{"id":6232,"date":"2025-02-18T10:24:32","date_gmt":"2025-02-18T15:24:32","guid":{"rendered":"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/?p=6232"},"modified":"2025-02-18T10:24:32","modified_gmt":"2025-02-18T15:24:32","slug":"demander-une-permission-a-la-nature-un-contrat-social-autochtone","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/2025\/demander-une-permission-a-la-nature-un-contrat-social-autochtone","title":{"rendered":"Demander une permission \u00e0 la nature, un contrat social autochtone"},"content":{"rendered":"<div id=\"ez-toc-container\" class=\"ez-toc-v2_0_83 ez-toc-wrap-center counter-hierarchy ez-toc-counter ez-toc-grey ez-toc-container-direction\">\n<div class=\"ez-toc-title-container\">\n<p class=\"ez-toc-title\" style=\"cursor:inherit\">Contents<\/p>\n<span class=\"ez-toc-title-toggle\"><\/span><\/div>\n<nav><ul class='ez-toc-list ez-toc-list-level-1 ' ><li class='ez-toc-page-1 ez-toc-heading-level-2'><a class=\"ez-toc-link ez-toc-heading-1\" href=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/2025\/demander-une-permission-a-la-nature-un-contrat-social-autochtone\/#La_deconnexion_du_physique_dans_le_monde_moderne_une_histoire_dingenierie\" >La d\u00e9connexion du physique dans le monde moderne, une histoire d&rsquo;ing\u00e9nierie<\/a><ul class='ez-toc-list-level-3' ><li class='ez-toc-heading-level-3'><a class=\"ez-toc-link ez-toc-heading-2\" href=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/2025\/demander-une-permission-a-la-nature-un-contrat-social-autochtone\/#Se_proteger\" >Se prot\u00e9ger<\/a><\/li><li class='ez-toc-page-1 ez-toc-heading-level-3'><a class=\"ez-toc-link ez-toc-heading-3\" href=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/2025\/demander-une-permission-a-la-nature-un-contrat-social-autochtone\/#La_complexite_du_systeme\" >La complexit\u00e9 du syst\u00e8me<\/a><\/li><li class='ez-toc-page-1 ez-toc-heading-level-3'><a class=\"ez-toc-link ez-toc-heading-4\" href=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/2025\/demander-une-permission-a-la-nature-un-contrat-social-autochtone\/#La_specialisation_technologique\" >La sp\u00e9cialisation technologique<\/a><\/li><\/ul><\/li><li class='ez-toc-page-1 ez-toc-heading-level-2'><a class=\"ez-toc-link ez-toc-heading-5\" href=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/2025\/demander-une-permission-a-la-nature-un-contrat-social-autochtone\/#Le_projet_moderne_et_ses_germes_de_mort\" >Le projet moderne et ses germes de mort<\/a><\/li><li class='ez-toc-page-1 ez-toc-heading-level-2'><a class=\"ez-toc-link ez-toc-heading-6\" href=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/2025\/demander-une-permission-a-la-nature-un-contrat-social-autochtone\/#Des_origines_philosophiques_similaires_les_pre-modernes_dici_ou_dailleurs\" >Des origines philosophiques similaires : les pr\u00e9-modernes d&rsquo;ici ou d&rsquo;ailleurs<\/a><\/li><li class='ez-toc-page-1 ez-toc-heading-level-2'><a class=\"ez-toc-link ez-toc-heading-7\" href=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/2025\/demander-une-permission-a-la-nature-un-contrat-social-autochtone\/#Demander_la_permission_a_la_nature_objet_ou_sujet\" >Demander la permission \u00e0 la nature : objet ou sujet ?<\/a><\/li><li class='ez-toc-page-1 ez-toc-heading-level-2'><a class=\"ez-toc-link ez-toc-heading-8\" href=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/2025\/demander-une-permission-a-la-nature-un-contrat-social-autochtone\/#Rationalite_et_irrationalite_dans_les_communautes_modernes_et_autochtones\" >Rationalit\u00e9 et irrationalit\u00e9 dans les communaut\u00e9s modernes et autochtones<\/a><\/li><li class='ez-toc-page-1 ez-toc-heading-level-2'><a class=\"ez-toc-link ez-toc-heading-9\" href=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/2025\/demander-une-permission-a-la-nature-un-contrat-social-autochtone\/#La_raison_instrumentale_est_responsable_de_la_disparition_de_la_vie_animale_et_du_changement_climatique\" >La raison instrumentale est responsable de la disparition de la vie animale et du changement climatique<\/a><\/li><li class='ez-toc-page-1 ez-toc-heading-level-2'><a class=\"ez-toc-link ez-toc-heading-10\" href=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/2025\/demander-une-permission-a-la-nature-un-contrat-social-autochtone\/#Des_solutions_Non_des_voies_Demander_la_permission\" >Des solutions ? Non, des voies. Demander la permission.<\/a><\/li><\/ul><\/nav><\/div>\n\n<p>Bien que la modernit\u00e9<sup><a href=\"#footnote_0_6232\" id=\"identifier_0_6232\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Je d&eacute;finis ici la modernit&eacute; comme la pens&eacute;e gr&eacute;co-romaine, compl&eacute;t&eacute;e par des apports multi-culturels issus des diff&eacute;rentes mondialisations\">[1]<\/a><\/sup> semble destin\u00e9e \u00e0 submerger notre plan\u00e8te dans un d\u00e9luge de calamit\u00e9s environnementales et mettre en p\u00e9ril la survie d&rsquo;Homo sapiens, il existe d&rsquo;autres philosophies qui d\u00e9finissent leur rapport \u00e0 la nature qui peuvent offrir d&rsquo;autres mod\u00e8les de relation. Des cultures qui, voyant l&rsquo;\u00eatre humain comme un extension de la nature, seraient en communion avec celle-ci d&rsquo;une mani\u00e8re qui \u00e9chappe \u00e0 la philosophie des modernes. Des cultures qui, peut-\u00eatre, pourraient nous aider \u00e0 trouver des solutions pour \u00e9viter la 6\u00e8me extinction du vivant<sup><a href=\"#footnote_1_6232\" id=\"identifier_1_6232\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"On parle de la 6&egrave;me extinction de masse du vivant&nbsp;pour d&eacute;crire le ph&eacute;nom&egrave;ne de perte acc&eacute;l&eacute;r&eacute; de la biodiversit&eacute; dont l&rsquo;humain est responsable.\">[2]<\/a><\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>Car la modernit\u00e9 a ceci de particulier qu&rsquo;elle s&rsquo;adapte \u00e0 tout, fait de feu tout bois pour autant qu&rsquo;elle produise plus, qu&rsquo;elle <em>transforme<\/em> une forme du r\u00e9el en une forme adapt\u00e9e \u00e0 nos besoins. Le projet moderne pr\u00e9suppose que nous sommes libres de faire ce qu&rsquo;il nous chante de notre environnement; la pens\u00e9e pr\u00e9-moderne, notamment repr\u00e9sent\u00e9e par les peuples autochtones aujourd&rsquo;hui, postule que nous avons des responsabilit\u00e9s et que nous devons limiter nos besoins et restreindre notre <em>transformation<\/em> de la nature. La r\u00e9flexion pr\u00e9sent\u00e9 ici sur la modernit\u00e9 ne proc\u00e8de pas d&rsquo;une nostalgie rousseauiste \u00ab\u00a0du bon sauvage\u00a0\u00bb ou d&rsquo;un droit naturel d\u00e9pass\u00e9, bien qu&rsquo;elle postule deux \u00e9l\u00e9ments: 1\/ que la modernit\u00e9 est responsable de la 6\u00e8me extinction de la vie sur Terre, puisque c&rsquo;est bien la modernit\u00e9 qui a, pour la premi\u00e8re fois de l&rsquo;histoire, modifi\u00e9 l&rsquo;environnement de telle mani\u00e8re que la vie pour l&rsquo;homme est en danger; 2\/ que les pens\u00e9es non-modernes peuvent se r\u00e9v\u00e9ler sup\u00e9rieures \u00e0 la modernit\u00e9 en ce qui concerne la pr\u00e9servation de l&rsquo;environnement. Les faits d\u00e9montrent ce deuxi\u00e8me \u00e9l\u00e9ment\u00a0: les autochtones, du moins pour ceux qui b\u00e9n\u00e9ficient encore de cette connexion intime, organique avec leur environnement, parviennent \u00e0 vivre dans une harmonie qui reste inconnue pour les modernes. 80% de la biodiversit\u00e9 de la plan\u00e8te se trouve dans les r\u00e9gions habit\u00e9e par les peuples autochtones<sup><a href=\"#footnote_2_6232\" id=\"identifier_2_6232\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"&laquo;&nbsp;Many or most of the world&rsquo;s major centers of biodiversity coincide with areas occupied or controlled by Indigenous Peoples. Traditional Indigenous Territories encompass up to 22 percent of the world&rsquo;s land surface and they coincide with areas that hold 80 percent of the planet&rsquo;s biodiversity.&nbsp;&raquo; The Role of Indigenous Peoples in Biodiversity Conservation, World Bank, 2008.\">[3]<\/a><\/sup>. La modernit\u00e9 pourrait-elle s&rsquo;inspirer d&rsquo;autres formes de contrats sociaux pr\u00e9-modernes ? Pour mener \u00e0 bien cette interrogation, il conviendra de se pencher sur l&rsquo;histoire, la sociologie et la philosophie moderne, pour la comparer \u00e0 la <em>cosm\u00f3vis\u00edon<\/em> et le contrat social autochtone.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><span class=\"ez-toc-section\" id=\"La_deconnexion_du_physique_dans_le_monde_moderne_une_histoire_dingenierie\"><\/span>La d\u00e9connexion du physique dans le monde moderne, une histoire d&rsquo;ing\u00e9nierie<span class=\"ez-toc-section-end\"><\/span><\/h2>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Il faut examiner la ressemblance aussi sur les choses qui appartiennent \u00e0 des genres diff\u00e9rents, chercher comment le rapport d\u2019une chose avec une seconde se retrouve en une autre par rapport \u00e0 une autre encore, par exemple le rapport de la science \u00e0 ce qu\u2019on sait, dans le rapport de la sensation au sensible.<\/p>\n<cite>Physiques, Aristote<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p>La modernit\u00e9 est une philosophie globale consistant \u00e0 \u00e9vacuer le sacr\u00e9 de la nature dans la cons\u00e9cration d&rsquo;un homme d\u00e9miurge. Le coeur du projet moderne est de cr\u00e9er un humain sans Dieu et ni limite, capable d&rsquo;adapter et transformer son environnement \u00e0 loisir pour satisfaire ses exigences. Et, admettons-le avec franchise, cela a tr\u00e8s bien fonctionn\u00e9 jusqu&rsquo;ici : les limites que nous pensions impos\u00e9es par la nature ont \u00e9t\u00e9 tant et si bien repouss\u00e9es, que nous sommes \u00e0 l&rsquo;aube<sup><a href=\"#footnote_3_6232\" id=\"identifier_3_6232\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Ces trois &eacute;l&eacute;ments sont librement inspir&eacute;s de &laquo;&nbsp;Homo Deus&laquo;&nbsp;, de Yuval Harari\">[4]<\/a><\/sup> de la r\u00e9\u00e9criture de notre ADN, du transhumanisme<sup><a href=\"#footnote_4_6232\" id=\"identifier_4_6232\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Notre fusion organique avec nos outils m&eacute;caniques\">[5]<\/a><\/sup> ainsi que de la cr\u00e9ation d&rsquo;une vie informatique artificielle, nous laissant entrevoir une \u00e8re o\u00f9 nous nous d\u00e9tacherons d&rsquo;un plus grand nombre de contraintes naturelles encore. Ces nouveaux outils seront la confirmation de notre toute puissance sur notre environnement, qui deviendra d\u00e9finitivement notre sujet. Et un ma\u00eetre ne montrant jamais d&rsquo;int\u00e9r\u00eat pour son esclave, la nature est devenue secondaire dans la pens\u00e9e moderne. Une d\u00e9coration, ou un outil.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><a href=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/the-prestige-the-machine.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"420\" src=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/the-prestige-the-machine-1024x420.jpg\" alt=\"the machine in the prestige\" class=\"wp-image-2093\" srcset=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/the-prestige-the-machine-1024x420.jpg 1024w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/the-prestige-the-machine-300x123.jpg 300w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/the-prestige-the-machine-768x315.jpg 768w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/the-prestige-the-machine-150x62.jpg 150w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/the-prestige-the-machine-200x82.jpg 200w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/the-prestige-the-machine.jpg 1278w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<p>Si la d\u00e9connexion de nos r\u00e8gles biologiques et environnementales devrait selon toute vraisemblance s&rsquo;acc\u00e9l\u00e9rer \u00e0 l&rsquo;avenir, il me semble n\u00e9cessaire d&rsquo;\u00e9tudier les raisons de la d\u00e9connexion actuelle, car le futur risque de n&rsquo;\u00eatre qu&rsquo;une intensification de l&rsquo;actuel. Le projet moderne s&rsquo;est d\u00e9tach\u00e9 de la nature au profit de sa propre technologie<sup><a href=\"#footnote_5_6232\" id=\"identifier_5_6232\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"De &laquo;&nbsp;tekn&eacute;&nbsp;&raquo; en grec, faire des choses, soit les instruments que nous utilisons.\">[6]<\/a><\/sup>, et je vois trois raisons intrins\u00e8ques \u00e0 cela : une raison psychologique tout d&rsquo;abord, qui nous pousse \u00e0 fuir la r\u00e9alit\u00e9 pour vivre plus heureux, puis deux raisons \u00e9pist\u00e9mologiques ensuite, qui en raison de la complexit\u00e9 du projet moderne nous emp\u00eachent d&rsquo;appr\u00e9hender la r\u00e9alit\u00e9 dans son ensemble. La technologie nous d\u00e9connecte du r\u00e9el, alors m\u00eame que la science pourrait nous en rapprocher.<\/p>\n\n\n\n<p>Accordons-nous sur la d\u00e9finitions de termes tels qu&rsquo;outils et technologies, utilis\u00e9s de mani\u00e8re interchangeable plus loin : il s&rsquo;agit ici d&rsquo;objets <em>mat\u00e9riels<\/em>, obtenus de mani\u00e8re <em>artificielle<\/em> \u00e0 partir de la <em>transformation<\/em> de ressources naturelles, dans le but d&rsquo;acc\u00e9l\u00e9rer ou d&rsquo;augmenter la qualit\u00e9 de l&rsquo;<em>obtention d&rsquo;un bien-\u00eatre<\/em> objectif ou subjectif de l&rsquo;\u00eatre humain. Il est important de ne pas confondre sciences et technologie, par exemple, puisque dans le premier domaine il s&rsquo;agit d&rsquo;une production scientifique de connaissance, alors que dans le second il s&rsquo;agit (ou il peut s&rsquo;agir) d&rsquo;une ing\u00e9nierie r\u00e9sultante de la premi\u00e8re <em>au moyen de l&rsquo;extraction de ressources<\/em>. L&rsquo;extraction et la transformation des ressources est primordiale, dans le cadre de cette analyse, pour diff\u00e9rencier science et ing\u00e9nierie. Et comme nous allons le voir, les deux domaines peuvent m\u00eame s&rsquo;opposer l&rsquo;une \u00e0 l&rsquo;autre dans le cadre de la pr\u00e9servation de la nature.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><span class=\"ez-toc-section\" id=\"Se_proteger\"><\/span>Se prot\u00e9ger<span class=\"ez-toc-section-end\"><\/span><\/h3>\n\n\n\n<p>La premi\u00e8re raison de la d\u00e9connexion de la nature est due \u00e0 un rejet par le Moderne de la r\u00e9alit\u00e9 pour \u00e9viter toute connaissance qui risquerait de d\u00e9stabiliser sa coh\u00e9rence interne. Pour \u00e9viter d&rsquo;avoir \u00e0 se confronter avec ce qu&rsquo;il per\u00e7oit comme une hypocrisie et maintenir une paix de l&rsquo;\u00e2me, il rejette les informations relatives aux conditions d&rsquo;obtention de ses outils. Il pr\u00e9f\u00e8re ainsi fuir les informations li\u00e9es \u00e0 une fabrication contraire \u00e0 l&rsquo;\u00e9thique, comme le travail d&rsquo;enfants, la destructions d&rsquo;habitats humains, ou la souffrances animales, \u00e9vitant ainsi tout chagrin que lui causerait immanquablement la connaissance. Ainsi, s&rsquo;infligeant volontairement la c\u00e9cit\u00e9, le Moderne pr\u00e9f\u00e8re ignorer, se drapant parfois dans un fataliste \u00ab\u00a0que peut-on y faire ?\u00a0\u00bb, \u00e9teint commod\u00e9ment la t\u00e9l\u00e9vision ou change de cha\u00eene YouTube au moment o\u00f9 l&rsquo;on aborde le sujet qui f\u00e2che; heureux les simples d&rsquo;esprits, car les portes du paradis leurs sont grandes ouvertes. Concr\u00e8tement, alors que la plupart des Modernes refuseraient que leurs propres enfants travaillent dans une usine de v\u00eatements bangladeshis, ou de mettre eux-m\u00eames \u00e0 morts des animaux d&rsquo;\u00e9levage, ils pr\u00e9f\u00e8rent fuir, ou oublier aussi vite qu&rsquo;ils ont appris l&rsquo;information, les conditions de fabrications de leurs outils. Ils savent que pour obtenir une viande bon march\u00e9, une chemise au prix d\u00e9fiant toute concurrence, il leur est n\u00e9cessaire de s&rsquo;asseoir sur leur humanit\u00e9 et s\u2019accommoder de l&rsquo;inacceptable si son entourage ou environnement \u00e9tait impliqu\u00e9 dans la production de ses outils. S&rsquo;il s&rsquo;agissait de nous-m\u00eames ou de nos proches, nous d\u00e9noncerions imm\u00e9diatement le processus de transformation de ressources, cette ing\u00e9nierie. C&rsquo;est, me semble-t-il, ce processus qui est majoritairement \u00e0 l&rsquo;oeuvre dans le cas de la 6\u00e8me extinction du vivant et du changement climatique : le Moderne sait parfaitement que ses civilisations, gr\u00e2ce aux sciences, sont sur le point de rupture, et d\u00e9cide souverainement d&rsquo;en ignorer la r\u00e9alit\u00e9, pour le bien de sa paix int\u00e9rieur. L&rsquo;\u00eatre humain souffre lorsqu&rsquo;il est en \u00e9tat de d\u00e9s\u00e9quilibre entre ses valeurs et la pratique de celles-ci, c&rsquo;est pourquoi afin d&rsquo;accepter les bienfaits de la modernit\u00e9, il est crucial de savoir fuir la r\u00e9alit\u00e9. Pour profiter de la modernit\u00e9, l&rsquo;ignorance de son ing\u00e9ni\u00e9rie est une pr\u00e9condition, ce qui a pour cons\u00e9quence de d\u00e9connecter m\u00e9caniquement le Moderne de son environnement. La modernit\u00e9 est une ali\u00e9nation de la r\u00e9alit\u00e9, sans laquelle il deviendrait impossible de profiter de ses bienfaits.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><span class=\"ez-toc-section\" id=\"La_complexite_du_systeme\"><\/span>La complexit\u00e9 du syst\u00e8me<span class=\"ez-toc-section-end\"><\/span><\/h3>\n\n\n\n<p>La deuxi\u00e8me raison de d\u00e9connexion tient \u00e0 l&rsquo;impossibilit\u00e9 ontologique de la modernit\u00e9 de conna\u00eetre l&rsquo;origine des outils modernes. Qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de la provenance de l&rsquo;huile utilis\u00e9e pour frire des repas surgel\u00e9s, ou des conditions de fabrications d&rsquo;habits \u00e0 l&rsquo;autre bout de la plan\u00e8te, un produit moderne est con\u00e7u le long d&rsquo;une cha\u00eene d&rsquo;\u00e9changes mondiaux si complexe qu&rsquo;il est illusoire de pr\u00e9tendre la conna\u00eetre dans sa globalit\u00e9. Les vis proviennent d&rsquo;un pays, les \u00e9crous d&rsquo;un autre, alors que le m\u00e9tal les constituants d&rsquo;un autre encore. Le syst\u00e8me d&rsquo;\u00e9change moderne, issue de la recherche des prix les plus bas, est si mondialis\u00e9 qu&rsquo;il est devenu impossible de percevoir les mailles du r\u00e9seau national et international tiss\u00e9 pour produire les choses les plus simples, comme de la nourriture ou des v\u00eatements. \u00c9pist\u00e9mologiquement, la connaissance de notre ing\u00e9nierie s&rsquo;est mise hors de notre port\u00e9e<sup><a href=\"#footnote_6_6232\" id=\"identifier_6_6232\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Il est important de noter ici que cette connaissance n&rsquo;est pas th&eacute;oriquement hors de port&eacute;e, mais est l&rsquo;est pratiquement. M&ecirc;me si une entreprise responsable de v&ecirc;tements voulait conna&icirc;tre l&rsquo;origine de tous ses &eacute;l&eacute;ments qui permettent de fabriquer son produit final, elle en serait incapable en raison des interm&eacute;diaires d&rsquo;interm&eacute;diaires, qui changement constamment et ne peuvent &ecirc;tre trac&eacute;s continuellement. La multitude d&rsquo;acteurs impliqu&eacute;s dans la r&eacute;alisation d&rsquo;un v&ecirc;tement est telle qu&rsquo;il est devenu impossible, au XXIe si&egrave;cle, de pr&eacute;tendre ma&icirc;triser totalement la cha&icirc;ne d&rsquo;approvisionnement. En 2019, l&rsquo;entreprise &eacute;tasunienne Black Diamond a d&eacute;cid&eacute;, devant l&rsquo;impossibilit&eacute; de conna&icirc;tre la provenance de se mat&eacute;riaux, de transformer son usine de production en usine d&rsquo;assemblage.\">[7]<\/a><\/sup>. Si nous ne pouvons plus concevoir l&rsquo;impact global de la modernit\u00e9, il nous devient donc impossible d&rsquo;exp\u00e9rimenter notre environnement, puisque nous ne le comprenons plus : et comme nous ne pouvons plus exp\u00e9rimenter notre rapport au r\u00e9el, nous nous d\u00e9tachons toujours plus de notre environnement.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><span class=\"ez-toc-section\" id=\"La_specialisation_technologique\"><\/span>La sp\u00e9cialisation technologique<span class=\"ez-toc-section-end\"><\/span><\/h3>\n\n\n\n<p>Enfin, troisi\u00e8me \u00e9l\u00e9ment, la sp\u00e9cialisation technologique<sup><a href=\"#footnote_7_6232\" id=\"identifier_7_6232\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Je pr&eacute;f&egrave;re les termes de &laquo;&nbsp;sp&eacute;cialisation technologique&nbsp;&raquo; &agrave; &laquo;&nbsp;division du travail&nbsp;&raquo;, cette derni&egrave;re expression &eacute;tant connot&eacute;e politiquement et scientifiquement, faisant appel &agrave; quantit&eacute; de notions que je ne souhaite pas d&eacute;velopper dans le champ de cette r&eacute;flexion.\">[8]<\/a><\/sup>, qui est consubstantielle \u00e0 toute civilisation qui prosp\u00e8re \u00e9conomiquement, contribue elle aussi \u00e0 s\u00e9parer le Moderne de son environnement. Cette sp\u00e9cialisation produit en effet deux cons\u00e9quences : la premi\u00e8re, c&rsquo;est la fusion de l&rsquo;homme avec ses outils, ce qui l&rsquo;\u00e9carte toujours plus de la nature, chaque fois un peu plus oublieux que ses propres outils proviennent de la transformation de la nature; la deuxi\u00e8me cons\u00e9quence a pour effet de perdre la vue d&rsquo;ensemble g\u00e9n\u00e9raliste, puisque l&rsquo;on se sp\u00e9cialise toujours plus dans une domaine plus pointu.<\/p>\n\n\n\n<p>Avant de pr\u00e9senter ces deux cons\u00e9quences, il importe de pr\u00e9senter un bref historique des r\u00e9volutions industrielles pour pleinement saisir la suite de la r\u00e9flexion : les r\u00e9volutions industrielles sont n\u00e9es au XVIIIe avec la vapeur et les premiers outils m\u00e9caniques, puis ont connu un coup d&rsquo;acc\u00e9l\u00e9rateur sans pr\u00e9c\u00e9dent avec le fordisme et le taylorisme au XXe si\u00e8cle, et enfin une pouss\u00e9e redoubl\u00e9e lors des r\u00e9volutions informatiques et g\u00e9n\u00e9tiques des XXe-XXIe. Au fur et \u00e0 mesure de ces r\u00e9volutions industrielles &#8211; qu&rsquo;il conviendrait de nommer r\u00e9volutions technologiques &#8211; l&rsquo;homme s&rsquo;est mu\u00e9 en un service utile \u00e0 la communaut\u00e9. En effet, les soci\u00e9t\u00e9s modernes sont utilitaristes<sup><a href=\"#footnote_8_6232\" id=\"identifier_8_6232\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Philosophie d&eacute;velopp&eacute;e par Jeremie Bentham qui postule que le bien-&ecirc;tre humain doit &ecirc;tre &eacute;valu&eacute; en fonction du nombre de personnes qui b&eacute;n&eacute;ficient d&rsquo;une action. Si une minorit&eacute; souffre, mais qu&rsquo;une majorit&eacute; profite d&rsquo;une action, la majorit&eacute; sera toujours pr&eacute;f&eacute;r&eacute;e.\">[9]<\/a><\/sup> et la soci\u00e9t\u00e9 investit sur ses individus pour qu&rsquo;ils puissent maximaliser le potentiel de bien-\u00eatre pour elle-m\u00eame. Pour ce faire, les b\u00e9n\u00e9ficiaires s&rsquo;expertisent toujours plus dans la connaissance et la manipulation des outils, dont le \u00ab\u00a0champs d&rsquo;action\u00a0\u00bb (l&rsquo;augmentation du bien-\u00eatre pour la soci\u00e9t\u00e9) est progressivement plus limit\u00e9 et restreint : la recherche exp\u00e9rimentale se focalise sur comment gu\u00e9rir une maladie rare, l&rsquo;ingi\u00e9n\u00e9rie sur comment atteindre Mars ou construire un ordinateur quantique. Il s&rsquo;agit un processus d&rsquo;apprentissage au cours duquel le b\u00e9n\u00e9ficiaire profite de la technologie et des savoirs mis \u00e0 sa disposition par sa communaut\u00e9 pour se former, puis remboursera son d\u00fb par le biais de son travail plus tard. Les r\u00e9volutions technologiques ont certes remplac\u00e9es la force animale, mais elles lui ont substitu\u00e9 la formation des Modernes qui, peu \u00e0 peu, sont devenus \u00e0 \u00eatre des extensions de la soci\u00e9t\u00e9, des b\u00eates savantes destin\u00e9es non pas \u00e0 tirer des charges, mais \u00e0 g\u00e9rer des outils au nom du bien commun. En d&rsquo;autres termes, les Modernes sont devenus des outils totaux au service d&rsquo;une collectivit\u00e9 enti\u00e8re. Leur utilit\u00e9 pour le projet moderne est mesur\u00e9 selon le bien-\u00eatre qu&rsquo;ils peuvent apporter \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9. Les Modernes ont fusionn\u00e9 avec leur communaut\u00e9 d&rsquo;une mani\u00e8re inconnue jusqu&rsquo;aux r\u00e9volutions industrielles, une ph\u00e9nom\u00e8ne qui ne cesse de s&rsquo;acc\u00e9l\u00e9rer avec la sp\u00e9cialisation, cherchant une niche technologique o\u00f9 ils seront le plus utile \u00e0 la collectivit\u00e9. Un processus invisible, m\u00fb par son inertie qui car il ne se discute pas, mais que l&rsquo;on peut observer malgr\u00e9 tout. Un processus qui ne pourrait avoir lieu sans la cr\u00e9ation d&rsquo;une identit\u00e9 nationale; sans la d\u00e9limitation de la communaut\u00e9, soit la <em>division du territoire<\/em> comme l&rsquo;on divise le travail, il serait impossible d&rsquo;identifier les b\u00e9n\u00e9ficiaires des largesses de la collectivit\u00e9 et investir en eux. Cette identit\u00e9 nationale, inconnue avant les r\u00e9volutions technologiques, et n\u00e9cessaire pour qu&rsquo;un projet politique moderne puisse voir le jour.<\/p>\n\n\n\n<p>Les r\u00e9volutions technologiques offrent \u00e9galement des outils toujours plus efficaces au Moderne pour d\u00e9passer sa conditions. Des machines qui lui permettent de creuser plus profond, des avions qui lui offrent de voler pr\u00e8s des cieux, ou encore des t\u00e9l\u00e9phones qui lui permettent de parler plus loin, la technologie une extension de l&rsquo;homme sans qu&rsquo;il en ait conscience. Les outils se sont rapproch\u00e9s de l&rsquo;homme dans une lente danse nuptiale qui, dans un mariage prochain, lui donneront de nouvelles comp\u00e9tences physiques, le gu\u00e9riront de nouvelles maladies : d\u00e8s cet instant, la fusion organique sera totale, et il deviendra impossible de distinguer l&rsquo;homme de ses outils. Cette sp\u00e9cialisation, qui a particip\u00e9 \u00e0 une explosion du bien-\u00eatre des Modernes, de sa possibilit\u00e9 \u00ab\u00a0d&rsquo;ing\u00e9nierier\u00a0\u00bb la nature, a \u00e9t\u00e9 permise par la mise en commun des savoirs et de pratiques chaque fois plus d\u00e9barrass\u00e9e du fardeau physique, mais surtout, par la cat\u00e9gorisation, le d\u00e9coupage et subdivision de la nature. Afin de se sp\u00e9cialiser, on \u00e9tudie une portion toujours plus restreinte de la r\u00e9alit\u00e9, on r\u00e9duit notre champ de rechercher jusqu&rsquo;\u00e0 \u00eatre sp\u00e9cialiste des champignons de l&rsquo;Auvergne au XVIe si\u00e8cle, ou de la r\u00e9sistance de circuits imprim\u00e9s \u00e0 base de super-conducteurs. Les communaut\u00e9s modernes ont cr\u00e9\u00e9es l&rsquo;individu moderne, qui lui-m\u00eame fusionne avec des outils que lui procure sa soci\u00e9t\u00e9. Il s&rsquo;agit donc d&rsquo;un cercle vertueux (ou vicieux) dans lequel la soci\u00e9t\u00e9 fournit des nouvelles capacit\u00e9s de sp\u00e9cialisation \u00e0 ses \u00e9l\u00e9ments pour qu&rsquo;ils puissent produire des outils engendrant \u00e0 leur tour une plus grande sp\u00e9cialisation. Le tout au service de la maximisation du bien-\u00eatre.<\/p>\n\n\n\n<p>La n\u00e9cessit\u00e9 de se sp\u00e9cialiser toujours plus dans l&rsquo;utilisation de la technologie a toutefois comme premi\u00e8re cons\u00e9quence une distance toujours plus grande qui s\u00e9pare l&rsquo;homme transform\u00e9 en outil de la nature qui est \u00e0 l&rsquo;origine des outils. Au fur et \u00e0 mesures que les outils sont devenus moins encombrants et incorpor\u00e9s au Moderne, il est devenu chaque fois plus difficile de ressentir la nature \u00e0 travers nos outils. Un boeuf qui aide un paysan \u00e0 travailler la terre connectait le pr\u00e9-Moderne \u00e0 son environnement. Une usine, d\u00e9j\u00e0 beaucoup moins, puisqu&rsquo;on ne r\u00e9alise d\u00e9j\u00e0 plus la quantit\u00e9 de mat\u00e9riel \u00e0 extraire de la nature et \u00e0 transformer. Mais aujourd&rsquo;hui, la situation est toute autre : un petit t\u00e9l\u00e9phone intelligent, un pacemaker, un bouton pour r\u00e9gler le chauffage dans sa maison font oublier au Moderne la longue cha\u00eene d&rsquo;extraction et de transformations n\u00e9cessaires \u00e0 son bien-\u00eatre. Nous oublions les boeufs (pour faire manger les ouvriers), les usines (qui proc\u00e8dent \u00e0 la transformation), les montagnes de mat\u00e9riaux pour cr\u00e9er un smartphone, les usines de production ou d&rsquo;assemblage, le transport des outils&#8230; Nous ne voyons que le r\u00e9sultat final, pensant que les quelques grammes de silicium ou cobalt n&rsquo;ont pas un bien grand impact sur la nature.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e9connect\u00e9s de la nature alors que nous nous branchons \u00e0 nos propres outils, nous parvenons ici \u00e0 la seconde cons\u00e9quence : plus nous nous sp\u00e9cialisations, plus nous perdons la vue d&rsquo;ensemble de nos actions. Il ne s&rsquo;agit pas de la limite \u00e0 notre connaissance d\u00e9j\u00e0 abord\u00e9e (la complexit\u00e9 du syst\u00e8me le rend impossible \u00e0 comprendre), mais une s\u00e9quelle de la sp\u00e9cialisation dans un champ de savoir restreint (il est impossible de consacrer le temps n\u00e9cessaire \u00e0 l&rsquo;acquisition de tous les savoirs). Un ing\u00e9nieur en hydraulique ne peut pas comprendre les plaintes d&rsquo;un biologiste quant aux cons\u00e9quences de la construction d&rsquo;un barrage pour la faune et la flore, car il ne conna\u00eet rien \u00e0 la biologie. Un vendeur d&rsquo;automobiles \u00e9lectriques encore moins les plaintes d&rsquo;un activiste environnemental qui veut prot\u00e9ger un d\u00e9sert de sel des cons\u00e9quences de l&rsquo;extraction du lithium. Les savoirs se compartimentent et les responsabilit\u00e9s se divisent : les ing\u00e9nieurs expliquent qu&rsquo;ils se limitent \u00e0 extraire un produit A, ou \u00e0 transformer en sous-produit B, ou \u00e0 assembler les produits C et D. Ils sont sp\u00e9cialis\u00e9s dans un domaine particulier, et ne peuvent tenir compte d&rsquo;un \u00e9ventuel effet papillon. L&rsquo;absence de vision g\u00e9n\u00e9rale du projet moderne, qui fusionne l&rsquo;individu avec ses outils, d\u00e9couple celui-ci de la nature, dont il n&rsquo;en comprend plus que de sections saucissonn\u00e9es et dont il n&rsquo;a pas \u00e0 assumer la responsabilit\u00e9 de la catastrophe cr\u00e9\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>En somme, le projet moderne tient du paradoxe : alors qu&rsquo;il encourage \u00e0 conna\u00eetre de mani\u00e8re accrue la nature d&rsquo;une part, il d\u00e9connecte l&rsquo;observateur de la nature d&rsquo;autre part. Plus on en sait sur la nature, moins on la ressent. Parce qu&rsquo;ils ne veulent ni ne peuvent plus exp\u00e9rimenter la r\u00e9alit\u00e9, mais cherchent seulement \u00e0 l&rsquo;analyser et la transformer, les Modernes se s\u00e9parent de la physique (de ph\u00fasis, en grec, terme qui peut \u00eatre traduit par la \u00ab\u00a0nature\u00a0\u00bb), redirigeant le respect et la crainte pour la nature d&rsquo;autrefois en direction de leurs propres outils modernes, qui sont les nouveaux d\u00e9positaires du sacr\u00e9. Le sacr\u00e9 n&rsquo;a jamais disparu lors de la modernisation des soci\u00e9t\u00e9s, il s&rsquo;est simplement d\u00e9plac\u00e9 sur d&rsquo;autres valeurs, pouvant \u00e0 la fois d\u00e9sacraliser la nature et continuer diviniser un personnage historique et\/ou mythologique. Un paradoxe qui s&rsquo;accommode pleinement de la m\u00e9thode scientifique, puisque cette m\u00e9thode requiert pr\u00e9cis\u00e9ment de se mettre \u00e0 distance de l&rsquo;objet d&rsquo;\u00e9tude pour mieux le comprendre, et reste satisfaite du moment que l&rsquo;on ne sacralise pas la nature, son champ de recherche. Au contraire, m\u00eame, si la nature \u00e9tait sacr\u00e9e, la science ne pourrait pas mener bien de ses exp\u00e9rimentations qu&rsquo;elle juge n\u00e9cessaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout semble s\u2019embo\u00eeter parfaitement dans le projet moderne, ne plus ressentir la nature n&rsquo;est pas seulement une cons\u00e9quence du mode de vie technologique, mais une n\u00e9cessit\u00e9 de celle-ci. Ou plut\u00f4t, tout serait parfait, si la modernit\u00e9 n&rsquo;\u00e9tait pas la cause de la perte de biodiversit\u00e9 et du changement climatique.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><span class=\"ez-toc-section\" id=\"Le_projet_moderne_et_ses_germes_de_mort\"><\/span>Le projet moderne et ses germes de mort<span class=\"ez-toc-section-end\"><\/span><\/h2>\n\n\n\n<p>Comme nous venons de voir, dans le projet moderne, la nature est un objet et non plus un sujet. On ne peut \u00e9changer avec un objet, on ne peut avoir d&rsquo;\u00e9motions positives \u00e0 son \u00e9gard. Nous ne pouvons nous mettre en relation avec ce que nous ne voyons que comme une utilit\u00e9 pour notre bien-\u00eatre, une source passive pour celui-ci.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourtant, cette m\u00eame science qui peut se transformer en ing\u00e9ni\u00e9rie pr\u00e9datrice pour l&rsquo;environnement, nous explique aussi que cette m\u00eame ing\u00e9ni\u00e9rie serait la source de notre malheur prochain : l&rsquo;extraction et la transformation de la nature mettent en danger la plan\u00e8te et sont \u00e0 l&rsquo;origine de l&rsquo;extinction du vivant, nous alertent les sciences. Malgr\u00e9 ces mises en gardes, les Modernes ont pass\u00e9 un pacte de Faust, profitant du moment pr\u00e9sent, voulant oublier qu&rsquo;il y aura un prix \u00e0 payer plus tard. Il y a quelque chose d&rsquo;absurde au coeur du projet moderne : plus ses participants en savent sur la nature, moins ils l&rsquo;exp\u00e9rimentons et s&rsquo;en \u00e9loignent, et parce qu&rsquo;il s&rsquo;en \u00e9loignent, ils se mettent en p\u00e9ril. Plus les scientifiques, qui eux aussi ont recours aux outils modernes, d\u00e9voilent les secrets de la nature, plus les ing\u00e9nieurs produisent des outils qui la spolient et mettent en p\u00e9ril l&rsquo;humanit\u00e9. La connaissance et le bien-\u00eatre moderne sont, ontologiquement, \u00e0 la fois les bourreaux de notre environnement, et ceux qui nous avertissent que nous sommes nous sommes les architectes de notre future d\u00e9cadence.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image is-style-default\">\n<figure class=\"alignleft size-full\"><a href=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/atome-ou-bougie.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"420\" height=\"200\" src=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/atome-ou-bougie.jpg\" alt=\"c'est l'atome ou la bougie\" class=\"wp-image-6602\"\/><\/a><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Allons plus loin encore: puisque l&rsquo;ing\u00e9nierie n&rsquo;a comme seul but que le confort et la survie de la communaut\u00e9, remettre en question ses activit\u00e9 destructrices pour l&rsquo;environnement rel\u00e8ve du p\u00e9cher. La rationalit\u00e9 moderne, comme nous le verrons dans la partie suivante, place l&rsquo;Homme au centre de son projet, comme l&rsquo;utilitarisme le r\u00e9clame<sup><a href=\"#footnote_9_6232\" id=\"identifier_9_6232\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Jeremy Bentham &eacute;tait un avocat des animaux, et combattait la souffrance animale non n&eacute;cessaire. Toutefois, cet aspect de sa philosophie, au demeurant important, ne s&rsquo;est pas transmis dans le projet politique moderne, o&ugrave; des usines &agrave; ex&eacute;cuter jusqu&rsquo;&agrave; des centaines de milliers d&rsquo;animaux sont construites et font cas du bien-&ecirc;tre animal que tr&egrave;s marginalement.\">[10]<\/a><\/sup>. Ainsi, comment pourrait-on critiquer le projet moderne, lui qui n&rsquo;a d&rsquo;autre soucis que de prot\u00e9ger ses participants ? Hier, les d\u00e9tracteurs de l&rsquo;\u00e9nergie nucl\u00e9aire se voyaient opposer le slogan \u00ab\u00a0c&rsquo;est l&rsquo;atome ou la bougie\u00a0\u00bb, et aujourd&rsquo;hui les remises en question de l&rsquo;extractivisme et la consommation moderne sont consid\u00e9r\u00e9es comme des positions \u00ab\u00a0d&rsquo;id\u00e9aliste\u00a0\u00bb, de \u00ab\u00a0r\u00eaveur\u00a0\u00bb, voire de \u00ab\u00a0hippie\u00a0\u00bb. Le projet moderne est ainsi incapable de changer de direction, car les fondations du projet reposent sur la maximalisation du bien-\u00eatre humain, et que la transformation des ressources naturelles y est tr\u00e8s bien parvenu jusqu&rsquo;ici. La gloire de la modernit\u00e9 en pourrait \u00e9galement en \u00eatre sa tombe.<\/p>\n\n\n\n<p>R\u00e9sumons : plus nous comprenons la nature en la d\u00e9sacralisant au moyens des sciences, plus elle perd de sa tangibilit\u00e9 pour le moderne : il l&rsquo;exp\u00e9rimente chaque jour un peu moins, reclus dans un monde-outil protecteur et bienfaiteur cr\u00e9\u00e9 pour satisfaire nos besoins. Mais, nous constaterons ici, et ce probl\u00e8me est en lien avec les contradictions mentionn\u00e9es ci-dessus, que le moderne <em>souffre<\/em> de sa coupure avec son environnement. Sa d\u00e9connexion est si forte que depuis ses cit\u00e9s bunk\u00e9ris\u00e9es qu&rsquo;il est pr\u00eat \u00e0 payer une fortune pour profiter d&rsquo;une plage, une montagne (qui sera toutefois tout aussi am\u00e9nag\u00e9e, restant au service de ses d\u00e9sirs esth\u00e9tiques et bienfaiteurs). Mais il cherche \u00e0 tout prix \u00e0 se reconnecter \u00e0 son environnement lointain, car ses outils ne lui suffisent pas; comble de l&rsquo;absurdit\u00e9 moderne, il paie pour \u00eatre <a href=\"https:\/\/web.archive.org\/web\/20240405083125\/https:\/\/sylvotherapie.net\/stages-sylvotherapie-bain-de-foret\/\" title=\"guid\u00e9 dans des bois et embrasser des arbres\">guid\u00e9 dans des bois et embrasser des arbres<\/a>. Le confort inou\u00ef d&rsquo;Homo sapiens au XXIe si\u00e8cle est le produit d&rsquo;une nature dont on ne veut plus rien savoir, satisfait de pouvoir sous-traiter \u00e0 un sp\u00e9cialiste sa manipulation, un sp\u00e9cialiste qui a d&rsquo;ailleurs perdu toute vue d&rsquo;ensemble, qui nous offre une ignorance salvatrice sur le plan \u00e9thique mais dont la coupure de la nature nous rend malheureux. Les philosophies des modernes sont incapable d&rsquo;accoucher d&rsquo;un changement personnel et social, car elles nous d\u00e9connectent du sujet \u00e0 prot\u00e9ger, notre environnement.<\/p>\n\n\n\n<p><em>La modernit\u00e9 consiste \u00e0 ignorer progressivement, volontairement ou involontairement, le mal caus\u00e9 \u00e0 la nature. La d\u00e9connexion de l&rsquo;homme moderne de la nature a pour cons\u00e9quence qu&rsquo;elle n&rsquo;existe plus dans son espace mental.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Les cons\u00e9quences de la modernit\u00e9 sur la nature sont connues, les rapports du <a href=\"https:\/\/www.ipcc.ch\/\" title=\"GIEC\">GIEC<\/a> se succ\u00e8dent et sont chacun plus alarmants que le pr\u00e9c\u00e9dent. Les id\u00e9es sont techniques, car il est impossible \u00e0 un scientifique de proposer autre chose. Il fait chaud ? Utilisons des climatiseurs. Il fait froid ? Chauffons-nous au panneaux solaires ou au gaz naturel. La sixi\u00e8me extinction du vivant abord\u00e9e sous un angle holistique, qui serait connect\u00e9 \u00e0 notre environnement, est \u00e9videmment rejet\u00e9, car il ne s&#8217;embo\u00eeterait plus avec le projet moderne de maximalisation du bien-\u00eatre. Le seul moyen de mener le projet moderne consiste \u00e0 transformer la nature ; et la d\u00e9connexion du Moderne est une n\u00e9cessit\u00e9 pour mener ce projet, mais \u00e0 en croire les plus \u00e9minents repr\u00e9sentant de la modernit\u00e9 (les scientifiques), ce projet n&rsquo;est destin\u00e9 qu&rsquo;\u00e0 nous assurer du bien-\u00eatre que pour quelques si\u00e8cles, et cette p\u00e9riode b\u00e9nie touche \u00e0 sa fin.<\/p>\n\n\n\n<p>Et si aux c\u00f4t\u00e9s de la rationalit\u00e9 moderne, incapable de nous sauver \u00e0 long terme, il existait des philosophies qui nous reconnecteraient avec la nature, et qui pourraient bousculer notre contrat social ?<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><span class=\"ez-toc-section\" id=\"Des_origines_philosophiques_similaires_les_pre-modernes_dici_ou_dailleurs\"><\/span>Des origines philosophiques similaires : les pr\u00e9-modernes d&rsquo;ici ou d&rsquo;ailleurs<span class=\"ez-toc-section-end\"><\/span><\/h2>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Sans Dieu point de nature et sans nature point de Dieu&nbsp;; puisque tous deux sont m\u00eame chose et n\u2019ont pas de r\u00f4les s\u00e9par\u00e9s.<\/p>\n<cite>S\u00e9n\u00e8que, Des bienfaits, Livre IV<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Comme nous venons de le voir abondamment, le monde moderne s&rsquo;est m\u00e9caniquement d\u00e9connect\u00e9 de la nature. Mais il n&rsquo;en n&rsquo;a pas toujours \u00e9t\u00e9 ainsi : les fondements de la pens\u00e9e occidentale (que nous qualifierons de pens\u00e9e pr\u00e9-moderne) sont enracin\u00e9s dans le respect de la nature, et la fusion avec celle-ci. On retrouve une contemplation naturelle et respectueuse chez les philosophes pr\u00e9socratiques bien s\u00fbr, mais le respect pour la nature est total au sein de l&rsquo;\u00e9cole cynique grecque et de ses h\u00e9ritiers de l&rsquo;\u00e9cole sto\u00efcienne chez les Romains. La M\u00e9diterran\u00e9e, toujours bouillonnante de mixit\u00e9 et d&rsquo;\u00e9change intellectuel, a offert au monde la philosophie de S\u00e9n\u00e8que et d\u2019\u00c9pict\u00e8te qui fusionnaient avec l&rsquo;univers, se soumettant \u00e0 une vision d\u00e9terministe invitant l&rsquo;homme \u00e0 ob\u00e9ir au destin, plut\u00f4t qu&rsquo;\u00e0 chercher d&rsquo;en bouleverser l&rsquo;ordre naturel. Cette philosophie de la vertu \u00e9tait tr\u00e8s proche de la vision autochtone, d&rsquo;hier comme d&rsquo;aujourd&rsquo;hui. Toute chose humaine et non-humaine trouvait sa place dans l&rsquo;agencement du cosmos dans la pr\u00e9-modernit\u00e9, remplac\u00e9e ensuite par d&rsquo;autres philosophies et religions qui s\u00e9parent l&rsquo;homme de son environnement.<\/p>\n\n\n\n<p>En raison de l&rsquo;influence du christianisme, de l&rsquo;aristot\u00e9lisme de la Renaissance ou du cart\u00e9sianisme un peu plus tard, des pens\u00e9es plus ou moins ordonn\u00e9es qui pr\u00e9supposent la domination de la nature par l&rsquo;homme apportent une efficacit\u00e9 dans la transformation de la physique pour les besoins des soci\u00e9t\u00e9s occidentales. Mais tels des nouveaux-n\u00e9s expuls\u00e9s du corps matrice, les modernes-en-devenir souffrent progressivement, au fil des si\u00e8cles, de ne plus trouver leur place dans un monde ou les membres de la communaut\u00e9 deviennent des outils au service de la communaut\u00e9. Le grand mensonge est de leur faire croire que leur identit\u00e9 propre se trouve renforc\u00e9e en les s\u00e9parant de leur nature g\u00e9nitrice. La pr\u00e9-modernit\u00e9 consiste \u00e0 croire qu&rsquo;il existe des limites, alors que la modernit\u00e9, au contraire, est bas\u00e9e sur la croyance que tout est possible, et les limites une vue de l&rsquo;esprit. Ce sont deux types de croyances diam\u00e9tralement oppos\u00e9es, dont aucune ne reposent sur aucune type de preuve : elles reposent toutes deux sur des pr\u00e9suppos\u00e9s oppos\u00e9s. Il s&rsquo;agit ici d&rsquo;un point essentiel : malgr\u00e9 son efficacit\u00e9 sur la transformation de la nature et sa r\u00e9ussite dans la maximisation du bien-\u00eatre physique, la modernit\u00e9 repose, tout comme la pr\u00e9-modernit\u00e9, sur une croyance impossible \u00e0 prouver, des axiomes n\u00e9cessaire \u00e0 l&rsquo;\u00e9chafaudage technique et philosophique. Une donn\u00e9e \u00e0 garder \u00e0 l&rsquo;esprit, lorsque l&rsquo;on pr\u00e9tend que la modernit\u00e9 est plus rationnelle; en r\u00e9alit\u00e9, elle est plus efficace, mais n\u00e9cessite une adh\u00e9sion qui va au-del\u00e0 de la logique<sup><a href=\"#footnote_10_6232\" id=\"identifier_10_6232\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Je parle bien &eacute;videmment ici de la modernit&eacute;, du pacte social moderne, et pas de la m&eacute;thode scientifique, qui n&rsquo;est pas politiquement prescriptive\">[11]<\/a><\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>Historiquement, au fur et \u00e0 mesure que la taille des communaut\u00e9s a augment\u00e9 et que la sp\u00e9cialisation de ses \u00e9l\u00e9ments la composant s&rsquo;est acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e, la les humains sont devenus des outils au service de la soci\u00e9t\u00e9 de la m\u00eame mani\u00e8re que la nature est devenue une simple utilit\u00e9 pour l&rsquo;\u00eatre humain. La modernit\u00e9 d\u00e9shumanise son humanit\u00e9 de la m\u00eame mani\u00e8re qu&rsquo;elle d\u00e9nature la nature. En r\u00e9duisant la nature \u00e0 un outil, nous-m\u00eames n&rsquo;\u00e9tant plus qu&rsquo;une simple composante de celle-ci, les modernes se sont r\u00e9duis eux-m\u00eames asservis. Marx croyait qu&rsquo;un \u00ab\u00a0homme total\u00a0\u00bb <sup><a href=\"#footnote_11_6232\" id=\"identifier_11_6232\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Soit l&rsquo;&ecirc;tre humain parfait, post&eacute;rieur au passage temporaire par le communisme\">[12]<\/a><\/sup> devait \u00eatre ma\u00eetre de son environnement et de ses sens. L&rsquo;homme divin de Marx, en r\u00e9alit\u00e9, a \u00e9t\u00e9 engendr\u00e9 par le capitalisme, dans un nouveau contrat social qui pr\u00e9voit que les moyens de productions aussi bien humains que naturels soient rel\u00e9gu\u00e9s \u00e0 \u00eatre outils destin\u00e9s \u00e0 la pleine et enti\u00e8re jouissance de la soci\u00e9t\u00e9. Le monde sensible devient ainsi un moyen de production\u00a0: \u00ab\u00a0Les philosophes n&rsquo;ont fait interpr\u00e9ter le monde de diff\u00e9rentes mani\u00e8res, ce qui importe, c&rsquo;est de le transformer\u00a0\u00bb, \u00e9crit Marx dans l&rsquo;Id\u00e9ologie allemande<sup><a href=\"#footnote_12_6232\" id=\"identifier_12_6232\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Il convient ici de s&eacute;parer les cons&eacute;quences de l&rsquo;application de la pens&eacute;e de Marx de sa pens&eacute;e elle-m&ecirc;me. Marx consid&eacute;rait l&rsquo;homme faisant pleinement partie de la nature, mais r&eacute;duisait ses interactions &agrave; des utilit&eacute;s: &laquo;&nbsp;L&rsquo;homme est imm&eacute;diatement &ecirc;tre de la nature. En qualit&eacute; d&rsquo;&ecirc;tre naturel, et d&rsquo;&ecirc;tre naturel vivant, il est d&rsquo;une part pourvu de forces naturelles, de forces vitales; il est un &ecirc;tre naturel actif; ces forces existent en lui sous la forme de dispositions et de capacit&eacute;s, sous la forme d&rsquo;inclinations. D&rsquo;autre part, en qualit&eacute; d&rsquo;&ecirc;tre naturel, en chair et en os, sensible, objectif, il est, pareillement aux animaux et aux plantes, un &ecirc;tre passif, d&eacute;pendant et limit&eacute;&nbsp;; c&rsquo;est-&agrave;-dire que les objets de ses inclinations existent en dehors de lui, en tant qu&rsquo;objets ind&eacute;pendants de lui; mais ces objets sont objets de ses besoins&nbsp;; ce sont des objets indispensables, essentiels pour la mise en jeu et la confirmation de ses forces essentielles. Dire que l&rsquo;homme est un &ecirc;tre en chair et en os, dou&eacute; de forces naturelles, vivant, r&eacute;el, sensible, objectif, c&rsquo;est dire qu&rsquo;il a pour objet de son &ecirc;tre, de la manifestation de sa vie, des objets r&eacute;els, sensibles, et qu&rsquo;il ne peut manifester sa vie qu&rsquo;&agrave; l&rsquo;aide d&rsquo;objets r&eacute;els, sensibles.&nbsp;&raquo; K. Marx, Manuscrits de 1844, chap XXVI, p. 145\">[13]<\/a><\/sup>. La quasi-int\u00e9gralit\u00e9 de la pens\u00e9e moderne repose sur des dualismes : la mati\u00e8re contre l&rsquo;esprit, l&rsquo;humain contre la nature, l&rsquo;individu contre la soci\u00e9t\u00e9. M\u00eame la m\u00e9taphysique s&rsquo;est construite en s\u00e9parant la ph\u00fasis de la meta ph\u00fasis (ce qui va \u00ab\u00a0par-del\u00e0 la nature\u00a0\u00bb); rares sont les philosophes modernes qui s&rsquo;aventurent au-del\u00e0 de la division de choses et osent les assembler, et la plupart sont influenc\u00e9s par la philosophie asiatique, tel Nietzsche. La pens\u00e9e moderne occidentale est analytique, elle cat\u00e9gorise, nomme et s\u00e9pare, tout le contraire d&rsquo;une fusion avec la nature. Et cette pens\u00e9e est, il faut bien l&rsquo;avouer, la raison du succ\u00e8s de la modernit\u00e9 mais \u00e9galement responsable de la crise du vivant actuelle, o\u00f9 celui-ci est un simple appareil au service des soci\u00e9t\u00e9s modernes, \u00e0 l&rsquo;image de ces centaines de milliers de porcs \u00e9lev\u00e9s dans les gratte-ciels chinois.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><a href=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/2021\/les-guaranis-ou-limpossible-survie-dans-la-foret-paraguayenne\/guaranis-famille\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Guaranis-famille-scaled-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-5638\" srcset=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Guaranis-famille-scaled-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Guaranis-famille-scaled-600x400.jpg 600w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Guaranis-famille-scaled-768x512.jpg 768w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Guaranis-famille-scaled-1536x1024.jpg 1536w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Guaranis-famille-scaled-2048x1366.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<p>Comme on le voit, la philosophie occidentale a pour racines deux approches radicalement oppos\u00e9es, et seule qui a men\u00e9e vers une modernit\u00e9 d\u00e9connect\u00e9e s&rsquo;est impos\u00e9es, certainement en raison de son succ\u00e8s sans pr\u00e9c\u00e9dent pour modifier le r\u00e9el. Pourtant, l&rsquo;autre approche, la pens\u00e9e pr\u00e9-moderne continue d&rsquo;exister hors des soci\u00e9t\u00e9s modernes, qui n&rsquo;ont jamais entendues parler de Spinoza, Aristote, ou Marx ni de leur fusion avec la nature. Les cultures \u00ab\u00a0autochtones\u00a0\u00bb, \u00e9tymologiquement \u00ab\u00a0soi-m\u00eame de cette terre\u00a0\u00bb, existent sur tous les continents, et sont les derni\u00e8res \u00e0 rechercher une connexion avec la nature. Elles subissent toutefois la modernit\u00e9 de plein fouet, et leur philosophie pr\u00e9-moderne se d\u00e9bilite toujours plus, et bien des communaut\u00e9s autochtones n&rsquo;ont plus les connaissances de leurs anc\u00eatres, seulement les souvenirs de ces savoirs. Pour les plus vigoureuses d&rsquo;entre elles, elles se \u00ab\u00a0m\u00e9tissent\u00a0\u00bb, empruntant des \u00e9l\u00e9ments de la modernit\u00e9 pour les incorporer \u00e0 leur propre culture. Mais la plupart passent sous le rouleau compresseur moderne, ne parvenant ni \u00e0 r\u00e9sister \u00e0 la violence de la modernit\u00e9, ni \u00e0 ses plaisirs, ses bienfaits, ni \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire et m\u00e9dicale offerte par cette culture r\u00e9pandue dans les endroits les plus isol\u00e9es. L&rsquo;\u00eatre humain est apr\u00e8s tout le m\u00eame, o\u00f9 que l&rsquo;on se trouve.<\/p>\n\n\n\n<p>Toutefois, toutes les cultures autochtones, y compris celles en voie de disparition, conservent une diff\u00e9rence fondamentale dans leur <em>cosmovision<\/em>, un m\u00e9lange de philosophie et de mythologie, qui repose principalement \u00e0 mon sens sur ceci\u00a0: elles demandent la permission \u00e0 la nature avant d&rsquo;en extraire le moindre \u00e9l\u00e9ment. Demander la permission\u00a0: une anthropomorphisation de la nature, \u00e0 qui l&rsquo;on demande l&rsquo;autorisation avant d&rsquo;en pr\u00e9lever les poissons, les arbres, les fruits ou de chasser ses animaux. Aucun philosophe de la modernit\u00e9, pas m\u00eame les panth\u00e9istes comme Spinoza, n&rsquo;oserait s&rsquo;aventurer dans ce qu&rsquo;il qualifierait (analyserait) avec d\u00e9dain de la superstition. Car demander la permission \u00e0 la nature va au-del\u00e0 de respecter l&rsquo;environnement : il s&rsquo;agit de faire de la nature un sujet de droit, un membre de la communaut\u00e9 qui a voie au chapitre; une philosophie qu&rsquo;\u00e0 ma connaissance, m\u00eame les pr\u00e9-modernes europ\u00e9ens n&rsquo;ont jamais os\u00e9 d\u00e9velopper.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><span class=\"ez-toc-section\" id=\"Demander_la_permission_a_la_nature_objet_ou_sujet\"><\/span>Demander la permission \u00e0 la nature : objet ou sujet ?<span class=\"ez-toc-section-end\"><\/span><\/h2>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Tout enseignement donn\u00e9 ou re\u00e7u par la voie du raisonnement vient d&rsquo;une connaissance pr\u00e9existante. Cela est manifeste, quel que soit l&rsquo;enseignement consid\u00e9r\u00e9 : les sciences math\u00e9matiques s&rsquo;acqui\u00e8rent de cette fa\u00e7on, ainsi que chacun des autres arts. [&#8230;] il est \u00e9vident que la connaissance a lieu de la fa\u00e7on suivante : on conna\u00eet universellement, mais au sens absolu on ne conna\u00eet pas.<\/p>\n<cite>Seconds Analytiques, Aristote<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Demander la permission\u00a0: voil\u00e0 une id\u00e9e saugrenue pour un moderne, qui verrait l\u00e0 une d\u00e9limitation \u00e0 son champ d&rsquo;action pr\u00e9sum\u00e9 infini. Pour un h\u00e9ritier d&rsquo;Aristote ou des monoth\u00e9ismes abrahamiques, on est en droit d&rsquo;user de l&rsquo;environnement puisqu&rsquo;il est l\u00e0, \u00e0 notre service et inanim\u00e9. On lui est sup\u00e9rieur, et le ma\u00eetre-sujet n&rsquo;a pas \u00e0 s&rsquo;enqu\u00e9rir des \u00e9tats d&rsquo;\u00e2me de l&rsquo;esclave-objet. L&rsquo;homme est devenu dominant au fil des mill\u00e9naires, gr\u00e2ce au concept de la parole notamment, qui chez Aristote fait de l&rsquo;\u00eatre humain un animal politique et donc l&rsquo;extrait de la nature. On peut citer le concept de l&rsquo;\u00e2me, cette \u00e9tincelle divine r\u00e9serv\u00e9e \u00e0 l&rsquo;homme et qui en fait un \u00eatre super naturel. Cette sup\u00e9riorit\u00e9 m\u00e8ne ensuite au son concept d&rsquo;\u00e9galit\u00e9 entre humains\u00a0: le destin de l&rsquo;homme est entre ses mains, ses mains seules, et bient\u00f4t m\u00eame les rois seront ill\u00e9gitimes, puisque tous sont \u00e9gaux. L&rsquo;\u00e2me est r\u00e9serv\u00e9e \u00e0 l&rsquo;homme, et bien que tous les humains deviennent \u00e9gaux, ils restent toutefois sup\u00e9rieurs \u00e0 une nature qui est d\u00e9pourvue de l&rsquo;\u00e9tincelle divine. Le sacr\u00e9 li\u00e9 \u00e0 la nature a ainsi \u00e9t\u00e9 progressivement \u00e9cart\u00e9, tous les sacr\u00e9s, et la nature, que l&rsquo;on \u00e9tudie et transforme gr\u00e2ce \u00e0 son objectivation, et la nature est cantonn\u00e9e \u00e0 servir les int\u00e9r\u00eats des communaut\u00e9s humains. Boeufs, plantes, or, tout ce qui est peut \u00eatre transform\u00e9 industriellement pour nourrir, v\u00eatir et conforter l&rsquo;\u00eatre humain, est extrait de la nature sans empathie pour celle-ci. Une vision qui a \u00e9t\u00e9 uniquement remise en cause par les mouvements v\u00e9g\u00e9talistes, s&rsquo;appuyant peut-\u00eatre sur la pens\u00e9e de Pythagore, un math\u00e9maticien mystique pr\u00e9c\u00e9dant Platon et Aristote de trois si\u00e8cles\u00a0: ces mouvements d\u00e9clarent ainsi que la nature a des droits, qu&rsquo;un chat, une rivi\u00e8re, et une for\u00eat devraient avoir la personnalit\u00e9 juridique<sup><a href=\"#footnote_13_6232\" id=\"identifier_13_6232\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"C. D.&nbsp;Stone, &laquo;&nbsp;Should trees have Standing&nbsp;? Toward legal rights for natural objects&nbsp;&raquo;,&nbsp;Southern California Law Review, 1972, n&deg; 45, p. 450-501\">[14]<\/a><\/sup>, soit la capacit\u00e9 d&rsquo;\u00eatre repr\u00e9sent\u00e9 en justice. Force est toutefois de constater que, jusqu&rsquo;\u00e0 la fin du XXe si\u00e8cle, les philosophes sensibles \u00e0 cette perception de la nature n&rsquo;ont eu qu&rsquo;impact politique ou social limit\u00e9, et que seule l&rsquo;Am\u00e9rique Latine cherche \u00e0 ses doter d&rsquo;un nouvel arsenal l\u00e9gislatif. Peut-\u00eatre.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignright size-medium\"><a href=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/2019\/la-cosmovision-des-bribris-du-costa-rica\/bribri-usure-interieur\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"225\" height=\"300\" src=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/bribri-usure-interieur-225x300.jpg\" alt=\"Maison bribri Usure int\u00e9rieur\" class=\"wp-image-1864\" srcset=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/bribri-usure-interieur-225x300.jpg 225w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/bribri-usure-interieur-768x1024.jpg 768w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/bribri-usure-interieur-1152x1536.jpg 1152w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/bribri-usure-interieur-113x150.jpg 113w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/bribri-usure-interieur-94x125.jpg 94w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/bribri-usure-interieur.jpg 1536w\" sizes=\"auto, (max-width: 225px) 100vw, 225px\" \/><\/a><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Demander la permission\u00a0: chez les peuples autochtones, ceci est une cons\u00e9quence de leurs <em>cosmovisions<\/em> o\u00f9 la nature est ordonn\u00e9e, c\u2019est-\u00e0-dire que tout y a sa place. Pour un autochtone enfant\u00e9 par la glace, du sable, de la for\u00eat, de l&rsquo;oc\u00e9an ou des montagnes, ne pas respecter son environnement reviendrait \u00e0 bouleverser l&rsquo;\u00e9quilibre du monde, un renversement o\u00f9 l&rsquo;on verrait le fils ne respecter pas sa m\u00e8re. Les <a href=\"\/blog\/2019\/la-cosmovision-des-bribris-du-costa-rica\">Bribris<\/a> du Costa Rica par exemple, croient que tous les cailloux que nous avons d\u00e9plac\u00e9s durant notre vie devront \u00eatre remis \u00e0 leur place dans l&rsquo;au-del\u00e0; la logique, le logos grec qui est construit par l&rsquo;\u00eatre humain et qui est repris dans le christianisme presque tel quel, est pour les autochtones au sein m\u00eame la nature, exactement comme le sont les math\u00e9matiques chez Platon. Mais alors que chez Platon, ce logos ne parle pas, chez les autochtones, il le fait; ainsi, l&rsquo;agencement du monde se trouverait d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9 si nous ne communiquions pas avec la nature, et si non ne lui demandions pas l&rsquo;autorisation pr\u00e9alable avant de le d\u00e9sorganiser.<\/p>\n\n\n\n<p>Demander la permission\u00a0: croire que les <em>cosmovisions<\/em> autochtones sont juste des pens\u00e9es pr\u00e9-modernes qui seraient en retard sur le monde moderne serait commettre une profonde erreur. Les penseurs qui d\u00e9fendent un autre rapport avec la nature, tels Pythagore, tous les cyniques et sto\u00efciens, Saint-Fran\u00e7ois d&rsquo;Assise, Spinoza, Schopenhauer ou Rousseau, ont coexist\u00e9 avec les pens\u00e9es (ambivalentes) d&rsquo;Aristote, de Kant, et de Descartes, qui ont supplant\u00e9 ses concurrentes pour cr\u00e9er le projet europ\u00e9en pr\u00e9-moderne\u00a0: ce n&rsquo;est pas la la\u00efcisation des modernes vainqueurs qui les diff\u00e9rencie des communaut\u00e9s autochtones, mais la d\u00e9sacralisation de l&rsquo;environnement. Chez ces trois derniers auteurs, qui sont les p\u00e8res des sciences et de l&rsquo;industrie (et aussi des droits humains), l&rsquo;homme est au centre de l&rsquo;univers, un univers qui existe pour son bien-\u00eatre. L&rsquo;homme est frapp\u00e9 du sceau de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9, mais aussi de la sup\u00e9riorit\u00e9. Le capitalisme industriel n&rsquo;aurait pu avoir lieu si l&rsquo;homme n&rsquo;\u00e9tait sup\u00e9rieur \u00e0 la nature, ou si l&rsquo;approche de manipulation de la nature chez Aristote n&rsquo;avait gagn\u00e9 face \u00e0 la <em>cosmovision<\/em> d&rsquo;une nature sacralis\u00e9e de Pythagore.<\/p>\n\n\n\n<p>Demander la permission\u00a0: dans la <em>cosmovision<\/em> autochtone, l&rsquo;\u00eatre humain est un berger de l&rsquo;univers. Mais il n&rsquo;en est que l&rsquo;un des bergers, puisque les anc\u00eatres, les esprits des lieux, le sont aussi. Il est un \u00e9l\u00e9ment parmi tant d&rsquo;autres, et sont r\u00f4le consiste \u00e0 prendre soin de son environnement, sous peine de subir des calamit\u00e9s. Faillir \u00e0 son devoir, c&rsquo;est s&rsquo;engager dans une voie o\u00f9 l&rsquo;\u00eatre humain souffrira, les liens communautaires se d\u00e9literont, les s\u00e9cheresses ou les crues les forceront \u00e0 se d\u00e9placer. Le contrat social, chez les autochtones, est bipartite\u00a0: un accord pass\u00e9 entre la nature et l&rsquo;humain. Nous sommes ici au coeur de la diff\u00e9rence politique s\u00e9parant enti\u00e8rement les autochtones des modernes : chez ces derniers, le contrat social n&rsquo;est le fait que de l&rsquo;Homme, le seul \u00e0 \u00eatre autoris\u00e9 par Dieu, par ses Dieux, ou par la biologie et les sciences, \u00e0 passer un accord r\u00e9gulant la vie dans sa soci\u00e9t\u00e9. Chez les autochtones, la nature est une partie contractante, au m\u00eame titre que l&rsquo;Homme, et donne son avis au travers de signes, de chamans, de chefs politiques ou spirituels. Les sociologues, les politologues, les philosophes et les pr\u00e9sidents ont remplac\u00e9 les leaders spirituels; et les imaginer demander la permission \u00e0 qui que ce soit rel\u00e8verait de l&rsquo;absurde, dans une d\u00e9mocratie moderne, pass\u00e9e sous la coupe du mesurable. Les dirigeants modernes n&rsquo;ont que faire de la nature, car elle ne peut faire faire partie du contrat social : \u00e9tant muette, elle et n&rsquo;a pas acc\u00e8s au logos platonicien.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Quoi&nbsp;! au milieu des richesses que la terre, cette m\u00e8re bienfaisante, produit pour nos besoins, tu n\u2019aimes qu\u2019\u00e0 d\u00e9chirer d\u2019une dent cruelle des chairs palpitantes&nbsp;; tu renouvelles les go\u00fbts barbares du Cyclope, et, sans la destruction d\u2019un \u00eatre, tu ne peux assouvir les app\u00e9tits d\u00e9r\u00e9gl\u00e9s d\u2019un estomac vorace&nbsp;! Mais dans cet \u00e2ge antique dont nous avons fait l\u2019\u00e2ge d\u2019or, l\u2019homme \u00e9tait riche et heureux avec les fruits des arbres et les plantes de la terre&nbsp;; le sang ne souillait pas sa bouche.<\/p>\n<cite>Les M\u00e9tamorphoses, Livre V, Pythagore cit\u00e9 par Ovide<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><span class=\"ez-toc-section\" id=\"Rationalite_et_irrationalite_dans_les_communautes_modernes_et_autochtones\"><\/span>Rationalit\u00e9 et irrationalit\u00e9 dans les communaut\u00e9s modernes et autochtones<span class=\"ez-toc-section-end\"><\/span><\/h2>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignright size-medium\"><a href=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/2019\/les-kogis-ou-comment-survive-face-a-la-modernite-lorsquon-valorise-la-tradition\/kogi-enfants\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"225\" height=\"300\" src=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/kogi-enfants-225x300.jpg\" alt=\"Deux enfants kogis sur la route\" class=\"wp-image-1842\" srcset=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/kogi-enfants-225x300.jpg 225w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/kogi-enfants-768x1024.jpg 768w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/kogi-enfants-1152x1536.jpg 1152w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/kogi-enfants-113x150.jpg 113w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/kogi-enfants-94x125.jpg 94w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/kogi-enfants.jpg 1536w\" sizes=\"auto, (max-width: 225px) 100vw, 225px\" \/><\/a><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Pour un autochtone africain, asiatique, oc\u00e9anien ou am\u00e9ricain, le cheminement du logos des Modernes est insuffisant pour comprendre l&rsquo;univers. Le monde physique existe pour lui, il est tangible et accessible tout comme il l&rsquo;est chez les Modernes, mais au contraire de ce dernier, la nature est un sujet de droit qui a voix au chapitre comme tout autre membre du contrat social &#8211; la nature a une personnalit\u00e9 invisible pour les yeux. Comme elle est incapable de s&rsquo;exprimer, la seule mani\u00e8re d&rsquo;entrer en communication avec elle repose sur une interpr\u00e9tation de sa volont\u00e9 visible dans notre environnement, l\u00e0 o\u00f9 se retrouve manifest\u00e9s ses d\u00e9sirs et ses conseils. La recherche de la r\u00e9alit\u00e9 chez les autochtones ne s&rsquo;entreprends pas uniquement par le biais de la raison, mais par aussi la <em>fuite de la raison<\/em>. Les mystiques communiquent avec les esprits de la nature, il sont en relation personnelle et constante avec l&rsquo;environnement, et ont recours \u00e0 des outils fuyant la raison (psychotropes, objets symbolisant la nature) destin\u00e9s \u00e0 les connecter \u00e0 la muette nature. L&rsquo;environnement est une partie int\u00e9grante de leur quotidien, un compagnon organique qui les guide dans leurs questionnements, un <em>daemon<\/em> socratique qui les mets en garde sur les limites \u00e0 ne pas outrepasser, un pr\u00eatre qui les marie, un p\u00e8re rageur qui les engloutit lorsqu&rsquo;ils ne suivent pas les <em>lois de l&rsquo;origine<\/em>. Ces lois proviennent du monde spirituel, un monde hors de la port\u00e9e de la mesure math\u00e9matique, de toute approche empirique ou de communication verbale explicite. Et si le monde physique est intimement connect\u00e9 au monde spirituel, le premier est un r\u00e9sultat du second et non l&rsquo;inverse, et l&rsquo;autochtone privil\u00e9gie la connaissance et l&rsquo;application des r\u00e8gles du monde spirituel, ces <em>lois de l&rsquo;origine<\/em>, sans toutefois nier que le monde physique ait ses propres lois.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a des ann\u00e9es de cela, un <a href=\"\/blog\/2019\/les-kogis-ou-comment-survive-face-a-la-modernite-lorsquon-valorise-la-tradition\">Kogi<\/a> de Colombie \u00e0 qui je faisais remarquer que je me sentais li\u00e9 d&rsquo;une quelconque fa\u00e7on \u00e0 la lune, m&rsquo;encouragea \u00e0 aller plus loin : \u00ab\u00a0Te sens-tu aussi connect\u00e9 aux \u00e9toiles ?\u00a0\u00bb D\u00e9\u00e7u par mon regard interloqu\u00e9, il garda le silence. Il ajouta : \u00ab\u00a0les petits fr\u00e8res (NDA: les Modernes) savent bien des choses du monde physique, dont ils ont acquis une ma\u00eetrise in\u00e9gal\u00e9e. Mais ils regardent \u00e0 la surface des choses, ils ignorent tout de la r\u00e9alit\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Les autochtones exp\u00e9rimentent le monde physique, mais ils lui ajoutent une couche suppl\u00e9mentaire de r\u00e8gles m\u00e9taphysiques que l&rsquo;on pourrait rapprocher de la discipline philosophique de l&rsquo;\u00e9thique chez les Modernes, si pour autant l&rsquo;\u00e9thique pouvait poss\u00e9der une volont\u00e9 propre \u00e0 laquelle se lier dans contrat social <sup><a href=\"#footnote_14_6232\" id=\"identifier_14_6232\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Apr&egrave;s tout, se plier &agrave; des valeurs transcendantes, n&rsquo;&eacute;tait-ce pas pr&eacute;cis&eacute;ment l&rsquo;approche de l&rsquo;&eacute;thique continentale, avant que l&rsquo;utilitarisme de Bentham ne vienne bouleverser l&rsquo;&eacute;thique ? Et depuis Bentham, les deux ne coexistent-elles pas dans les soci&eacute;t&eacute;s Modernes?\">[15]<\/a><\/sup>. Le contrat social autochtone contient en son sein, il y a lieu de pr\u00e9ciser, le rejet total de la pens\u00e9e instrumentale des Modernes : tout n&rsquo;est pas utile, tout n&rsquo;a pas \u00e0 \u00eatre utilis\u00e9, l&rsquo;utilit\u00e9 n&rsquo;autorise pas \u00e0 ingi\u00e9n\u00e9rer la nature &#8211; tout simplement parce que celle-ci est un partenaire, une r\u00e9alit\u00e9 totale et sensible que l&rsquo;on doit respecter. Le monde physique est une \u00e9manation de r\u00e8gles m\u00e9taphysiques cach\u00e9es, et non l&rsquo;inverse; il y a de quoi d\u00e9concerter, de prime abord, un fid\u00e8le de la pens\u00e9e occidentale.<\/p>\n\n\n\n<p>Et pourtant. Selon le mythe fondateur des <a href=\"\/blog\/2019\/la-cosmovision-des-bribris-du-costa-rica\">Bribris<\/a>, leur peuple serait issu d&rsquo;un \u00e9pi de ma\u00efs. Le ma\u00efs est donc un lien entre l&rsquo;invisible et le visible, qui accouche dans le monde physique d&rsquo;une entit\u00e9 jusque-l\u00e0 \u00e9th\u00e9r\u00e9e. Un individu rationnel moderne, ferait remarquer aux Bribris qu&rsquo;une telle chose est ridicule. Mais les Bribris, en parfaits connaisseurs de la religion chr\u00e9tienne, lui r\u00e9torqueraient que plus d&rsquo;un milliards de croyants pensent devoir leur existence \u00e0 une c\u00f4te d&rsquo;Adam. Les Bribris, eux, pensent \u00eatre n\u00e9s du ma\u00efs, et les Chr\u00e9tiens pensent descendre d&rsquo;une femme qui doit sa vie au flanc du Premier Homme. En r\u00e9alit\u00e9, la majorit\u00e9 de la population moderne fait cohabiter des explications rationnelles et irrationnelles du monde dans sa <em>cosm\u00f3vision<\/em>, les sciences et les religions se disputant dans leur esprit sur tous les sujets, sans qu&rsquo;aucune ne gagne enti\u00e8rement. L&rsquo;irrationalit\u00e9 coexiste ainsi avec la rationalit\u00e9 dans toutes communaut\u00e9s humaines, alors que seule sa l\u00e9gitimit\u00e9 diff\u00e8re selon les cultures. En effet, si dans une culture moderne, l&rsquo;irrationalit\u00e9 persiste, elle reste toutefois circonscrite au domaine priv\u00e9, \u00e9tant vue comme quelque chose devant rester hors du champ politique. La lutte pour \u00e9radiquer l&rsquo;irrationalit\u00e9 du monde social reste f\u00e9roce, et les sciences humaines s&rsquo;\u00e9charpent \u00e0 la faire reculer, clamant parfois qu&rsquo;elle serait m\u00eame morte<sup><a href=\"#footnote_15_6232\" id=\"identifier_15_6232\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"La naissance de la science politique pour les relations internationales s&rsquo;est faite sous l&rsquo;angle du r&eacute;alisme politique (realkpolitik). Il s&rsquo;agissait de s&rsquo;approprier scientifiquement les relations entre Etats, cherchant &agrave; gommer l&rsquo;irrationnel dans les relations internationales. Machiavelli, Clausewitz, Bismarck, et Morgenthau ont particip&eacute; &agrave; &eacute;laborer des outils pour comprendre les relations entre Etats et leur appliquer une rationalit&eacute;, bien que leur approche a eu pour cons&eacute;quence m&eacute;canique de faire de la guerre une relation rationnelle entre nations.\">[16]<\/a><\/sup>. Plus s\u00e9rieusement, l\u2019irrationalit\u00e9 conna\u00eet des variations d&rsquo;intensit\u00e9 selon que la tradition politique d&rsquo;une communaut\u00e9 soit la\u00efque<sup><a href=\"#footnote_16_6232\" id=\"identifier_16_6232\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Il faut comprendre le la&iuml;cisme ici comme une politique d&rsquo;Etat restreignant l&rsquo;irrationnel &agrave; la sph&egrave;re du priv&eacute;.\">[17]<\/a><\/sup> ou non. Ainsi, si l&rsquo;hom\u00e9opathie et l&rsquo;astrologie par exemple sont consomm\u00e9es par les Modernes, elles ne sont pas socialement promues, bien que tol\u00e9r\u00e9es par la communaut\u00e9 &#8211; pour autant qu&rsquo;elles se cantonnent \u00e0 la sph\u00e8re priv\u00e9e. Ou encore l&rsquo;amour, ce ph\u00e9nom\u00e8ne que nous exp\u00e9rimentons tous mais que pourtant nous ne savons mesurer, ne fera jamais l&rsquo;objet d&rsquo;une politique dans une soci\u00e9t\u00e9 moderne, sans \u00eatre profond\u00e9ment raill\u00e9. L&rsquo;origine du rejet de l&rsquo;irrationalit\u00e9 chez les Modernes ne para\u00eet pas \u00eatre une cons\u00e9quence de l&rsquo;introduction de la science dans leurs soci\u00e9t\u00e9s, qui s\u2019accommode tr\u00e8s bien de ce qui ne peut \u00eatre expliqu\u00e9, puisque la science pr\u00e9cis\u00e9ment cherche \u00e0 expliquer l&rsquo;inexplicable<sup><a href=\"#footnote_17_6232\" id=\"identifier_17_6232\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Rappelons ici que les th&eacute;ories de G&ouml;del d&eacute;montrent que les explications scientifiques sont, par nature, incompl&egrave;tes. C&rsquo;est pourquoi la science ne devrait jamais &ecirc;tre vue comme une certitude, mais uniquement comme une m&eacute;thode &ndash; dont l&rsquo;efficacit&eacute; est sup&eacute;rieure en ingi&eacute;n&eacute;rie\">[18]<\/a><\/sup>. Non, en r\u00e9alit\u00e9, le rejet de l&rsquo;irrationnel n&rsquo;est pas \u00e0 chercher dans les sciences, mais dans la nature du contrat social moderne : la communaut\u00e9 passe un accord visant \u00e0 prot\u00e9ger ses contractants d&rsquo;un monde violent &#8211; chez Thomas Hobbes, l&rsquo;un des premiers penseurs du contrat social occidental -, ou \u00e0 les sortir de la pauvret\u00e9 intellectuelle et mat\u00e9rielle &#8211; les Lumi\u00e8res. Chez les modernes, le monde est un lieu dangereux contre lequel on doit se d\u00e9fendre, la nature est hostile et cherche \u00e0 nous nuire. Seule une alliance pass\u00e9e entre Homo sapiens contre elle permet de lutter. La nature est un objet aussi bien r\u00e9ifi\u00e9 chez les Modernes que chez les autochtones; mais chez les Modernes, on est en guerre contre lui.<\/p>\n\n\n\n<p>Ma\u00eetriser son chaos naturel et les autres membres de notre communaut\u00e9 ou des communaut\u00e9s ext\u00e9rieures une n\u00e9cessit\u00e9 consubstantielle au vivre ensemble. C&rsquo;est le Grand Refus de la nature et des hommes, o\u00f9 l&rsquo;on va \u00e9laborer des m\u00e9thodes de contr\u00f4le toujours plus sophistiqu\u00e9es du danger. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une lutte pour accoucher d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 parfaite ici et maintenant. Au contraire d&rsquo;une culture autochtone, dont les chefs cherchent aussi \u00e0 prot\u00e9ger ses contractants (s&rsquo;ils \u00e9chouent dans leur t\u00e2che, ils seront remplac\u00e9s, tout comme chez les Modernes), mais le font en passant une alliance avec la nature. C&rsquo;est un contrat osmotique avec la nature, qui lui transmet ses instructions au moyen de l\u2019irrationnel, soit des signes ou des activit\u00e9s chamaniques qu&rsquo;il convient d&rsquo;interpr\u00e9ter. La nature est parfaite et si nous l&rsquo;\u00e9coutons, elle nous enseignera comment nous renforcer nous-m\u00eames pour mieux vivre; c&rsquo;est pourquoi les cultures autochtones, au contraire des modernes, acceptent bien plus le monde tel qu&rsquo;il est. Il est ordonn\u00e9 et tel qu&rsquo;il doit \u00eatre. Elles \u00e9tudient le cosmos de mani\u00e8re empirico-rationnelle, par essai-correction-erreur, d\u00e9battent \u00e0 son sujet entre eux au moyen de d\u00e9bats rationnels, mais leur irrationnel repose sur la connexion et le dialogue permanent qu&rsquo;ils entretiennent avec les rivi\u00e8res, les arbres, la faune. Le moderne veut comprendre le monde pour agir, alors que l&rsquo;autochtone veut aussi le ressentir et en faire partie. L\u00e0 o\u00f9 le moderne a d\u00e9cid\u00e9 de se m\u00e9fier de son ressenti <sup><a href=\"#footnote_18_6232\" id=\"identifier_18_6232\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"C&rsquo;est tout l&rsquo;apport de Descartes\">[19]<\/a><\/sup>, l&rsquo;autochtone \u00e9galement, mais il y a ajoute l&rsquo;exploration de ses sens, les d\u00e9veloppe pour interagir avec son environnement, tout en que son exp\u00e9rimentation est limit\u00e9e. C&rsquo;est pourquoi lorsque les mondes autochtones communiquent avec la nature, la soigne, et lorsqu&rsquo;ils souhaitent en pr\u00e9lever des \u00e9l\u00e9ments, il lui en demandent la permission pr\u00e9alable, car ils sont limit\u00e9s dans leur compr\u00e9hension du monde. En r\u00e9alit\u00e9, on pourrait aussi bien pr\u00e9tendre que les contrats sociaux autochtones comme modernes sont rationnels, puisqu&rsquo;ils suivent une m\u00e9thode reproductible; ou au contraire, on pourrait pr\u00e9tendre que tous deux sont aussi irrationnels l&rsquo;un que l&rsquo;autre, puisqu&rsquo;ils ne peuvent d\u00e9finitivement d\u00e9montrer leurs axiomes. <\/p>\n\n\n\n<p>Car il serait erron\u00e9 de croire que la rationalit\u00e9 n&rsquo;a pas de place dans une culture autochtone. L&rsquo;importance d&rsquo;un argument, de la rh\u00e9torique, du rejet du sophisme, sont universels. On pourrait oser rattacher cette universalit\u00e9 au fonctionnement g\u00e9n\u00e9ral du cerveau humain, un outil d&rsquo;une efficacit\u00e9 in\u00e9gal\u00e9e pour reconna\u00eetre des r\u00e9gularit\u00e9s dans son environnement et par cons\u00e9quent chercher \u00e0 pr\u00e9voir le futur, ou la m\u00eame action provoquera la m\u00eame r\u00e9action. Peut-\u00eatre est-ce en raison de cette capacit\u00e9 que, aussi bien les modernes que les autochtones, ont une vision ordonn\u00e9e du monde : les axiomes en sciences exactes sont des postulats qui pr\u00e9cis\u00e9ment organisent le d\u00e9part de la recherche, et qui ne sauraient \u00eatre remis en cause, du moins le temps de la d\u00e9monstration. La <em>cosm\u00f3vision<\/em> autochtone fonctionne de la m\u00eame mani\u00e8re, mais l&rsquo;exp\u00e9rience se vit en groupe, sans objectiver l&rsquo;ext\u00e9rieur; \u00e0 la mani\u00e8re d&rsquo;un Descartes, on se m\u00e9fie de nos sens limit\u00e9s, raison pour laquelle on utilise des psychotropes pour explorer l&rsquo;univers, \u00e9couter diff\u00e9remment l&rsquo;oiseau chanter, observer les danses des rivi\u00e8res ou les reflets des \u00e9toiles pour conna\u00eetre notre monde. En somme, les diff\u00e9rences sur le plan rationnel peuvent se r\u00e9sumer de la sorte : les modernes pensent que le monde est agressif, mais r\u00e9pond \u00e0 des r\u00e8gles math\u00e9matiques qu&rsquo;il est possible de mesurer avec des outils; les autochtones pensent que le monde est, qu&rsquo;il r\u00e9pond \u00e0 des r\u00e8gles physiques, mais ajoutent une dimension spirituelle qu&rsquo;ils cherchent \u00e0 exp\u00e9rimenter.<\/p>\n\n\n\n<p>Si nous \u00e9tions des ordinateurs, nous pourrions affirmer que les hommes et femmes autochtones sont dot\u00e9s de la m\u00eame puissance de calcul logique qu&rsquo;un moderne, mais qu&rsquo;ils tirent r\u00e9guli\u00e8rement la prise pour contempler l&rsquo;univers sans chercher \u00e0 s&rsquo;y opposer \u00e0 ce qu&rsquo;ils ne comprennent pas. Ils voient leur environnement comme un partenaire, qui peut \u00eatre cruel certes, mais qu&rsquo;il convient toujours de respecter car ce partenaire est un membre de la communaut\u00e9, voire m\u00eame l&rsquo;initiateur de la communaut\u00e9. Les religions abrahamiques cr\u00e9ent l&rsquo;homme \u00e0 l&rsquo;image d&rsquo;un Dieu anthropomorphis\u00e9, alors que les <em>cosm\u00f3visions<\/em> autochtones font \u00e9clore l&rsquo;homme d&rsquo;un ma\u00efs, le transportent de lieux lointains sur le dos d&rsquo;un serpent, un oiseau ou une \u00e9toile. Le respect du g\u00e9niteur est identique, et bafouer les enseignements de celui qui nous a donn\u00e9 la vie serait inacceptable. C&rsquo;est pourquoi les autochtones limitent leur besoins, car bien qu&rsquo;ils aient besoins des ressources de leurs p\u00e8res et m\u00e8res, ils ne peuvent blasph\u00e9mer et appauvrir leur g\u00e9niteur dans leur d\u00e9sir \u00e9go\u00efste de poss\u00e9der plus &#8211; ces comportements sont fr\u00e9quents, mais ils sont rejet\u00e9s par les valeurs communautaires. Une conception typiquement autochtone encourage la communaut\u00e9 \u00e0 donner si elle re\u00e7oit, \u00e0 recevoir lorsqu&rsquo;elle donne, \u00e0 rechercher l&rsquo;\u00e9quilibre dans toute action. Traiter avec respect le membre de sa communaut\u00e9 d\u00e9nomm\u00e9 \u00ab\u00a0nature\u00a0\u00bb requiert par cons\u00e9quent de s&rsquo;enqu\u00e9rir pr\u00e9alablement de l&rsquo;autorisation pour tout pr\u00e9l\u00e8vement et, lorsque pr\u00e9l\u00e8vement il y a, chercher \u00e0 restituer ce qu&rsquo;elle a pris. La m\u00e9thodologie autochtone est coh\u00e9rente, d\u00e8s lors que la nature est inclue dans le pacte social.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces auto-limitations et r\u00e9parations sont, il faut bien l&rsquo;avouer, en perte de vitesse depuis des si\u00e8cles : partout sur la plan\u00e8te, les jeunes g\u00e9n\u00e9rations autochtones sont attir\u00e9es par l&rsquo;illimitation des besoins, le refus de la frustrations, les promesses de la jouissance mat\u00e9rielle de la modernit\u00e9. Ils suivent de nouvelles formations dans des \u00e9coles qui leur parlent de guerres et d&rsquo;objets inconnus, partent \u00e9tudier \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 pour parfaire leur curiosit\u00e9, et leur monde qui se limite \u00e0 une petite communaut\u00e9 leur semble ensuite bien r\u00e9duit : ils quittent par centaines, par milliers un monde devenu insuffisant \u00e0 leurs yeux, embrassent la modernit\u00e9 et son contrat social, et rejettent leurs cultures originelles, car m\u00e9pris\u00e9e dans leur nouvel environnement moderne. La derni\u00e8re vague de mondialisation, avec l&rsquo;arriv\u00e9e des t\u00e9l\u00e9phones portables, semble acc\u00e9l\u00e9rer la d\u00e9connexion des jeunes autochtones de leur antiques <em>cosm\u00f3visions<\/em>, qui souhaitent acc\u00e9der \u00e0 une vie plus cl\u00e9mente. Comme cela a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9 ci-dessus, la modernit\u00e9 est plus efficace dans pour assurer un meilleur confort mat\u00e9riel; et l&rsquo;\u00eatre humain est identique partout, il privil\u00e9gie plus facilement l&rsquo;imm\u00e9diat que le potentiel.<\/p>\n\n\n\n<p>Il reste n\u00e9anmoins encore des centaines de communaut\u00e9s dans le monde qui r\u00e9sistent avec fiert\u00e9, et qui ont beaucoup \u00e0 nous apprendre dans un monde qui se meurt en raison de la modernit\u00e9 et l&rsquo;illimitation de ses besoins. <\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><span class=\"ez-toc-section\" id=\"La_raison_instrumentale_est_responsable_de_la_disparition_de_la_vie_animale_et_du_changement_climatique\"><\/span>La raison instrumentale est responsable de la disparition de la vie animale et du changement climatique<span class=\"ez-toc-section-end\"><\/span><\/h2>\n\n\n\n<p>Nous avons rapidement pr\u00e9sent\u00e9 les philosophies des Modernes et des autochtones, et leurs cons\u00e9quences sur deux types de contrat sociaux bien diff\u00e9rents. L&rsquo;objectif ambitionn\u00e9 est de trouver des solutions aux catastrophes annonc\u00e9es, car le constat est clair : il nous est impossible de continuer \u00e0 vivre dans la modernit\u00e9. Les r\u00e9volutions industrielles successives, qui ne sont que des augmentations d&rsquo;ingi\u00e9n\u00e9rie (de puissance de calcul et de reproduction d&rsquo;objets \u00e0 l&rsquo;identique), sont la seule raison d&rsquo;exister des <a href=\"https:\/\/www.ipcc.ch\/languages-2\/francais\/\">rapports du GIEC<\/a> qui se succ\u00e8dent tous les sept ans pour r\u00e9p\u00e9ter <em>ad nauseum<\/em> la m\u00eame chose : nous \u00e9tions encore trop positifs dans notre pr\u00e9c\u00e9dent rapport, la situation est en r\u00e9alit\u00e9 bien plus grave que nous l&rsquo;imaginions dans nos pires hypoth\u00e8ses. Le rendez-vous annuels des <a href=\"https:\/\/unfccc.int\/process\/bodies\/supreme-bodies\/conference-of-the-parties-cop\">COP<\/a> n&rsquo;existent pas pour parler de la disparition de la biodiversit\u00e9 ou du changement climatique, mais pour \u00e9viter d&rsquo;<a href=\"\/blog\/2021\/pourquoi-la-cop26-sera-un-echec\">assumer toute responsabilit\u00e9<\/a> ou d&rsquo;avoir \u00e0 nous engager dans des remises en question profondes de nos soci\u00e9t\u00e9s. Les directions politiques que nous suivons vont m\u00eame, depuis quelques temps, \u00e0 l&rsquo;encontre de toute action efficace. Plus la situation s&rsquo;aggrave, plus la fuite s&rsquo;acc\u00e9l\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>En effet, les r\u00e9sultats de nos agitations seront toujours tr\u00e8s limit\u00e9es, sans effet concret. Par exemple, \u00e0 la suite des alarmes \u00e9mises par les scientifique et industriels du <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Club_de_Rome\" title=\"Club de Rome\">Club de Rome<\/a>, le concept de d\u00e9veloppement durable est n\u00e9, soit une extraction qui serait en \u00ab\u00a0ad\u00e9quation\u00a0\u00bb avec les ressources\u00a0; or, en 50\u00a0ans, les deux tiers des vert\u00e9br\u00e9s ont disparus de la plan\u00e8te, sans que ce terme ne soit vraiment remis en question. L&rsquo;\u00e9chec est total, et du Protocole de Kyoto au march\u00e9 du carbone d\u00e9finit lors de la COP 26 \u00e0 Glasgow, les rem\u00e8des appliqu\u00e9s suivent ce mod\u00e8le de d\u00e9veloppement durable initi\u00e9 dans les ann\u00e9es 60 : investir de l&rsquo;argent en \u00e9change de la continuation de la transformation de la nature. Les repr\u00e9sentants de la modernit\u00e9 expliquent que les d\u00e9cisions n\u00e9cessaires sont prises, on s&rsquo;agit, mais toute solution dirig\u00e9e \u00e0 changer nos soci\u00e9t\u00e9s est soigneusement \u00e9vit\u00e9e, car ne l&rsquo;oublions pas, la modernit\u00e9 repose sur l&rsquo;illimitation de nos besoins. Comment la pens\u00e9e moderne pourrait-elle s\u2019accommoder d&rsquo;une plan\u00e8te finie, elle qui se destine \u00e0 une croissance illimit\u00e9e ? Elle n&rsquo;accouche que de solutions techniques, alors que la technique a pr\u00e9cis\u00e9ment men\u00e9 la modernit\u00e9 au point de rupture. Toutes les propositions reposent sur une transformation diff\u00e9rente de la nature, tel utiliser le gaz de schiste et l&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9 pour remplacer le p\u00e9trole. Nous rempla\u00e7ons nos voitures \u00e0 essence par des voitures \u00e9lectriques, nous rempla\u00e7ons nos centrales \u00e0 charbon par des cellules photovolta\u00efques. Notre environnement est malade, et nous continuons \u00e0 extraire des rem\u00e8des de son propre corps pr\u00e9tendant pouvoir ainsi le gu\u00e9rir : la modernit\u00e9 n&rsquo;acceptera qu&rsquo;une solution puisse ne pas \u00eatre technologique, car elle est limit\u00e9e dans sa vision de la nature, elle en est d\u00e9connect\u00e9e. En parler en d&rsquo;autres termes que d&rsquo;ing\u00e9ni\u00e9rie est tabou, car la modernit\u00e9 vise pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 \u00e9manciper l&rsquo;homme de la nature, contre laquelle il a pass\u00e9 un contrat social. Mais pour la premi\u00e8re fois depuis les r\u00e9volutions industrielles, la modernit\u00e9 ne parvient pas \u00e0 r\u00e9soudre le probl\u00e8me auquel elle est confront\u00e9e. <\/p>\n\n\n\n<p>La raison en est simple : la 6\u00e8me extinction de la vie sur Terre et le changement climatique sont pr\u00e9cis\u00e9ment des cons\u00e9quences de la modernit\u00e9. On ne peut \u00ab\u00a0r\u00e9soudre notre probl\u00e8me\u00a0\u00bb que d&rsquo;une seule mani\u00e8re, en sortant ou modifiant les axiomes sur lesquels reposent la pens\u00e9e moderne. En cessant de croire que l&rsquo;on doit trouver une solution \u00e0 tout, mais au contraire en embrassant la partie irrationnelle dont nous nous sommes coup\u00e9es, celle-l\u00e0 m\u00eame qui nous permettait d&rsquo;anthropomorphiser la nature. Et former nos communaut\u00e9s autour d&rsquo;un nouveau contrat social, qui inclurait la nature.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><span class=\"ez-toc-section\" id=\"Des_solutions_Non_des_voies_Demander_la_permission\"><\/span>Des solutions ? Non, des voies. Demander la permission.<span class=\"ez-toc-section-end\"><\/span><\/h2>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est dans les p\u00e9riodes de crises que les changements les plus profonds voient le jour. Ces crises qui ne nous laissent pas respirer, et pour lesquelles l&rsquo;homme invente de nouvelles formes de natation. Car il ne s&rsquo;agit plus ici d&rsquo;inventer un nouveau type de bou\u00e9e, mais apprendre \u00e0 nager avec moins. Nous ne pouvons continuer dans la voie qui a \u00e9t\u00e9 la n\u00f4tre depuis quelques si\u00e8cles, puisqu&rsquo;elle est la raison de notre crise. <\/p>\n\n\n\n<p>La rationalit\u00e9 moderne nous pr\u00e9sente le monde comme objet et non comme sujet. Elle ne fusionne plus avec le monde, d\u00e9connect\u00e9e des \u00e9toiles et des arbres. La contemplation, une activit\u00e9 hautement philosophique qui requiert de ne rien faire, a \u00e9t\u00e9 pourtant port\u00e9e aux nues par les philosophes, y compris occidentaux. Mais per\u00e7ue comme inutile dans la modernit\u00e9, o\u00f9 tout doit avoir une utilit\u00e9 imm\u00e9diate pour assurer la protection de sa communaut\u00e9, nous l&rsquo;avons jug\u00e9e limitative et rejet\u00e9e. Les parents autochtones, au contraire, emm\u00e8nent leurs enfants pour aller voir les singes, les fourmis, et les oiseaux, pour qu&rsquo;ils puissent, d\u00e8s leur enfance, exp\u00e9rimenter la nature, et attiser aussi bien leur curiosit\u00e9 que leur envie d&rsquo;en faire partie. Chez les modernes, on emm\u00e8ne les enfants dans un zoo, voir des animaux \u00e0 distance dans des cages, et l&rsquo;on reste ainsi prot\u00e9g\u00e9, coup\u00e9 de nos sens. Cela nous emp\u00eache de voir la nature telle qu&rsquo;elle est, mais en r\u00e9alit\u00e9 de la contr\u00f4ler, et nous la pr\u00e9senter telle que nous voulons qu&rsquo;elle soit.<\/p>\n\n\n\n<p>La voie de la modernit\u00e9 telle qu&rsquo;elle a \u00e9t\u00e9 suivie jusqu&rsquo;ici ne pourra que prolonger notre agonie. Nous fournir des rem\u00e8des de charlatans \u00e0 des maux que nous provoquons nous-m\u00eames, des empl\u00e2tres sur des jambes en bois. Nous pouvons au contraire postuler que, \u00e0 la fa\u00e7on de peuples autochtones, qui cherchent au mieux \u00e0 marier la pens\u00e9e moderne avec leur propre pens\u00e9e traditionnelle, il convient d&rsquo;adapter \u00e9galement notre forme de pens\u00e9e. De la r\u00e9former en profondeur, en particulier sous son angle philosophique, contractuel.<\/p>\n\n\n\n<p>Toutes les solutions se doivent d&rsquo;\u00eatre collectives, et peut-\u00eatre pourrions-nous commencer \u00e0 demander, ensemble et \u00e0 notre fa\u00e7on, la permission \u00e0 la nature. Soit de r\u00e9aliser que, ce n&rsquo;est pas parce que nous pouvons faire les choses, qu&rsquo;il est n\u00e9cessaire de les faire. Cela demande peut-\u00eatre de r\u00e9aliser l&rsquo;un des plus grand sauts philosophiques de notre histoire, mais nous sommes face \u00e0 une situation qui nous paralyse tant et si bien, qu&rsquo;elle nous \u00f4te tout contr\u00f4le sur notre destin\u00e9e. Si notre esp\u00e8ce souhaite survivre, elle devra non seulement faire preuve de cr\u00e9ativit\u00e9 et questionner ce qu&rsquo;elle tient pour une \u00e9vidence, mais aussi faire preuve de courage &#8211; et ne plus fuir ce que lui disent \u00e0 la fois ses sens, et ses sciences.<\/p>\n<div class=\"footnotes-made-easy-header\"><div class=\"footnote_container_prepare\">\n<p>R\u00e9f\u00e9rences<\/p>\n<\/div>\n<\/div><ol class=\"footnotes\"><li id=\"footnote_0_6232\" class=\"footnote\">Je d\u00e9finis ici la modernit\u00e9 comme la pens\u00e9e gr\u00e9co-romaine, compl\u00e9t\u00e9e par des apports multi-culturels issus des diff\u00e9rentes mondialisations<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"><span class=\"fme-pre-backlink\">[<\/span><a href=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/2025\/demander-une-permission-a-la-nature-un-contrat-social-autochtone#identifier_0_6232\" class=\"footnote-link footnote-back-link\" title=\"Jump back to text\" aria-label=\"Jump back to text\">\u21a9<\/a><span class=\"fme-pre-backlink\">]<\/span><\/span><\/li><li id=\"footnote_1_6232\" class=\"footnote\">On parle de la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Extinction_de_l%27Holoc%C3%A8ne\">6\u00e8me extinction de masse du vivant<\/a>\u00a0pour d\u00e9crire le ph\u00e9nom\u00e8ne de perte acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 de la biodiversit\u00e9 dont l\u2019humain est responsable.<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"><span class=\"fme-pre-backlink\">[<\/span><a href=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/2025\/demander-une-permission-a-la-nature-un-contrat-social-autochtone#identifier_1_6232\" class=\"footnote-link footnote-back-link\" title=\"Jump back to text\" aria-label=\"Jump back to text\">\u21a9<\/a><span class=\"fme-pre-backlink\">]<\/span><\/span><\/li><li id=\"footnote_2_6232\" class=\"footnote\">\u00ab\u00a0Many or most of the world\u2019s major centers of biodiversity coincide with areas occupied or controlled by Indigenous Peoples. Traditional Indigenous Territories encompass up to 22 percent of the world\u2019s land surface and they coincide with areas that hold 80 percent of the planet\u2019s biodiversity.\u00a0\u00bb <a href=\"https:\/\/web.archive.org\/web\/20240207041447\/https:\/\/documents1.worldbank.org\/curated\/en\/995271468177530126\/pdf\/443000WP0BOX321onservation01PUBLIC1.pdf\" title=\"The Role of Indigenous Peoples in Biodiversity Conservation\">The Role of Indigenous Peoples in Biodiversity Conservation<\/a>, World Bank, 2008.<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"><span class=\"fme-pre-backlink\">[<\/span><a href=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/2025\/demander-une-permission-a-la-nature-un-contrat-social-autochtone#identifier_2_6232\" class=\"footnote-link footnote-back-link\" title=\"Jump back to text\" aria-label=\"Jump back to text\">\u21a9<\/a><span class=\"fme-pre-backlink\">]<\/span><\/span><\/li><li id=\"footnote_3_6232\" class=\"footnote\">Ces trois \u00e9l\u00e9ments sont librement inspir\u00e9s de \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.ynharari.com\/book\/homo-deus\/\" title=\"Homo Deus\">Homo Deus<\/a>\u00ab\u00a0, de Yuval Harari<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"><span class=\"fme-pre-backlink\">[<\/span><a href=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/2025\/demander-une-permission-a-la-nature-un-contrat-social-autochtone#identifier_3_6232\" class=\"footnote-link footnote-back-link\" title=\"Jump back to text\" aria-label=\"Jump back to text\">\u21a9<\/a><span class=\"fme-pre-backlink\">]<\/span><\/span><\/li><li id=\"footnote_4_6232\" class=\"footnote\">Notre fusion organique avec nos outils m\u00e9caniques<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"><span class=\"fme-pre-backlink\">[<\/span><a href=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/2025\/demander-une-permission-a-la-nature-un-contrat-social-autochtone#identifier_4_6232\" class=\"footnote-link footnote-back-link\" title=\"Jump back to text\" aria-label=\"Jump back to text\">\u21a9<\/a><span class=\"fme-pre-backlink\">]<\/span><\/span><\/li><li id=\"footnote_5_6232\" class=\"footnote\">De \u00ab\u00a0tekn\u00e9\u00a0\u00bb en grec, faire des choses, soit les instruments que nous utilisons.<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"><span class=\"fme-pre-backlink\">[<\/span><a href=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/2025\/demander-une-permission-a-la-nature-un-contrat-social-autochtone#identifier_5_6232\" class=\"footnote-link footnote-back-link\" title=\"Jump back to text\" aria-label=\"Jump back to text\">\u21a9<\/a><span class=\"fme-pre-backlink\">]<\/span><\/span><\/li><li id=\"footnote_6_6232\" class=\"footnote\">Il est important de noter ici que cette connaissance n&rsquo;est pas th\u00e9oriquement hors de port\u00e9e, mais est l&rsquo;est pratiquement. M\u00eame si une entreprise responsable de v\u00eatements voulait conna\u00eetre l&rsquo;origine de tous ses \u00e9l\u00e9ments qui permettent de fabriquer son produit final, elle en serait incapable en raison des interm\u00e9diaires d&rsquo;interm\u00e9diaires, qui changement constamment et ne peuvent \u00eatre trac\u00e9s continuellement. La multitude d&rsquo;acteurs impliqu\u00e9s dans la r\u00e9alisation d&rsquo;un v\u00eatement est telle qu&rsquo;il est devenu impossible, au XXIe si\u00e8cle, de pr\u00e9tendre ma\u00eetriser totalement la cha\u00eene d&rsquo;approvisionnement. En 2019, l&rsquo;entreprise \u00e9tasunienne <a href=\"https:\/\/www.blackdiamondequipment.com\/en_US\/\" title=\"\">Black Diamond<\/a> a d\u00e9cid\u00e9, devant l&rsquo;impossibilit\u00e9 de conna\u00eetre la provenance de se mat\u00e9riaux, de <a href=\"https:\/\/www.sltrib.com\/news\/2019\/07\/24\/black-diamond-will-lay\/\" title=\"\">transformer son usine de production en usine d&rsquo;assemblage<\/a>.<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"><span class=\"fme-pre-backlink\">[<\/span><a href=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/2025\/demander-une-permission-a-la-nature-un-contrat-social-autochtone#identifier_6_6232\" class=\"footnote-link footnote-back-link\" title=\"Jump back to text\" aria-label=\"Jump back to text\">\u21a9<\/a><span class=\"fme-pre-backlink\">]<\/span><\/span><\/li><li id=\"footnote_7_6232\" class=\"footnote\">Je pr\u00e9f\u00e8re les termes de \u00ab\u00a0sp\u00e9cialisation technologique\u00a0\u00bb \u00e0 \u00ab\u00a0division du travail\u00a0\u00bb, cette derni\u00e8re expression \u00e9tant connot\u00e9e politiquement et scientifiquement, faisant appel \u00e0 quantit\u00e9 de notions que je ne souhaite pas d\u00e9velopper dans le champ de cette r\u00e9flexion.<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"><span class=\"fme-pre-backlink\">[<\/span><a href=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/2025\/demander-une-permission-a-la-nature-un-contrat-social-autochtone#identifier_7_6232\" class=\"footnote-link footnote-back-link\" title=\"Jump back to text\" aria-label=\"Jump back to text\">\u21a9<\/a><span class=\"fme-pre-backlink\">]<\/span><\/span><\/li><li id=\"footnote_8_6232\" class=\"footnote\">Philosophie d\u00e9velopp\u00e9e par <a href=\"https:\/\/plato.stanford.edu\/entries\/utilitarianism-history\/\" title=\"Jeremie Bentham\">Jeremie Bentham<\/a> qui postule que le bien-\u00eatre humain doit \u00eatre \u00e9valu\u00e9 en fonction du nombre de personnes qui b\u00e9n\u00e9ficient d&rsquo;une action. Si une minorit\u00e9 souffre, mais qu&rsquo;une majorit\u00e9 profite d&rsquo;une action, la majorit\u00e9 sera toujours pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e.<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"><span class=\"fme-pre-backlink\">[<\/span><a href=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/2025\/demander-une-permission-a-la-nature-un-contrat-social-autochtone#identifier_8_6232\" class=\"footnote-link footnote-back-link\" title=\"Jump back to text\" aria-label=\"Jump back to text\">\u21a9<\/a><span class=\"fme-pre-backlink\">]<\/span><\/span><\/li><li id=\"footnote_9_6232\" class=\"footnote\">Jeremy Bentham \u00e9tait un avocat des animaux, et combattait la souffrance animale non n\u00e9cessaire. Toutefois, cet aspect de sa philosophie, au demeurant important, ne s&rsquo;est pas transmis dans le projet politique moderne, o\u00f9 des <a href=\"https:\/\/www.theguardian.com\/environment\/2022\/nov\/25\/chinas-26-storey-pig-skyscraper-ready-to-produce-1-million-pigs-a-year\" title=\"\">usines \u00e0 ex\u00e9cuter jusqu&rsquo;\u00e0 des centaines de milliers d&rsquo;animaux sont construites<\/a> et font cas du bien-\u00eatre animal que tr\u00e8s marginalement.<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"><span class=\"fme-pre-backlink\">[<\/span><a href=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/2025\/demander-une-permission-a-la-nature-un-contrat-social-autochtone#identifier_9_6232\" class=\"footnote-link footnote-back-link\" title=\"Jump back to text\" aria-label=\"Jump back to text\">\u21a9<\/a><span class=\"fme-pre-backlink\">]<\/span><\/span><\/li><li id=\"footnote_10_6232\" class=\"footnote\">Je parle bien \u00e9videmment ici de la modernit\u00e9, du pacte social moderne, et pas de la m\u00e9thode scientifique, qui n&rsquo;est pas politiquement prescriptive<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"><span class=\"fme-pre-backlink\">[<\/span><a href=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/2025\/demander-une-permission-a-la-nature-un-contrat-social-autochtone#identifier_10_6232\" class=\"footnote-link footnote-back-link\" title=\"Jump back to text\" aria-label=\"Jump back to text\">\u21a9<\/a><span class=\"fme-pre-backlink\">]<\/span><\/span><\/li><li id=\"footnote_11_6232\" class=\"footnote\">Soit l&rsquo;\u00eatre humain parfait, post\u00e9rieur au passage temporaire par le communisme<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"><span class=\"fme-pre-backlink\">[<\/span><a href=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/2025\/demander-une-permission-a-la-nature-un-contrat-social-autochtone#identifier_11_6232\" class=\"footnote-link footnote-back-link\" title=\"Jump back to text\" aria-label=\"Jump back to text\">\u21a9<\/a><span class=\"fme-pre-backlink\">]<\/span><\/span><\/li><li id=\"footnote_12_6232\" class=\"footnote\">Il convient ici de s\u00e9parer les cons\u00e9quences de l&rsquo;application de la pens\u00e9e de Marx de sa pens\u00e9e elle-m\u00eame. Marx consid\u00e9rait l&rsquo;homme faisant pleinement partie de la nature, mais r\u00e9duisait ses interactions \u00e0 des utilit\u00e9s: \u00ab\u00a0L&rsquo;homme est imm\u00e9diatement \u00eatre de la nature. En qualit\u00e9 d&rsquo;\u00eatre naturel, et d&rsquo;\u00eatre naturel vivant, il est d&rsquo;une part pourvu de forces naturelles, de forces vitales; il est un \u00eatre naturel actif; ces forces existent en lui sous la forme de dispositions et de capacit\u00e9s, sous la forme d&rsquo;inclinations. D&rsquo;autre part, en qualit\u00e9 d&rsquo;\u00eatre naturel, en chair et en os, sensible, objectif, il est, pareillement aux animaux et aux plantes, un \u00eatre passif, d\u00e9pendant et limit\u00e9\u00a0; c&rsquo;est-\u00e0-dire que les objets de ses inclinations existent en dehors de lui, en tant qu&rsquo;objets ind\u00e9pendants de lui; mais ces objets sont objets de ses besoins\u00a0; ce sont des objets indispensables, essentiels pour la mise en jeu et la confirmation de ses forces essentielles. Dire que l&rsquo;homme est un \u00eatre en chair et en os, dou\u00e9 de forces naturelles, vivant, r\u00e9el, sensible, objectif, c&rsquo;est dire qu&rsquo;il a pour objet de son \u00eatre, de la manifestation de sa vie, des objets r\u00e9els, sensibles, et qu&rsquo;il ne peut manifester sa vie qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;objets r\u00e9els, sensibles.\u00a0\u00bb K. Marx, <em>Manuscrits de 1844<\/em>, chap XXVI, p. 145<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"><span class=\"fme-pre-backlink\">[<\/span><a href=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/2025\/demander-une-permission-a-la-nature-un-contrat-social-autochtone#identifier_12_6232\" class=\"footnote-link footnote-back-link\" title=\"Jump back to text\" aria-label=\"Jump back to text\">\u21a9<\/a><span class=\"fme-pre-backlink\">]<\/span><\/span><\/li><li id=\"footnote_13_6232\" class=\"footnote\">C. D.\u00a0Stone, \u00ab\u00a0Should trees have Standing\u00a0? Toward legal rights for natural objects\u00a0\u00bb,\u00a0<em>Southern California Law Review<\/em>, 1972, n\u00b0 45, p. 450-501<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"><span class=\"fme-pre-backlink\">[<\/span><a href=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/2025\/demander-une-permission-a-la-nature-un-contrat-social-autochtone#identifier_13_6232\" class=\"footnote-link footnote-back-link\" title=\"Jump back to text\" aria-label=\"Jump back to text\">\u21a9<\/a><span class=\"fme-pre-backlink\">]<\/span><\/span><\/li><li id=\"footnote_14_6232\" class=\"footnote\">Apr\u00e8s tout, se plier \u00e0 des valeurs transcendantes, n&rsquo;\u00e9tait-ce pas pr\u00e9cis\u00e9ment l&rsquo;approche de l&rsquo;\u00e9thique continentale, avant que l&rsquo;utilitarisme de Bentham ne vienne bouleverser l&rsquo;\u00e9thique ? Et depuis Bentham, les deux ne coexistent-elles pas dans les soci\u00e9t\u00e9s Modernes?<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"><span class=\"fme-pre-backlink\">[<\/span><a href=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/2025\/demander-une-permission-a-la-nature-un-contrat-social-autochtone#identifier_14_6232\" class=\"footnote-link footnote-back-link\" title=\"Jump back to text\" aria-label=\"Jump back to text\">\u21a9<\/a><span class=\"fme-pre-backlink\">]<\/span><\/span><\/li><li id=\"footnote_15_6232\" class=\"footnote\"> La naissance de la science politique pour les relations internationales s&rsquo;est faite sous l&rsquo;angle du r\u00e9alisme politique (realkpolitik). Il s&rsquo;agissait de s&rsquo;approprier scientifiquement les relations entre Etats, cherchant \u00e0 gommer l&rsquo;irrationnel dans les relations internationales. Machiavelli, Clausewitz, Bismarck, et Morgenthau ont particip\u00e9 \u00e0 \u00e9laborer des outils pour comprendre les relations entre Etats et leur appliquer une rationalit\u00e9, bien que leur approche a eu pour cons\u00e9quence m\u00e9canique de faire de la guerre une relation rationnelle entre nations.<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"><span class=\"fme-pre-backlink\">[<\/span><a href=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/2025\/demander-une-permission-a-la-nature-un-contrat-social-autochtone#identifier_15_6232\" class=\"footnote-link footnote-back-link\" title=\"Jump back to text\" aria-label=\"Jump back to text\">\u21a9<\/a><span class=\"fme-pre-backlink\">]<\/span><\/span><\/li><li id=\"footnote_16_6232\" class=\"footnote\">Il faut comprendre le la\u00efcisme ici comme une politique d&rsquo;Etat restreignant l\u2019irrationnel \u00e0 la sph\u00e8re du priv\u00e9.<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"><span class=\"fme-pre-backlink\">[<\/span><a href=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/2025\/demander-une-permission-a-la-nature-un-contrat-social-autochtone#identifier_16_6232\" class=\"footnote-link footnote-back-link\" title=\"Jump back to text\" aria-label=\"Jump back to text\">\u21a9<\/a><span class=\"fme-pre-backlink\">]<\/span><\/span><\/li><li id=\"footnote_17_6232\" class=\"footnote\">Rappelons ici que les t<a href=\"https:\/\/web.archive.org\/web\/20250000000000*\/https:\/\/www.quantamagazine.org\/how-godels-proof-works-20200714\/\" title=\"\">h\u00e9ories de G\u00f6del d\u00e9montrent<\/a> que les explications scientifiques sont, par nature, incompl\u00e8tes. C&rsquo;est pourquoi la science ne devrait jamais \u00eatre vue comme une certitude, mais uniquement comme une m\u00e9thode &#8211; dont l&rsquo;efficacit\u00e9 est sup\u00e9rieure en ingi\u00e9n\u00e9rie<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"><span class=\"fme-pre-backlink\">[<\/span><a href=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/2025\/demander-une-permission-a-la-nature-un-contrat-social-autochtone#identifier_17_6232\" class=\"footnote-link footnote-back-link\" title=\"Jump back to text\" aria-label=\"Jump back to text\">\u21a9<\/a><span class=\"fme-pre-backlink\">]<\/span><\/span><\/li><li id=\"footnote_18_6232\" class=\"footnote\">C&rsquo;est tout l&rsquo;apport de Descartes<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"><span class=\"fme-pre-backlink\">[<\/span><a href=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/2025\/demander-une-permission-a-la-nature-un-contrat-social-autochtone#identifier_18_6232\" class=\"footnote-link footnote-back-link\" title=\"Jump back to text\" aria-label=\"Jump back to text\">\u21a9<\/a><span class=\"fme-pre-backlink\">]<\/span><\/span><\/li><\/ol><div class=\"pld-like-dislike-wrap pld-template-1\">\r\n    <div class=\"pld-like-wrap  pld-common-wrap\">\r\n    <a href=\"javascript:void(0)\" class=\"pld-like-trigger pld-like-dislike-trigger  \" title=\"Super article!\" data-post-id=\"6232\" data-trigger-type=\"like\" data-restriction=\"cookie\" data-already-liked=\"0\">\r\n                        <i class=\"fas fa-thumbs-up\"><\/i>\r\n                <\/a>\r\n    <span class=\"pld-like-count-wrap pld-count-wrap\">0    <\/span>\r\n<\/div><div class=\"pld-dislike-wrap  pld-common-wrap\">\r\n    <a href=\"javascript:void(0)\" class=\"pld-dislike-trigger pld-like-dislike-trigger  \" title=\"Pas terrible...\" data-post-id=\"6232\" data-trigger-type=\"dislike\" data-restriction=\"cookie\" data-already-liked=\"0\">\r\n                        <i class=\"fas fa-thumbs-down\"><\/i>\r\n                <\/a>\r\n    <span class=\"pld-dislike-count-wrap pld-count-wrap\">0<\/span>\r\n<\/div><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Bien que la modernit\u00e9 semble destin\u00e9e \u00e0 submerger notre plan\u00e8te dans un d\u00e9luge de calamit\u00e9s environnementales et mettre en p\u00e9ril la survie d&rsquo;Homo sapiens, il existe d&rsquo;autres philosophies qui d\u00e9finissent leur rapport \u00e0 la nature qui peuvent offrir d&rsquo;autres mod\u00e8les de relation. 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[&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":2342,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"ocean_post_layout":"","ocean_both_sidebars_style":"","ocean_both_sidebars_content_width":0,"ocean_both_sidebars_sidebars_width":0,"ocean_sidebar":"0","ocean_second_sidebar":"0","ocean_disable_margins":"enable","ocean_add_body_class":"","ocean_shortcode_before_top_bar":"","ocean_shortcode_after_top_bar":"","ocean_shortcode_before_header":"","ocean_shortcode_after_header":"","ocean_has_shortcode":"","ocean_shortcode_after_title":"","ocean_shortcode_before_footer_widgets":"","ocean_shortcode_after_footer_widgets":"","ocean_shortcode_before_footer_bottom":"","ocean_shortcode_after_footer_bottom":"","ocean_display_top_bar":"default","ocean_display_header":"default","ocean_header_style":"","ocean_center_header_left_menu":"0","ocean_custom_header_template":"0","ocean_custom_logo":0,"ocean_custom_retina_logo":0,"ocean_custom_logo_max_width":0,"ocean_custom_logo_tablet_max_width":0,"ocean_custom_logo_mobile_max_width":0,"ocean_custom_logo_max_height":0,"ocean_custom_logo_tablet_max_height":0,"ocean_custom_logo_mobile_max_height":0,"ocean_header_custom_menu":"0","ocean_menu_typo_font_family":"0","ocean_menu_typo_font_subset":"","ocean_menu_typo_font_size":0,"ocean_menu_typo_font_size_tablet":0,"ocean_menu_typo_font_size_mobile":0,"ocean_menu_typo_font_size_unit":"px","ocean_menu_typo_font_weight":"","ocean_menu_typo_font_weight_tablet":"","ocean_menu_typo_font_weight_mobile":"","ocean_menu_typo_transform":"","ocean_menu_typo_transform_tablet":"","ocean_menu_typo_transform_mobile":"","ocean_menu_typo_line_height":0,"ocean_menu_typo_line_height_tablet":0,"ocean_menu_typo_line_height_mobile":0,"ocean_menu_typo_line_height_unit":"","ocean_menu_typo_spacing":0,"ocean_menu_typo_spacing_tablet":0,"ocean_menu_typo_spacing_mobile":0,"ocean_menu_typo_spacing_unit":"","ocean_menu_link_color":"","ocean_menu_link_color_hover":"","ocean_menu_link_color_active":"","ocean_menu_link_background":"","ocean_menu_link_hover_background":"","ocean_menu_link_active_background":"","ocean_menu_social_links_bg":"","ocean_menu_social_hover_links_bg":"","ocean_menu_social_links_color":"","ocean_menu_social_hover_links_color":"","ocean_disable_title":"default","ocean_disable_heading":"default","ocean_post_title":"","ocean_post_subheading":"","ocean_post_title_style":"","ocean_post_title_background_color":"","ocean_post_title_background":0,"ocean_post_title_bg_image_position":"","ocean_post_title_bg_image_attachment":"","ocean_post_title_bg_image_repeat":"","ocean_post_title_bg_image_size":"","ocean_post_title_height":0,"ocean_post_title_bg_overlay":0.5,"ocean_post_title_bg_overlay_color":"","ocean_disable_breadcrumbs":"default","ocean_breadcrumbs_color":"","ocean_breadcrumbs_separator_color":"","ocean_breadcrumbs_links_color":"","ocean_breadcrumbs_links_hover_color":"","ocean_display_footer_widgets":"default","ocean_display_footer_bottom":"default","ocean_custom_footer_template":"0","ocean_post_oembed":"","ocean_post_self_hosted_media":"","ocean_post_video_embed":"","ocean_link_format":"","ocean_link_format_target":"self","ocean_quote_format":"","ocean_quote_format_link":"post","ocean_gallery_link_images":"on","ocean_gallery_id":[],"footnotes":""},"categories":[1649,3,25],"tags":[1631,1648,34004,33585],"class_list":["post-6232","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-anthropologie","category-ecologie","category-philosophie","tag-aluna","tag-autochtones","tag-capitalisme","tag-nature","entry","has-media"],"aioseo_notices":[],"language":"fr","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6232","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6232"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6232\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6811,"href":"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6232\/revisions\/6811"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media\/2342"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6232"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6232"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6232"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}