{"id":695,"date":"2009-08-10T08:33:19","date_gmt":"2009-08-10T06:33:19","guid":{"rendered":"http:\/\/www.ikiru.ch\/blog\/?p=695"},"modified":"2021-04-16T23:59:20","modified_gmt":"2021-04-17T03:59:20","slug":"libye-les-coulisses-du-regime-khadafi","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/2009\/libye-les-coulisses-du-regime-khadafi","title":{"rendered":"Libye : Les coulisses du r\u00e9gime Khadafi"},"content":{"rendered":"<p>On lui donnerait le bon dieu sans confession\u00a0: simple et accessible, le visage fendu d&rsquo;un sourire en demi-lune, Idris Aboufaied est pourtant pass\u00e9 par bien des cauchemars. A la place du bon dieu, la Libye lui a donn\u00e9 25 ans de prison ferme. Avant d&rsquo;\u00eatre, sous les pressions internationales, lib\u00e9r\u00e9 pour raison m\u00e9dicale. Idris est malade, mais il ne se d\u00e9partit pas de son rire. Et ne regrette pas ses choix de vie.<\/p>\n<p>Alors qu&rsquo;il est jeune m\u00e9decin, le Libyen est incorpor\u00e9 dans l&rsquo;arm\u00e9e nationale et part au Tchad. Captur\u00e9, il pourrit plus de deux ans dans les ge\u00f4les de Hiss\u00e8ne Habr\u00e9, alors pr\u00e9sident de la R\u00e9publique tchadienne. A la fin des ann\u00e9es 80, lib\u00e9r\u00e9, il rejoint aux c\u00f4t\u00e9s de 1200 autres prisonniers le National Front for Salvation of Libya (NFSL), groupe cr\u00e9\u00e9 en 1981 et cherchant \u00e0 renverser le colonel Khadafi. \u00ab\u00a0Depuis 1973, Khadafi met en prison ou liquide tous les leaders de l&rsquo;opposition\u00a0\u00bb, explique Idris. La r\u00e9sistance est un acte dangereux. Mais bouffi d&rsquo;espoir, il voit la configuration politique dans l&rsquo;Europe de l&rsquo;Est changer compl\u00e8tement : les dictatures communistes s&rsquo;effondrent, et \u00ab\u00a0le soutien occidental aux opposants d\u00e9mocrates s&rsquo;av\u00e8re d\u00e9terminant\u00a0\u00bb, retrace-t-il; le m\u00e9decin caresse l&rsquo;espoir de voir la m\u00eame chose se produire dans son pays. Dans un premier temps, Idris est aur\u00e9ol\u00e9 de son statut d&rsquo;ancien prisonnier de guerre; le r\u00e9gime libyen n&rsquo;ose prendre de mesure drastique \u00e0 son encontre. Jusqu&rsquo;\u00e0 ce que, la pression devenant insupportable et craignant pour sa vie, il ne d\u00e9pose une demande d&rsquo;asile par l&rsquo;entremise du CICR, et que la Suisse ne l&rsquo;accueille.<\/p>\n<p>Son arriv\u00e9e en Suisse ne met pas fin aux pressions. Les menaces, les intimidations se poursuivent. Berne d\u00e9cide alors de le cacher dans le canton des Grisons, car Tripoli multiplie les coups de fils \u00e0 la capitale helv\u00e9tique pour s&rsquo;enqu\u00e9rir de la situation d&rsquo;Aboufaied. La Suisse, qui est tout au long de ses divers s\u00e9jours soucieuse d&rsquo;assurer la s\u00e9curit\u00e9 du Libyen, le d\u00e9place dans le pays et lui fournit une protection polici\u00e8re. Idris constate pourtant combien la Libye reste aux aguets\u00a0: \u00e0 plusieurs reprises, son chemin croise celui d&rsquo;individus \u00e0 la mine patibulaire mimant de leurs mains un couteau port\u00e9 \u00e0 leur gorge, simulacre pour rappeler qu&rsquo;on ourdit toujours de lui trancher le gosier.<\/p>\n<p>Pendant pr\u00e8s de seize ans, Idris suit de loin les \u00e9v\u00e9nements de son pays. Il m\u00e8ne sa vie en Suisse, effectue une sp\u00e9cialisation en chirurgie en Grande-Bretagne, travaille comme assistant chirurgical \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital de Sion. Le Libyen est confiant, il croit au changement d\u00e9mocratique et continue \u00e0 militer pour celui-ci. Il est tellement optimiste que, lorsque le r\u00e9gime libyen annonce en 2006 une amnistie \u00e0 toute personne ayant fuit le pays et n&rsquo;ayant pas de sang sur les mains, il y retourne. Tous les deux ans en effet, la Libye formule de telles promesses ; Aboufaied d\u00e9cide alors de partir, car \u00ab\u00a0je croyais le r\u00e9gime sinc\u00e8re, je refusais de rester silencieux loin de chez moi\u00a0\u00bb, confie-t-il. Il n&rsquo;imaginait pas que Tripoli ne cherchait qu&rsquo;\u00e0 s&rsquo;acheter une respectabilit\u00e9 internationale, le reste n&rsquo;\u00e9tant que poudre aux yeux. Quelques mois apr\u00e8s son retour d&rsquo;exil, il est emprisonn\u00e9 pour avoir projet\u00e9 d&rsquo;organiser une manifestation pacifique. L&rsquo;arrestation a lieu le jour pr\u00e9c\u00e9dant le rassemblement; il sera condamn\u00e9 \u00e0 25 ans de prison en juin 2008, pour \u00ab\u00a0complot terroriste\u00a0\u00bb. Avant d&rsquo;\u00eatre \u00ab\u00a0rel\u00e2ch\u00e9 probablement gr\u00e2ce aux pression de Condolezza Rice et Micheline Calmy-Rey\u00a0\u00bb, suppose-t-il.<\/p>\n<p>Ce qui est certain par contre, c&rsquo;est que les conditions de d\u00e9tention sont ubuesques. Sa famille n&rsquo;est pas autoris\u00e9e \u00e0 lui rendre visite. La seule et unique rencontre avec son avocat se fait trois minutes avant la tenue du proc\u00e8s. L&rsquo;isolement est monnaie courante. Pendant une p\u00e9riode de convalescence, quatre gardes arm\u00e9es lui sont assign\u00e9s, quand bien m\u00eame il est d\u00e9j\u00e0 solidement encha\u00een\u00e9 au lit. Et m\u00eame si Idris n&rsquo;est jamais soumis \u00e0 la torture, il peut entendre les plaintes de compagnons d&rsquo;infortune qui, eux, n&rsquo;ont pas cette chance. Il participe alors en signe de protestation \u00e0 une gr\u00e8ve de la faim, longue de trois mois; c&rsquo;est peine perdue, personne ne pr\u00eate attention aux d\u00e9tenus.<\/p>\n<p>M\u00eame sa maladie, lorsqu&rsquo;on lui diagnostique un cancer de la pl\u00e8vre, est mati\u00e8re \u00e0 chantage. Le gouvernement d&rsquo;abord, puis la Fondation Kadhafi pour le d\u00e9veloppement (FKD) par la suite, vont lui proposer, en \u00e9change de l&rsquo;arr\u00eat d\u00e9finitif de toute revendication politique, une op\u00e9ration dans les 4 jours; \u00e0 d\u00e9faut de sa coop\u00e9ration, \u00ab\u00a0qui sait quand vous serez op\u00e9r\u00e9\u00a0\u00bb, s&rsquo;entend-il dire. Pression r\u00e9voltante, alors que le discours de la FKD est ax\u00e9 autour de la promotion de la d\u00e9mocratie, de la libert\u00e9 de la presse et d&rsquo;un pouvoir juridique ind\u00e9pendant. Au p\u00e9ril de sa vie, Idris d\u00e9cline l&rsquo;offre, pr\u00e9f\u00e9rant rester fid\u00e8le \u00e0 ses principes et valeurs. Plus tard, de retour en Suisse, il aura la possibilit\u00e9 de se faire soigner; mais \u00e0 cet instant, dans cette cellule, il pense avoir sign\u00e9 son arr\u00eat de mort en refusant de parapher la mort de son activit\u00e9 politique.<\/p>\n<p>Le parcours d&rsquo;Idris explique pourquoi il ne croit plus les promesses de changement du pays par le haut. Il rappelle aussi combien il existe une Lybie devant le rideau, et une seconde, tapie en coulisses : lorsque la FKD souligne l&rsquo;importance de l&rsquo;\u00e9ducation de la jeunesse \u00e0 la presse internationale, dans le m\u00eame temps le colonel Khadafi regrette de d\u00e9penser 20 millions de dollars pour l&rsquo;\u00e9ducation des enfants du pays, trop \u00e0 son sens. \u00ab\u00a0Ils sont vus par Khadafi comme des boulets\u00a0\u00bb, l\u00e2che l&rsquo;ancien d\u00e9tenu. Quant \u00e0 la r\u00e9cente proposition du chef de l&rsquo;Etat de distribuer la rente p\u00e9troli\u00e8re directement au citoyen, en raison d&rsquo;une administration corrompue ? \u00ab\u00a0Comment maintenir dans ces conditions des h\u00f4pitaux, des universit\u00e9s ? Et qui sera charg\u00e9 de r\u00e9partir l&rsquo;argent ? Les m\u00eames qui sont d\u00e9j\u00e0 au pouvoir aujourd&rsquo;hui\u00a0\u00bb. Sous-entendu : chassez la corruption, elle revient au galop. La d\u00e9mocratie en Libye ? Elle est possible, mais \u00ab\u00a0seulement si les diplomates et les m\u00e9dias occidentaux soutiennent l&rsquo;action de l&rsquo;opposition. C&rsquo;est tout ce que nous demandons\u00a0\u00bb, sollicite-t-il dans un demi-sourire.<\/p>\n<div class=\"pld-like-dislike-wrap pld-template-1\">\r\n    <div class=\"pld-like-wrap  pld-common-wrap\">\r\n    <a href=\"javascript:void(0)\" class=\"pld-like-trigger pld-like-dislike-trigger  \" title=\"Super article!\" data-post-id=\"695\" data-trigger-type=\"like\" data-restriction=\"cookie\" data-already-liked=\"0\">\r\n                        <i class=\"fas fa-thumbs-up\"><\/i>\r\n                <\/a>\r\n    <span class=\"pld-like-count-wrap pld-count-wrap\">0    <\/span>\r\n<\/div><div class=\"pld-dislike-wrap  pld-common-wrap\">\r\n    <a href=\"javascript:void(0)\" class=\"pld-dislike-trigger pld-like-dislike-trigger  \" title=\"Pas terrible...\" data-post-id=\"695\" data-trigger-type=\"dislike\" data-restriction=\"cookie\" data-already-liked=\"0\">\r\n                        <i class=\"fas fa-thumbs-down\"><\/i>\r\n                <\/a>\r\n    <span class=\"pld-dislike-count-wrap pld-count-wrap\">0<\/span>\r\n<\/div><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>On lui donnerait le bon dieu sans confession\u00a0: simple et accessible, le visage fendu d&rsquo;un sourire en demi-lune, Idris Aboufaied est pourtant pass\u00e9 par bien des cauchemars. 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