Evo fait concurence à Hugo

Le grand prix de la clownerie latino est depuis plusieurs années décerné au grand maître en la matière, Hugo Chavez, président-directeur-à -vie de l’entreprise vénézuelienne. Avec le coup du souffre à  l’ONU il a mis la barre assez haut. Cependant ce titre de maitre clown fait des jaloux, normal… Alors voila Evo Morales, maitre gazier et autres matières premières bolivien en a marre d’être toujours à  la traîne. Lui aussi veut remporter des titres, et pas seulement celui du plus beau pull fait par sa grand mère, il devient ambitieu.
Hier, lors du sommet sur le changement climatique, il a sorti ses première armes: « les produits transgéniques sont responsables des déviations humaines ». Le poulet chargé aux hormones féminines est responsable de l’homosexualité masculine. Depuis qu’il a su ca, il demande qu’on vérifie l’origine de ses poulets. Il veut manger que des poulets vraiment macho. Et c’est pas tout, selon lui ces même poulets féminisés auraient comme conséquences d’accélérer la formation des seins chez les filles. (c’est l’église qui va le remercier, elle a trouvé une explication: les prêtres ne sont plus capable de déterminer l’âge des petites filles… ).
Cette année je vote pour EVO, Chavez ne peut pas s’éterniser au pouvoir, il faut du sang neuf dans les institutions humoristiques, sinon tout s’empêtre…

Le 2e pas d’Evo Morales

Les Boliviens ont élu ce dimanche 255 membres pour rédiger une nouvelle Constitution pour leur pays. Le MAS, parti d’Evo Morales est annoncé gagnant. D’après les premiers résultats il obtiendrait la majorité, mais une alliance sera nécessaire pour assurer la votation de la constitution approuvée à  la majorité des 2 tiers.

Evo Morales avait commencé fort avec la nationalisation des hydrocarbures et les différents programmes de stabilité du travail, de redistribution des terres, d’alphabétisation et de gratuité des soins. Il peut maintenant faire un deuxième pas.

Ecrire une nouvelle constitution donne la possibilité au gouvernement de graver la réforme agraire qui permet de transférer des terres publiques aux paysans, ainsi que l’appropriation des terres mal exploitées. Le but de cette nouvelle constitution est aussi d’offrir aux mouvements civiques un droit de regard sur les dépenses gouvernementales.

Elle permet enfin, comme le rappelle le journal el Deber, de terminer avec les derniers restes de la colonisation espagnole. Les institutions boliviennes suivent encore le modèle ibérique et l’élite gouvernante du pays était, avant l’arrivée d’Evo Morales, des descendants d’espagnols.

Ce même jour les Boliviens étaient appelés à  s’exprimer sur l’autonomie des départements. L’initiative vient du département de Santa Cruz, le plus riche du pays qui veut en finir avec le centralisme pesant de La Paz.

L’idée est gênante pour Evo Morales, car il aurait perdu une partie de sa marge de manoeuvre, il a donc milité contre, tout en assurant qu’il respecterait les résultats. Mais la question ne se pose plus car le référendum a été approuvé dans seulement 4 des 9 départements boliviens, le non l’emporte au niveau national.

Evo Morales a donc obtenu ce dimanche l’appui de son peuple, qui continue à  voir en lui la réponse pour plus de justice et d’égalité.

Evo Nationalise!!!

« Nous n’allons expulser aucune compagnie, mais elles gagneront moins qu’avant »

Un décret annonce la nationalisation des hydrocarbures, les multinationales ne pourront garder que 18% de leur production. Cette annonce a produit une série d’inquiétudes les multinationales recherchent déjà  comment attaquer ce décret sous prétexte qu’il ne respecte pas les délais légaux pour les entreprises.
L’inquiétude vient aussi des autres pays d’Amérique du Sud; ceci montre une fois de plus que la gauche n’est pas la même partout. Le Brésil perd beaucoup dans cette nationalisation, avec l’Argentine, ils ne voient pas d’un très bon oeil ce geste un peu spectaculaire.

On peut voir une certaine précipitation dans l’action d’Evo, à  peine arrivé à  son centième jour de présidence et déjà  contesté par ses propres troupes. Les sondages le donnaient en baisse, il fallait choisir: suivre les pas de Chavez ou écouter Lula qui lui conseillait de ne pas rompre avec le marché ni avec les USA. Le choix d’Evo semble avoir été fait, reste à  savoir si la Bolivie va pouvoir assumer. Elle possède des réserves importantes de gaz mais elle n’a pas les moyens du Venezuela; une rupture avec le marché ou avec les USA pourrait lui être fatale. Il faut espérer que Chavez soutienne Evo et la Bolivie, ce qui est probable.

República Originaria de Bolivia

Le grand rêve d’Evo est changer les règles de son pays, il veut donner la possibilité aux indigènes de vivre dans la dignité, sans avoir l’impression pesante qu’ils se font voler.

Pour cela Evo veut que la Bolivie profite plus des exploitations de gaz, cependant il tient des propos moins radicaux que beaucoup d’autres mouvements indigènes et syndicaux. Il veut accepter la participation étrangère en collaboration avec le gouvernement.

Le fait de vouloir augmenter la participation de l’Etat dans les hydrocarbures n’a rien de très surprenant, car à  chaque fois que les prix augmentent les Etats concernés cherchent à  augmenter leur revenu. Ce n’est pas une idée propre aux pays à  tendance socialistes.

Il aborde aussi le thème de la plantation de coca d’une manière douce. Il veut défendre le droit à  la plantation sans que son pays devienne une plate-forme du narcotrafic. Pour cela il est conscient qu’il a besoin de l’aide américaine. Le résultat d’une politique tolérante de la culture peut être intéressante, on peut espérer un effet de diminution de culture illégale destinée à  la production de drogue. C’est une affaire à  suivre.

Evo admire Chavez et Castro certes, mais il a aussi de nombreux contacts avec Lula du Brésil et Tabaré Và¡squez d’Uruguay. En ajoutant la dépendance de la Bolivie aux financements nord américain on peut largement imaginer Evo suivant les pas d’un Lula, qui est aussi entré dans le monde de la politique par la grande porte, en faisant des annonces fracassantes. Cependant Lula n’a pas suivi les pas de Chavez, la volonté du Brésil d’avoir une place au Conseil de Sécurité a sûrement joué dans ce sens.

Ce qui est sûr c’est qu’Evo est le seul, actuellement, à  posséder suffisamment de légitimité face aux mouvements sociaux de 2003 pour gouverner. Mais il n’a pas beaucoup de temps pour agir; Les entreprises l’accusent de démagogie, de ne pas avoir l’expérience de l’administration. Parmi la gauche on le prévient qu’il doit réaliser les réformes voulues par la masse : c’est à  dire la nationalisation sous peine de perdre l’appui d’une partie de ses troupes. De plus les USA le considèrent comme une menace pour l’équilibre de la région.

Sa tâche va être difficile, mais s’il arrive à  mener à  bout les réformes dont il rêve on devrait pouvoir d’ici quelques années parler de la « Repàºblica Originaria de Bolivia » comme d’un pays stable … ce qui n’est pas arrivé depuis longtemps!

Source

 

 

Evo Morales


Evo Morales, premier président indigène de BolivieIl n’a été qu’une fois au ciné dans sa vie et la dernière fois qu’il a mis une cravate c’était lorsque qu’il était trompettiste, il y a plus de 20 ans. Pourtant Evo, comme il aime apparemment se faire appeler, n’est pas né de la dernière pluie. Il a été berger de lamas, cultivateur de riz puis de coca. Sa première expérience de leader c’était avec une équipe de foot de son quartier. Je ne dis rien de bien nouveau en suggérant ses origines populaires. Très populaire même, 4 de ses frères et soeurs sont morts alors qu’ils n’avaient pas 3 ans.

Il a ensuite suivi ce qu’on appelle une formation continue, a participé à  de nombreuses réunions de syndicats, de nombreux séminaires à  travers toute l’Amérique latine. Petit à  petit, à  force de former des groupes, des syndicats il a été reconnu comme un leader socialiste. Il a su ensuite s’entourer d’académiciens comme Garcà­a Linera, professeur en sciences sociales de l’Université Publique.

Son combat date au minimum du début des années 80. L’imposition du «consensus de Washington» en 1985 a marqué sa carrière politique. Ce fameux consensus du FMI appliqué à  de nombreuses économies en crise crée en Bolivie (comme dans bien d’autres pays) un appauvrissement de la population. Le petit «plus» ajouté par les USA est le financement de la lutte anti-narcotrafic. Par cela, ils entendent la destruction des cultures de coca… et donc la ruine de milliers de paysans, déjà  appauvris par les réformes économiques.

Evo fait alors partie des militants cocaleros. Le slogan des protestations «vive la coca, dehors les gringos» est encore bien connu aujourd’hui.

Les manifestations, qui ne se limitent pas à  défendre la culture de coca, durent mais les privatisations continuent (compagnies pétrolières, télécommunications, système électrique etc.).

Plusieurs violentes confrontations ont lieu, notamment en 1994, 1996 puis en 2000 où la loi martiale fini par être décrétée, mais finalement le gouvernement doit faire marche arrière.

En 2002 les élections présidentielles donnent gagnant le rival d’Evo, mais les élections, bien que très serrées, laissent un goût amer de démocratie sous tutelle: Les USA ont menacé les Boliviens que s’ils votaient pour Evo les différentes aides à  la Bolivie seraient supprimées.

Le gouvernement qui ne représentent pas le peuple et continue avec ses réformes impopulaires et injustes provoque un tel mécontentement qu’une révolution éclate. La police et les travailleurs n’arrivent juste pas à  renverser le gouvernement mais celui-ci perd toutes formes de popularité.

Presque 3 ans plus tard, de nouvelles élections amènent, enfin, un indigène au pouvoir. Fin janvier Mr Bush a, de manière très cordiale, félicité et souhaité bonne chance au nouveau Président de Bolivie. Une semaine plus tard les USA annoncent que leur aide pour la lutte contre le trafic de drogue allait diminuer de 80 millions à  67 millions de dollars.

Il est vrai qu’à  la vue de l’admiration d’Evo pour Chavez et Fidel, les USA ont quelques soucis à  se faire. Cependant si leur but est qu’Evo et son parti optent pour une gauche raisonnable à  la manière du Chili, avec Mme Bachelet, ou du Brésil, avec Lula on pourrait légitimement se demander s’ils suivent une bonne politique pour arriver à  leur fin.

Source : «Evo sin suéter», Gatopardo, Marzo 2006