne représentent que 32% des électeurs inscrits !

La légitimité d’Uribe est quelque peu ternie, mais je l’imagine mal analyser ces chiffres et se dire qu’il se trompe sur sa méthode. Car il va sûrement continuer sa politique guerrière, sa libération du marché et sa collaboration avec les US en oubliant que la Colombie a besoin de ses voisins pour se développer… etc.

Mais j’espère surtout qu’il va continuer ses gaffes monumentales telles qu’attaquer les FARC en territoire équatorien, monter de toutes pièces une démobilisation d’une partie des FARC avec des militaires et en récupérant du matériel saisi par l’armée, comme si c’était du cinéma bon marché… J’espère tout ça pour qu’il se plante comme son idole Mr Bush et qu’il retourne faire du cheval dans son ranch pour, peut être enfin, laisser la place à  la justice et la paix dans ce pays !

L’autre possibilité est qu’il devienne fou, je ne sais pas encore ce qui est mieux.

Un Dimanche pas comme les autres

Un dimanche à  Bogotà¡ est toujours un plaisir, le soleil chauffe gentiment et rend nos réveils plus doux. Un petit dej’ bien complet avec des oeufs, du tamal et plein de fruits tropicaux nous permet de récupérer des samedis soir agités et de nous lancer sur la ciclovà­a pour profiter des immenses avenues de la ville, pour une fois sans aucun gaz !

Ce dimanche n’a rien eu de commun avec les précédents. Les élections sont un événement qui ne se prend pas à  la légère :

Pour commencer la gueule de bois était simplement interdite par la loi. Depuis vendredi soir la ley seca interdit toute vente d’alcool, les bars et boîtes de nuit restent fermés tout le week-end.

Ensuite la ciclovà­a n’a pas lieu, tous les efforts sont concentrés pour l’organisation des élections.

Les contrôles à  l’entrée des bus ont doublé, les rues des bureaux de vote sont bouclées et encadrées par des militaires bien armés. Bref l’aspect de la ville est quelque peu transformé pour ce jour si spécial.

Cependant les gens sont détendus et paraissent heureux. Oui heureux d’aller voter. C’est qu’ici, à  Bogotà¡, on ne craint pas les fraudes ni les pressions des groupes armés, alors c’est un jour de fête, de sortie en famille…

En arrivant au bureau de vote central (pour les personnes qui ne se sont pas inscrites dans leur quartier) j’aperçois la plus longue file d’attente jamais vue dans ma vie !

Les gens, bien alignés, plus ou moins deux par deux, forment une ligne d’au moins 600 mètres, c’est vraiment impressionnant !

Mais cela avance très vite, les postes sont répartis par numéro de carte d’identité et tout le monde sait où aller … La queue était juste pour la fouille à  l’entrée du site.

En fait c’est très clair et très bien organisé, selon mes informateurs, car moi je dois rester dehors, seul les électeurs ont le droit d’entrer !

La journée se passe et les bureaux ferment à  16h, les résultats sont annoncés au fur et à  mesure du dépouillement … la tension au sein des partis doit être forte !

Et, hormis les départements dont j’ai parlé dans mon article précédent (qui ne représentent qu’un tiers du pays), il existe beaucoup d’espoir. L’enjeu est grand pour le pôle démocratique et les libéraux, car même si on sait déjà  qu’Uribe va être majoritaire au Sénat et au Congrès, le but de ces deux partis est de faire avancer la démocratie, de la consolider…

Demain, lundi, est le jour de la vérité.

Le Jour J

à‡a y est! C’est parti! Ce dimanche c’est les élections!

Grand moment pour la Colombie, grand moment pour moi aussi car c’est les premières élections que je vais suivre en direct. Les contrôles se sont intensifiés, les affiches et hommes sandwichs pullulent. Les publicités télévisées s’enchaînent.

Mais étrangement il me semble que le débat politique est le grand absent de ces élections. Ayant l’habitude d’assister à  des débats d’idées (plus ou moins) de nos campagnes électorales européennes je suis passablement surpris des sujets discutés ici. On entend parler que de réforme du congrès ou de corruption. Plusieurs journalistes s’époumonent en dénonçant les pressions des groupes armés, quelques candidats se risquent à  le faire, mais la majorité continue en proposant de “reconstruire” la Colombie…

Alors ma question est simple: comment? Pour avoir une réponse j’ai dû aller à  un meeting d’un parti. Une réunion bien fermée (moins de 100 personnes) où une candidate nous explique son programme. Elle aborde plusieurs thèmes et elle a beaucoup d’idées: réforme agraire, droits humains … etc. C’est très intéressant. Mais alors pourquoi en public, à  la télé on n’assiste pas à  ce genre de chose?

Une seule réponse me vient à  l’esprit: sur la vingtaine partis en compétition, 6 ou 7 sont importants. De ces partis, qui peuvent lancer un débat, seul 2 sont contre le président actuel (Uribe). Seul 2 s’opposent à  la réélection. Les libéraux et le pôle démocratique. Le problème qu’ils ont est qu’ils ne peuvent pas aborder des thèmes trop à  gauche, de peur d’être accusé de guérilleros. Le résultat électoral qui s’en suivrait, serait alors catastrophique.

Comme je l’ai déjà  mentionné, les FARC ne font pas avancer le débat…

Cependant je parle ici de Bogotà¡, la “zone libre” avec le centre du pays … alors imaginez les zones où sont présents les groupes armés. Un petit tour d’horizon des départements concernés, une zone (au sud du pays) contrôlée par les FARC et l’autre (tout le nord du pays) contrôlée par les “ex” paras, nous donne une idée de ce que peuvent être les élections en Colombie :

Zone FARC :

Caquetà¡: il est impossible de faire campagne en campagne. Les FARC l’ont interdit. Le seul lieu ou la les candidat ont pu se déplacer est la capitale Florencia.

Guaviare : dans ce département les FARC ont interdit aux candidats de s’inscrire… Actuellement les militaires ont repris la capitale, mais il est difficile de faire de la politique avec la menace des paramilitaires encore présents, et des FARC qui tentent de récupérer leur territoire.

Zone “ex” Paramilitaire :

Santander: apparemment il n’y a pas de pression directe, cependant les campagnes des partis proches des paras ont un budget démesuré.

Norte de Santander: grosse présence de groupes armés. La population a demandé qu’on ne marque pas l’index avec l’encre indélébile, comme il se doit, pour éviter des représailles.

Antioqua: région avec un passé de violence politique, les paras ont déjà  tué plusieurs politiciens. Mais avec la démobilisation plusieurs leaders paras sont entrés en politique et il est possible de les retrouver sur certaines listes pour la ville de Medellin.

Cordoba: c’est une des régions mères du paramilitarisme … d’après Semana, les leaders para décident et dirigent tout. Dans cette région il n’y a presque pas de candidat de gauche.

Bolivar: Cartagena (la capitale) rime avec corruption, clientélisme, alliances familiales… le candidat principal est le fils de la « gérante » du département. La Dame décide tout, la drogue, le business, les paras … D’autres candidats ? Non la dame ne veut pas trop.

Cesar: Les paras se sont démobilisés. Comme dans les précédents départements mais là  elle à  l’air plus effective. Le parti de gauche peut faire campagne et apparemment ça marche. Ils craignent bien sûr les représailles mais, pour l’instant, rien de concret.

Magdalena: lors des dernières votations le candidat de la droite conservatrice a obtenu 90% des votes. La démobilisation devrait permettre cette fois des élections un peu plus libre. Mais les gens ont peur d’aller voter car les paras maîtrise les bureaux de vote. Donc les élections 2006 ne seront pas très différentes des précédentes. Il y aura juste plus d’un candidat…

Atlà¡ntico: Barranquilla, c’est l’autre paradis du clientélisme et des fraudes : une enquête a montré des irrégularités concernant 63% des cartes d’identités enregistrées.

L’avantage est que les résultats, dans ces régions, sont connus d’avance. Il reste cependant tous les autres départements et là  il est possible de rêver d’une nette avancée des partis plus démocratique. Les libéraux ont de bonne chance d’augmenter leurs nombres d’élus et on espère que le pôle démocratique gagne un peu de terrain. Ensuite, on s’attend, ou on espère, une alliance de ces deux partis pour les présidentielles, qui auront lieu dans 2 mois, avec comme but d’emmener le “seigneur” Uribe au 2e tour.

Ce serait déjà  une victoire.

 

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