La mort annoncée du TLC

Le Traité de Libre Échange (TLC en espagnol) a été négocié il y a quelque temps déjà  entre la Colombie et les États Unis. Mais malgré de longues négociations et de multiples campagnes ce traité est resté bloqué au Congrès des États Unis. La raison en est simple, depuis que la majorité est démocrate, le gouvernement Bush a un peu de mal à  faire passer la pilule Uribe.

Les démocrates critiquent fortement la Colombie et son manque de respect des Droits de l’Homme, particulièrement les assassinats de syndicalistes (17 sont morts depuis janvier). Bien sûr on peut douter de la bonne volonté des congressistes US, mais de la même manière on peut douter du bien fondé du TLC qui met en avant l’exportation de la palme africaine… Nouvelle recette miracle de la mafia colombienne.

Donc partons du principe de bonne foi autant d’un côté que de l’autre, le TLC est bon et les congressistes démocrates sont soucieux de la vie des gens à  l’étranger (enfin pas des citoyens US).

Bush vient de soumettre à  votation le TLC. Au sénat il ne devrait pas avoir de problème, mais au Congrès la réponse est presque garantie négative. La majorité est démocrate et cette majorité suit de manière générale les avis qu’émet la présidente. Cette dernière a annoncé qu’il était bien trop tôt pour soumettre ce traité et qu’elle allait tout faire pour le freiner…

De plus Clinton et Obama se sont tous les deux prononcés contre le TLC avec la Colombie. Bien sûr on peut y voir de l’opportunisme, c’est juste avant les primaires en Pennsylvania, un état qui a été fortement touché par la mondialisation mais quand même…

Ajoutons à  cela l’erreur historique d’Uribe de répondre à  Obama après ses déclarations. Uribe a voulu défendre la Colombie des attaques de ce dernier, l’accusant de ne pas connaitre la Colombie. Une touche d’orgueil de trop (comme d’hab) qui ne devrait pas trop plaire aux démocrates.

Le congrès a maintenant 90 jours pour voter le TLC, et il n’y a presque aucun doute possible le TLC ne passera pas. Il faudra donc recommencer les négociations et il est presque impossible que cela se fasse avant les élections présidentielles… Si les démocrates gagnent, cela risque d’être plus difficile… et si Obama gagne, la bourde d’Uribe devrait prendre une ampleur inespérée.

Une belle leçon

Même si l’actualité du jour n’est pas à  la visite de l’Allemagne mais à  celle de Bill Gates, je voulais revenir sur un point qui m’a semblé intéressant.

Sans entrer dans les détails du contenu de la visite, la comparaison de la forme de sa visite avec celle du président Bush est assez parlante. Bien sûr ce n’est pas comparable, les menaces ne sont pas les mêmes, les intérêts non plus, pourtant…

Bush a fait fermer la moitié de la ville, il n’a mis le nez dehors que lorsqu’il était dans l’enceinte du palais présidentiel, son carrosse était tellement blindé qu’il aurait même résisté à  une attaque nucléaire. Il est resté à  peine 6 heures sur le territoire.

Finalement sa visite ne laisse qu’une trace, celle de la sécurité.

Avec Mr Koehler c’était tout l’inverse. Non seulement la ville a fonctionné normalement, il est resté plusieurs jours, mais en plus il a été se promener dans les quartiers du centre, visiter l’ institut Goethe etc. Plusieurs impresarios ont fait le voyage avec lui, tranquille, venant faire des affaires d’une manière tout à  fait normale. Mais, et ça c’est la cerise sur le gâteau, il a parlé de développement, d’environnement, de responsabilité sociale… tout ça en soutenant certains efforts du président Uribe. Fait vraiment intéressant, pour une fois quelqu’un reconnait un certain mérite au président, en critiquant (de manière douce) une partie de son programme. Tout n’est pas blanc, ni noir, le manichéisme de Bush n’est pas la solution… celui de la France (par rapport à  la Colombie) ne l’est pas non plus!

Merci Mr Koehler.

Ouf, il est parti

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21 mille policiers, les services du DAS, l’armée, la CIA, le FBI, la moitié de ville fermée… et quelques centaines de casseurs. Fabuleux le dimanche, sans oublier la ley secca: vente d’alcool interdite, bar et boite de nuit fermé à  partir d’une heure du matin. Bush est venu, ne pas le savoir était impossible.

Ce que est sûr c’est qu’on est content de savoir qu’il est parti, déjà  qu’il a pourri notre week-end* juste pour rester 6 heures et dire deux conneries aux journalistes. imagen-3470232-2.jpgIls avaient le droit de lui poser 4 questions. Deux pour les medias internationaux et deux pour les medias locaux. En plus, il ne peut plus rien décider pour la Colombie, tout est dans les mains du congrès.

Merci, au revoir…ah, important, il a fait le plein de son super avion…

 

*heureusement, on avait anticipé…soirée rhum et karaoké tout droit sorti des philippines. (Comprendra qui voudra)

Bush en Amérique Latine: la Colombie à la loupe

_42538371_070205usabody.jpgLe président Bush entame une tournée en Amérique Latine où il va visiter le Brésil, l’Uruguay, la Colombie, le Guatemala et le Mexique. Il vient faire un tour de courtoisie, parler des inégalités et de la pauvreté. Le changement de rhétorique est flagrant, cela fait 6 ans qu’il ne parle que de lutte anti-terroriste et d’accord économique.

Bush tente dans le social, et bien qu’il se défende de vouloir faire de la concurrence à  Chavez, il est difficile de ne pas voir une petite volonté de récupérer la part de l’influence perdue dans son jardin. Certains ont même appelé son voyage la « tournée anti-Chavez »

Dans un même temps Bush a annoncé une forte diminution de l’aide apportée au continent, les deux dernières années l’apport était de 722 millions de dollars, il a cette fois demandé au congrès 443 millions de dollars. Bien sûr les diminutions touchent les fonds de développement alternatif, l’argent dédié à  la lutte contre le narcotrafic et les guérillas ne diminue pas. Par exemple le Pérou perd 20 millions de dollars d’aide, l’Equateur perd un million, le Brésil passe de 6 à  1 million…

imagen-3462041-1.jpgPour certains analystes, c’est une preuve de plus que le gouvernement de Bush laisse de côté l’Amérique Latine et se concentre au moyen orient. La visite était là  pour faire passer la pilule. Pourtant il est difficile d’imaginer que le gouvernement des Etats-Unis veut vraiment négliger l’Amérique Latine, toutes les négociations autour des différents traités économiques nous disent le contraire. Simplement le budget des USA n’est pas vraiment extensible et l’Amérique Latine n’est pas dans une situation de détresse infinie, au contraire, les résultats économiques sont, dans l’ensemble, plutôt bon.

La Colombie est le seul pays où l’aide ne diminue pas et la visite du président Bush arrive à  un moment critique dans les relations entre les deux pays. Uribe est considéré, à  juste titre, comme le meilleur allié. Cependant depuis que le scandale de la para-politique (le Washington-post parle de para-gate) est entré au congrès des Etats-Unis les déclarations contre le gouvernement colombien se font de plus en plus fréquentes. La présidente du congrès a même réalisé une réunion avec des ONG pour avoir un autre point de vue sur les négociations entre le gouvernement colombien et les paramilitaires. La démission de la ministre des affaires étrangère pour les liens de toutes sa famille avec les paramilitaires n’est pas passé inaperçu. Certains démocrates ont déjà  annoncé que le vote du traité de libre échange se compliquera, de même le Plan Colombie.

Le sous-secrétaire d’Etat des Etats-Unis a même annoncé que son gouvernement serait content si un échange humanitaire avec les FARC avait lieu. Uribe s’y oppose férocement.

La dernière histoire en date est la phrase du vice-ministre du travail colombien, disant que les syndicalistes (menacés de mort) exagèrent en dénonçant leurs menaces, et que ceci promeut la violence et le sang. Cette petite phrase, pourtant très commune ici, n’a pas été au goût du représentant de la Chambre des Etats-Unis, qui a demandé une rectification immédiate. Comme il le dit, c’est typiquement ce genre de déclarations qui nous font douter du respect des droits l’homme en Colombie.

Bogotà¡ sous haute surveillancePourtant le climat entre les deux présidents est toujours bon et leurs discussions ne devraient pas tourner autour des paramilitaires. Alors la visite de Bush en Colombie ne sert pas à  grand-chose. Celui qu’il faut convaincre que le gouvernement colombien n’a rien à  voir avec les paramilitaires c’est le congrès des Etats-Unis pas son président, et cela s’annonce plus compliqué.