Le périple divin de l’émeraude

La légende nous suggère que l’El Dorado se trouve en Colombie, et c’est une des grandes raisons pour laquelle je suis presque sûr de retrouver, un jour, une trace de Corto Maltese dans ce pays. (cf intro)

Mais pour attirer ce marin de légende, la Colombie possède d’autres atouts. Une motivation pourrait être la guérilla (on l’a déjà  vu en soutenir une, cf Tango) mais en regardant la tournure que celle-ci a pris, j’ai quelques doutes. Il y a l’or aussi, mais les mines s’épuisent par ici. De plus leur intérêt n’a jamais été vraiment fabuleux. Par contre l’émeraude est largement à  la hauteur de notre homme. Et la Colombie est le pays par excellence de ce bijou, qui nous rappelle la profondeur de la nature, puisque c’est ici qu’on trouve les plus belles et les plus grosses.

A travers l’histoire cette pierre a toujours provoqué une grande fascination, les anciens Incas et les Aztèques la vénéraient comme pierre sacrée. Ce joyau aurait une provenance divine:

Pour certains il s’agirait d’une pierre tombée du Ciel (lapis e coeli). Il est apparemment d’usage de relier cette lapis e coeli au célèbre et énigmatique épisode de la Bible tiré des prophéties d’Isaïe:

“14:12 Comment es-tu tombé du ciel, Astre brillant, Fils de l’Aurore? Comment as-tu été précipité à  terre…”

D’autres pour des raisons assez obscures, la prétendent adressée à  l’Ange déchu, Lucifer porteur initial de la Lumière Divine. Dans sa chute, l’Émeraude qu’il portait à  son front, symbole et signe de son dépôt, serait tombée sur le sol, en signe de déchéance. Les anges, non rebelles, l’auraient reprise et emportée au Ciel.

Finalement Richard Wagner dans son récit Lohengrin ne parle plus de l’Émeraude tombée du front de Lucifer qui est rapportée par les anges sur terre, mais bien la Coupe précieuse qui servit au Christ, le Graal:

Dans un pays lointain, inaccessible à  vos pas, se trouve un château nommé “Montsalvat”; un temple lumineux se dresse en son milieu, si précieux que sur Terre, rien de tel n’est connu; à  l’intérieur, un vase doté d’un pouvoir miraculeux y est gardé comme le Saint des Saints; pour être confié aux soins des plus purs parmi les hommes, il fut apporté par une troupe d’anges; chaque année, du ciel s’approche une colombe, pour fortifier de nouveau sa vertu miraculeuse.”

Corto est bien capable de venir dans ce pays lointain, pour affronter la troupe d’anges et tenter l’entrée dans “Montsalvat”. Il admirerait simplement le temple lumineux, pour ensuite entrer dans le jardin de Dieu, l’éternel printemps, et voir ce vert, vif, intense et profond qu’est l’émeraude.

L’analyse biblique de l’émeraude se poursuit et nous amène à  la comparaison entre Lucifer, porteur de lumière, et Prométhée, voleur du Feu des dieux. Alors se pose la question “Lucifer avait-il volé la Lumière pour la donner aux hommes?”

Je suis convaincu, à  nouveau, que la question pourrait préoccuper notre marin. Tout au moins pour justifier certains de ses actes ou amis. Même le diable serait capable d’aider l’humanité! Alors imaginez Raspoutine!

Il faut aussi penser que notre gentilhomme de fortune n’est point fou: une émeraude, qu’elle provienne de Lucifer ou non, peut valoir des millions de dollars. Alors pourquoi se priver d’une aventure enrichissante!

Bien sûr une telle entreprise ne s’improvise pas, il lui faut connaître les différentes réincarnations de la lumière de Lucifer à  travers l’histoire. La route de notre marin a dû être longue, car les premières émeraudes proviennent de l’époque des Pharaons égyptiens (3000-1500 avant notre ère) mais leur mines étaient déjà  épuisées quand elles furent redécouvertes. Ensuite, on retrouve la trace de l’émeraude dans les anciennes écritures sacrées de l’hindouisme. Elles étaient fort prisées pour leur pouvoir de guérison.

Apportaient-elles la protection de Lucifer?

 

C’est à  ce moment qu’apparaît l’une des plus grandes émeraudes du monde dite “du Grand Moghols”. Découverte en 1695, elle pèse 217,80 carats et mesure environ 10 cm. de haut. L’une de ses faces est couverte de textes de prières. Une autre comporte des ornementations florales foisonnantes, gravées dans la matière.

La couleur verte de cette semi divinité est aussi un symbole, que ce soit dans la Rome antique où c’était la couleur de Venus, déesse de l’amour et de la beauté, ou pour l’Islam où elle symbolise l’unité de leur religion.

 

D’un point de vue plus terrien (ou marin) l’émeraude est un silicate de béryllium et d’aluminium. Elle fait partie de la famille des béryls. Cependant le béryl pur n’a aucune coloration. La couleur n’apparaît que lorsque des traces de certains éléments s’ajoutent au processus d’élaboration. L’émeraude gagne sa couleur grâce aux traces de chrome.
De manière générale, ces éléments sont concentrés dans l’écorce terrestre à  des endroits complètement différents de ceux où se trouve le béryllium, de telle sorte qu’il ne devrait pas du tout exister d’émeraude!
Toutefois, au cours de bouleversements tectoniques d’importance extrême, ces éléments antinomiques ont été mis en contact. Le processus de cristallisation est dû à  des températures extrêmement élevées et à  des pressions gigantesques.

 

Lucifer interviendrait-il pour retrouver son bien?

 

On trouve la trace de ces forces immenses dans le coeur même de cette pierre. Ce processus impressionnant et brutal qui contribue à  la création de cette beauté incomparable laisse des traces: des fissures plus ou moins apparentes, un mini-cristal ou une petite bulle…

Connaissant tout cela il reste une question en suspend: Pourquoi la Colombie et pourquoi Bogotà¡? Tout d’abord, comme je l’ai dit plus haut la Colombie produit les plus grosses et les plus belles émeraudes, ensuite les gisements les plus important se situent dans un périmètre de 100 kilomètres autour de Bogotà¡. Alors comme pied à  terre Bogotà¡ est le lieu parfait. Corto ne peut être qu’ici!

Pour l’explication divine cliquez ICI

Pour l’explication scientifique cliquez ICI

Dans la Jungle

La Colombie détient un record: celui du nombre de séquestrés. Bien sûr on pourrait rêver d’une meilleure publicité pour un pays si diversifié. Jusqu’en 1999 la moyenne atteignait environ 3000 enlèvements par année et actuellement on compte un peu plus de 5000 détenus. Les FARC n’en détiennent “que” 2000, la pression politique est une des causes, la rançon en est une autre. Les 3000 autres, sont détenus sans que l’on sache par qui (source).

Ingrid Betancourt fait partie de ces statistiques froides que je viens de citer. Elle a été enlevée, avec sa directrice de campagne, le 23 février 2002… il y a un peu plus de 4 ans.

Son histoire a largement été médiatisée, principalement en France. En partie car elle a été mariée avec un français, mais aussi parce qu’elle a toujours été proche des élites colombiennes et françaises. Son père a été ministre, sa mère sénatrice, Dominique de Villepin était un compagnon d’uni, …etc.

Les médias français la présentent facilement comme une sauveuse, l’unique à  se battre contre la corruption de ce pays. Même Renaud a écrit une chanson pour elle (“Dans la Jungle“) où il la décrit comme la seule à  lutter contre le double ennemi fasciste (Uribe et les FARC).

Il faut dire qu’elle-même se présente comme cela dans son dernier livre, la rabia en el corazà³n. Elle décrit son combat, d’abord au Congrès puis au Sénat, contre les politiciens corrompus des partis traditionnels. Il est vrai qu’elle s’est engagée corps et âme dans ce combat (discours, campagne, grève de la faim,…) qu’elle a risqué sa vie, détruit l’unité (physique) de sa famille. Cependant l’objectivité des médias français laisse parfois penseur. Au point où plusieurs se fâchent. La preuve en est le livre de Jacques Thomet: “Ingrid Betancourt: histoire de coeur ou raison d’Etat”. Ce journaliste accuse le gouvernement français de manipuler la presse et l’opinion publique, de détruire l’image de la France en Colombie et de détériorer les relations franco-colombiennes. Selon lui, la France aurait perdu des contrats équivalents à  700 millions de dollars. Tout ça pour libérer Ingrid.

Du côté colombien aussi, on peut voir certains s’en prendre à  la Ingridmania française. Une journaliste de El Tiempo le montre très bien :

C’est que personne n’a dit aux Français que beaucoup d’autres sont depuis plus de 7 ans dans la forêt. Aussi l’histoire de la Franco-Colombienne Aïda Duvaltier, enlevée en 2001 par l’EPL [Armée populaire de libération, maoïste] et dont les restes furent découverts la semaine dernière, n’a-t-elle provoqué aucune réaction massive de ses compatriotes. Et la mort du major Julian Guevara aux mains des FARC [séquestré depuis 1998, il est décédé le 28 janvier dernier] n’a même pas été commentée en France.” (El Tiempo – Article publié le 21 février 2006 traduit par : Latin reporter)

Certes… il est un peu dur d’expliquer pourquoi la France ne réagit pas plus…

Cependant il faut aussi savoir qu’Ingrid a quelque peu secoué la classe politique colombienne, et de la même manière que le gouvernement français influence la presse Française, le gouvernement Colombien le fait avec la presse colombienne.

Alors Ingrid est-elle la Jeanne d’Arc des Andes ? Est-elle juste la copine de Villepin qui coûte très cher à  la France ?

Peut-être les deux à  la fois, mais en étant pragmatique on pourrait simplement penser qu’au moins, grâce à  elle, la France se mobilise pour un sujet d’une importance fondamentale pour la Colombie.

Transmilenio

Un bus, de toutes les couleurs, dévale la pente à  toute allure, il est poursuivi par un gigantesque nuage de poussière. La route est étroite et sinueuse, elle paraît interminable. Le bus est rempli à  craquer, les gens s’accrochent comme ils peuvent aux barres d’acier, qui elles-mêmes ont du mal à  rester fixées au plafond. Sur le toit, les valises côtoient les sacs de patates et les chèvres, le tout est amarré sommairement. La musique est à  plein volume, tellement fort que le son devient inaudible, les gens doivent crier pour tenter de discuter … C’est un peu une boîte de nuit sur roues, avec un inconscient au volant. On a le coeur qui palpite, de joie ou de peur. L’aventure sud-américaine bat son plein…

Si cela vous fait rêver, Bogotà¡ ne sera qu’une étape car ce n’est pas ici que vous trouverez ce fameux cliché.

Bogotà¡ est une métropole, ses 6,5 millions d’habitants se déplacent majoritairement en bus, mais les chèvres sur le toit et la musique à  fond sont des variables d’un autre temps. La ville a doté ses habitants d’un système de transport relativement moderne. Il fonctionne comme un métro : c’est-à -dire qu’on paye à  l’entrée et ensuite il existe un réseau avec différentes stations et lignes qui s’entrecroisent. Simplement ce n’est pas un métro, ni un train, … mais un bus. Les bus sont exactement les mêmes qu’on trouve à  Genève ou à  Paris. Tout beaux, tout neufs et les utilisateurs en prennent bien soin. C’est leur Transmilenio!

TransmilenioIl a été créé dans le but de diminuer le niveau de pollution de la ville et fait partie d’un programme du protocole de Kyoto. Il faut dire que l’ancien système (qui existe encore dans certains quartiers) n’était pas des plus écolo. C’était une série de petits bus, cars ou vans super vieux et qui crachaient un monstrueux nuage de fumée noire …

Les seules différences, qui peuvent surprendre le touriste, résident dans les éléments qui entourent ces bus. Tout d’abord, à  chaque entrée, il y a un ou deux militaires qui surveillent et fouillent éventuellement les sacs. Mais pour quelqu’un qui passe plus de deux semaines en Colombie cela devient vite normal, à  chaque fois qu’on entre dans un bar, un centre commercial ou un bâtiment public on passe par cette étape.

Ensuite l’entrée et la sortie du bus est une épopée : le service n’est pas encore tout à  fait suffisamment développé, alors il manque parfois un peu de place. Les gens s’emboutissent souvent sans laisser l’opportunité à  ceux qui désirent sortir de réaliser leur souhait.

Un certain nombre de publicités tentent d’expliquer qu’il est préférable de laisser sortir les autres avant de monter à  bord … je crois que cela devrait arriver le jour où il y aura suffisamment de bus.

Pour l’instant on parle de Transmi lleno* et moi ça me fait bien rire !

*lleno veut dire plein, en espagnol

Le site et ses photos

Les FARC

En Colombie l’affirmation : “pour comprendre le présent il faut connaître l’histoire”, est encore plus vraie que dans les autres pays auxquels j’ai pu m’intéresser. La majorité de l’actualité concerne le conflit armé. On parle autant des actions des Fuerzas Armadas Revolucionarias de Colombia (FARC) que des actions contre elles, des négociations de l’Ejercito de Liberacià³n Nacional (ELN) avec le gouvernement, ou de la démobilisation des paramilitaires (AUC) (( Pour ceux que ça intéresse et qui veulent, vite fait, avoir une idée je vous invite à  lire l’historique du conflit )) .

Ces dernières années, avec le gouvernement Uribe, la situation semble avoir évolué. Tout d’abord, le Président a établi un programme de réinsertion pour les paramilitaires qui désiraient rendre les armes (( voir La Démobilisation des Paramilitaires )) . Ensuite il a militarisé le pays et contraint les FARC à  reculer dans la jungle. Ceci rend le pays plus sûr, certes, mais ne résout pas le problème de fond: les inégalités sociales, la concentration croissante de la richesse, la réforme agraire, etc.

En théorie tous ces maux sont combattus par les FARC, mais alors pourquoi ont-elles une si mauvaise image ?

Revenons à  la fin des années 80. Les forces de gauche ont enfin la possibilité de former un parti politique légal (l’Union Patriotique) et d’entrer dans le débat politique. Cependant les ultraconservateurs craignent leur montée en puissance. La persécution anti-militant de gauche débute et s’avère efficace. Plus de 4000 sont assassinés par les paramilitaires. Ceux qui sont encore vivants aujourd’hui sont ceux qui ont réussi à  fuir le pays. Suite à  de tels événements il était difficile de ne pas reprendre la lutte armée. Cependant, une seconde tentative de légalisation du mouvement des FARC a été tentée par l’ex-président Pastrana. Il leur a offert un territoire pour que les négociations se fassent dans de bonnes conditions.

Les négociations n’ont abouti à  rien. Le résultat a été catastrophique. Les FARC en ont profité pour s’enrichir (à  travers la plantation de coca et les enlèvements) et développer une véritable armée.

Suite à  cette tentative présidentielle avortée, il était évident que le peuple colombien n’allait plus accorder de confiance à  un mouvement dont le seul moyen pour atteindre leur but, est la guerre. Ces soi-disant défenseurs du peuple s’attaquent à  des villages, enlèvent n’importe quels péquins. Même les militants de gauche les rejettent.

La conséquence est l’élection du président actuel, Uribe, qui propose l’éradication pure et simple des FARC. La violence par la violence. Sa cote de popularité avoisine les 75% depuis 4 ans. Il est sur le point de se faire réélire … et les FARC existent encore.

Une bonne théorie du complot pourrait nous dire que c’est un arrangement entre eux. Cela ferait de beaux titres genre : “Les FARC et les paramilitaires se mettent d’accord pour se partager le pouvoir !”.

En étant un peu plus sérieux on peut simplement conclure que les FARC ont raté leur sortie. La sanction du peuple s’appelle Uribe. Cependant la question qu’ils devraient se poser avant d’aller voter est : qui est-ce qu’ils sanctionnent en votant pour lui ?

Pourtant je n’oserai pas affirmer que les Colombiens sont masochistes…

 

 

 

Note : pour les motivés de l’info sur les FARC: vous pouvez visiter leur site

Dieu et les Pingouins

Gays, Homo, Marica …etc etc

La quantité de terme existant dépasse ma connaissance. Par contre le nombre de pays qui leur accordent des droits est bien limité. En Colombie le thème a de la peine à  être abordé, les conservateurs, proche du gouvernement actuel l’ont exclus de toute discutions…

Il faut dire qu’ici les Marica ne sont pas franchement bien vu. La société est très machiste (même si on rencontre de nombreuses femmes avec des postes à  responsabilité) et un vrai macho se doit de détester les homosexuels.

Et pourtant tous les discours religieux extrémistes prétendant que c’est contre la volonté de dieu, sont de beaux mensonges

Les pingouins (qui sont des animaux parfaitement normaux jusqu’à  preuve du contraire) entretiennent des relations homosexuelles. La dernière nouvelle[1] en date (car ce n’est pas la première fois) se passe dans un zoo allemand. Les mâles, en manque de femelle, ont commencé à  avoir des relations entre eux. Les vétérinaires s’en sont rendus compte et ont fait venir des femelles d’un zoo suédois. Le problème (qui n’en est peut-être pas un) est que les belles Suédoise n’ont pas convaincu. L’attitude des pingouins n’a pas changé : les mâles sont resté fidèles.

Alors si la nature le pratique c’est sûrement que dieu l’a voulu, non ?


[1] Lire El Tiempo

Campagne Colombienne

 

Les campagnes électorales suisses : des débats enflammés, des politiciens hystériques qui crient dans les rues, des affiches qui pullulent dans tous les coins, des militants qui manifestent leur foi en leur candidat. Bref, le pays s’enflamme pour quelques temps avant de retomber dans sa tranquillité légendaire…

Ceci ce passe dans mes rêves les plus profonds, car le débat politique suisse est bien organisé, très civilisé et on aime le dire. On se retrouve tous et on discute autour d’une table.

En Colombie, j’en suis sûr, le potentiel existe pour que les campagnes électorales soient comme dans mes rêves : pétillantes et passionnantes. Les Colombiens ont l’énergie et l’hystérie pour s’emballer dans un débat politique, pour faire vivre une démocratie.

Cependant, la situation de conflit dans laquelle se trouve le pays depuis si longtemps, ne permet pas un épanouissement du débat politique.

Le président Uribe a beau dire que la Colombie est une démocratie (et c’est vrai), les droits et les libertés sont quelque peu différentes de celles qu’on connaît outremer.

En fait, ce cher président ressemble étrangement à  Bush, c’est un peu son petit frère. C’est un puritain qui aime l’armée et les chevaux. Il aime tellement l’armée qui l’a envoyée partout dans le pays pour écraser la guérilla. Quelque soit le prix. Du cheval il en fait à  une heure du matin dans le « Parque Nacional » en plein centre de Bogotà¡ et peu l’importe s’il doit réveiller la moitié du bataillon de la ville pour sa protection.

Son côté obscur réside dans ses liens avec les paramilitaires. Ses liens ne sont pas si obscurs car, en ce moment le soupçon qu’une partie de ses fonds de campagne proviennent du narcotrafic se camoufle entre les lignes des nouvelles colombiennes. Son « aura » est telle que le scandale a peu de chance d’éclater réellement. De plus c’est un homme de confiance, il fallait bien remercier ce petit geste financier alors, il a amnistié tous les paramilitaires qui voulaient rendre leur armes. Leurs crimes (pire que notre l’imagination nous le permet) ne seront jugés que si quelqu’un veut les dénoncer (( J’aborderai ce thème de manière plus approfondie dans un autre article. )) .

Le résultat de ce magnifique plan de paix est que maintenant 25’000 bourreaux se promènent en toute liberté et impunité.

Il est facile d’imaginer qu’une campagne électorale dans ses conditions est vite tendue. Les régions qui étaient sous l’emprise des paramilitaires le restent avec la différence que ceux-ci peuvent se présenter aux élections. Dès le mois de janvier Amnesty International a commencé à  dénoncer cette situation (rapport d’Amnesty). Il faut dire que plusieurs journalistes ont reçu des menaces de mort, à  ce jour quatre candidats ont été assassinés et nombreux sont ceux qui ont été menacés. « On savait comment allait être la campagne, l’important est de faire très attention à  soi et de ne pas se laisser intimider » (( Ya todos sabà­amos cà³mo iba a ser la campaà±a, lo importante es cuidarse mucho y no dejarse intimidarsemana )) nous dit Gustavo Petro du parti Polo Democratico Alternativo (gauche).

Cependant il ne faut pas croire que les menaces sont le monopole des « ex » paramilitaires, la guérilla use aussi ce procédé dans les régions qu’elle maîtrise. Il est d’ores et déjà  possible d’établir une carte des résultats du moment où l’ont connaît les déplacements des forces en présence.

Les seuls lieux où on aperçoit encore la lumière de la liberté ce sont les grandes villes comme Bogotà¡. Mais là  encore il ne faut pas trop rêver, les quartiers défavorisés ne sont pas des havres de paix. Les leaders de gauche se voient confinés à  la maison s’ils veulent pouvoir continuer leur lutte après les élections.

Il ne nous reste plus qu’à  se demander : mais que fait la police ? Où est l’armée ? La réponse est simple : elles obéissent au Président.



Quelle liberté?

Ouh la la !

Quelques malheureux dessins font couler une sacrée quantité d’encre. On en entend parler jusqu’en Colombie. A la vue de tout ce qui ce passe ici tous les jours on pourrait penser que c’est pour changer notre quotidien électoral relativement tendu. C’est vrai que la réflexion est intéressante. Dans une situation comme celle-ci, la question clé n’est pas celle de la liberté de presse ou d’expression. Il me semble que l’interrogation qui doit se poser est : jusqu’où la liberté (tout court) peut-elle aller ?

Un bon Anarchiste peut répondre sans doute, qu’elle n’a pas de limite. Pourtant, l’Anarchie n’est pas un bordel irrespectueux de la personne, au contraire c’est un monde parfait où tout le monde vit en harmonie. C’est un système qui fait appel à  notre sens commun. Alors soyons un peu anarchistes, oublions pour une fois nos grands principes et faisons appel à  notre sens commun: tentons une comparaison avec un fait qui s’est déroulé sous mes latitudes il y a environ un mois.

Une entreprise européenne de T-shirt légèrement alternatif s’est lancée dans la production de modèle à  l’effigie des FARC (Forces Armées Révolutionnaire Colombienne), soit avec le portrait du chef soit avec un militaire et une banderole des FARC. Un pourcentage des ventes est reversé à  l’organisation. Ce n’est pas un secret que les FARC ne sont pas vraiment une association caritative, donc je doute que l’argent récolté aille pour les enfants de paysan qui n’ont pas les moyens de se payer l’école. Non, les FARC s’achètent des 4à—4 derniers modèles et des bazookas derniers modèles aussi. Oui, ce sont des révolutionnaires qui avaient une idée de base intéressante et une partie de leur combat est encore d’actualité. Mais la méthode n’est plus: ils séquestrent, coupent des têtes, violent, maltraitent, etc.

A la vue de ces faits, revenons à  la question de départ: la liberté. De quel droit cette entreprise finance une bande de barbare… simplement au nom de notre sacro-sainte liberté?

Eh bien ici cette liberté a choqué, choque encore.

La majorité des Colombiens rêvent de liberté qu’elle soit d’expression, de mouvement, de réunion, comme celles qu’on a en Europe. Mais je suis sûr qu’ils ne rêvent pas d’une liberté irrespectueuse.

Certains, sûrement, vont faire la différence entre des dessins qui, à  priori ne sont pas une incitation à  la violence et ces T-shirt qui financent une guerre. Certes il en existe une, mais je vois aussi un point terriblement commun: le manque de respect vis-à -vis d’une population.

Ce n’est pas une caricature qui choque, c’est la représentation d’Allah. Elle est interdite chez les musulmans, purement et simplement. On peut caricaturer Jésus, oui ; les chrétiens ne l’interdisent pas ; Bouddha aussi, si cela nous amuse ; mais Allah non.

Je finirai par la citation d’un ami :

“Si on ne doit pas transiger avec nos principes fondamentaux, rien ne sert de blesser gratuitement. La liberté d’expression devrait tendre à  nous rendre un peu plus ouvert d’esprit, et non accrochés à  des principes intangibles.” (lire l’article de Psykotik)

Et pour une fois je suis d’accord avec lui.

A gauche toute!

« A gauche toute !»
C’est le nouveau slogan en Amérique du Sud. Après Chavez, Lula, Kirchner voilà  que Evo Morales est élu en Bolivie et Michelle Bachelet au Chili.

En regardant une carte d’Amérique Latine on voit que la gauche est en pôle position. Elle est favorite au Pérou et au Mexique. La Colombie est la tache sur cette belle perspective apparente. Je dis apparente car en réalité ce n’est pas une gauche unie et solidaire qu’on trouve en Amérique Latine mais plusieurs.

En effet, en regardant d’un peu plus près, on peut voir que l’équipe de Chavez ne fait pas l’unanimité. Michelle Bachelet, première femme au pouvoir dans un pays latino, est la continuation du pouvoir en place. Son élection est logique car le gouvernement satisfait en majorité les chiliens, l’économie se porte assez bien, la réconciliation avance …etc.

Cependant le modèle économique utilisé est toujours le même. C’est-à -dire celui instauré par Pinochet qui est, et pas grand monde ne le contredit, un système vraiment intéressant et sain.

Or ce système économique se rapproche de celui de la Colombie et du Mexique et son développement logique est l’entrée dans un marché commun avec les Etats-Unis. Donc on imagine facilement que le Chili, la Colombie et le Mexique s’allient pour faire avancer les négociations dans ce sens.

De l’autre côté on retrouve en tête de file notre ami démagogue Chavez avec ses camarades Castro, Lula, Kirchner, Morales et probablement Humala (candidat favori au Pérou). Cette ligue anti-Etats-Unis prône un système d’un capitalisme différent, où le FMI qui aligne bourde sur bourde rentrerais à  la maison (mais pour cela il faut avoir les moyens). Cette ligue avance plus dans une direction de marché commun sans les Etats-Unis. Il essaye petit à  petit de se défaire de la politique de bon voisinage américaine, de gagner en indépendance. Le Brésil et l’Argentine ont, en décembre, payé par avance des dettes qu’ils ont avec le FMI. Le but est bien sûr de réduire les intérêts à  payer mais c’est aussi une manière de gagner en indépendance économique.

Plusieurs gauches sont donc présentes, et même si elles partagent de nombreuses valeurs communes, les intérêts de chaque pays resteront probablement les facteurs principaux des politiques extérieures de chacun. Je ne crois pas encore dans l’alliance sud-américaine contre le grand voisin du Nord même si celui-ci perd un peu de son influence.

Chavez une star?

On connaît tous le très people Chavez. Il est partout, c’est l’homme de l’année en Amérique du Sud, la nouvelle référence du mouvement alter mondialiste. Au point qu’un Forum Social s’est déroulé à  Caracas. Chavez La Star, crie à  l’Assemblée Générale ce que beaucoup pensent tout bas et nous rappelle son ami Fidel dans ces heures de gloire. Bush est son terroriste… il en faut un à  chacun pour être heureux.

Il adore les grands coups médiatiques, où il est sûr de se faire des ennemis comme lorsqu’il envoie du pétrole aux familles pauvres de Boston, ou lorsque qu’il achète des tracteurs en Iran.

C’est un démagogue, aucun doute possible. Il aime le pouvoir c’est sûr aussi, l’assemblée est prête à  voter une loi pour la réélection infinie. Pourtant comme le souligne Semana (du 26.12.2005 au 9.01.2006) son discours révolutionnaire en période de globalisation est un anachronisme. Certes la révolution socialiste des années 60 n’a plus aucun sens, mais Chavez a réussi à  donner vie à  son discours. En partie grâce à  Bush et son impérialisme forcené mais aussi, car il a su utiliser le pétrole. Il a compris que c’était une arme très puissante au niveau international et cela lui assure des alliés régionaux.

Le pétrole lui assure aussi un revenu bien conséquent qui lui permet d’investir dans l’éducation et la santé. Il est clair que les résultats ne sont pas instantanés mais le nombre d’analphabètes diminue progressivement. On peut penser à  Cuba où certes il y a de nombreuses carences mais la population reçoit une éducation relativement poussée par rapport à  ses voisins.

Mais Chavez, l’idole des alters, à  aussi une face obscur: c’est un ancien putschiste, et cette partie de l’histoire il l’a effacée des manuels scolaires. Grave? Je crois, oui. Personne n’est parfait et tout le monde le sait, alors pourquoi vouloir voiler l’histoire? Pourquoi vouloir biaiser le savoir? Investir pour l’éducation est problablement la meilleure chose que peut faire un gouvernement pour son pays mais aprendre des choses fausses, à  quoi ça sert?

On peut craindre alors que Chavez se Fidélise trop. Qu’il devienne un «président» indétrônable, que la liberté de la presse monopolisée n’ait plus le goût de la critique, que finalement l’histoire se répète. On peut craindre tout cela et c’est légitime mais on peut aussi espérer qu’il réussisse son pari. Pour qu’on puisse rêver encore quelques années qu’un monde meilleur est possible.

Une sortie de riche

Andrés Carne de Res

Le riz est en train de cuire, il est 9h 9h30 et aucun plan à  l’horizon pour nous divertir vraiment si ce n’est d’être posé à  discuter des élections à  venir ou de la prochaine pièce de théâtre de la Candelaria.

Le téléphone vibre et tout s’accélère : “dans une demi heure on se retrouve pour aller à  Andrés Carne de Res”. Et c’est quoi ça? Une boite, restau, bar… tout en un!

Bref on est dans le centre, il nous faut trotter au nord pour arriver chez nous. Petit changement de tenue et c’est parti.

D’abord on se retrouve chez une connaissance et on attend que le reste de la troupe arrive, qu’elle se change, qu’elle se maquille… Parfait pour faire connaissance avec les autres.

Après une bonne heure on est tous en route, entassé dans deux voitures. Le groupe est assez hétéroclite, il y a des étudiants d’art, de science-po et quatre dindes* dans toute leur splendeur. Bien sûr comme à  mon habitude je me retrouve dans la voiture avec les dindes. Et là , les sujets s’enchaînent tous aussi fascinants les uns que les autres. Première constatation que je fais: la dinderie est internationale. La tenue, la mode et le look représentent bien les 80% du temps de parole. Difficile à  suivre, elles gloussent de nombreux termes que je ne comprends pas, mais je m’accroche c’est l’occas d’être à  la page. Ensuite les histoires des conquêtes et désenchantements amoureux prennent le relais…

Le temps passe vite en écoutant ces histoires et heureusement car le trajet est assez long, on sort de Bogotà¡ pour arriver dans un bled complètement perdu mais noir de monde. C’est impressionnant le parking accueille environ deux mille voitures. Les Porsche Cayenne côtoient les BMW. Et après avoir passé la fouille habituelle on entre dans une ferme. C’est immense, démentiel, les gens se bousculent, boivent du rhum, mangent des grillades, dansent sur les tables… On est à  Andrés Carne de Res, la boite la plus « play » de Bogotà¡.

La décoration sort de l’imaginaire genevois. On trouve de tout: des casseroles qui pendent, des Jésus entourés de tête de mort, des piliers en capsule de bière, des malles, des dizaines de bar en bois, des petits escaliers qui mènent nulle part, des moulins, des arbres, des anges et j’en passe… c’est impossible à  décrire il y a tellement de choses, du kitsch ou moins kitsch, c’est vraiment chargé mais c’est fait avec beaucoup de goût. Une équipe de décoration vient chaque semaine pour modifier, améliorer une salle. Le lieu est presque magique, on a l’impression d’être dans un conte fantastique; on s’attend à  ce que le grand père d’Harry Potter vienne saluer Bilbo le Hobbit. Même le bar des cowgirls de New York avec ses 10’000 sous-tif accrochés au plafond, ses drapeaux américains, son comptoir en bois où les filles dansent et crachent du feu, n’arrive pas à  la cheville d’Andrés.

Le rhum coule, on danse, les pirates festoient, et la nuit passe. Les pauvres serveurs n’en peuvent plus, ils ont beau être 200 il faut courir pour servir tout ce monde.
La musique s’adoucit, les gens s’effacent. Il est l’heure de rejoindre nos oreillers mais la magie d’Andrés nous fera rêver en douceur.

* Pour avoir des précisions sur ce qu’est une dinde lisez “La Dinde attitude” page 35 du Comet n°2