Les FARC dans l’ombre

Secratariat des FARCDepuis quelques temps l’actualité en Colombie est largement retournée à  l’avancement du conflit, une certaine préoccupation refait petit à  petit surface.

Uribe avait annoncé qu’il terminerait en 4 ans avec la guérilla. Après 4 ans il disait qu’il avait beaucoup avancé mais qu’il manquait encore quelques petits trucs à  régler. Il s’est donc fait réélire.

Face à  la menace et à  la guerre menée par le gouvernement lui-même soutenu par les Etats-Unis, la guérilla recule. Une raison stratégique très simple. Depuis le début du Plan Colombie l’armée s’est dotée d’hélicoptère Black Hawk ce qui lui a permis de gagner en mobilité et en force de frappe. L’armée reprend alors le dessus lors des affrontements contre la guérilla, qui avait réussi à  la fin des années 90 à  passer à  une guerre de position. Chose extrêmement rare pour une guérilla.

Uribe, reprenant les rennes après Pastrana continue la reforme en profondeur de l’armée et à  grand coup publicitaire augmente sensiblement la sécurité dans le pays.

La partie publicitaire a autant d’importance que le renforcement de l’armée. En terme de sécurité la sensation de la population est aussi importante que la réalité, voire même plus sur le court terme, car les gens ressortent et reprennent le contrôle des espaces publics, le rendant plus sûr de fait.

La guérilla, à  nouveau en infériorité face à  l’armée, se replie, après avoir vaguement tenté le combat. Le repli est totalement stratégique, elle quitte ses zones d’influences traditionnelles activement attaquées par l’armée pour se réfugier vers les frontières (Venezuela et Equateur) et vers la mer (océan Pacifique et mer Caraïbes). Les raisons sont évidentes, cela facilite énormément ses exportations de drogues et les frontières lui permettent de se réfugier en pays voisin, plus ou moins consentant.Uribe

Finalement le résultat à  été un déplacement de la guérilla et son changement de stratégie. Elle a repris ses activités de guérilla « traditionnelle » (sabotage, petites attaques avec 4-5 guérilleros etc.) suivant la stratégie du foco développé par Ernesto Che Guevara.

Mais la guérilla est encore bien vivante. Les FARC se sont même donné le luxe dernièrement de réaliser leur 9e conférence générale, la dernière a eu lieu en 1993. Il est possible que le secrétariat général de cette organisation n’ait pas pu se réunir physiquement, mais par internet. Une bonne vidéo conférence depuis la jungle …

En tout cas le message est fort, ils préparent leur plan pour les quatre années à  venir. Ils veulent lancer une grande offensive à  la fin du mandat d’Uribe, histoire de lui dire au revoir. Pour cela ils planifient une diversification financière, voulant récolter plus de fond de l’extorsion. Jusque là  c’était plutôt le business de l’ELN, simplement depuis quelques temps ils ne sont plus vraiment en bon terme et une guerre fait rage entre les deux guérillas. On compterait plus de 600 morts entre les deux mais surtout un nombre très élevé de réfugiés, beaucoup partant au Venezuela. De plus l’ELN est en train de négocier sa sortie avec le gouvernement. Un espace serait donc libre pour les FARC.

Un autre point qui me semble important à  relever, est que les FARC cherchent à  combler leur faiblesse militaire. Lors du dernier combat majeur entre l’armée et la guérilla certains tirs de ce qui pouvait ressembler à  des bazookas artisanaux ont été effectués, visant les hélicoptères. De plus, selon certaines sources, les FARC seraient en contact avec certains groupes des pays de l’Europe de l’Est pour acheter des missiles terre-air… Chose qui représente un réel danger pour les forces armées.

Uribe a fait un premier pas lors des ses quatre premières années de pouvoir, il a su utiliser les ressources de l’armée et une bonne stratégie de communication, le problème est qu’une bonne politique de sécurité doit évoluer après 5 ou 6 ans de fonctionnement. Les truands, brigands, terroristes ou guérilleros s’adaptent bien plus vite que les armées à  tout changement.

Les déficiences de la politique de Sécurité Démocratique commencent à  apparaître, et la plus grande erreur d’Uribe, et pour ça j’ai toujours été contre sa réélection, est qu’il n’a pas profité de la situation de sécurité passagère pour construire la paix, la vraie, la paix sociale. Cette paix qui se construit à  travers les générations, mais qui est réelle. Il a préféré et préfère encore le populisme avec ses « conseils communautaires », largement comparables aux « Allo président » du voisin Chavez.

2 réflexions sur « Les FARC dans l’ombre »

  1. merci bien pour ce blog fort sympathique, ça fait plaisir de lire des commentaires intelligents sur la Colombie, ce pays que moi aussi j’ai un peu épousé

  2. tout le plaisir est pour moi… et je découvre pas la même occasion le tien. Sympathique les photos, ce trajet (Pérou, Chili, Bolivie) est absolument magnifique…
    Affaire à suivre.
    Bonne chance pour le mariage… 🙂

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