Justice transitionnelle sans transition

La ley de Justicia y Paz a été créé par le gouvernement Uribe au début de son mandat pour que les paramilitaires se démobilisent. Cette loi est le fruit d’une négociation entre le gouvernement et les chefs des AUC. Sans revenir sur les défaillances qu’elle avait au départ et les modifications que lui a apporté la cour suprême de justice il me semble intéressant de suivre quelque peu le processus.

En acceptant que le but de la justice transitionnelle soit la recherche de la paix, on accepte que les peines soient minimum, que la justice passe après un but supérieur. Cette loi à  tout de même permis la démobilisation de quelques 35 mille paramilitaires, dont un peu plus de 10 mille en armes. Chiffres record, il n’y a aucun doute. Même si une partie s’est enrôlée juste pour pouvoir se démobiliser et toucher les aides de l’état le chiffre est grand.

Beaucoup des problèmes juridiques inhérents à  cette loi ont été modifié par la cour, rendant la loi presque acceptable aux yeux du droit international. Les chefs paras malgré leur mécontentement ont tout de même finis par accepter les modifications.

La démobilisation a eu lieu, les premières enquêtes apportent de temps à  autre quelques éléments, et même s’il existe un manque cruel de moyen pour vraiment découvrir la vérité quelques progrès ont été fait. Même si les problèmes ne manquent pas il est possible de voir des points positif à  tout ça. Plusieurs s’acharnent à  le faire d’ailleurs, mais souvent ils oublient la création des « nouveaux » groupes paras, qui ne sont en fait que des anciens qui se sont reformé, ou mieux qui ne sont jamais démobilisé. Ou encore l’inexistence de la protection des victimes; plusieurs assassinats et de nombreuses menaces. La situation de la victime est probablement le pire des résultats de cette justice transitionnelle, non seulement on ne lui assure pas de protection mais en plus elle doit venir témoigner devant son bourreau et supporter la pression sociale.

Et oui, la pression sociale, car si la partie juridique est loin d’être parfaite le changement de société face aux paramilitaires est inexistant. Les exemples ce dernier mois font froid dans le dos. Le pire est probablement la fête qu’a reçu le chef para « el Aleman » au moment où il venait témoigner. Pour beaucoup cet homme qui a massacré plusieurs centaines de personnes est un héros. On peut aussi voir des publicités dans les journaux qui présentent certains capo comme des hommes de paix, rempli de bonne volonté. A la télévision, cette semaine, un policier participant à  une émission à  la con avoue que pour lui la création des groupes paramilitaires étaient une bonne chose. Tous les jours, on voit, on entend ou on lit que les paramilitaires étaient un moindre mal, malgré les 300 fosses communes découvertes dernièrement.

Des signes qui font mal aux victimes, qui leur font peur; elles n’osent bientôt plus rien dire, voyant que la majorité n’est pas prête à  faire appel à  la justice ou à  l’Etat pour régler ses problèmes. Les milices privées massacreuses ont encore un soutient hallucinant.

Si les paramilitaires se sont en partie démobilisés, le paramilitarisme est loin de se démonter.

4 réflexions sur « Justice transitionnelle sans transition »

  1. Tono, de donde sale esa cifra de desmobilizados? J’ai lu hier dans El Tiempo qu’ils étaient moins de 3.000… Qu’en savons-nous, au fait?

  2. 3000 son los reinsertados creo… o los que beneficiaron de la ley de justicia (la 975) porque una gran parte (todos los que no cometieron crimen de lesa humanidad) se desmobilizaron con la ley 782.
    Pero los desmobilizados son mucho más Aqui hablan de más de 40 mil. Y aqui más de 30 mil.
    Podemos saber cuantos benefician de las ayudas estatales… pero saber si realmente se desmobilizaron es otro cuento. Dificil saber, dificil tener datos, dificil tener confienza…. Pero que hacemos???

  3. Il y a un réel mystère sur les chiffres… L’article de Semana, par ex, est marrant: ils avancent un chiffre global tout rond, « 41000 », puis arrivent à des niveaux de précision inouïs: « 536 étudient », etc.
    Il y a quelques mois, j’avais discuté avec quelqu’un du bureau de LC Restrepo qui me disait que leur seule certitude était… le nombre de chèques qu’ils versaient aux démobilisés. Mais dans ce gros lot, quelques uns (sont-ils la majorité ou un pourcentage faible?) sont des personnes venues grossir les listes à la dernière minute, justement pour bénéficier de cette aide économique à la démobilisation…
    Je me demande pourquoi les journalistes colombiens n’essayent pas de faire des enquêtes sur ce genre de sujets… trop petits, peut-être, trop banals par rapport aux sujets chauds?

  4. Il est évident qu’un certains nombres de gens sont venu grossir les chiffres, il y a eu des articles sur le thème il me semble. Certain se sont même fait enrôler de force et doivent ensuite versé une part de l’aide qu’il touche. Il y aussi des cas de personne qui ont reçu des terres de la part des paramilitaire pour que ceux ci ne les perdent pas… des irrégularités il y en a à la pelle. Les victimes se font menacer, certain fuient le pays, le nombre de déplacé à encore augmenté (il est d’ailleurs beaucoup plus élevé depuis la démobilisation)
    Moi je vois que beaucoup beaucoup d’analystes du conflit le disent, comme plusieurs avocats commencent vraiment à dire que la démobilisation est un échec total. Le problème est que ce n’est facile de l’admettre et surtout plusieurs espèrent encore sauver quelques meubles. Avoir des bouts de vérité, un semblant de justice …
    J’ai même entendu dernièrement un des spécialistes de justice transitionnelle (Michael Reed Hurtado) dire qu’il commençait à penser au prochain processus…
    Pas très optimiste tout ça.

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