Maru

Ce texte est la suite du quatrième épisode et la fin d’une série titrée “Un regard sur la prostitution en Colombie: Maru, princesse du quartier Santa Fe à  Bogotà¡â€ écrit par Sablebel. Je tiens à  présicer que c’est rélllement l’histoire de Maru, et qu’elle a insisté pour qu’on utilise son vrai nom par envie de faire connaître son histoire. Histoire qui se répète relativement fréquemment…

« J’étais une pute mais je suis la preuve que l’on n’est pas condamné à  l’humiliation »

Elle reprend son travail d’hôtesse là  où elle l’avait laissé, dans un bordel voisin du club « La Piscine« , véritable institution de la débauche à  Bogota. C’est pour elle le réapprentissage d’un rythme infernal alcool, bazuco, travail sexuel. Au bout de quelques mois, elle fait cependant la rencontre d’une association de la zone, qui travaille auprès des habitants de rue et des personnes prostituées, et qui lui propose de collaborer avec elle sur certaines de ses activités de prévention. Exténuée par l’incandescence dans laquelle son existence se consume à  feu doux, Maru se sent véritablement investie d’une responsabilité vis-à -vis de ses soeurs dans le quartier, surtout vis-à -vis des plus jeunes qui y débarquent chaque semaine, ces gamines qui pour certaines ont à  peine l’âge de ses filles restées à  Medellin.

Elle commence à  s’engager activement dans les activités de prévention autour du VIH, de la réduction de la toxicomanie dans la zone, elle entreprend d’organiser les prostituées de la zone pour faire valoir leurs droits vis-à -vis des pouvoirs publics, des patrons d’établissements, des clients… Elle reprend aussi le chemin de l’école tous les matins, après ses nuits à  rallonge au tapin, dans un programme gouvernemental de formation pour adultes, où elle finit par obtenir son bachillerato, baccalauréat colombien. Au bout de quelques mois de collaboration informelle sur le terrain, l’association finit par lui proposer un emploi de coordinatrice des activités de mise en réseau dans la zone, une aubaine pour cette figure emblématique du quartier, connue de tous, des prostituées, des clients, de la police, mais surtout des différentes institutions publiques et privées qui y travaillent autour de la réduction des risques.

Cette emploi va permettre à  Maru d’envisager pour la première fois une véritable alternative à  la prostitution, concrète celle là , pas la poudre aux yeux des châteaux en Espagne. Pendant 3 ans, elle va y consacrer toute son énergie, tentant de prouver autour d’elle qu’il est possible de rompre cette dynamique vicieuse et avec les dérives qui l’accompagne. Elle va mobiliser, informer, rassembler, témoigner au quotidien de son expérience pour matérialiser aux yeux des autres frangines, des travestis, des habitants de rue, la possibilité de se reconstruire personnellement. « Moi aussi, j’étais une pute mais je suis la preuve que l’on n’est pas condamné à  l’humiliation » comme elle aime à  le répéter fièrement à  celles qui sont encore de l’autre côté du trottoir. Dans l’association Maru va également connaître l’amour, le vrai, pour la première fois, à  44 ans, après avoir été la demoiselle de déshonneur de tant d’hommes pendant 5 années. Elle va apprendre à  construire des projets à  deux, se rapprocher de ses filles à  grand coup de confessions et de dialogue pour regagner peu à  peu ses galons de mère de famille.

Nouveau départ…

Après ces 3 années à  écumer les rues du quartier au service des autres, Maru a décidé d’aller reconstruire sa vie de famille au Venezuela, là  où ses deux ainées se sont installées avec leurs maris. Elle va y emmener sa fille cadette de 18 ans, pour rattraper les années perdues ensemble, la voir grandir enfin. Là -bas, en famille, ils vont monter un commerce de nourriture colombienne à  destination de la diaspora établie en nombre de l’autre côté de la frontière. Un projet qui angoisse déjà  Maru mais qui signifie pour elle qu’une page s’est tournée, qu’une nouvelle vie commence, enfin.

Ce 31 janvier 2007, elle quittera [a quitté] Bogota, elle laissera derrière elle cette énergie incroyable, le témoignage d’une femme de caractère qui a réussi à  se défaire des griffes du quartier Santa Fé, qui est parvenue à  accepter dignement son passé et à  le transformer en un exemple à  suivre pour les trop nombreuses « soeurs » qui resteront ici. Ce soir là  les phares blancs des taxis reprendront leur ballet régulier, déchirant d’un éclair la nuit glauque et pesante. Les anonymes d’une nuit partiront un à  un au bras des femmes vagabondes, monnayer en silence leurs plaisirs éphémères.

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