L’insécurité démocratique 2

Un autre bilan suite aux 4 années de la politique de sécurité démocratique du président Uribe, tout aussi glorieux que le premier….

Le rapport vient cette fois de la fondation pour la liberté de la presse (FLIP).

On peut voir une augmentation des dénonciations des menaces contre les journalistes, pendant le seul premier semestre 2006 il y a eu 72 violations de la liberté de la presse et un journaliste a été tué.
Dans la région de Arauca, la police ne laisse pas sortir les journalistes du centre urbain, et ils sont toujours accompagnés d’escorte.

Les élections sont bien sûr l’explication de cette augmentation de menaces pendant ce semestre, jusque là  rien de nouveau. Il faut simplement remarquer que les menaces sont venues suite à  la volonté d’écrire sur les paramilitaire. Aucune critique de la démobilisation n’a été possible et pas non plus de la politique de sécurité démocratique. Dans ce contexte, sans aucun point de vue dissident, on comprend mieux comment Uribe arrive à  obtenir 60%.

Le rapport nous dit aussi que la majorité des menaces proviennent des paramilitaires démobilisés…

La justice n’aide pas non plus, les cas n’ont pas avancés. Les assassinats ne sont pas résolus et les menaces sont souvent classées sans suite. La seule manière sûre d’être et de rester journaliste est l’autocensure… La sécurité démocratique montre à  nouveau son antidémocratisme, la seule façon d’être en sécurité est de se taire.

L’insécurité démocratique 1

Le bilan des quatre années de sécurité démocratique du président Uribe s’avère de plus en plus difficile à  défendre.
On a entendu mille fois que le président était merveilleux (999 fois dans les éditoriaux du journal El Tiempo) et que la situation économique était presque bien, mais lorsqu’on se plonge un peu plus dans les analyses académiques on se pose quelques questions.
L’économie est censée être la deuxième meilleure réussite du “prophète”. Cependant, un rapport de l’Université Nacional nous explique dans un peu plus de 100 pages comment et pourquoi le gouvernement n’a pas su mettre à  profit la conjoncture favorable mondiale et américaine.
Certes la croissance du pays avoisine les 5% ces quatre dernière années et il ne faut pas nier un certain progrès, cependant la concentration des richesses a encore augmenté, atteignant le même niveau que les années 30. Le problème de la pauvreté est loin, très loin de pouvoir se résoudre… il empire. Il est clair pour tout le monde que les problèmes d’inégalités ne pourront pas changer, même avec une croissance de 5% si le gouvernement ne prend pas les mesures nécessaires.

De plus, croire que la croissance est le fruit de la politique du gouvernement est un autre rêve, une rapide comparaison des croissances avec les pays voisins nous montre que la Colombie est à  la traîne (presque tous ont une moyenne au dessus de 6%).
On peut aussi remarquer que l’énorme flux de dollars dans le pays est une conséquence de la politique monétaire des Etats Unis et non d’un changement d’intérêt. Les taux sont restés stables et les investissements sont à  très grande majorité des investissements en portafolio, c’est à  dire à  court terme et volatiles.

Bref, l’économie colombienne a retrouvé son niveau d’avant crise (1999) mais n’ayant réaliser aucune réforme réelle elle n’a pas su profiter de cette fabuleuse envolée économique… la meilleure depuis 20 ans.

Mexique: la vague rose ne déferlera pas!

Calderon, nouveau président du MexiqueAprès deux jours de comptage on connaît enfin le nouveau président du Mexique. Le conservateur Felipe Calderon a été choisi par les Mexicains pour diriger le pays pour les 6 prochaines années.

La voie du libéralisme s’impose face à  la vague rose qui déferlait jusque là  en Amérique Latine. Pourtant le choix est loin d’être clair car le représentant de la gauche, Lopez Obrador suit de très près le candidat conservateur.

Obrador voulait mener une politique en faveur des pauvres, dans un pays où la moitié de la population vit avec moins de cinq dollars par jour. Ce rêve s’est arrêté, ou en tout cas mis en pause car la politique à  venir sera plus en faveur des entreprises et des investissements étrangers qu’en faveur des pauvres.

Mais la vraie victoire de ce jour fut celle de la démocratie, car les Mexicains se sont déplacés en masse, certains traversant la frontière pour aller voter. Le mouvement fut tellement grand que certains bureaux de vote ont manqué de bulletins.

Felipe Calderon ne prendra ses fonctions que le 1er décembre pour un mandat de six ans non renouvelable. Son principal défi devrait être la lutte contre la pauvreté, qui touche la moitié des 103 millions de Mexicains mais aussi la lutte contre l’insécurité.

Il succède à  Vicente Fox qui avait porté de nombreux espoirs de réformes, le résultat est mitigé car le pays est encore plus divisé. Les résultats économiques sont relativement bons, comme presque tous les pays d’Amérique Latine, la croissance est de retour et l’inflation se porte bien. Cependant les statistiques économiques ne peuvent s’arrêter à  la simple croissance. Le cas du Mexique est un exemple en la matière, l’intégration économique avec la première puissance économique mondiale a dopé les chiffres des exportations et de la croissance, cependant la situation du Mexicain moyen n’a guère changé.

On est confronté toujours au problème de la concentration de la richesse, et le fossé entre les riches et les pauvres se creuse.

Bref le nouveau président a du pain sur la planche, notamment tous les échecs de Vicente Fox: “Je n’ai pas réussi à  faire approuver la réforme fiscale, ni celle de l’énergie, ni celle des retraites. Ce sera au prochain gouvernement d’y parvenir car ces réformes sont très importantes. Tout comme il devra accélérer les créations d’emplois et les efforts en matière de santé et d’éducation.”


Le 2e pas d’Evo Morales

Les Boliviens ont élu ce dimanche 255 membres pour rédiger une nouvelle Constitution pour leur pays. Le MAS, parti d’Evo Morales est annoncé gagnant. D’après les premiers résultats il obtiendrait la majorité, mais une alliance sera nécessaire pour assurer la votation de la constitution approuvée à  la majorité des 2 tiers.

Evo Morales avait commencé fort avec la nationalisation des hydrocarbures et les différents programmes de stabilité du travail, de redistribution des terres, d’alphabétisation et de gratuité des soins. Il peut maintenant faire un deuxième pas.

Ecrire une nouvelle constitution donne la possibilité au gouvernement de graver la réforme agraire qui permet de transférer des terres publiques aux paysans, ainsi que l’appropriation des terres mal exploitées. Le but de cette nouvelle constitution est aussi d’offrir aux mouvements civiques un droit de regard sur les dépenses gouvernementales.

Elle permet enfin, comme le rappelle le journal el Deber, de terminer avec les derniers restes de la colonisation espagnole. Les institutions boliviennes suivent encore le modèle ibérique et l’élite gouvernante du pays était, avant l’arrivée d’Evo Morales, des descendants d’espagnols.

Ce même jour les Boliviens étaient appelés à  s’exprimer sur l’autonomie des départements. L’initiative vient du département de Santa Cruz, le plus riche du pays qui veut en finir avec le centralisme pesant de La Paz.

L’idée est gênante pour Evo Morales, car il aurait perdu une partie de sa marge de manoeuvre, il a donc milité contre, tout en assurant qu’il respecterait les résultats. Mais la question ne se pose plus car le référendum a été approuvé dans seulement 4 des 9 départements boliviens, le non l’emporte au niveau national.

Evo Morales a donc obtenu ce dimanche l’appui de son peuple, qui continue à  voir en lui la réponse pour plus de justice et d’égalité.

La Lutte Antidrogue: l’échec colombien

La Colombie est une fois encore à  la tête des classements, à  la pointe de la technologie!

Sa lutte contre la drogue se poursuit et le nombre d’hectares détruit est chaque fois plus grand. En 2005 elle a même établi un nouveau record, plus de 170’000 hectares réduit en cendre. Réduit en cendre car la majeure partie de l’éradication se fait à  l’aide de la fumigation. Cependant et malheureusement la technique n’est pas vraiment efficace: le nombre d’hectares de culture a à  nouveau augmenté après 4 ans de diminution; on approche les 160’000 hectares de culture.

La fumigation a simplement réussi l’éclatement des zones de culture mais pas la diminution. Une critique rapide serait de dire que sans la fumigation ce serait pire, mais en regardant les autres exemples de lutte contre les cultures illicites en Bolivie et au Pérou on peut observer des résultats intéressants. L’éradication est un mal nécessaire, cependant elle peut être faite manuellement ce qui est tout aussi efficace et surtout moins polluant. Néanmoins le plus important est de proposer une alternative.

Les politiques suivies par les voisins andins sont à  priori plus efficaces, en tout cas ils ont réussi une diminution de 8 % en Bolivie et de 4 % au Pérou.

Le cas se vérifie aussi en Colombie, dans le département de Norte de Santander, au nord du pays. Un programme de substitution de culture a été mis en place. Le résultat a suivi, on note la plus grosse diminution d’hectares de culture.

Les producteurs de cocaïne, toujours à  la pointe, ont réussi à  augmenter leur productivité ce qui leur permet de battre, pour la 3e année consécutive, le record de production de pâte de cocaïne. La Colombie en produit 640 tonnes, c’est à  dire 70% de la production mondiale.

Le plus triste de l’histoire est que le gouvernement actuel vient de promettre à  Washington qu’il ordonnerait plus de fumigation. Il faut croire que les analyses, les études et les expériences de tous ne servent pas à  grand chose. Le gouvernement préfère continuer à  polluer plutôt que de se remettre en question.

Même la CIA a commencé à  émettre des réserves sur l’efficacité de la fumigation, elle constate que la quantité d’hectares cultivés ne descend pas en dessous d’un certain seuil, fixé par la demande…

Le problème devrait sûrement être abordé autant du côté de l’offre que celui de la demande, deux faces d’une même pièce. Mais ça aussi cela fait longtemps qu’on le sait !

La Démocratie en Amérique Latine

Ces derniers temps l’Amérique du Sud est redevenue à  la mode, on lit de plus en plus d’articles concernant ce continent. L’élection de la gauche dans la quasi totalité de la région suscite de nombreuses prises de position, l’unique président de droite est Uribe en Colombie. Mais dans cette vague rose il existe autant de président que de manière de gouverner à  gauche.

Pourtant un trait commun est bien présent dans l’histoire récente de l’Amérique du Sud. La période de démocratisation a débuté à  la fin des années 70.

L’arrivée du président Carter aux USA et sa politique de respect des droits de l’homme a modifié le jeu politique. L’appui aux dictatures cesse et la transition vers la démocratie commence. Celle-ci est, bien souvent, une collaboration entre les militaires et les forces conservatrices. On assiste à  un pacte entre les différentes élites pour prendre et conserver le pouvoir. Le but est bien sûr de ne pas perdre les différents privilèges acquis durant toutes ces années.

Dans les mêmes années une crise économique fait rage, les années 80 sont marquées par la crise de la dette, qui touche très fortement les pays sud-américains. Ces pays doivent changer leur modèle économique, passer d’un système protectionniste, de substitution des importations, à  une ouverture au marché mondial. Le paquet de réformes, connu sous le nom du “consensus de Washington” est imposé par le FMI. Le résultat de cette diminution de l’intervention de l’Etat va se faire d’une manière rapide et brusque, ce qui va entraîner une crise sociale. La population perd beaucoup de son pouvoir d’achat, les inégalités, déjà  énormes se creusent.

Des mouvements sociaux commencent à  apparaître et les syndicats s’organisent. Mais, comme les élites gouvernent de manière exclusive, ces mouvements n’ont aucun accès au pouvoir. Ils restent exclus du système.

Au fil des années la contestation progresse, mais les solutions proposées par les gouvernements en place sont toujours les mêmes : libéraliser, privatiser et ouvrir le marché. Les problèmes ne se résolvent pas.

A la fin des années 90, les crises sociales réussissent plusieurs fois à  faire tomber les gouvernements, et finalement dans de nombreux pays les représentants des mouvements sociaux prennent le pouvoir.

L’arrivée de ces mouvements correspond à  un rejet du système existant, incapable de résoudre les problèmes de la population. Ce rejet se transforme alors en désaveu de la démocratie. Une enquête du PNUD de 2004 nous dit que presque 60% de la population pense que la démocratie ne peut pas résoudre leurs problèmes. Cette part importante de la population serait prête à  céder quelques unes de ces libertés fondamentales pour obtenir plus de justice sociale et résoudre ces problèmes économiques.

L’élection de Chavez, de Morales et les 45% de Ollanta proviennent en grande partie du rejet d’un système associé au néolibéralisme et aux conservateurs. Mais en fin de compte, dans le cas du Venezuela et probablement de la Bolivie on assite à  un virement à  360° car leur gouvernement exclut une part de la population de toute initiative.

Le Brésil de par son système qui oblige tout parti à  faire une coalition pour accéder au pouvoir, n’est pas tombé dans cet excès et l’image de l’Etat auprès de la population s’en sortira sûrement renforcée, contrairement aux autres.

Alan, le retour

Il n’est plus nécessaire d’attendre le résultat officiel du 11 juin pour affirmer qu’Alan Garcia est, à  nouveau, le président du Pérou. Il a été choisi comme moindre mal face à  Humala Ollanta, ex-militaire décrit comme le “Chavez Péruvien” et soupçonné d’aventuriste dans ses propositions.

Garcia a promis qu’il avait mûri depuis son dernier mandat de président qui prit fin en 1990 et qui est considéré comme le pire de l’histoire péruvienne. Il explique cela en disant qu’il n’avait que 35 ans et que son parti n’avait pas gouverné depuis plus de 50 ans. Le résultat a été environ 3000% d’inflation; il était préférable alors de courir acheter du matériel lorsqu’on recevait un salaire pour pas qu’il ne se déprécie pas trop.

Ensuite Garcia a fui le pays car il était accusé de corruption et de violation des droits de l’homme. Il a échappé au jugement pour être resté suffisamment longtemps en dehors du pays mais les accusations de corruption ont été démontrées.
La mise en garde est donnée, le quotidien libéral de Lima Peru 21
titre: “Ce n’est pas un chèque en blanc, M. Garcia”.

Son mandat s’annonce difficile; il va devoir construire une majorité parlementaire, son parti n’a que 36 sièges sur les 120 du Congrès, même Ollanta en a obtenu 45. De plus au vu de son passé il est fort possible que les élus réfléchiront à  deux fois avant de le soutenir.


Malgré tout le Pérou suit la tendance sud-américaine et penche à  gauche, Garcia comme social-démocrate devrait s’inscrire dans le mouvement modéré de la gauche suivant les pas de Lula. Il reste à  savoir si avec le peu de crédibilité et de soutien qu’il possède il va pouvoir réellement effectuer une quelconque réforme dans ce pays fracturé par les inégalités sociales malgré une excellente croissance économique ces dernières années.

La mode

L’Amérique du Sud est vraiment une source d’inspiration sans fond, chaque heure représente une anecdote: l’Ambassadeur des Etats-Unis qui vient voir le Maire de Bogotà¡ car sa femme à  perdu son chien, le président Uribe qui réveille, à  2h du matin, toute la troupe de la garde présidentielle pour aller faire du cheval dans un parc de la ville, les histoires de séquestrations rocambolesques, etc. etc.

Une autre histoire fabuleuse est celle du Pérou, qui dans deux jours élit son nouveau président. Le choix doit être dur pour les Péruviens, je compatis sincèrement. Devoir élire soit un truand qui a déjà  montré sa capacité à  ruiner le pays à  la fin des années 80 soit un nationaliste à  moitié fou connu pour considérer les droits de l’homme comme superflus et les homosexuels de trop. Ollanta est un ex-militaire, paraît-il violent, qui veut suivre la vague bolivarienne et à  ce titre il est largement soutenu par Chavez.

La campagne péruvienne ne veut plus rien dire, tout le monde fait son petit commentaire: Chavez veut rompre ses relations avec le Pérou si le truand Garcia est élu; Fujimori, libéré sous caution, on ne sait pas pourquoi, fait sa politique depuis le Chili. Alan Garcia accuse Chavez d’envoyer des hommes pour perturber les élections, et bien sûr les uns accusent les autres de corruption et vice versa. à‡a ne s’annonce pas très joli.

On peut aussi parler de Chavez qui continue sa course à  l’armement. Il veut se défendre contre l’invasion des Etats-Unis, qui devrait entrer par le territoire colombien. Bien logiquement ça fait peur aux Colombiens, car même s’ils ont le meilleur armement de la région (directement fourni par les US à  travers le plan Colombie) on ne sait jamais ce qui peut se passer, peut-être que Chavez va craquer et lancer une attaque préventive….

Finalement à  Bogotà¡, c’est repos, on fait les comptes après les élections, et finalement tout le monde est content sauf les libéraux de Serpa, pour qui les résultats sont un peu durs à  avaler. La gauche festoie, elle n’a jamais eu autant de voix… Uribe prépare son nouveau gouvernement, ce qui ne va pas être très facile tellement de gens l’ont soutenu et il faut tous les remercier.

Mais, après cette petite mise en bouche politique, je me suis dit qu’il fallait que je parle d’autre chose, j’ai reçu des critiques: la politique, les conflits, les blabla et la vie alors? Ouais c’est vrai, surtout que les anecdotes sont tout aussi croustillantes, entre les entrées et sorties du Transmilleno qui ressemble plus au tournage de Godzilla qu’à  une scène de vie courante.

De plus je me suis souvenu que j’avais promis à  certains(es) suite à  la “dinde attitude” paru dans le Comet que je ferais une petite rubrique sur la mode à  Bogotà¡. La providence m’aidant, cette semaine était la semaine de la mode avec un certain nombre de défilés. Le temps de trouver 2 invitations (en VIP bien sûr!) et nous voilà  embarqués pour l’aventure des défilés. Les places VIP sont un échec, on voit bien mieux dans les normales mais bon on fait avec. Il y a une série de stylistes qui présentent leurs collections automne/hiver 2007. La première, Pepa Pombo est la plus intéressante, sa collection bien colorée, comme à  son habitude, est agréable à  regarder. Elle arrive à  combiner les couleurs d’une manière spectaculaire. La suite sera beaucoup plus triste le gris et le noir sont de rigueur, peu d’extravagance, certaines veste de Julieta Suà¡rez ont des coupes sympathiques mais rien de folichon.

Mais le plus triste de la soirée a été, pour moi, les mannequins. La mode européenne est arrivée jusqu’ici… les anorexiques, blondes, sans forme sont majoritaires. La musique est aussi top tendance, ambiance loundge, parfait pour s’endormir. Bref j’ai faim et je rêve d’une petite empanada pour me sauver de l’ennui. Après 2 heures on craque et on se sauve, la conclusion est que finalement la politique nous paraît plus divertissante, mais pour les motivées la semaine prochaine il y le fameux colombiamoda 2006 à  Medellin, sûrement magnifique, mais on n’ira pas…

Uribe réélu

Pour la première fois dans l’histoire de la Colombie un président est réélu. La victoire du président sortant est écrasante, 62 %, C’est aussi un record dans l’histoire, à  l’exception de l’époque où il y avait un candidat unique.

Uribe a été plébiscité selon El Tiempo après la campagne la plus ennuyante de l’histoire mais aussi la moins violente. On peut même sans trop de risque nommer Uribe comme responsable de ces 2 faits. Sa politique de sécurité démocratique ne respecte pas les droits de l’homme; elle a cependant permis de sécurisé le pays ce qui n’est pas négligeable.

L’ennui de la campagne est aussi une réussite d’Uribe, il n’a voulu participer à  aucun débat. Mais hier c’était sa journée, et il l’a conclue en beauté. Son discours était aussi bien que son résultat. Quel dommage qu’il ne nous ait pas fait profiter de ces capacités d’orateur pendant la campagne, préférant les raccourcis bêtes et le maccartisme simpliste. Hier, non seulement, il a fait un état des lieux du pays relativement objectif appelant les libéraux à  l’union nationale pour avancer dans le bon sens, mais il a aussi présenté des excuses à  Carlos Gaviria, candidat du Polo Democratico Alternativo, pour l’avoir offensé. Uribe a précisé qu’ils n’étaient pas ennemis mais compétiteurs et il espère que la gauche va être l’opposition nécessaire au renforcement de la démocratie.

Il est facile après coup de s’excuser et d’appeler à  l’union ou à  une opposition constructive, surtout lorsqu’on se souvient de ses réactions parfois violentes face aux critiques. Il ne faut pas nier le mérite d’Uribe en terme de sécurité et d’économie, les Colombiens se sentent plus sûr et la croissance économique est, depuis 5 ans, en nette progression. Cependant il est temps, maintenant, pour la Colombie d’arriver à  intégrer les combattants qui ont rendu les armes sous le premier mandat d’Uribe car les ex-paramilitaires continuent leurs activités sous d’autres formes. Dans plusieurs quartiers populaires de Bogotà¡ on entend des cas des pressions et menaces sur militants de gauche ou sur les jeunes qui osent sortir le soir.

Une possibilité d’opposition constructive pour la gauche, qui a promis de rester unie, serait de tenter d’intéresser le président à  la construction d’une vraie démocratie où le respect des idées serait réel. L’autre thème fondamental est la redistribution des richesses, dans ce domaine la Colombie est bientôt le pire exemple de toute l’Amérique du Sud et Uribe ne semble pas vouloir le comprendre. Le seul espoir vient du Chili, qui sert d’exemple à  la Colombie en matière économique depuis fort longtemps, et qui pourrait montrer la voie du libéralisme social.

Fin des campagnes électorales

Ce week-end on a eu le plaisir d’assister au final des différentes campagnes électorales des candidats à  la présidence. Les élections vont se dérouler dimanche prochain et l’ambiance n’est pas vraiment au folklore.

Depuis quelque temps la campagne a pris une tournure qui n’a rien d’intéressant. Je me plaignais du manque de débat pour les élections du congrès et du sénat, et bien je ne sais plus quoi dire pour les élections présidentielles. Le débat s’est réduit malgré les efforts de nos 3 candidats non-présidents.

Il y a d’abord Mockus, ancien Maire de Bogotà¡, personnage intelligent et cultivé, qui a une expérience administrative longue et réussie. Il n’a aucune chance mais tente de discuter et il montre un respect envers les autres …

Ensuite Serpa, le candidat officiel libéral, un grand-père sympathique, le problème est qu’il n’est pas soutenu pas l’élite, même pas celle de son parti. Il vient du peuple et s’est payé l’uni en vendant des bricoles au coin de la rue. Cela n’empêche qu’il possède le Cv le plus complet de tous. Il a été juge, à  9 ou 10 niveau différent (municipal, etc. etc.) ensuite magistrat, congressiste, sénateur, ministre, ambassadeur, et j’en passe car je ne me souviens plus.

Le candidat du Polo Democratico, Gaviria, va probablement passer au deuxième tour contre Uribe. Ce n’est pas un politicien, mais un académicien, il manque de charisme mais son discours est vraiment intelligent. Depuis qu’il a commencé sa campagne les intentions de vote en sa faveur ont plus que doublé. Certain veulent le comparer avec Chavez, ou le présenter comme un communiste que veut donner le pays au FARC, c’est une erreur d’appréciation immense. Tout d’abord il n’a jamais eu un seul contact avec les FARC, ensuite il n’a pas grand chose de communiste. Son discours est très libéral (même parfois plus que Serpa), il ne veut en rien rompre les relations avec les USA, et au niveau économique il demande simplement que les traités (le TLC dans ce cas) soit juste… Comme personnage de gauche il défend bien sûr les droits de l’homme et le social, mais il ne veut pas rompre avec l’idée de renforcer la présence de l’Etat dans la société colombienne. Ce que fait Uribe avec l’augmentation de la présence militaire.

Leyva était candidat, il a renoncé après de nombreux problème de sécurité, principalement dans les régions Des-paramilitarisées, mais aussi car la loi de garantie n’était pas du tout respectée : normalement chaque candidat a droit à  un temps de parole égal dans les médias mais quand Uribe parle 7h les autres parlent 15 minutes…

La campagne d’Uribe a été marquée par des insultes contre les autres candidats, ou contre les étudiants qui ont osé le questionner sur sa politique économique. Son principal conseiller a dit que le pays avait 3 ennemis : les groupes terroristes, les amis des groupes terroristes (ONG, Journalistes..) et les académiciens…

Sinon la police a retrouvé le corps d’un conseiller d’un candidat (de gauche, comme par hasard). L’enquête a conclu à  une chute alors qu’il faisait son jogging et que les chiens de la rue lui auraient mangé les bras… Une autopsie privée nous dit que qu’il a reçu un coup à  la tête et que le bras on été coupé (c’est apparemment clair) pour éviter qu’on puisse voir les détails des tortures qu’il lui on été affligées aux mains.

L’autre moment fort était le meurtre de la soeur d’un ex-président, actuel chef du parti libéral et opposant à  Uribe.

Bien sûr le journal El Tiempo s’est empressé, comme à  chaque fois, de nous dire que c’était les FARC et que pour ça il fallait voter Uribe et sa politique de sécurité démocratique. Il faut dire que ce journal a réussit à  combler ce que ne disait pas Uribe qui n’a jamais voulu participer à  aucun débat. Le seul quotidien national s’est chargé de démontrer tous les jours à  quel point le président est bon, grand et gentil. Le problème est qu’on ne sait toujours pas ce qu’il va faire pendant son prochain mandat. Depuis 3 jours il parle de négocier avec les FARC, chose qui est totalement incohérente avec le reste de ses idées… Comment peut-on négocier avec des terroristes? Il existe aussi un bruit comme quoi il voudrait réformer le congrès. Les congressistes de son parti commencent à  avoir peur et préféreraient qu’il ne gagne pas au premier tour, car une reforme du congrès faite par Uribe veut dire une diminution du pouvoir du congrès, déjà  faible et une centralisation du pouvoir entre ses mains.

La tournure autoritaire du président devient évidente et même El Tiempo a du mal à  le cacher. Le seul point positif que j’ai réussit à  percevoir dans cette fin de campagne est le lent réveil de la population, les critiques contre les mensonges répétitifs du gouvernement et contre l’autoritarisme d’Uribe, le problème est qu’ici la gauche fait encore peur, comme si la révolution communiste allait se reproduire.