Corto, le manequin

tango2.JPGAlors que je poursuis, toujours et encore, mon éternelle recherche du marin, autant dans les profondeur des eaux des caraïbes que sur les îles des pirates ou même dans les entrailles de l’Amazonie un lecteur vient m’annoncer qu’il a été poser pour quelques images en Suisse. Ce n’est pas la première fois, Dior avait déjà  payer pour ses services, maintenant c’est au tour de Swatch car selon eux:

Swatch et Corto Maltese ont en commun une forme d’insouciance, l’indépendance et la curiosité, ingrédients indispensables à  l’aventure

Peut être, et finalement qu’importe! L’image de Corto est devenu un produit depuis longtemps déjà , il aurait tort de ne pas en profiter, c’est de l’argent facile, plus facile que la recherche d’un galion engloutit, et cet argent est nécessaire pour la poursuite des autres trésors, les vrais.
Voilà , Corto est passé en Suisse là  où est mort son créateur, il n’y a rien à  ajouter, de toute façon depuis deux mois je n’ai pas eu le temps de sortir de Bogotà¡. Mais maintenant il est sûrement revenu en Colombie, l’endroit parfait pour passer quelques jours tranquilles. Alors en attendant une nouvelle errance à  sa recherche, je laisse traîner mon oeil sur le site de Swatch créé pour l’occasion, car même si leurs montres sont un peu décevantes, le site est simplement magnifique, on (re)découvre certaines étapes de Corto avec quelques planches… et Corto avec ou sans Swatch ou Dior, restera Corto!

[audio:BO. Le peuple migrateur.mp3]

cortomarchant.jpg

Amazonie, terre de femmes

amazonieDes femmes guerrières qui résident sur les rives de la mer noire et qui mutilent les hommes pour augmenter leurs capacités sexuelles. Telle est la légende des Amazones de la mythologie grecque.

Les conquistadors retrouveront des Amazones quelques siècles plus tard, en Amérique. Elles donneront leurs noms au fleuve qui traverse cette forêt immense et impénétrable: l’amazone.

Encore un endroit où il est bon d’enquêter sur l’éventuel passage de la légende de la bande dessinée devenue légende tout court… enfin pour ceux qui croient encore que ce n’est qu’une légende. Corto Maltese. Ce n’est un secret pour personne, Corto aime les femmes. En bon marin il est devenu proche d’un grand nombre d’entre elles, attiré par les femmes mystérieuses et combattantes; Pandora le laissera rêveur pendant de longues années,Pandora Bouche Dorée l’envoutera.

L’Amazonie est un lieu pour partir à  la recherche d’une légende, retrouver un peu de mythologie, essayer de rien comprendre et se sentir encore plus petit. Corto, une fois encore, m’emmène dans les profondeurs de ses aventures, sur les pas de ses trésors. Les amazones l’ont sans doute forcé à  les suivre, telle des sirènes dans une mer verte. Le retour a été difficile, nul n’en doute.

Plonger à Providencia

felipe-diving_providenciaÉvidemment, ma recherche des empreintes de Corto sur l’ile de Providencia ne s’est pas limitée à  la surface. Les fonds marins étant sans aucun doute le meilleur refuge des trésors fuyant leurs destinées, je me devais d’aller voir. La découverte fut plus qu’a la hauteur de mes attentes. Un des plus grand massif corallien que vous pourrez trouver cache tant bien que mal le fugitif.

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=jhliPA_yEds[/youtube]

Felipe vous emmène, depuis la plage d’agua dulce, découvrir les merveilles sous-marines. Le tout au son du reggae. Évidemment très cool!

Providencia la magnifique

tete-du-pirate-morganAu milieu des caraïbes, l’ile vit dans un autre temps. Le rythme est donné par le reggae, les horaires par le soleil. Ici rien ne bouge inutilement, pas de bruit de voiture, pas de pollution… Les mangues tombent des arbres, les poissons pullulent, on mange des langoustes en regardant la mer et en se rappelant les exploits de Sir Henry Morgan. Le très fameux pirate qui se fit connaître grâce un son coup d’éclat contre la ville de Panama en 1671 d’où il repartit avec 175 mules chargées d’or et de pierres précieuses. La légende raconte qu’il est venu caché son trésor dans la grotte « Morgan » à  San Andrès. Mais il avait aussi un fort à  Providencia, protégé par de nombreux canons encore présent sur l’ile, à  peine rouillé.

Un corsaire de son envergure ne pouvait cacher son trésor en un seul et unique lieu. Il est évident qu’une part a été dissimulée dans les pourtours de Providencia. Mais laissons croire les touristes que tout est encore à  San Andrès, que s’ils ont de la chance ils deviendront milliardaires en s’achetant des télés bon marché dans le free tax de la ville.

Quant à  nous, ne soyons pas naïf, un trésor sorti des entrailles des Andes ne pourrait supporter l’asphalte et toutes les allées et venues motorisées qui ont envahi cette ile ces dernières décennies. Un trésor qu’il soit en or ou en rêve est vivant, alors chercher le mien à  San Andrès n’avait aucun sens. Je trouverai aucune trace de Corto sous le béton. Par contre Providencia, vous l’imaginez bien, a tout pour séduire notre marin.

Souvenez vous dans Corto, toujours un peu plus loin avec le professeur Steiner, ils n’étaient pas très loin mais il n’ont jamais abordé l’archipel. Revenir semble alors assez censé, une partie de l’eldorado s’y est réfugiée… refusant sa destinée européenne.

Morgan a laissé sa tête en souvenir (photo), Corto, plus discret une simple trace, mais on sent encore sa présence. Le trésor, quant à  lui, il est resté.

[audio:Natural Mystic.mp3]

Une recherche illusoire

photo prise dans les ruelles de Cartagena J’expliquais à  la création de ce blog pourquoi je pensais trouver un jour Corto sur un banc colombien profitant de ces derniers instants de découverte avant de disparaître vraiment.

Les atouts de la Colombie aux yeux du marin devaient être nombreux, pourtant voilà , aujourd’hui débute le festival international de la Bande Dessinée à  Angoulême et une annonce fracassante a tout changé: l’aventure continue!

Le choc, je relis, si, si c’est bien ça… double choc! Douze ans après la mort de son créateur, ils oseraient faire retravailler le marin qui a la meilleure ligne de chance de la planète.

L’idée, paraît-il, n’est pas nouvelle et la décision a été prise suite à  l’exposition de Sienne, pour les dix ans de la mort d’Hugo Pratt. Les organisateurs avaient été surpris par le succès.

Que faire? Dirait Lénine. Poser cette question à  un mort nous laisse toujours la possibilité d’écrire un livre sur la réponse supposée. Pratt aurait-il vraiment voulu voir Corto continuer sans lui, peut-être … Faut-il abandonner tout espoir de rencontre ? Verser une larme et faire le deuil de cette idole, crier sur tous les toits que le Corto, le vrai, est celui d’Hugo. Les autres, ceux des films, des pubs et des nouvelles aventures sont des sosies, utilisés pour faire de l’argent…

Les fameux « ayant droits » décident, décident tout… mais il va falloir être patient, 2 ans, pour savoir vraiment ce qu’ils auront décidé. Ils ont embauché deux dessinateurs (c’est un minimum pour tenter d’arriver au niveau de Pratt) pour raconter la suite de La Jeunesse. Hugo Pratt avait commencé un album pour palier le vide de 18 ans laissés entre la participation à  la guerre russo-japonaise du début du 20e siècle et sa ballade en mer salée. On devrait alors découvrir comment Corto a aidé Raspoutine à  fuir la Mandchourie.

Si le projet est simplement de nous conter les aventures passées du marin, mon espoir de le trouver dans la région reste entier. Par contre, s’ils le forcent à  repartir, comme ils le sous entendent, à  Paris ou à  Venise, il va falloir que je trouve d’autres horizons…

 

Ps: la photo a été prise dans une ruelle de Cartagena…

Le périple divin de l’émeraude

La légende nous suggère que l’El Dorado se trouve en Colombie, et c’est une des grandes raisons pour laquelle je suis presque sûr de retrouver, un jour, une trace de Corto Maltese dans ce pays. (cf intro)

Mais pour attirer ce marin de légende, la Colombie possède d’autres atouts. Une motivation pourrait être la guérilla (on l’a déjà  vu en soutenir une, cf Tango) mais en regardant la tournure que celle-ci a pris, j’ai quelques doutes. Il y a l’or aussi, mais les mines s’épuisent par ici. De plus leur intérêt n’a jamais été vraiment fabuleux. Par contre l’émeraude est largement à  la hauteur de notre homme. Et la Colombie est le pays par excellence de ce bijou, qui nous rappelle la profondeur de la nature, puisque c’est ici qu’on trouve les plus belles et les plus grosses.

A travers l’histoire cette pierre a toujours provoqué une grande fascination, les anciens Incas et les Aztèques la vénéraient comme pierre sacrée. Ce joyau aurait une provenance divine:

Pour certains il s’agirait d’une pierre tombée du Ciel (lapis e coeli). Il est apparemment d’usage de relier cette lapis e coeli au célèbre et énigmatique épisode de la Bible tiré des prophéties d’Isaïe:

« 14:12 Comment es-tu tombé du ciel, Astre brillant, Fils de l’Aurore? Comment as-tu été précipité à  terre… »

D’autres pour des raisons assez obscures, la prétendent adressée à  l’Ange déchu, Lucifer porteur initial de la Lumière Divine. Dans sa chute, l’Émeraude qu’il portait à  son front, symbole et signe de son dépôt, serait tombée sur le sol, en signe de déchéance. Les anges, non rebelles, l’auraient reprise et emportée au Ciel.

Finalement Richard Wagner dans son récit Lohengrin ne parle plus de l’Émeraude tombée du front de Lucifer qui est rapportée par les anges sur terre, mais bien la Coupe précieuse qui servit au Christ, le Graal:

« Dans un pays lointain, inaccessible à  vos pas, se trouve un château nommé « Montsalvat »; un temple lumineux se dresse en son milieu, si précieux que sur Terre, rien de tel n’est connu; à  l’intérieur, un vase doté d’un pouvoir miraculeux y est gardé comme le Saint des Saints; pour être confié aux soins des plus purs parmi les hommes, il fut apporté par une troupe d’anges; chaque année, du ciel s’approche une colombe, pour fortifier de nouveau sa vertu miraculeuse. »

Corto est bien capable de venir dans ce pays lointain, pour affronter la troupe d’anges et tenter l’entrée dans « Montsalvat ». Il admirerait simplement le temple lumineux, pour ensuite entrer dans le jardin de Dieu, l’éternel printemps, et voir ce vert, vif, intense et profond qu’est l’émeraude.

L’analyse biblique de l’émeraude se poursuit et nous amène à  la comparaison entre Lucifer, porteur de lumière, et Prométhée, voleur du Feu des dieux. Alors se pose la question « Lucifer avait-il volé la Lumière pour la donner aux hommes? »

Je suis convaincu, à  nouveau, que la question pourrait préoccuper notre marin. Tout au moins pour justifier certains de ses actes ou amis. Même le diable serait capable d’aider l’humanité! Alors imaginez Raspoutine!

Il faut aussi penser que notre gentilhomme de fortune n’est point fou: une émeraude, qu’elle provienne de Lucifer ou non, peut valoir des millions de dollars. Alors pourquoi se priver d’une aventure enrichissante!

Bien sûr une telle entreprise ne s’improvise pas, il lui faut connaître les différentes réincarnations de la lumière de Lucifer à  travers l’histoire. La route de notre marin a dû être longue, car les premières émeraudes proviennent de l’époque des Pharaons égyptiens (3000-1500 avant notre ère) mais leur mines étaient déjà  épuisées quand elles furent redécouvertes. Ensuite, on retrouve la trace de l’émeraude dans les anciennes écritures sacrées de l’hindouisme. Elles étaient fort prisées pour leur pouvoir de guérison.

Apportaient-elles la protection de Lucifer?

 

C’est à  ce moment qu’apparaît l’une des plus grandes émeraudes du monde dite « du Grand Moghols ». Découverte en 1695, elle pèse 217,80 carats et mesure environ 10 cm. de haut. L’une de ses faces est couverte de textes de prières. Une autre comporte des ornementations florales foisonnantes, gravées dans la matière.

La couleur verte de cette semi divinité est aussi un symbole, que ce soit dans la Rome antique où c’était la couleur de Venus, déesse de l’amour et de la beauté, ou pour l’Islam où elle symbolise l’unité de leur religion.

 

D’un point de vue plus terrien (ou marin) l’émeraude est un silicate de béryllium et d’aluminium. Elle fait partie de la famille des béryls. Cependant le béryl pur n’a aucune coloration. La couleur n’apparaît que lorsque des traces de certains éléments s’ajoutent au processus d’élaboration. L’émeraude gagne sa couleur grâce aux traces de chrome.
De manière générale, ces éléments sont concentrés dans l’écorce terrestre à  des endroits complètement différents de ceux où se trouve le béryllium, de telle sorte qu’il ne devrait pas du tout exister d’émeraude!
Toutefois, au cours de bouleversements tectoniques d’importance extrême, ces éléments antinomiques ont été mis en contact. Le processus de cristallisation est dû à  des températures extrêmement élevées et à  des pressions gigantesques.

 

Lucifer interviendrait-il pour retrouver son bien?

 

On trouve la trace de ces forces immenses dans le coeur même de cette pierre. Ce processus impressionnant et brutal qui contribue à  la création de cette beauté incomparable laisse des traces: des fissures plus ou moins apparentes, un mini-cristal ou une petite bulle…

Connaissant tout cela il reste une question en suspend: Pourquoi la Colombie et pourquoi Bogotà¡? Tout d’abord, comme je l’ai dit plus haut la Colombie produit les plus grosses et les plus belles émeraudes, ensuite les gisements les plus important se situent dans un périmètre de 100 kilomètres autour de Bogotà¡. Alors comme pied à  terre Bogotà¡ est le lieu parfait. Corto ne peut être qu’ici!

Pour l’explication divine cliquez ICI

Pour l’explication scientifique cliquez ICI

« J’ai épousé la Colombie »

« J’ai épousé la Colombie »

Voilà  comment je pourrais, en ce moment, résumer ma vie en une phrase… Mais cette phrase est pleine de sens à  de multiples degrés.

Le premier qui est le plus simple à  comprendre est bêtement que je me suis marié avec une Colombienne, et ça c’est indiscutable ; il y a même des témoins.

Les degrés suivants sont un peu plus complexes surtout pour des sudaméricophobes (si ça existe !). Pour résumer l’idée, on pourrait simplement dire qu’en choisissant de se marier avec une Colombienne on se marie aussi avec son pays !

Un pays comme la Colombie ne peut laisser indifférent, soit on le déteste et on voit tout le mal qu’il produit : enlèvement, massacre, misère, exclusion, corruption, clientélisme, drogue… etc. etc. Soit on en est amoureux. Et nombreux sont ceux qui viennent et tombent sous son charme.

Il n’y a pas de raison à  l’amour et c’est pour cela que c’est inexplicable. Mais on peut comprendre.

Tout le monde, je l’espère, connaît Garcà­a Mà¡rquez, auteur colombien avec un style magnifique. Son imagination m’a toujours fait rêver, et la question de savoir où va-t-il trouver tout cela commence à  se dénouer. La Colombie dépasse bien souvent l’imaginaire. C’est un pays où il est sûrement possible de rencontrer Corto coulant les jours tranquilles d’une retraite bien méritée.

Cette raison est suffisante à  mes yeux pour rester ici, au cas où je le croiserais. Mais pour les ignares (je mets dans cette catégorie tous les gens qui ne connaissent pas Corto Maltese ou qui ne l’apprécient pas) il existe bien d’autres choses incroyables: par exemple la ciclovà­a nocturne de 18h à  1h du mat, où toutes les avenues principales de Bogotà¡ sont fermées aux voitures pour laisser la place aux promeneurs noctambules, ou l’initiative d’une des administrations passées d’engager des mimes afin de former une conscience citoyenne… et plein d’autres choses qui me surprennent jour après jour.

Vous ajoutez à  cela une bonne énergie festive, de la nourriture variée, des paysages idylliques et c’est bon vous y êtes!

Cette extravagance et cette diversité ne pouvaient que me séduire alors pour savourer un peu avec moi les plaisirs de la Colombie, et de l’Amérique du Sud, vous pourrez suivre à  travers les différentes rubriques mes disputes et mes histoires d’amours.