Maru ou le destin d’une prostituée ordinaire

Ce texte est la suite du premier épisode d’une série titrée “Un regard sur la prostitution en Colombie: Maru, princesse du quartier Santa Fe à  Bogotà¡â€ écrit par Sablebel.

Dans le quartier Santa Fé tout le monde la connaît Maru. Tout le monde la reconnaît même. Faut dire qu’avec son visage grossièrement maquillé et son sourire “courant d’air” à  effrayer un vol d’étourneaux, on peut difficilement la manquer dans la zone. Faut dire aussi qu’elle le connaît bien ce quartier, son jardin comme elle dit, puisqu’elle y a exercé la prostitution pendant plus de 5 ans.

35 ans, originaire de Medellin, Maria-Eugenia de son vrai nom, monte à  la capitale pour y trouver du boulot à  la fin des années 90. Séparée de ses compagnons respectifs, elle en a toutefois hérité de 3 filles, restées à  Medellin dans l’attente des dividendes du travail de leur mère à  Bogota. Eblouie par les sirènes de la ville comme tant d’autres provinciaux venus ici pour se faire une situation, Maru se retrouve pourtant rapidement entre les mains de la pègre locale, particulièrement ancrée dans le quartier Santa Fé. Pression familiale et peur de l’échec la conduisent rapidement à  accepter un poste “d’hôtesse” dans un des plus célèbres établissements de nuit du quartier Santa Fé, travail synonyme d’argent facile et plutôt rapidement gagné, de quoi rassurer la famille restée en province. Le travail d’une hôtesse, au-delà  du politiquement correct qui consiste à  nommer hôtesse toute personne de sexe féminin enfermée dans un espace restreint avec l’obligation d’afficher un sourire à  une clientèle insupportable (cf. “hôtesse de caisse”, “hôtesse de l’air”, “hôtesse d’accueil”…), dans un contexte de bar de nuit, consiste tout simplement à  aguicher les bovins venus se détendre en troupeau. Il se résume à  leur exhiber innocemment des atouts naturels ou plastifiés, en gros ce à  quoi ils auront droit une fois qu’ils se seront acquittés d’une somme rondelette au bar et qu’ils auront payé la note concernant le recours aux services de ladite hôtesse.

Maru va donc rester 5 ans au contact de ce milieu, sans que sa famille ne soit au courant de ses activités, de son rythme décalé et malsain, de l’Aguardiente qu’elle doit s’envoyer tous les soirs pour divertir les clients, des humiliations auxquelles elle est régulièrement contrainte par des hommes de passage trop souvent éméchés. Elle se contente d’envoyer chaque mois une partie des revenus importants qu’elle parvient à  amasser et subit en silence.