{"id":706,"date":"2010-03-22T20:26:35","date_gmt":"2010-03-22T19:26:35","guid":{"rendered":"http:\/\/www.ikiru.ch\/blog\/?p=706"},"modified":"2020-07-18T12:56:57","modified_gmt":"2020-07-18T17:56:57","slug":"cygnis","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/2010\/cygnis","title":{"rendered":"Cygnis, le danger du 25 mars 2010 &#8211; NE LISEZ PAS CE QUI SUIT !"},"content":{"rendered":"<p>Les histoires de mal\u00e9dictions et de fin du monde vous font rire aux \u00e9clats ? Moi aussi. Mais autrefois. Jadis, j&rsquo;\u00e9tais comme vous : d\u00e9celer le signe de la fin des temps dans des chiffres, dans des malformations infantiles me fendait le visage d&rsquo;un sourire invraisemblable. Plus maintenant.<\/p>\n<p>Peut-\u00eatre qu&rsquo;une telle histoire va para\u00eetre chim\u00e9rique \u00e0 certains d&rsquo;entre vous. Dans mon cas, c&rsquo;est d&rsquo;ailleurs avec peine qu&rsquo;elle a pu d\u00e9chirer le voile quotidien de rationalit\u00e9 dont je me drape. Et pourtant. Rien qu&rsquo;\u00e0 relire mes notes et les t\u00e9moignages que j&rsquo;ai pu recueillir, seul un fou les remettrait en cause. Je ne suis peut-\u00eatre moi-m\u00eame plus tr\u00e8s loin de l&rsquo;asile, \u00e0 force de recherches et documentation. Mes doutes faiblissent en proportion inverse \u00e0 l&rsquo;augmentation de mon insanit\u00e9; je sais, je sais, mais le monde se trouble, ma pens\u00e9e s&rsquo;\u00e9gare, mes neurones se noircissent de tout ce savoir.<\/p>\n<p>Mais aucune mise en garde ne saura vous faire vaciller, n&rsquo;est-ce pas ? Vous n&rsquo;avez peur de rien, c&rsquo;est \u00e7a ? Des histoires du genre, vous les collectionnez et les rangez toutes dans le m\u00eame tiroir ? Pour vous convaincre que cette histoire est sp\u00e9ciale, et que lire \u00ab\u00a0Cygnis\u00a0\u00bb, un ouvrage qui est sur le point de me r\u00e9duire \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat de mort-vivant, il va pourtant bien falloir me lire. Une fois lue, cette histoire fera parti de vous comme un gant confortable qui une fois mis s&rsquo;ajustera si bien \u00e0 vos doigts qu&rsquo;il sera impossible de le retirer. Vous atteindrez un niveau de compr\u00e9hension, une \u00e9tape dans la connaissance du monde qui vous permettra de lire \u00ab\u00a0Cygnis\u00a0\u00bb; dans la foul\u00e9e, l&rsquo;obscurit\u00e9 s&rsquo;\u00e9claircira, les t\u00e9n\u00e8bres auront une odeur, les mouvements du ciel vous para\u00eetront suspects. C&rsquo;est votre derni\u00e8re chance; vous riez ? Qu&rsquo;il en soit ainsi.<\/p>\n<p>Depuis plusieurs mois est pr\u00e9vue la sortie d&rsquo;un ouvrage myst\u00e9rieux, premi\u00e8re publication d&rsquo;un non moins myst\u00e9rieux auteur : <strong>Cygnis<\/strong>, \u00e9crit par <strong>Vincent Gessler<\/strong>. Un nom qui imm\u00e9diatement attira mon attention, comme pour tout Suisse qui se respecte. Guillaume Tell, h\u00e9ros de l\u00e9gende de mon petit pays, fut amen\u00e9 \u00e0 tirer une fl\u00e8che sur une pomme pos\u00e9e sur la t\u00eate de son fils parce qu&rsquo;il n&rsquo;avait pas salu\u00e9 le bailli autrichien Hermann Gessler. Le premier finit par tirer vengeance du second, l&rsquo;assassinant d&rsquo;un carreau d&rsquo;arbal\u00e8te envoy\u00e9 en plein coeur. Ce que l&rsquo;histoire officielle n&rsquo;enseigne pas, c&rsquo;est les circonstances entourant la mort de Gessler.<\/p>\n<p>En qualit\u00e9 de chercheur en histoire m\u00e9di\u00e9vale, il m&rsquo;arrive d&rsquo;entrer en possession de documents inconnus du grand public. J&rsquo;ai l&rsquo;habitude de parcourir des parchemins, des \u00e9crits aussi r\u00e9barbatifs que la comptabilit\u00e9 de villages valaisans au XIIe si\u00e8cle. Des lectures encha\u00een\u00e9es de pages et de pages calligraphi\u00e9es en latin ou en ancien fran\u00e7ais, rien de tr\u00e8s sexy l\u00e0-dedans. Il y a peu de surprises dans mon m\u00e9tier, seulement des ajustements, des pr\u00e9cisions, une nettet\u00e9 plus prononc\u00e9e apport\u00e9e au d\u00e9j\u00e0 explor\u00e9. Je suis un technicien, pas un inventeur. J&rsquo;applique des techniques \u00e9prouv\u00e9es, j&rsquo;utilise des r\u00e8gle invent\u00e9es par d&rsquo;autres. Sauf dans le cas d&rsquo;Hermann Gessler, ce qui m&rsquo;a valu l&rsquo;ire &#8211; le m\u00e9pris &#8211; de la communaut\u00e9 scientifique, qui m&rsquo;a banni, ostracis\u00e9 \u00e0 l&rsquo;unanimit\u00e9. C&rsquo;est \u00e9galement, accessoirement, la raison pour laquelle mon nom ne vous fera que l\u00e9g\u00e8rement lever les sourcils, dans un int\u00e9r\u00eat \u00e0 peine poli. Gessler, c&rsquo;est ma chute. Gessler, c&rsquo;est un feu br\u00fblant qui m&rsquo;attire moi, le papillon inconscient. Il m&rsquo;a flamb\u00e9, incendi\u00e9, grill\u00e9. Etais-je un Icare ? Le 25 mars, entre grandeur et insignifiance, fou ou visionnaire, le sort tranchera.<\/p>\n<p>Car Herman Gessler a tr\u00e9pass\u00e9 un 25 mars. Date anodine ? Certainement pas. Si l&rsquo;on se penche plus attentivement sur celle-ci, on constate que l&rsquo;addition des deux chiffres (25 + 3) nous donne un total de 28. Et qu&rsquo;est-ce que 28, si ce n&rsquo;est le nombre de jours d&rsquo;un mois de f\u00e9vrier, lors d&rsquo;une ann\u00e9e non bissextile ? Cette d\u00e9couverte m&rsquo;a permis d&rsquo;orienter mes recherches. Une fois que j&rsquo;ai su o\u00f9 chercher, soit dans des \u00e9v\u00e8nements qui ne se produiraient pas les ann\u00e9es bissextiles, la r\u00e9alit\u00e9 s&rsquo;est impos\u00e9e \u00e0 moi. Le 25 mars des ann\u00e9es non bissextiles, des \u00e9v\u00e8nements \u00e9tranges se produisaient. Le 25 mars 2010, ann\u00e9e non bissextile, Cygnis, ouvrage \u00e9crit par un \u00ab\u00a0Gessler\u00a0\u00bb, sortira. Rien ne sera plus comme avant.<\/p>\n<p>L&rsquo;histoire nous enseigne ainsi que c&rsquo;est un 25 mars que Kenneth III, roi d&rsquo;\u00c9cosse, et que son fils furent assassin\u00e9s. Ce dernier se pr\u00e9nommait \u00ab\u00a0Gessleric\u00a0\u00bb, et avait des \u00ab\u00a0talents de po\u00e8te\u00a0\u00bb, selon les moines de l&rsquo;\u00e9poque, qui faisaient \u00ab\u00a0chavirer jusqu&rsquo;\u00e0 mener \u00e0 Had\u00e8s\u00a0\u00bb ses compagnes.<\/p>\n<p>C&rsquo;est un 25 mars aussi que l&rsquo;arm\u00e9e du roi de France, Louis XII, intervient \u00e0 G\u00eanes pour r\u00e9tablir l&rsquo;ordre. La troupe charg\u00e9e de mettre fin aux troubles est men\u00e9e par un certain \u00ab\u00a0Gesslerino\u00a0\u00bb, qui fera avorter les vell\u00e9it\u00e9s ind\u00e9pendantistes dans l&rsquo;oeuf, laissant sur son passage des dizaines de morts. En sus de cette fid\u00e9lit\u00e9 dont les populations italiennes firent souvent les frais, il laissa derri\u00e8re lui une quantit\u00e9 faramineuse de manuscrits, dont certains auraient servis de base \u00e0 Machiavel.<\/p>\n<p>C&rsquo;est un 25 mars encore qu&rsquo;est fond\u00e9e la Compagnie des Indes orientales &#8211; qui r\u00e9sulte de la fusion de huit compagnies commerciales n\u00e9erlandaises -, une corporation dans la violence qu&rsquo;elle r\u00e9pandra sur son passage en Asie n&rsquo;\u00e9gale que les b\u00e9n\u00e9fices faramineux qu&rsquo;elle encaissera. Le patron de la compagnie ? \u00ab\u00a0Van Geessler\u00a0\u00bb. Il aura \u00e9crit des ouvrages sans nombre sur la fa\u00e7on de mener une exp\u00e9dition coloniale. Quelques soient les co\u00fbts.<\/p>\n<p>\u00c3\u20ac New York, USA, un incendie \u00e0 l&rsquo;usine de Triangle Shirtwaist Company &#8211; qui sous couvert de fabriquer des blouses produisait du mat\u00e9riel de taxidermiste &#8211; tue 146 personnes un certain 25 mars. Le mafieux soup\u00e7onn\u00e9 d&rsquo;avoir tent\u00e9 de briser une gr\u00e8ve, \u00ab\u00a0Gesslerola\u00a0\u00bb, sera retrouv\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de plus de 94 ans, mort sur une pile de taies d&rsquo;oreillers de collection &#8211; et entour\u00e9 de chats empaill\u00e9s aux positions d\u00e9rangeantes. Il aura profit\u00e9 de sa contrebande jusqu&rsquo;au bout, sans jamais avoir \u00e9t\u00e9 inqui\u00e9t\u00e9 durant toute sa longue existence. Gesslerola est connu dans le \u00ab\u00a0milieu\u00a0\u00bb pour avoir, le premier, \u00e9tabli et consolid\u00e9 le parall\u00e8le entre la mafia et l&rsquo;arm\u00e9e romaine.<\/p>\n<p>C&rsquo;est un 25 mars toujours qu&rsquo;un psychiatre d\u00e9clare apr\u00e8s 3 jours de spectacle, que \u00ab\u00a0le Rock and Roll est une maladie contagieuse causant l&rsquo;ins\u00e9curit\u00e9 des jeunes adolescents et incitant les plus vieux \u00e0 faire des gestes bizarres. C&rsquo;est une musique tribale relevant du cannibalisme\u00a0\u00bb. Ce spectacle, dont les organisateurs avait pour nom \u00ab\u00a0Gessler\u00a0\u00bb, a produit toute cette musique \u00ab\u00a0jeune\u00a0\u00bb \u00e0 l&rsquo;origine de suicides \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition, et qui surtout a fini par donner la musique \u00ab\u00a0pop\u00a0\u00bb. On a retrouv\u00e9, bien des ann\u00e9es plus tard, des partitions musicales qui, jou\u00e9es \u00e0 l&rsquo;envers, \u00f4tent toute raison aux auditeurs. Des signes bizarres, comme des \u00e9toiles \u00e0 8 branches, mais aussi des \u00ab\u00a0G\u00a0\u00bb, ont \u00e9t\u00e9 griffonn\u00e9s sur les tablatures.<\/p>\n<p>C&rsquo;est un 25 mars enfin que le roi Fay\u00e7al d&rsquo;Arabie saoudite est assassin\u00e9 \u00e0 Riyad. L&rsquo;un de ses plus proches conseillers, \u00ab\u00a0Ben Gessler\u00a0\u00bb, n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9. La justification divine de la plus puissante p\u00e9tromonarchie, ainsi que l&rsquo;interdiction de la femme de conduire devaient leur naissance \u00e0 ce conseiller disparu.<\/p>\n<p>Ces dates, ces trag\u00e9dies, vous pouvez les trouver tr\u00e8s facilement. V\u00e9rifiez mes assertions. Je n&rsquo;invente rien. Les noms des responsables, construits tous d&rsquo;apr\u00e8s un nom-m\u00e8re \u00ab\u00a0Gessler\u00a0\u00bb m\u00e9ritent un peu plus de recherche, soit. En qualit\u00e9 de scientifique, acquis \u00e0 la rationalit\u00e9 la plus haute, je vous encourage \u00e0 vous documenter, et chercher \u00e0 corroborer mes dires. Toutes ces dates sont des faits, tous ces \u00e9v\u00e8nements se sont produits. Les noms seront peut-\u00eatre difficiles \u00e0 trouver, et n\u00e9cessiteront un investissement en temps plus cons\u00e9quent, mais croyez-moi, je n&rsquo;ai pas perdu l&rsquo;esprit.<\/p>\n<p>C&rsquo;est terrifiant, j&rsquo;en suis conscient. Mais la d\u00e9monstration est implacable, elle ne respire aucune autre option. Je suis un scientifique, je l&rsquo;ai dit. Et \u00e0 ce titre, ce qui compte le plus ce sont les donn\u00e9es, et non mes interpr\u00e9tations personnelles. Je suis ainsi ath\u00e9e; mais qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;ath\u00e9isme \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 cela ? Ne faudrait-il pas chercher les r\u00e9ponses vers l&rsquo;art parapsychologique, la religion, l&rsquo;immat\u00e9riel et l&rsquo;incalculable ? Les angles non-euclidiens ne sont pas tr\u00e8s loin, je le r\u00e9alise maintenant. Miskatonic me tend les bras : y aurait-il une puissance malfaisante, condamnant tous les 25 mars d&rsquo;ann\u00e9es non bissextiles l&rsquo;humanit\u00e9 \u00e0 sombrer ? Une fois ce stade de conscience atteint, j&rsquo;ai d\u00e9cid\u00e9 d&rsquo;alerter mon r\u00e9seau de journalistes, de th\u00e9ologiens, de politiciens, de scientifiques; on m&rsquo;a rit au nez. On m&rsquo;a lu et imm\u00e9diatement oubli\u00e9. On m&rsquo;a \u00e9cout\u00e9, coup\u00e9 la parole, et demand\u00e9 de m&rsquo;\u00e9clipser. On m&rsquo;a refus\u00e9 l&rsquo;acc\u00e8s aux publications, aux journaux. Sans justification, cela va de soit. La population reste condamn\u00e9e \u00e0 l&rsquo;ignorance, la v\u00e9rit\u00e9 tuerait peut-\u00eatre plus. Mais ne vaut-il pas mieux mourir de trop de v\u00e9rit\u00e9, que survivre gr\u00e2ce au mensonge ? Vous \u00eates de toute fa\u00e7on all\u00e9 trop loin maintenant pour reprendre une vie bas\u00e9e sur des boniments. Vous faites partie de mes alli\u00e9s. A moins de dispara\u00eetre, comme d&rsquo;autres de mon entourage proche. Car tel un poisson perdu en eau profonde, j&rsquo;ai suivi la fr\u00eale lumi\u00e8re qui se dirigeait vers moi, na\u00eff du sort qui m&rsquo;attendait. La baudroie abyssale m&rsquo;attirait de son appendice bio-luminescent et elle n&rsquo;a fait qu&rsquo;une bouch\u00e9e de moi. Ce qui vous attend \u00e0 votre tour.<\/p>\n<p>Ma r\u00e9putation bris\u00e9e, je n&rsquo;avais plus rien \u00e0 perdre. Ma volont\u00e9 de sauver s&rsquo;est alors mu\u00e9e en besoin de comprendre. J&rsquo;ai poursuivi mes recherches, enqu\u00eatant dans des contr\u00e9es recul\u00e9es et inhospitali\u00e8res, tout comme dans des centres urbains modernes. J&rsquo;ai rencontr\u00e9 ce que j&rsquo;ai d&rsquo;abord tenu pour des affabulateurs, h\u00e9ritiers d&rsquo;un vocabulaire d&rsquo;une \u00e9poque o\u00f9 l&rsquo;on faisait chauffer le b\u00fbcher pour de telles histoires. Avant d&rsquo;avoir les poils se dresser sous l&rsquo;effet d&rsquo;une peur \u00e9lectrique, entrant dans un univers aux r\u00e8gles impr\u00e9visibles.<\/p>\n<p>Constance Maugrid est une femme tout ce qu&rsquo;il y a de respectable. J&rsquo;en ai fait la connaissance sous un acacias, un soir dans les Pyr\u00e9n\u00e9es. Passionn\u00e9e, elle avait coutume de se rendre chaque ann\u00e9e \u00e0 Nantes, une ville du nord-ouest de la France. Pourquoi cette pr\u00e9cision ? Au d\u00e9tour d&rsquo;une conversation sur ses malheurs, elle m&rsquo;avoua avoir fait la connaissance de Vincent Gessler, homme au sourire enj\u00f4leur et \u00e0 la d\u00e9marche aguichante &#8211; selon ses propres mots. Un \u00e9crivain tr\u00e8s appr\u00e9ci\u00e9 dans le festival qu&rsquo;elle fr\u00e9quentait, et dont on s&rsquo;arrachait les livres tels des poissons frais au march\u00e9. Press\u00e9e par mes suppliques insistantes de s&rsquo;ouvrir sur cette rencontre &#8211; mon sang n&rsquo;avait fait qu&rsquo;un tour lorsqu&rsquo;elle avait prononc\u00e9 ce nom &#8211; elle m&rsquo;expliqua combien elle abhorrait cet homme. Que par sa faute, sa vie s&rsquo;\u00e9tait mu\u00e9e en un territoire st\u00e9rile. Plus rien ne pousserait, dor\u00e9navant.<\/p>\n<p>Comment Constance \u00e9tait parvenue \u00e0 cette conclusion ? Un 25 mars, quelques jours avant d&rsquo;accoucher, elle s&rsquo;\u00e9tait mise \u00e0 lire \u00ab\u00a0Fractal\u00a0\u00bb. Gracieusement offert par Gessler, il s&rsquo;agissait d&rsquo;une nouvelle ayant fait grand bruit \u00e0 diff\u00e9rents festivals. Sortant de l&rsquo;ordinaire, une r\u00e9putation sulfureuse la pr\u00e9c\u00e9dait : il n&rsquo;existait pas deux personnes ayant la m\u00eame compr\u00e9hension de sa fin. Ph\u00e9nom\u00e8ne banal, je me suis quelque peu distanci\u00e9; apr\u00e8s tout, quoi de plus normal que d&rsquo;avoir des interpr\u00e9tations divergentes d&rsquo;une m\u00eame histoire. C&rsquo;est le propre de l&rsquo;expression artistique : elle n&rsquo;existe pas sans r\u00e9ceptacle interpr\u00e9tatif &#8211; le spectateur, le lecteur -, et parce qu&rsquo;il n&rsquo;existe pas deux r\u00e9ceptacles identiques, il n&rsquo;existe pas deux expressions identiques. Telle \u00e9taient mes pens\u00e9es en ce froid mois d&rsquo;hiver dans les montagnes fran\u00e7aises, n&rsquo;\u00e9coutant que d&rsquo;une oreille un r\u00e9cit somme toute banal de la mis\u00e8re humaine. Mon h\u00f4te se perdait en conjectures, en trivialit\u00e9s, en tout ce qui d&rsquo;habitude, rend plus humain.<\/p>\n<p>Mes deux oreilles reprirent de l&rsquo;activit\u00e9 lorsque Constance en arriva \u00e0 la partie sur sa lecture du 25 mars. C&rsquo;\u00e9tait LA partie d&rsquo;int\u00e9r\u00eat. L&rsquo;instant o\u00f9 elle se mit \u00e0 \u00e9voquer une proph\u00e9tie. L&rsquo;instant o\u00f9, transper\u00e7ant son rideau de larmes, elle m&rsquo;expliqua les circonstances \u00e9tranges qui avaient entour\u00e9 la naissance de son enfant, Patrick William Adama (j&rsquo;imaginai en un \u00e9clair de moquerie ce que serait plus tard son acronyme ind\u00e9fendable \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole). Apr\u00e8s avoir lu \u00ab\u00a0Fractal\u00a0\u00bb, la nuit du 25 mars, elle n&rsquo;avait pu fermer l&rsquo;oeil de la nuit. Comme dans un mauvais r\u00eave, elle avait vu son enfant \u00e0 na\u00eetre lui parler d&rsquo;une bouche vieillie avant l&rsquo;\u00e2ge, des yeux globuleux scrutant le fond de son \u00e2me, habill\u00e9 d&rsquo;un corps ratatin\u00e9 et odorant la pourriture, lui dire d&rsquo;une voix sans timbre :<br \/>\n\u00ab\u00a0Les tremblements de terre approchent. La folie consum\u00e9riste se r\u00e9pand comme la maladie, une syphilis qui rongerait le cerveau. On verra mes l\u00e9gions jouer avec des jeux \u00e9lectroniques infantiles, pr\u00eacher la science et se moquer de l&rsquo;amour d\u00e9raisonnable. On me croyait chaud, mais c&rsquo;est une froide rationalit\u00e9 que je d\u00e9verserai sur l&rsquo;arrogance humaine. La m\u00e8re couchera avec son fils, les actrices porno seront chefs d&rsquo;Etat, le pacifisme sera l&rsquo;exception.\u00a0\u00bb<br \/>\nA son r\u00e9veil, Constance avait la naus\u00e9e, un douleur caden\u00e7ait son ventre comme des arcs \u00e9lectriques. Elle se rendit imm\u00e9diatement chez son obst\u00e9tricien, pour s&rsquo;entendre rapporter un diagnostique mortif\u00e8re : les poumons de son enfant avaient commenc\u00e9 \u00e0 s&rsquo;atrophier, une \u00e9trange branchie s&rsquo;appropriait un espace corporel qui n&rsquo;\u00e9tait pas le sien. Ses pieds \u00e9taient gel\u00e9s, du liquide c\u00e9phalo-rachidien suintait de ses oreilles. Elle fit le seul choix \u00e0 faire dans ce cas, et renon\u00e7a \u00e0 \u00eatre m\u00e8re &#8211; d\u00e9finitivement.<\/p>\n<p>Constance ne fut pas la seule \u00e0 d\u00e9stabiliser mon monde de croyances. Iduyan Jiyarin, de Rinchinlh\u00c3\u00bcmbe (un village au nord-ouest d&rsquo;Ulan Bator), me raconta dans une yourte de banlieue comment sa lecture un 25 mars des \u00ab\u00a0risques du m\u00e9tier\u00a0\u00bb, du m\u00eame Vincent Gessler, s&rsquo;\u00e9tait sold\u00e9e par la mort de tous ses chevaux le soir-m\u00eame. Dans des conditions abominables : ses quadrup\u00e8des hongrois, de race Akhal-T\u00e9k\u00e9, avaient eu les intestins d\u00e9vor\u00e9s de l&rsquo;int\u00e9rieur, les c\u00f4tes avaient \u00e9t\u00e9 arrach\u00e9es et plant\u00e9es dans les poumons comme s&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;ap\u00e9ricubes \u00e0 prendre avec des cure-dents. Des bact\u00e9ries jamais identifi\u00e9es jusque-l\u00e0 furent trouv\u00e9es au sein des villageois des environs, avec une densit\u00e9 si \u00e9lev\u00e9e qu&rsquo;elle rappelle la bouche d&rsquo;un dragon du Komodo. Que dire encore de Kenai Clarion, habitante de Soldotna, qui un 25 mars d&rsquo;une ann\u00e9e non bissextile lu \u00ab\u00a0Au bord de l&rsquo;abyme\u00a0\u00bb ? Une personne sur deux fut br\u00fbl\u00e9e. Au troisi\u00e8me degr\u00e9. Son chat pr\u00e9f\u00e9r\u00e9, Gally, fut retrouv\u00e9 carbonis\u00e9. Dans un petit village d&rsquo;Alaska, o\u00f9 la temp\u00e9rature \u00e0 cette p\u00e9riode de l&rsquo;ann\u00e9e ne d\u00e9passe jamais &#8211; m\u00eame en journ\u00e9e &#8211; le z\u00e9ro degr\u00e9.<\/p>\n<p>Combien d&rsquo;exemple de ce genre pourrais-je cumuler ? Autant que mes finances personnelles me permettraient d&rsquo;investir dans de telles recherches, semble-t-il. Sans le sous aujourd&rsquo;hui, m\u00e9pris\u00e9 par mes confr\u00e8res, Gessler et son ascendance m&rsquo;ont tout pris. M\u00eame si cela semble bien peu au regard de ce que cette famille maudite a d\u00e9j\u00e0 pris \u00e0 l&rsquo;humanit\u00e9. Il existe une relation ind\u00e9niable entre la faconde \u00e9crite de la lign\u00e9e Gessler et des malheurs en cascade; persiste-t-il encore un doute ? Certes non. C&rsquo;est \u00e0 se demander si l&rsquo;origine des catastrophes bibliques n&rsquo;est pas \u00e0 rechercher dans la g\u00e9n\u00e9alogie Gessler&#8230;<\/p>\n<p>Le 25 mars 2010 est une ann\u00e9e non bissextile. A cette date, \u00ab\u00a0Cygnis\u00a0\u00bb, un ouvrage de Vincent Gessler, sera mis en vente dans les bacs de toutes les librairies d&rsquo;Europe. Parfois m\u00eame en t\u00eate de gondole.<br \/>\nJ&rsquo;ai pu constater les drames de masses provoqu\u00e9s par la lecture de quelques pages, et par quelques individus isol\u00e9s seulement. Le 25 mars prochain, c&rsquo;est un roman entier qui risque d&rsquo;\u00eatre lu par des milliers de personnes potentielles. Combien de victimes probables ? Combien de naissances mal-form\u00e9es, de combustions spontan\u00e9es ou de plaies microbiennes vont r\u00e9sulter de la date fatidique ?<\/p>\n<p>Vous savez tout. Evitez \u00e0 vos amis d&rsquo;acheter ce bouquin, je vous en supplie. Ou alors, acheter tous les exemplaires, et br\u00fblez-les. Vous ne pouvez rester passif. Avec votre savoir, vient une grande responsabilit\u00e9 dor\u00e9navant. Jetez, d\u00e9chirez Cygnis. Je vous en supplie !<\/p>\n<div class=\"edit\">\n<p>NB suite \u00e0 l&rsquo;avalanche d&#8217;emails, de t\u00e9l\u00e9phones et questions par tous les moyens de communications possibles : ce message n&rsquo;EST PAS l&rsquo;oeuvre de Vincent Gessler. Comment cela se pourrait-il ? Ce dernier ne souhaite que voir son livre lu, en bon d\u00e9mon&#8230;<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"pld-like-dislike-wrap pld-template-1\">\r\n    <div class=\"pld-like-wrap  pld-common-wrap\">\r\n    <a href=\"javascript:void(0)\" class=\"pld-like-trigger pld-like-dislike-trigger  \" title=\"Super article!\" data-post-id=\"706\" data-trigger-type=\"like\" data-restriction=\"cookie\" data-already-liked=\"0\">\r\n                        <i class=\"fas fa-thumbs-up\"><\/i>\r\n                <\/a>\r\n    <span class=\"pld-like-count-wrap pld-count-wrap\">0    <\/span>\r\n<\/div><div class=\"pld-dislike-wrap  pld-common-wrap\">\r\n    <a href=\"javascript:void(0)\" class=\"pld-dislike-trigger pld-like-dislike-trigger  \" title=\"Pas terrible...\" data-post-id=\"706\" data-trigger-type=\"dislike\" data-restriction=\"cookie\" data-already-liked=\"0\">\r\n                        <i class=\"fas fa-thumbs-down\"><\/i>\r\n                <\/a>\r\n    <span class=\"pld-dislike-count-wrap pld-count-wrap\">0<\/span>\r\n<\/div><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les histoires de mal\u00e9dictions et de fin du monde vous font rire aux \u00e9clats ? Moi aussi. Mais autrefois. Jadis, j&rsquo;\u00e9tais comme vous : d\u00e9celer le signe de la fin des temps dans des chiffres, dans des malformations infantiles me fendait le visage d&rsquo;un sourire invraisemblable. Plus maintenant. 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