{"id":727,"date":"2010-07-25T22:32:54","date_gmt":"2010-07-25T20:32:54","guid":{"rendered":"http:\/\/www.ikiru.ch\/blog\/?p=727"},"modified":"2023-10-12T14:45:24","modified_gmt":"2023-10-12T18:45:24","slug":"michel-foucault-surveiller-et-punir-ou-la-prison-normalisatrice-une-allegorie-societale","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/2010\/michel-foucault-surveiller-et-punir-ou-la-prison-normalisatrice-une-allegorie-societale","title":{"rendered":"Michel Foucault \u00ab\u00a0Surveiller et punir\u00a0\u00bb, ou la prison normalisatrice : une all\u00e9gorie soci\u00e9tale"},"content":{"rendered":"<div id=\"ez-toc-container\" class=\"ez-toc-v2_0_83 ez-toc-wrap-center counter-hierarchy ez-toc-counter ez-toc-grey ez-toc-container-direction\">\n<div class=\"ez-toc-title-container\">\n<p class=\"ez-toc-title\" style=\"cursor:inherit\">Contents<\/p>\n<span class=\"ez-toc-title-toggle\"><\/span><\/div>\n<nav><ul class='ez-toc-list ez-toc-list-level-1 ' ><li class='ez-toc-page-1 ez-toc-heading-level-2'><a class=\"ez-toc-link ez-toc-heading-1\" href=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/2010\/michel-foucault-surveiller-et-punir-ou-la-prison-normalisatrice-une-allegorie-societale\/#Du_supplice_a_la_prison\" >Du supplice \u00e0 la prison<\/a><\/li><li class='ez-toc-page-1 ez-toc-heading-level-2'><a class=\"ez-toc-link ez-toc-heading-2\" href=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/2010\/michel-foucault-surveiller-et-punir-ou-la-prison-normalisatrice-une-allegorie-societale\/#La_prison_une_invention_de_lelite\" >La prison, une invention de l&rsquo;\u00e9lite<\/a><\/li><li class='ez-toc-page-1 ez-toc-heading-level-2'><a class=\"ez-toc-link ez-toc-heading-3\" href=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/2010\/michel-foucault-surveiller-et-punir-ou-la-prison-normalisatrice-une-allegorie-societale\/#La_prison_une_acceptation_de_la_base\" >La prison, une acceptation de la base<\/a><\/li><li class='ez-toc-page-1 ez-toc-heading-level-2'><a class=\"ez-toc-link ez-toc-heading-4\" href=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/2010\/michel-foucault-surveiller-et-punir-ou-la-prison-normalisatrice-une-allegorie-societale\/#La_prison_un_echec_programme\" >La prison, un \u00e9chec programm\u00e9<\/a><\/li><li class='ez-toc-page-1 ez-toc-heading-level-2'><a class=\"ez-toc-link ez-toc-heading-5\" href=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/2010\/michel-foucault-surveiller-et-punir-ou-la-prison-normalisatrice-une-allegorie-societale\/#La_surveillance_et_la_normalite_a_lere_cybernetique\" >La surveillance et la normalit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e8re cybern\u00e9tique<\/a><\/li><\/ul><\/nav><\/div>\n<p>Souvenez-vous : il y a 35 ans, Foucault s&rsquo;en prenait \u00e0 l&rsquo;univers carc\u00e9ral. Incapable de r\u00e9pondre aux attentes des politiciens, de la soci\u00e9t\u00e9 ou des prisonniers eux-m\u00eames, la prison fran\u00e7aise \u00e9tait victime de la r\u00e9volte de ses occupants, du d\u00e9faitisme politique et de l&rsquo;incompr\u00e9hension du grand public. C&rsquo;\u00e9tait 6 ans avant l&rsquo;abrogation de la peine de mort (et donc de l&rsquo;adh\u00e9sion pleine et enti\u00e8re \u00e0 la prison comme seule r\u00e9ponse \u00e0 la d\u00e9linquance), mais aussi 150 ans apr\u00e8s ses premiers essais \u00e0 grande \u00e9chelle en Hexagone. Foucault \u00e9crivait alors que rien n&rsquo;\u00e9tait vraiment nouveau, que les probl\u00e8mes de l&rsquo;univers carc\u00e9ral \u00e9taient structurels, presque ontologiques \u00e0 la prison; pour preuve, presque 4 d\u00e9cennies plus tard, les questions sont rigoureusement les m\u00eames, et les r\u00e9ponses aussi &#8211; comprendre, inexistantes. La seule diff\u00e9rence, c&rsquo;est que l&#8217;emprisonnement &#8211; la privation de libert\u00e9 &#8211; comme riposte \u00e0 l&rsquo;ill\u00e9galit\u00e9 p\u00e9nale s&rsquo;est encore plus engonc\u00e9e dans ses certitudes, \u00e0 peine effleur\u00e9e par les complications end\u00e9miques que sont la criminalisation des petits d\u00e9linquants et de la surpopulation des \u00e9tablissements p\u00e9nitentiaires; rien, ou presque, n&rsquo;a chang\u00e9 en deux si\u00e8cles, les attentes contradictoires sur ce que doit \u00eatre la prison sont rigoureusement identiques, et les \u00e9checs tout aussi patents.<\/p>\n<p>Dans son \u00ab\u00a0Surveiller et punir\u00a0\u00bb de 1975, Michel Foucault ouvre la r\u00e9flexion sur l&rsquo;artifice du supplice : grand d\u00e9ballage qu&rsquo;on qualifierait aujourd&rsquo;hui \u00ab\u00a0d&rsquo;\u00e9v\u00e8nement m\u00e9diatique\u00a0\u00bb, les sc\u00e8nes de tortures n&rsquo;avaient pas pour objectif &#8211; selon le philosophe &#8211; de d\u00e9courager seulement la reproduction de l&rsquo;acte condamn\u00e9, mais principalement de rappeler quelle \u00e9tait la puissance du prince, seul habilit\u00e9 \u00e0 d\u00e9cider du bien et du mal. Atteint dans les fondements de sa l\u00e9gitimit\u00e9 par le forfait accompli, il livrait en place publique un combat contre le criminel &#8211; un combat jou\u00e9 d&rsquo;avance. La crainte du peuple n&rsquo;\u00e9tait pas seulement un effet de bord, mais bien l&rsquo;objectif recherch\u00e9; la coh\u00e9sion dont faisait preuve la populace lors de ces d\u00e9monstrations soudaient autour du souverain re-l\u00e9gitimis\u00e9, garantissait la p\u00e9rennit\u00e9 de la soumission de ses sujets.<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<h2><span class=\"ez-toc-section\" id=\"Du_supplice_a_la_prison\"><\/span>Du supplice \u00e0 la prison<span class=\"ez-toc-section-end\"><\/span><\/h2>\n<p>Le basculement de la p\u00e9riode supplice \u00e0 la p\u00e9riode enfermement, Foucault l&rsquo;identifie \u00e0 l&rsquo;arriv\u00e9e de la bourgeoisie au pouvoir. Aid\u00e9e en cela de pr\u00e9ceptes h\u00e9rit\u00e9s du christianisme (l&rsquo;inquisition, l&rsquo;asc\u00e8se monastique, la culpabilit\u00e9 notamment), les id\u00e9aux des Lumi\u00e8res se fracassent les os contre les murs de la science : l&rsquo;humanisme comme facteur de changement est \u00e0 peine susurr\u00e9 depuis le fond d&rsquo;un cachot.<\/p>\n<blockquote><p>Les \u00ab\u00a0Lumi\u00e8res\u00a0\u00bb qui ont d\u00e9couvert les libert\u00e9s ont aussi invent\u00e9 les [techniques disciplinaires]Michel Foucault, Surveiller et Punir, Galllimard, 1975, p. 258<\/p><\/blockquote>\n<p>La recherche \u00ab\u00a0scientifique\u00a0\u00bb de la correction de l&rsquo;individu, la maximisation de son utilit\u00e9 comme \u00e9l\u00e9ment productif sont les balises qui nous m\u00e8nent vers la privation de libert\u00e9 comme nouvelle forme de punition. On cache le d\u00e9linquant, car la l\u00e9gitimit\u00e9 du prince n&rsquo;est plus remise en cause par la simple transgression de la r\u00e8gle; l&rsquo;individu est entretemps devenu \u00ab\u00a0asocial\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0marginal\u00a0\u00bb, on a exclu du royaume d\u00e9mocratique de la soci\u00e9t\u00e9 ses \u00e9l\u00e9ments perturbateurs. Un barbare qui refuse de comprendre les r\u00e8gles, on le bannit; le parall\u00e8le avec la Gr\u00e8ce antique pourrait \u00eatre f\u00e9cond, mais serait limit\u00e9 par l&rsquo;\u00e9normit\u00e9 de l&rsquo;innovation : dor\u00e9navant, on <em>corrige<\/em> le fauteur de trouble. Il doit pouvoir apprendre la langue de la <em>Polis<\/em>, en exp\u00e9rimenter les rouages et s&rsquo;ins\u00e9rer en bon ouvrier \u00e0 sa sortie de prison. Comme si de rien \u00e9tait.<\/p>\n<h2><span class=\"ez-toc-section\" id=\"La_prison_une_invention_de_lelite\"><\/span>La prison, une invention de l&rsquo;\u00e9lite<span class=\"ez-toc-section-end\"><\/span><\/h2>\n<p>Lutte des classes, scientificit\u00e9 de la correction, exercice du pouvoir, on voit en filigrane bien s\u00fbr la critique sociale de Foucault, qui ne se permet que tr\u00e8s bri\u00e8vement de donner son avis sur la question. Avec un regard froid et lucide, il diagnostique, historicise la nouvelle anatomie (mot crucial dans la pens\u00e9e de Foucault) de la normalit\u00e9 soci\u00e9tale :<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u00a0Il faut cesser de toujours d\u00e9crire les effets de pouvoir en termes n\u00e9gatifs : il \u00ab\u00a0exclut\u00a0\u00bb, il \u00ab\u00a0r\u00e9prime\u00a0\u00bb, il \u00ab\u00a0refoule\u00a0\u00bb, il \u00ab\u00a0censure\u00a0\u00bb, il \u00ab\u00a0abstrait\u00a0\u00bb, il \u00ab\u00a0masque\u00a0\u00bb, il \u00ab\u00a0cache\u00a0\u00bb. En fait le pouvoir produit; il produit du r\u00e9el; il produit des domaines d&rsquo;objets et des rituels de v\u00e9rit\u00e9. L&rsquo;individu et la connaissance qu&rsquo;on peut en prendre rel\u00e8vent de cette production.\u00a0\u00bbMichel Foucault, <i>ibid<\/i>, p. 227<\/p><\/blockquote>\n<p>On est alors aux antipodes de la doxa marxiste classique, qui verrait une ali\u00e9nation de l&rsquo;individu dans la soumission-production; la soumission donne du sens \u00e0 l&rsquo;individu. La vision humaine de Foucault est ici certainement pessimiste. Mais l\u00e0 o\u00f9 le philosophe rejoint le marxisme, c&rsquo;est dans la volont\u00e9 de domination du pouvoir. Les techniques disciplinaires sont alors d\u00e9cortiqu\u00e9es, analys\u00e9es (autre mot-cl\u00e9) pour en rappeler la construction somme toute artificielle : \u00e0 un certain moment dans la destin\u00e9e fran\u00e7aise, le choix a \u00e9t\u00e9 sciemment effectu\u00e9 par les d\u00e9tenteurs du pouvoir. Les <i>a-<\/i>normaux seront enferm\u00e9s. Les \u00e9l\u00e9ments en raison de cette <i>a-<\/i>normalit\u00e9 s&rsquo;\u00e9jectent de l&rsquo;appareil productif (la soci\u00e9t\u00e9-industrie) seront corrig\u00e9s. Rentrer dans le rang, c&rsquo;est accepter les nouveaux fondements soci\u00e9taux; produire, \u00eatre utile \u00e0 la communaut\u00e9. On paie donc sa dette en monopolisant le temps du fautif &#8211; le temps, c&rsquo;est de l&rsquo;argent &#8211; ainsi qu&rsquo;en le rendant plus apte \u00e0 produire &#8211; \u00e0 la fois durant l&rsquo;enfermement, mais aussi apr\u00e8s celui-ci.<\/p>\n<blockquote><p>La p\u00e9nalit\u00e9 perp\u00e9tuelle qui traverse tous les points, et contr\u00f4le tous les instants des institutions disciplinaires compare, diff\u00e9rencie, hi\u00e9rarchise, homog\u00e9n\u00e9ise, exclut. En un mot, elle normalise.Michel Foucault, <i>ibid<\/i>, p. 215<\/p><\/blockquote>\n<p>L&rsquo;effet normalisateur orchestr\u00e9 serait incomplet si la prison n&rsquo;\u00e9tait pas une all\u00e9gorie de la soci\u00e9t\u00e9; ce qui se passe au-dehors, c&rsquo;est ce qui se passe entre quatre barreaux, et vice-versa. C&rsquo;est l\u00e0 prendre quelques raccourcis dans la pens\u00e9e extr\u00eamement pointilleuse de Foucault, qui aurait peut-\u00eatre refus\u00e9 une analogie aussi imm\u00e9diate &#8211; certes; mais comment ne pas voir le <a href=\"https:\/\/fr.m.wikipedia.org\/wiki\/Panoptique\">Panoptique<\/a>Le panoptique est un type d&rsquo;architecture carc\u00e9rale imagin\u00e9e par le philosophe utilitariste Jeremy Bentham \u00e0 la fin du XVIIIe si\u00e8cle. L&rsquo;objectif de la structure panoptique est de permettre \u00e0 un individu, log\u00e9 dans une tour centrale, d&rsquo;observer tous les prisonniers, enferm\u00e9s dans des cellules individuelles autour de la tour, sans que ceux-ci ne puissent savoir s&rsquo;ils sont observ\u00e9s. Ce dispositif devait ainsi cr\u00e9er un \u00ab sentiment d&rsquo;omniscience invisible \u00bb chez les d\u00e9tenus., cette rationalisation dans la surveillance des individus pouss\u00e9e \u00e0 la limite de l&rsquo;acceptable, comme un mirador plac\u00e9 au milieu de notre ville moderne qui veut tout voir, tout savoir sur ses habitants, telle une all\u00e9gorie sous forme d&rsquo;oeil g\u00e9ant de <em>Big Brother<\/em> ? Car chez Foucault, le panopticon est test\u00e9 dans les ateliers, \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole, dans l&rsquo;arm\u00e9e, dans les h\u00f4pitaux; il est la partie \u00ab\u00a0\u00e9merg\u00e9e\u00a0\u00bb (bien qu&rsquo;invisible) d&rsquo;une \u00e9conomie de la r\u00e9glementation, de la taylorisation des moindres gestes et mouvements de la population.<\/p>\n<h2><span class=\"ez-toc-section\" id=\"La_prison_une_acceptation_de_la_base\"><\/span>La prison, une acceptation de la base<span class=\"ez-toc-section-end\"><\/span><\/h2>\n<p>Un tel processus r\u00e9gl\u00e9 dans les plus infimes d\u00e9tails serait impossible sans la l\u00e9gitimation octroy\u00e9e par le surveill\u00e9, sans l&rsquo;acceptation explicite &#8211; et implicite dans un curieux renversement du fardeau de la preuve, car quelqu&rsquo;un se m\u00e9fiant de la surveillance est quelqu&rsquo;un \u00ab\u00a0ayant quelque chose \u00e0 cacher\u00a0\u00bb &#8211; du citoyen. Bien que Foucault aborde &#8211; sans faire usage de ce n\u00e9ologisme &#8211; la technocratie sous toutes ses coutures, il semble lui \u00e9chapper l&rsquo;aspect d\u00e9mocratique &#8211; et non bourgeois &#8211; de cette construction populaire. La peur des \u00ab\u00a0incivilit\u00e9s\u00a0\u00bb, ce sont les couches d\u00e9favoris\u00e9es qui s&rsquo;en soucient le plus. Les d\u00e9pr\u00e9dations, les comportements agressifs ne touchent pas les quartiers ais\u00e9s des capitales, mais bien les banlieues inhumaines. Si la d\u00e9construction foucaldienne r\u00e9pond \u00e0 la satisfaction de l&rsquo;intellect sur l&rsquo;origine du couple surveillance-enfermement, l&rsquo;assise du syst\u00e8me ne saurait \u00eatre r\u00e9duit \u00e0 une domination bourgeoise. C&rsquo;est une l\u00e9gitimit\u00e9 nouvelle qui s&rsquo;exprime, un transit imm\u00e9diat entre la base et le gouvernement, ce dernier \u00e9tant somm\u00e9 de r\u00e9pondre \u00e0 l&rsquo;incivilit\u00e9 et \u00e0 la violence de la zone habit\u00e9e. Bien que l&rsquo;on retrouve les m\u00eames structures et les m\u00eames m\u00e9canismes de l&rsquo;appareil normatif incorpor\u00e9es par la base &#8211; qui r\u00e9clame une plus grande duret\u00e9, plus d&rsquo;intransigeance pour des crimes commis par les siens. D&rsquo;o\u00f9 le renversement de paradigme : la force de la loi provient de la base, qui demande, qui prie l&rsquo;\u00e9lite de trouver des solutions. Sous la forme des technocrates, propuls\u00e9s sp\u00e9cialistes politiques, une quantit\u00e9 de modifications minimes, tels que des ajouts de cam\u00e9ra (qui fleurissent aussi bien sur le domaine public que priv\u00e9) seront op\u00e9r\u00e9es, ou des conseils fournis \u00e0 la police, aux \u00e9coles. La loi s&rsquo;adaptera, la justice suivra le m\u00eame chemin, la police &#8211; et forc\u00e9ment la prison. Le cri \u00e0 plus de normalit\u00e9 n&rsquo;est plus le fait d&rsquo;une \u00e9lite &#8211; sans nier les structures \u00e9litaires existantes &#8211; mais l&rsquo;opposition est an\u00e9antie. Que l&rsquo;on relise avec Foucault ce que se permettait d&rsquo;imprimer un journal anarchiste en pleine \u00ab\u00a0r\u00e9volution normalisante\u00a0\u00bb du XIXe pour se convaincre du chemin parcouru :<\/p>\n<blockquote><p>Sans le crime qui r\u00e9veille chez nous une foule de sentiments engourdis et de passions \u00e0 moiti\u00e9 \u00e9teintes, nous resterions plus longtemps dans le d\u00e9sordre, c&rsquo;est-\u00e0-dire dans l&rsquo;atonie.La Phalange, 1er d\u00e9cembre 1838 <i>in<\/i> Michel Foucault, <i>ibid<\/i>, p. 339<\/p><\/blockquote>\n<p>Rappeler la primalit\u00e9 de l&rsquo;humain, et le plaisir sensuel qu&rsquo;il y a \u00e0 se laisser guider par ses instincts; on nage en plein romantisme anarchique du XIXe, mais un romantisme qui serait disqualifiant pour toute personne s&rsquo;en revendiquant dans une soci\u00e9t\u00e9 normalis\u00e9e. Le droit de r\u00e9sistance a disparu. Foucault, dans sa vie politique, en a fait pr\u00e9cis\u00e9ment les frais; il y a des choses que l&rsquo;on ne peut aborder, quel que soit le cr\u00e9dit intellectuel de l&rsquo;auteur. La normalit\u00e9 est si incorpor\u00e9e, int\u00e9gr\u00e9e dans notre habitus (Bourdieu), qu&rsquo;on ne la soup\u00e7onne m\u00eame plus comme nous \u00e9tant, \u00e0 l&rsquo;origine, ext\u00e9rieure. Le simple fait d&rsquo;en \u00e9voquer son externalit\u00e9 provoque malaise et r\u00e9action farouche, protectrice : notre propre individualit\u00e9 ne saurait \u00eatre remise en question. Ce faisant, l&rsquo;oubli de combien la normalit\u00e9 n&rsquo;est qu&rsquo;une convention, le pacte social, emp\u00eache tout changement : le m\u00e9canisme d&rsquo;auto-d\u00e9fense de la normalit\u00e9 est le conservatisme politique.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9volution ne peut d\u00e8s lors plus se faire de mani\u00e8re politique et d\u00e9mocratique, mais seulement par la frange, par des m\u00e9thodes technocratiques, moins soumises au contr\u00f4le populaire. Les cohortes de psychologues, de sp\u00e9cialistes de l&rsquo;\u00e9ducation, de la sant\u00e9 peuvent, par de petits ajustements successifs, proc\u00e9der \u00e0 la normalisation acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e des <i>a-<\/i>normaux. En somme, parce qu&rsquo;\u00e0 la fois on \u00e9vite le d\u00e9bat et que le d\u00e9bat est de lui-m\u00eame \u00e9touff\u00e9, il n&rsquo;y a plus rien \u00e0 d\u00e9battre. Il n&rsquo;existe plus d&rsquo;espace d&rsquo;expression \u00e0 une opposition cr\u00e9dible. C&rsquo;est la population elle-m\u00eame qui, par massification de ses d\u00e9cisions, ainsi que par sous-traitance des choix politiques d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s aux experts, s&rsquo;est appropri\u00e9e la surveillance; car la normalisation, peut-\u00eatre, \u00e9tait un moyen d&rsquo;imiter l&rsquo;\u00e9lite d&rsquo;hier. A force d&rsquo;imiter le roi, on se pla\u00eet \u00e0 se prendre pour le roi lui-m\u00eame. Le roi ne pouvait accepter d&rsquo;ignorer ce qu&rsquo;il se passait dans son royaume; le citoyen ne supporte plus l&rsquo;absence de cam\u00e9ra dans sa rue &#8211; la peur pour sa s\u00e9curit\u00e9, mais aussi la peur qu&rsquo;un d\u00e9lit ou crime puisse rester impuni. Encore une chose qui \u00e9chappe \u00e0 Foucault : le supplice d&rsquo;avant la prison, rituel auquel participait la foule, n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 compens\u00e9. L&#8217;emprisonnement n&rsquo;a pas suffit : on veut observer, palper la souffrance, voir la brute expier ses crimes. Se rassurer \u00e0 l&rsquo;infini sur le choix que nous avons fait, celui de suivre le chemin de la normalit\u00e9 &#8211; que les frustrations soient justifi\u00e9es, les \u00e9checs puissent \u00eatre accept\u00e9s. Car si un seul endure les rigueurs du pacte social et que tous les autres le transgressent, le solitaire finira par se r\u00e9volter. Au triptyque foucaldien surveillance-prison-normalisation, il conviendrait d&rsquo;ajouter la projection de la soci\u00e9t\u00e9 dans l&rsquo;individu d\u00e9j\u00e0 normalis\u00e9 : un reflet ayant un effet cathartique, rappelant les avantages du pacte social. C&rsquo;est assur\u00e9ment le r\u00f4le jou\u00e9 par la <i>real TV<\/i> sous toutes ses formes, rassurant, d\u00e9dramatisant, mais aussi punissant l&rsquo;imb\u00e9cile (refuse l&rsquo;\u00e9ducation), le paresseux (refuse d&rsquo;\u00eatre utile \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9), le vaniteux (l&rsquo;humilit\u00e9, c&rsquo;est de rester \u00e0 sa place). Sous pr\u00e9texte de briser des tabous, jamais on aura vu outil de divertissement plus normatif que la <i>real TV<\/i>. Ce miroir d\u00e9form\u00e9 et d\u00e9-normalis\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 n&rsquo;a d&rsquo;autre r\u00e9sultat que la re-normalisation; c&rsquo;est dans le m\u00eame \u00e9tat d&rsquo;esprit que les enfants des Lumi\u00e8res, profond\u00e9ment persuad\u00e9 que l&rsquo;homme, de par sa nature est \u00e9gal, mais que la soci\u00e9t\u00e9 peut se passer de l&rsquo;homme mis\u00e9reux, peu instruit, et \u00eatre priv\u00e9 de sa libert\u00e9. On se voit en l&rsquo;homme, mais on se rassure en se rappelant combien on lui est sup\u00e9rieur; le m\u00e9canisme, \u00e0 deux si\u00e8cles d&rsquo;\u00e9cart, n&rsquo;a pas vari\u00e9 d&rsquo;un iota.<\/p>\n<h2><span class=\"ez-toc-section\" id=\"La_prison_un_echec_programme\"><\/span>La prison, un \u00e9chec programm\u00e9<span class=\"ez-toc-section-end\"><\/span><\/h2>\n<p>Pour comprendre ce besoin de catharsis r\u00e9actualis\u00e9 dans nos soci\u00e9t\u00e9s \u00ab\u00a0ouvertes\u00a0\u00bb, il convient de faire un bref d\u00e9tour sur les \u00e9checs de la prison. Car il ne pouvait en \u00eatre autrement : l&rsquo;enfermement doit contenter ceux qui con\u00e7oivent la prison comme un outil de r\u00e9\u00e9ducation; pour d&rsquo;autres, il s&rsquo;agit avant tout de vengeance; nombreux sont ceux qui voient pour objectif celui de prot\u00e9ger la soci\u00e9t\u00e9, en \u00f4tant un \u00e9l\u00e9ment dangereux &#8211; et emp\u00eacher une r\u00e9cidive; et que dire qui y voient un int\u00e9r\u00eat \u00e9conomique &#8211; les travailleurs sont bon march\u00e9, une version cynique de ceux qui regardent le travail comme formateur et r\u00e9parateur. Le paradoxe est total, la pomme consomm\u00e9e d\u00e8s les premiers jours : en effet, plus la prison est formatrice, r\u00e9\u00e9ducative, moins elle punit; et \u00e0 l&rsquo;inverse, plus elle punit, moins elle peut se destiner \u00e0 r\u00e9ins\u00e9rer des individus corrig\u00e9s de leurs <i>a-<\/i>normalit\u00e9s. Ontologiquement, la prison ne saurait r\u00e9pondre \u00e0 deux attentes aussi oppos\u00e9es; elle est \u00e9cartel\u00e9e depuis 200 ans, subissant les assauts d&rsquo;esp\u00e9rances divergentes et irr\u00e9conciliables.<\/p>\n<p>Ajoutons \u00e0 ces d\u00e9fauts de nature, les \u00e9checs r\u00e9p\u00e9t\u00e9s Arguments r\u00e9ordonn\u00e9s et synth\u00e9tis\u00e9s de Michel Foucault, <i>ibid<\/i>, pp. 308-313: 1\/ Les prisons ne diminuent pas le taux de criminalit\u00e9; 2\/ au contraire, elles encouragent la r\u00e9cidive, en privant de passeport le d\u00e9linquant, lui fournissant un casier judiciaire fortement disqualifiant; 3\/ pire, elles fabriquent les d\u00e9linquants, cr\u00e9ant des conditions propice \u00e0 une d\u00e9pendance physique et mentale \u00e0 un milieu dur, en permettant la rencontre, la fusion de petits et grands d\u00e9linquants. Aussi bien th\u00e9oriquement que pratiquement, on le voit, la privation de libert\u00e9 ne pouvait mat\u00e9riellement \u00eatre efficace; ce qui \u00e9tait vrai \u00e0 l&rsquo;origine l&rsquo;est tout autant aujourd&rsquo;hui.<\/p>\n<p>La persistance dans l&rsquo;erreur, le philosophe l&rsquo;explique par les m\u00e9canismes d&rsquo;auto-renforcement qui se sont cr\u00e9\u00e9s avec le temps. Il y a un int\u00e9r\u00eat de lobbies (et donc \u00e9conomique) \u00e0 la p\u00e9rennisation de la situation, qui garantit du travail \u00e0 pl\u00e9thore de nouveaux m\u00e9tiers gravitant autour de la surveillance : les psychiatres, les \u00e9ducateurs sp\u00e9cialis\u00e9s verraient d&rsquo;un mauvais oeil toute remise en question de leur pouvoir, un pouvoir m\u00e9caniquement engendr\u00e9 par leur expertise reconnue. Cessons de croire qu&rsquo;un psychiatre est le plus \u00e0 m\u00eame de d\u00e9cider qui peut sortir ou non de prison, et son r\u00f4le devient inutile. Mais parce qu&rsquo;on tient son expertise pour l\u00e9gitime, on lui d\u00e9l\u00e8gue des responsabilit\u00e9s judiciaires : l&rsquo;\u00e9ducateur <i>d\u00e9cide<\/i> lorsqu&rsquo;un jeune d\u00e9linquant peut r\u00e9int\u00e9grer la sph\u00e8re soci\u00e9tale ou non. Le pouvoir juridique n&rsquo;est pas aussi concentr\u00e9 qu&rsquo;on veut bien le pr\u00e9senter : il est au contraire dilu\u00e9 dans toute la soci\u00e9t\u00e9, et le panopticon d\u00e9tache \u00e0 une multitude de petites mains le soin d&rsquo;appliquer ses m\u00e9thodes disciplinaires de surveillance et punition. Tels des surveillants d&rsquo;atelier, ils contr\u00f4lent que les directives soient suivies \u00e0 la lettre, et sanctionnent tout manquement.<\/p>\n<h2><span class=\"ez-toc-section\" id=\"La_surveillance_et_la_normalite_a_lere_cybernetique\"><\/span>La surveillance et la normalit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e8re cybern\u00e9tique<span class=\"ez-toc-section-end\"><\/span><\/h2>\n<p><a href=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/surveiller_et_punir.webp\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-thumbnail wp-image-6199 alignleft\" src=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/surveiller_et_punir-200x200.webp\" alt=\"\" width=\"200\" height=\"200\" \/><\/a>Cette micro-physique, Foucault la soumet sous le regard grossissant d&rsquo;une loupe pour en d\u00e9tailler avec rigueur les r\u00e8gles. Les mots-cl\u00e9s de son ouvrage sont choisis avec s\u00fbret\u00e9 et adresse; si Foucault parle de physique, c&rsquo;est bel et bien parce que le m\u00e9canisme est si certain, si automatique, si r\u00e9gul\u00e9, qu&rsquo;il \u00e9chappe en partie \u00e0 l&rsquo;action de l&rsquo;individu. Quel meilleur exemple que de voir le transfert de pouvoir vers ces extensions m\u00e9caniques de nous-m\u00eames : cam\u00e9ras vid\u00e9o, scanners d&#8217;empreintes biom\u00e9triques, fichiers informatiques, suivi GPS. Cette nouvelle technologie permet de consigner, classifier, cr\u00e9er un profil individuel mieux que jamais dans l&rsquo;histoire. Et ce sont des machines qui vous donnent l&rsquo;accr\u00e9ditation d&rsquo;entrer ou non, qui d\u00e9terminent la position de l&rsquo;individu (d\u00e9linquant potentiel), aussi bien sociologiquement &#8211; quel grade, quelle autorisation &#8211; que spatialement. Dans nos jours, la sous-traitance est biom\u00e9canique, l&rsquo;homme <i>fusionne<\/i> avec la machine dans cette recherche continue d&rsquo;une plus grande efficacit\u00e9; mais il lui d\u00e9l\u00e8gue \u00e9galement le pouvoir de d\u00e9cision, car c&rsquo;est la machine qui reconna\u00eet l&rsquo;<i>a-<\/i>normalit\u00e9 ou non, et d\u00e9cide d&rsquo;en informer son ma\u00eetre. Si l&rsquo;extension du pouvoir judiciaire aux technocrates leur a octroy\u00e9 une autonomie dans l&rsquo;application des r\u00e8gles, l&rsquo;extension vers les machines leur attribue <i>in fine<\/i> une m\u00eame autonomie.<\/p>\n<p>Cette \u00e9conomie &#8211; cette cybern\u00e9tique &#8211; de la surveillance n&rsquo;a rien d&rsquo;illogique. Quoi de plus norm\u00e9 et standardis\u00e9 qu&rsquo;une machine : produite \u00e0 des milliers d&rsquo;exemplaires, elle est le r\u00eave de toute volont\u00e9 de normer &#8211; elle est l&rsquo;aboutissement de l&rsquo;id\u00e9al d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 utilitariste. Une machine maximise les profits, elle est pr\u00e9visible : une formule math\u00e9matique qui demande aux individus d&rsquo;en devenir eux-m\u00eames. Un fil rouge relie la normalisation d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 et sa surveillance par des machines de mani\u00e8re si \u00e9vidente, qu&rsquo;on peut se demander comment on a pu passer \u00e0 c\u00f4t\u00e9. Sans l&rsquo;\u00e9claircissement conceptuel de Foucault, pourtant, la machinerie serait rest\u00e9e occult\u00e9e. Sans Foucault, le panopticon aurait atteint son but, il continuerait \u00e0 voir sans \u00eatre vu.<\/p>\n<p>Accepter le constat d&rsquo;\u00e9chec, c&rsquo;est reconna\u00eetre que non seulement les moyens adopt\u00e9s sont inad\u00e9quats, mais surtout que le choix politique est \u00e0 red\u00e9terminer. Voulons-nous normaliser les composants individuels du pacte social &#8211; les individus &#8211; ou non ? Si la r\u00e9ponse est oui, nos m\u00e9thodes n&rsquo;ont pas \u00e0 \u00eatre revues. Le chemin suivi est d&rsquo;une logique \u00e0 toute \u00e9preuve. S&rsquo;attaquer \u00e0 la fin de cha\u00eene de la surveillance &#8211; l&rsquo;homme-machine, la machine elle-m\u00eame &#8211; alors m\u00eame que le principe de son existence ne peut \u00eatre discut\u00e9, est vou\u00e9 \u00e0 perte. Mais si, <i>a contrario<\/i>, la r\u00e9ponse est n\u00e9gative, il faudra trouver au pr\u00e9alable les fondements nouveaux d&rsquo;un pacte social de masse, contenant des millions, des dizaines voire des centaines de millions d&rsquo;individus et continuer \u00e0 cr\u00e9er du sens et de la coh\u00e9sion au sein de tant de diff\u00e9rences. Ce n&rsquo;est que par ce biais que le couple surveillance-punition perdra de son sens.<\/p>\n<div class=\"pld-like-dislike-wrap pld-template-1\">\r\n    <div class=\"pld-like-wrap  pld-common-wrap\">\r\n    <a href=\"javascript:void(0)\" class=\"pld-like-trigger pld-like-dislike-trigger  \" title=\"Super article!\" data-post-id=\"727\" data-trigger-type=\"like\" data-restriction=\"cookie\" data-already-liked=\"0\">\r\n                        <i class=\"fas fa-thumbs-up\"><\/i>\r\n                <\/a>\r\n    <span class=\"pld-like-count-wrap pld-count-wrap\">0    <\/span>\r\n<\/div><div class=\"pld-dislike-wrap  pld-common-wrap\">\r\n    <a href=\"javascript:void(0)\" class=\"pld-dislike-trigger pld-like-dislike-trigger  \" title=\"Pas terrible...\" data-post-id=\"727\" data-trigger-type=\"dislike\" data-restriction=\"cookie\" data-already-liked=\"0\">\r\n                        <i class=\"fas fa-thumbs-down\"><\/i>\r\n                <\/a>\r\n    <span class=\"pld-dislike-count-wrap pld-count-wrap\">0<\/span>\r\n<\/div><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Souvenez-vous : il y a 35 ans, Foucault s&rsquo;en prenait \u00e0 l&rsquo;univers carc\u00e9ral. 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