{"id":5636,"date":"2021-10-27T14:19:47","date_gmt":"2021-10-27T18:19:47","guid":{"rendered":"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/?p=5636"},"modified":"2021-10-28T12:39:06","modified_gmt":"2021-10-28T16:39:06","slug":"les-guaranis-ou-limpossible-survie-dans-la-foret-paraguayenne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/2021\/les-guaranis-ou-limpossible-survie-dans-la-foret-paraguayenne","title":{"rendered":"Les Guaranis, ou l&rsquo;impossible survie dans la for\u00eat paraguayenne"},"content":{"rendered":"<div id=\"ez-toc-container\" class=\"ez-toc-v2_0_83 ez-toc-wrap-center counter-hierarchy ez-toc-counter ez-toc-grey ez-toc-container-direction\">\n<div class=\"ez-toc-title-container\">\n<p class=\"ez-toc-title\" style=\"cursor:inherit\">Contents<\/p>\n<span class=\"ez-toc-title-toggle\"><\/span><\/div>\n<nav><ul class='ez-toc-list ez-toc-list-level-1 ' ><li class='ez-toc-page-1 ez-toc-heading-level-2'><a class=\"ez-toc-link ez-toc-heading-1\" href=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/2021\/les-guaranis-ou-limpossible-survie-dans-la-foret-paraguayenne\/#Rencontre_avec_les_Guaranis\" >Rencontre avec les Guaranis<\/a><\/li><li class='ez-toc-page-1 ez-toc-heading-level-2'><a class=\"ez-toc-link ez-toc-heading-2\" href=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/2021\/les-guaranis-ou-limpossible-survie-dans-la-foret-paraguayenne\/#La_vie_des_Guaranis\" >La vie des Guaranis<\/a><\/li><li class='ez-toc-page-1 ez-toc-heading-level-2'><a class=\"ez-toc-link ez-toc-heading-3\" href=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/2021\/les-guaranis-ou-limpossible-survie-dans-la-foret-paraguayenne\/#Chasse_au_coati\" >Chasse au coati<\/a><\/li><li class='ez-toc-page-1 ez-toc-heading-level-2'><a class=\"ez-toc-link ez-toc-heading-4\" href=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/2021\/les-guaranis-ou-limpossible-survie-dans-la-foret-paraguayenne\/#Le_mepris_du_colon\" >Le m\u00e9pris du colon<\/a><\/li><\/ul><\/nav><\/div>\n<p>Un peuple autochtone sans terre, c\u2019est une peuple sans identit\u00e9. C\u2019est un groupe qui se meurt, et dont la splendeur n\u2019est qu\u2019un lointain \u00e9cho du pass\u00e9. Les peuples guaranis, une s\u00e9rie de diff\u00e9rentes ethnies autrefois r\u00e9partie entre la Bolivie, le Paraguay, le Br\u00e9sil et l\u2019Argentine, suivent le chemin de l\u2019extinction commune de tant d\u2019autres peuples. De deux millions avant la colonisation europ\u00e9enne, il ne sont plus que quelques centaines de milliers dont le plus grand groupe se trouve au Paraguay, petit pays enclav\u00e9 au centre de l\u2019Am\u00e9rique du Sud. Environ 140\u2019000 d\u2019entre eux y survivent.<\/p>\n<p>Leur influence dans les langues europ\u00e9ennes et sur la culture paraguayenne est importante. Lors de l\u2019arriv\u00e9e des missionnaires j\u00e9suites, ceux-ci, d\u00e9sireux d\u2019en savoir plus sur les m\u0153urs des locaux, vont cr\u00e9er un alphabet en latin pour pouvoir \u00e9crire la langue guarani en 1640, et traduire ainsi la bible dans cette langue.<\/p>\n<p>De nombreux mots d\u2019origine guarani sont utilis\u00e9s en biologie ou en sciences pour d\u00e9signer des animaux (jaguar trouve son origine dans <i>djagaret\u00e9, <\/i>tatou dans <i>tat\u00fa, piranha dans pira\u00f1a), <\/i>des plantes ou fruits (curare provient de <i>curar\u00e9, <\/i>ananas de <i>anan\u00e1<\/i>), et m\u00eame des lieux (Cara\u00efbes viendrait de <em>Kariba<\/em>, homme blanc en guarani, mais l&rsquo;\u00e9thymologie est d\u00e9battue). La tr\u00e8s grande majorit\u00e9 des Paraguayens parle le guarani, bien que selon les autochtones eux-m\u00eames il s\u2019agisse d\u2019une version ab\u00e2tardie de leur langue. Un Guarani me commentait que, selon lui, on parle trois langues au Paraguay : l\u2019espagnol, le guarani des blancs, et le guarani originel. Enfin, inscrite dans la membrane historique du pays, on retrouve dans l\u2019architecture des R\u00e9ductions dans le sud du Paraguay, ces missions j\u00e9suites construites entre le XVIIe et le XVIIIe si\u00e8cle, les symboles de certaines ethnies guaranis. Par exemple, une chauve-souris tr\u00f4ne au-dessus des armoiries j\u00e9suites du portail de l\u2019\u00e9glise de San Cosme, qui est l\u2019animal totem de l\u2019ethnie guarani mby\u00e1.<\/p>\n<h2><span class=\"ez-toc-section\" id=\"Rencontre_avec_les_Guaranis\"><\/span>Rencontre avec les Guaranis<span class=\"ez-toc-section-end\"><\/span><\/h2>\n<p>Il m\u2019a \u00e9t\u00e9 difficile de partir \u00e0 la rencontre d\u2019une communaut\u00e9 guarani peu modernis\u00e9e. Les Guaranis sont r\u00e9partis en petites communaut\u00e9s pauvres, souvent m\u00e9pris\u00e9s et incompris par les Paraguayens blancs (les Guaranis les d\u00e9nomment les \u00ab\u00a0Paraguayens\u00a0\u00bb tout court), vivant de l\u2019agriculture, de p\u00eache et d&rsquo;artisanat. Mais ils ne vivent presque plus de la for\u00eat, l\u2019environnement traditionnel de l&rsquo;histoire des Guaranis. Ils ont troqu\u00e9s arcs et fl\u00e8ches contre un t\u00e9l\u00e9phone portable, rempla\u00e7ant la cosmovision des anc\u00eatres par la t\u00e9l\u00e9vision de la modernit\u00e9. Certains parviennent \u00e0 envoyer leurs enfants \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9, et ceux qui parviendront \u00e0 \u00e9tudier la m\u00e9decine ou le droit, rejetteront souvent avec m\u00e9pris leur origine. Mais ils existent encore qui vivent proche de la nature.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s quelques jours de recherches intensives dans le sud du pays, je tombe sur Alberto, pr\u00e9sident d\u2019une association de Guaranis. Il loue un appartement \u00e0 Encarnaci\u00f3n, la capitale du d\u00e9partement d\u2019Itap\u00faa. Il est petit et rondelet, et s\u2019excuse presque d\u2019avoir un embonpoint qui ne sied pas aux Guaranis. Ses fr\u00e8res indig\u00e8nes se moquent de son poids, qu\u2019ils assimilent \u00e0 une tare de blanc. Apr\u00e8s lui avoir fourni quelques explications sur les raisons de ma d\u00e9marche, je demande \u00e0 Alberto son aide pour m\u2019aider \u00e0 approcher une communaut\u00e9 recul\u00e9e. Il me propose de me faire h\u00e9berger par une communaut\u00e9 vivant d\u2019agriculture, ce qui ne me convient pas. \u00ab Tu veux aller au fond de la for\u00eat, toi&#8230; \u00bb, me fait-il pensif. \u00ab Je veux la jungle et la v\u00e9rit\u00e9. La cosmovision et les traditions des anciens \u00bb, je pr\u00e9cise.<\/p>\n<p>Il ne me pose pas plus de questions ni ne trouve \u00e9trange ma d\u00e9marche. Manque de m\u00e9fiance ou de curiosit\u00e9, je ne saurais dire. Je suis certain par contre que si les r\u00f4les \u00e9taient \u00e9chang\u00e9s, je me serais montr\u00e9 bien plus suspicieux, \u00e0 la mani\u00e8re des <a href=\"\/blog\/2019\/les-kogis-ou-comment-survive-face-a-la-modernite-lorsquon-valorise-la-tradition\">Kogis<\/a> qui me firent patienter un mois avant de m\u2019accueillir. Apr\u00e8s un premier rendez-vous rat\u00e9, nous voil\u00e0 quelques jours plus tard en direction du \u00ab fond \u00bb, dans le Parc national de San Rafael. L\u00e0 o\u00f9 la route s\u2019arr\u00eate et les jambes deviennent reines, o\u00f9 l\u2019on parle un espagnol syncop\u00e9 et fait les emplettes au supermarch\u00e9 de la for\u00eat : apr\u00e8s quelques heures de 4&#215;4, j\u2019entrevois pour la premi\u00e8re fois depuis mon arriv\u00e9e au Paraguay une for\u00eat tropicale. Dense, avec des lianes et des tarentules ; cette for\u00eat primaire qui semble si inhospitali\u00e8re dans les documentaires en raison de leurs montages mensongers. En r\u00e9alit\u00e9, on a plus de chance de se faire assommer par un fruit tomb\u00e9 sur notre t\u00eate que mourir piqu\u00e9 par un scorpion. Il ne faut pas avoir peur de la taille des insectes, ni \u00eatre allergique aux piq\u00fbres de moustiques. J\u2019observe avec un sourire b\u00e9at enfantin cette splendeur ondulante de teints verdoyants, orang\u00e9s et jaun\u00e2tres qui d\u00e9ploie ses racines et sa canop\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 l\u2019horizon ; je ne remarque m\u00eame pas les petits hommes qui se rendent \u00e0 notre rencontre, qui sont pourtant la raison de ma venue. Un adolescent m\u2019offre une chaise qu\u2019il a sorti de ce qui me semble \u00eatre une \u00e9cole, me regarde avec s\u00e9rieux et me fais signe de m\u2019asseoir du menton. Je m\u2019ex\u00e9cute. Alberto me rejoint et me demande de patienter, il doit mener diff\u00e9rentes discussions avec le chef de la communaut\u00e9.<\/p>\n<p>D\u00e9laissant la contemplation de la mar\u00e9e sylvestre infinie, j\u2019observe les Guaranis alors qu\u2019une discussion, \u00e0 quelques 20 m\u00e8tres de moi, se d\u00e9roule entre Alberto, le cacique (le chef de la communaut\u00e9) et les habitants. Mon \u00e9loignement doit \u00eatre protocolaire, car de toute fa\u00e7on je serais bien incapable de comprendre les d\u00e9bats en guarani. Quelques minutes apr\u00e8s mon arriv\u00e9 \u00e0 Arroyo Moroti (\u00ab\u00a0ruisseau blanc\u00a0\u00bb en guarano-espagnol), je suis assis sous un arbre, me balan\u00e7ant seul sur une chaise r\u00e9solument moderne, sous un arbre me prot\u00e9geant des cuisants dards solaires et observant les Guaranis qui rient tout en prenant le <i>t\u00e9r\u00e9r\u00e9 <\/i>traditionnel.<\/p>\n<p>\u00ab Ils parlent des probl\u00e8mes d\u2019approvisionnement et de se lancer dans l\u2019agriculture \u00bb, me fait dans un sourire \u00e9dent\u00e9 un petit bonhomme aux bras puissants que je n\u2019ai pas entendu arriver. Enfin, c\u2019est ce que je crois comprendre ; son espagnol est h\u00e9sitant, il s\u2019appelle Jorge, il a 42 ans et sera mon fid\u00e8le compagnon durant mon s\u00e9jour. \u00ab Tu vis ici ? \u00bb, je m\u2019aventure \u00e0 lui demander. \u00ab Oui, depuis quelques ann\u00e9es. J\u2019ai grandi pr\u00e8s de San Cosme, dans une communaut\u00e9 qui a disparu en raison du barrage \u00bb. Le barrage de Yacyret\u00e1 (\u00ab\u00a0lieu o\u00f9 brille la lune\u00a0\u00bb, en guarani) est un g\u00e9ant qui fournit 22 % de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 argentine \u00e0 lui seul, qui a n\u00e9cessit\u00e9 30 ans de travaux et a r\u00e9duit \u00e0 n\u00e9ant des esp\u00e8ces animales end\u00e9miques. Il est \u00e9galement responsable de l\u2019\u00e9parpillement de communaut\u00e9s guaranis dans le d\u00e9partement d\u2019Itap\u00faa. Le gouvernement paraguayen a forc\u00e9 les Guaranis \u00e0 quitter leurs terres, sans les consulter sur un d\u00e9dommagement. Ce n\u2019est pas la premi\u00e8re, ni la derni\u00e8re d\u00e9monstration de l\u2019incapacit\u00e9 ontologique pour les Paraguayens de communiquer avec les indig\u00e8nes. Selon les Guaranis, l\u2019\u00c9tat doit s\u2019acquitter d\u2019une dette de 50\u2019000 hectares perdus \u00e0 la suite de la d\u00e9vastation de leur territoire. L&rsquo;ampleur de la r\u00e9paration est sujette \u00e0 discussion depuis des ann\u00e9es, mais le gouvernement en aurait accept\u00e9 le principe. Sans l&rsquo;appliquer, toutefois.<\/p>\n<p>Je l\u2019interroge\u00a0: \u00ab\u00a0Tu as des fr\u00e8res ou des s\u0153urs ici\u00a0?<\/p>\n<p>&#8211; Non, personne. J\u2019ai deux fr\u00e8res \u00e0 Asunci\u00f3n. L\u2019un est policier. Il m\u2019a trouv\u00e9 un travail l\u00e0-bas. J\u2019ai pass\u00e9 deux ans, mais je suis revenu ici. J\u2019aime la for\u00eat. Lui, il se moque de moi et me demande comment je peux vivre dans ces conditions.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Je profite pour observer mon interlocuteur. Ses chaussures sont fendues, et je peine \u00e0 comprendre comment il peut marcher. Son t-shirt est constell\u00e9 de trous voulant reproduire la grande ourse, fa\u00e7on Ken le survivant. Je compte trois dents manquantes et, comme je le d\u00e9couvrirai plus tard, il est plut\u00f4t bien loti en comparaison des autres habitants du lieu, m\u00eame les plus jeunes.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Tu pr\u00e9f\u00e8res vivre ici qu\u2019\u00eatre en ville\u00a0? Pourquoi\u00a0?<\/p>\n<p>&#8211; Je n\u2019ai pas de chef. Je n\u2019ai pas d\u2019horaire. Et j\u2019aime la for\u00eat. J\u2019ai suivi mon sang guarani. Mon fr\u00e8re pense que je suis fou. Je pense que lui n\u2019est pas libre.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>En quelques phrases, la trag\u00e9die est bross\u00e9e. Les autochtones d\u2019hier ne sont pas des alli\u00e9s de ceux d\u2019aujourd\u2019hui. Il est probable que les Guaranis souhaitant vivre dans les villes rejettent avec grande vigueur leur pass\u00e9, afin de se faire accepter par les blancs et se \u00ab blanchir \u00bb, comme on dit en Am\u00e9rique du Sud. Le conflit entre tradition et modernit\u00e9 est palpable, et l\u2019on sait parfaitement qui de deux l\u2019emportera.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Guarani-petite-fille-scaled.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium wp-image-5640\" src=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Guarani-petite-fille-scaled-338x450.jpg\" alt=\"\" width=\"338\" height=\"450\" srcset=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Guarani-petite-fille-scaled-338x450.jpg 338w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Guarani-petite-fille-scaled-576x768.jpg 576w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Guarani-petite-fille-scaled-768x1024.jpg 768w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Guarani-petite-fille-scaled-1152x1536.jpg 1152w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Guarani-petite-fille-scaled-1536x2048.jpg 1536w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Guarani-petite-fille-scaled.jpg 1920w\" sizes=\"auto, (max-width: 338px) 100vw, 338px\" \/><\/a>Jorge s\u2019est absent\u00e9 sans un mot, \u00e0 la fa\u00e7on autochtone. Dire au revoir est superflu. On rit, on cause, et on s\u2019\u00e9clipse. Je regarde les enfants jouer en attendant que les discussions des adultes se terminent : ils courent, se donnent des coups, simulent la peur et\u00a0 jamais ils ne pleurent. Aucun p\u00e8re pour leur dire de ne pas l\u00e9cher le sol, aucune m\u00e8re pour les consoler d\u2019une chute. Ils apprennent \u00e0 \u00eatre libres, sans garde-fou ni protection. Mon regard s\u2019attarde sur l\u2019un d\u2019entre eux, il semble avoir le visage lamin\u00e9 au bistouri, je ne sais si c\u2019est une mauvaise chute ou une maladie.<\/p>\n<p>Alberto s\u2019approche enfin de moi : \u00ab Tu peux rester avec la communaut\u00e9. J\u2019ai parl\u00e9 avec le cacique. Bonne chance ! \u00bb, me lance-t-il en guise d\u2019adieu. Son corps s\u2019efface pour laisser place \u00e0 un homme menu, entre 60 et 80 ans, au regard hypnotique d&rsquo;un loup des glaces. Il semble avoir les yeux bleus, bien qu\u2019ils soient marrons. Il me tend la main : \u00ab Moi cacique Chaparro. Toi, appel\u00e9 comment ? \u00bb Je me demande bien comment le chef de la communaut\u00e9 va pouvoir r\u00e9pondre \u00e0 mes interrogations sur la cosmovision guarani avecc aussi peu de ma\u00eetrise d&rsquo;espagnol. \u00ab Juan \u00bb, lui r\u00e9pond-je tout sourire. \u00ab Je suis enchant\u00e9 de faire ta connaissance. J\u2019ai beaucoup de questions. \u00bb<\/p>\n<p>Sur quoi le chef m\u2019invite \u00e0 chercher un endroit pour monter ma tente. D\u2019habitude, lors de mes s\u00e9jours aupr\u00e8s des communaut\u00e9s autochtones, j\u2019ai droit \u00e0 une petite pi\u00e8ce avec hamac, voire un sommier lorsque je suis chanceux. Je crois n&rsquo;avoir jamais vu de communaut\u00e9 aussi pauvre. \u00ab Pour manger, comment est-ce que cela se passe ? \u00bb, m\u2019enquis-je. Son regard se farde, et il me sourit faisant mine de ne pas comprendre. \u00ab Avec quelle famille je vais pouvoir manger ? \u00bb, je me fais insistant. Avant de me rappeler que Jorge m\u2019avait indiqu\u00e9 qu\u2019un anthropologue \u00e9tasunien \u00e9tait venu il y a un ou deux ans vivre une quinzaine de jours \u00e0 Arroyo Moroti. \u00ab L\u2019Etasunien qui est venu l\u2019ann\u00e9e pass\u00e9e, il a fait comment pour manger ?<\/p>\n<p>&#8211; Oh, lui\u2026 il a apport\u00e9 sa nourriture.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Bon sang, j\u2019ai demand\u00e9 plusieurs fois \u00e0 Alberto s\u2019il \u00e9tait n\u00e9cessaire de pr\u00e9voir une subsistance, mais celui-ci s\u2019est content\u00e9 de me dire de ne pas m\u2019inqui\u00e9ter. Je suis dans une communaut\u00e9 dont je ne parle pas la langue, \u00e0 4 heures de marche du lieu de ravitaillement le plus proche, et Alberto et son 4&#215;4 sont d\u00e9j\u00e0 partis. Tr\u00e8s bien, l\u2019aventure commence.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Guarania-ma-tente-scaled.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium wp-image-5639\" src=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Guarania-ma-tente-scaled-600x450.jpg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"450\" srcset=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Guarania-ma-tente-scaled-600x450.jpg 600w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Guarania-ma-tente-scaled-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Guarania-ma-tente-scaled-768x576.jpg 768w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Guarania-ma-tente-scaled-1536x1152.jpg 1536w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Guarania-ma-tente-scaled-2048x1536.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><\/a>Alors que je monte la tente, une partie de la communaut\u00e9 s\u2019approche de moi. Les hommes s\u2019assoient autour de moi, et m\u2019observent en fumant quelques cigarettes. Les enfants m\u2019\u00e9pient de loin, et les femmes ont disparu. J\u2019ai l\u2019impression d\u2019\u00eatre un animal de cirque, con\u00e7u pour faire passer le temps aux Guaranis. J\u2019excelle d\u2019ailleurs dans mon r\u00f4le et amuse mon assembl\u00e9e ; cela semble facile, les Guaranis semblent avoir le rire facile, ce qui me rassure quant \u00e0 la possibilit\u00e9 de communication non-verbale, \u00e0 laquelle je devrai avoir recours ces prochains jours.<\/p>\n<p>Bien que je sois en t-shirt \u00e0 manches longues, mes mains et mon cou sont d\u00e9vor\u00e9s par les moustiques et les mouches des fruits, que les Guaranis nomment <i>mariwi<\/i>. Maudissant mon ennemi jur\u00e9 de jungle, je me mets en qu\u00eate de Jorge. Je ne reconnais pas au milieu de tous ces visages inconnus, mais il prend les devants et s\u2019approche de moi une fois ma maison construite. Il me fais signe de le suivre, et nous nous asseyons \u00e0 quelques dizaines de m\u00e8tres de ma tente, devant l\u2019\u00e9cole du village. Une construction qui tranche avec le paysage, parsel\u00e9 de maisonnettes guaranis faites de terre et de bois. L&rsquo;\u00e9difice moderne a \u00e9t\u00e9 construit par l\u2019\u00c9tat paraguayen, affirmant dans ses brochures qui tra\u00eenent \u00e0 l\u2019entr\u00e9e de l\u2019une des deux salles que l\u2019\u00e9ducation est un droit universel. J\u2019apprendrai le jour suivant que les cours sont donn\u00e9es par un ancien ouvrier agricole reconverti en quelques jours dans l\u2019enseignement.<\/p>\n<p>\u00ab Je n\u2019aime pas les \u00e9coles de blancs \u00bb, commence Jorge. \u00ab On perd notre culture avec l\u2019\u00e9ducation des Blancs. Et puis, \u00e0 quoi elle sert cette \u00e9ducation ? Elle est de mauvaise qualit\u00e9 et on va en faire quoi, apr\u00e8s ? \u00bb Je r\u00e9fl\u00e9chis \u00e0 son fr\u00e8re policier et \u00e0 Alberto, qui ont pu faire des \u00e9tudes et m\u00eame des suivre des cours universitaire pour ce dernier. Puis je reste pensif, car Alberto est certainement un cas exceptionnel qui, malgr\u00e9 sa formation, poursuit sa vie au service de la communaut\u00e9. Beaucoup de Guaranis \u00e9duqu\u00e9s comme des Paraguayens adoptent la voie du m\u00e9pris \u00e0 l\u2019\u00e9gard de leurs anciens fr\u00e8res indig\u00e8nes, et brisent les maillons de la cha\u00eene de la tradition. Apr\u00e8s tout, l\u2019\u00e9cole des Paraguayens, plut\u00f4t qu\u2019enseigner \u00e0 reconna\u00eetre les plantes ou suivre la piste d\u2019un coati en for\u00eat, d\u00e9taille le nom des pr\u00e9sidents blancs qui ont domin\u00e9s les nations guaranis. Le ph\u00e9nom\u00e8ne d\u2019acculturation est amplement connu des anthropologues, et amplement subis par les autochtones.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Quand est-ce que tu vas manger\u00a0?\u00a0\u00bb, fais-je plein d\u2019espoir \u00e0 mon nouvel ami. Il se met \u00e0 rire\u00a0: \u00ab\u00a0Quand il y a\u00a0\u00bb, me r\u00e9pond-il. Je ne saisis pas tout de <a href=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Guaranis-foret-tombee-de-la-nuit-scaled.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium wp-image-5644\" src=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Guaranis-foret-tombee-de-la-nuit-scaled-600x400.jpg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"400\" srcset=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Guaranis-foret-tombee-de-la-nuit-scaled-600x400.jpg 600w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Guaranis-foret-tombee-de-la-nuit-scaled-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Guaranis-foret-tombee-de-la-nuit-scaled-768x512.jpg 768w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Guaranis-foret-tombee-de-la-nuit-scaled-1536x1024.jpg 1536w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Guaranis-foret-tombee-de-la-nuit-scaled-2048x1366.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><\/a>suite la port\u00e9e de sa r\u00e9ponse. Avant de comprendre que, en toute simplicit\u00e9, il m\u2019annonce que les famines sont r\u00e9guli\u00e8res dans la communaut\u00e9. Et que ce soir, je ne mangerai pas. Je je\u00fbnerai comme le font les Guaranis, qui lorsqu\u2019il n\u2019y a pas, il n\u2019y a rien. Jorge dispara\u00eet, et je me fais contemplatif. La pleine lune brille comme un soleil dans la nuit, et un concert mystique est jou\u00e9 par des lucioles expertes dans un ballet sur fond d\u2019ombres nocturnes cisel\u00e9s par les arbres environnant. Je me prends pour un chef d\u2019orchestre jouant une \u0153uvre lumineuse unique avant de m\u2019endormir sur un fond sonore de crapauds et d\u2019oiseaux de nuits. Le spectacle son et lumi\u00e8re \u00e9tait de toute beaut\u00e9, ce soir, je reviendrai.<\/p>\n<h2><span class=\"ez-toc-section\" id=\"La_vie_des_Guaranis\"><\/span>La vie des Guaranis<span class=\"ez-toc-section-end\"><\/span><\/h2>\n<p>Le lendemain, le cacique se fait excuser qu\u2019il ne peut me rencontrer en raison de maux de t\u00eates. Les Guaranis ont la r\u00e9putation de ne jamais mentir, mais il s\u2019agit d\u2019une l\u00e9gende, j\u2019ai pu le constater \u00e0 de nombreuses reprises. Ils n\u2019aiment pas le mensonge, certes, et il est condamn\u00e9 culturellement. Mais je suspecte instinctivement que Chaparro me fait faux bond car il ne saurait m\u2019enseigner quoi que ce soit en espagnol. Les deux profs de l\u2019\u00e9cole viennent de faire leur arriv\u00e9e, \u00e0 moto, et m\u2019accueillent \u00e0 bras ouverts. Ils sont tous les deux blancs, et sont mari\u00e9s. J\u2019\u00e9change avec la femme, car son mari est occup\u00e9 \u00e0 distribuer du lait et des g\u00e2teaux aux enfants. C\u2019est le seul repas certain de la journ\u00e9e, et peut-\u00eatre la seule raison de la ponctualit\u00e9 et l&rsquo;entrain des Guaranis. \u00ab J\u2019aimerais tant leur permettre de sortir de cette pauvret\u00e9, c\u2019est ma mission \u00bb, m\u2019explique Raquel. \u00ab Je veux leur donner une chance de sortir d\u2019ici, et de pouvoir devenir avocats ou m\u00e9decins \u00bb.<\/p>\n<p>Je pense aux j\u00e9suites \u00e9vang\u00e9lisateurs du XVIIe si\u00e8cle, car rien ne semble avoir chang\u00e9. La m\u00eame envie de sauver des \u00e2mes, de modifier la vie des communaut\u00e9s avec lesquelles on \u00e9change. Raquel me confie vivre depuis quatre ans avec les habitants d\u2019Arroyo Moroti, et ne s\u2019est jamais pos\u00e9 la question de savoir s\u2019ils sont heureux ainsi. Je tente de lui demander ce qu\u2019est une bonne vie selon elle, mais au lieu de philosopher avec moi elle se ferme en m\u2019affirmant que la voie de J\u00e9sus demande qu\u2019on ne laisse personne en arri\u00e8re. C\u2019est une femme avec le coeur sur la main, mais qui d\u00e9montre qu\u2019apprendre la g\u00e9om\u00e9trie sans enseigner pourquoi la g\u00e9om\u00e9trie est utile est aussi vain que de ne pas enseigner du tout la g\u00e9om\u00e9trie, comme dans le cas des colons ignares qui vinrent d\u00e9pouiller de leurs terres les Guaranis il y a quatre cent ans.<\/p>\n<p>Jorge, mon fid\u00e8le compagnon, me rejoins le sourire au l\u00e8vre et du <i>rev<\/i><i>iro<\/i> dans les mains, une p\u00e2te compos\u00e9e de farine, eau et sel. Sa joie et communicative et je me goinfre autant que possible, car \u00ab\u00a0il y a\u00a0\u00bb, ce matin. Une fois repus, nous nous rendons \u00e0 une heure de marche pour voir sa famille, qui habite plus \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur. Nous mangeons des fruits qui me sont inconnus mais qui sont d\u00e9licieux, imitons le champs des oiseaux et Jorge m\u2019apprend \u00e0 reconna\u00eetre les traces laiss\u00e9es par les animaux de la r\u00e9gion, tel le coati. Je lui fais remarquer que ses ongles semblent bien longs, ce qu\u2019il confirme en me racontant que lors d\u2019une chasse, l\u2019un de ses chiens s\u2019est fait trancher la gorge par un coati. Nous parvenons au hameau de sa famille, une clairi\u00e8re sur laquelle se trouve quatre maisonnettes et un champ agricole o\u00f9 je reconnais les feuilles de tabac, de ma\u00efs, et m\u00eame des pousses d\u2019herbe mat\u00e9 (pour boire le mat\u00e9 du matin ou le terer\u00e9 de l\u2019apr\u00e8s-midi, coutumes guaranis transmises aux Paraguayens et Argentins). Un vieil homme vient nous accueillir, qui m\u2019explique imm\u00e9diatement que son champ est courtis\u00e9 par toute la communaut\u00e9 et qu\u2019on lui qu\u00e9mande souvent des c\u00e9r\u00e9ales.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Guaranis-famille-scaled.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium wp-image-5638\" src=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Guaranis-famille-scaled-600x400.jpg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"400\" srcset=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Guaranis-famille-scaled-600x400.jpg 600w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Guaranis-famille-scaled-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Guaranis-famille-scaled-768x512.jpg 768w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Guaranis-famille-scaled-1536x1024.jpg 1536w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Guaranis-famille-scaled-2048x1366.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><\/a>Nous nous asseyons et bavardons tant bien que mal, avec l\u2019aide de la traduction h\u00e9sitante de Jorge. L\u2019ancien me demande\u00a0: \u00ab\u00a0En quoi peux-tu \u00eatre utile \u00e0 la vie de mes petits-enfants\u00a0?\u00a0\u00bb. Je trouve ses pr\u00e9occupations louables, et d\u00e9cide d\u2019\u00eatre aussi sinc\u00e8re que je le peux\u00a0: \u00ab\u00a0Certainement \u00e0 rien, car les hommes doivent changer de l\u2019int\u00e9rieur. Je me contente d\u2019offrir des informations sur l\u2019ext\u00e9rieures.\u00a0\u00bb Je ne suis pas certain que le d\u00e9codage r\u00e9alis\u00e9 par Jorge en guarani soit fid\u00e8le, car l\u2019ancien me lance un regard satisfait. Mais la conversation s\u2019interrompt, car une alerte chasse vient d\u2019\u00eatre sonn\u00e9e\u00a0: un coati aurait \u00e9t\u00e9 aper\u00e7u, et nous nous mettons en route imm\u00e9diatement avec une arme \u00e0 poing, une machette et deux chiens. Un enfant d\u2019une dizaine d\u2019ann\u00e9es nous accompagne, Jorge et moi-m\u00eame.<\/p>\n<h2><span class=\"ez-toc-section\" id=\"Chasse_au_coati\"><\/span>Chasse au coati<span class=\"ez-toc-section-end\"><\/span><\/h2>\n<p>La course-poursuite est lanc\u00e9e, et un vieux chien suis la piste olfactive laiss\u00e9e par le coati. \u00ab\u00a0C\u2019est bon signe\u00a0\u00bb, me fait avec confiance Jorge. Mon estomac se contracte, je ressens l\u2019excitation animale et primitive de la chasse. Les branches que j\u2019\u00e9vitais \u00e0 l\u2019all\u00e9e, je les brises en courant\u00a0; nous sommes guid\u00e9s par un cl\u00e9bard, nous le suivons \u00e0 l\u2019unisson notre chef de meute. Puis notre m\u00e2le alpha pousse un cri de rage devant nous, et lorsque nous arrivons sur les lieux le drame est d\u00e9j\u00e0 termin\u00e9: un coati g\u00eet, les poils sur sa gorge laissant s\u2019imbibant de sang vermeil. L\u2019animal est mort, et l\u2019enfant qui nous accompagne l\u2019attrape sans h\u00e9sitation par sa longue queue. La chasse, qui m\u2019a sembl\u00e9 durer une \u00e9ternit\u00e9, s\u2019est termin\u00e9e avant de commencer. Je suis pourtant essouffl\u00e9.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Guaranis-enfant-avec-coati-scaled.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-5642 size-medium\" src=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Guaranis-enfant-avec-coati-scaled-600x400.jpg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"400\" srcset=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Guaranis-enfant-avec-coati-scaled-600x400.jpg 600w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Guaranis-enfant-avec-coati-scaled-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Guaranis-enfant-avec-coati-scaled-768x512.jpg 768w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Guaranis-enfant-avec-coati-scaled-1536x1024.jpg 1536w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Guaranis-enfant-avec-coati-scaled-2048x1366.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><\/a>Nous faisons notre entr\u00e9e dans le hameau satisfaits comme des h\u00e9ros, Jorge affiche un sourire qui lui d\u00e9forme le visage. Sa derni\u00e8re prise remonte \u00e0 il y a plus de dix jours. Depuis l\u2019incendie de l\u2019ann\u00e9e pass\u00e9, le gibier est invisible et les ventres creux. Durant la p\u00e9riode de pand\u00e9mie en 2020, il mangeait une fois tous les deux jours, m\u2019a-t-il expliqu\u00e9. \u00ab\u00a0Un Guarani peut supporter la faim, c\u2019est notre mani\u00e8re de vivre. Mais certains jours, je n\u2019arrivais pas \u00e0 me lever\u00a0\u00bb, avouait-il. Plus de 100 hectares sont parties en fum\u00e9e, tuant une grande quantit\u00e9 d\u2019animaux. \u00ab\u00a0On a mang\u00e9 ceux qui n\u2019\u00e9taient pas carbonis\u00e9s, mais on n\u2019a plus revu beaucoup d\u2019esp\u00e8ces depuis\u00a0\u00bb. La fiert\u00e9 de Jorge, alors que nous nous rendons dans le coin cuisine de la clairi\u00e8re, tient du soulagement et non de l\u2019orgueil.<\/p>\n<p>Nous passons la journ\u00e9e dans la for\u00eat, le ventre un peu vide \u00e0 mon go\u00fbt car la soupe de coati \u00e9tait quelque peu l\u00e9g\u00e8re. Ce petit animal (c\u2019\u00e9tait une femelle, avec les mamelles visibles, elle devait allaiter) pour nourrir plus de dix personnes est insuffisant. Nous faisons nous courses au rayon fruit, et d\u00e9gustons de savoureuses dattes je crois. En fin de journ\u00e9e, Jorge prend cong\u00e9 et am\u00e8ne le reste de fruits aupr\u00e8s de sa famille. Je retourne en direction de ma tente, o\u00f9 une famille m\u2019a pr\u00e9par\u00e9 une soupe de poulet avec des p\u00e2tes. Les os de poulets sont d\u00e9charn\u00e9s, car le principe de la soupe est d\u2019\u00e9paissir l\u2019eau avec aussi bien la viande qu\u2019avec les p\u00e2tes, pour pouvoir partager avec le plus de monde le frugal repas. M\u00eame lorsqu\u2019ils n\u2019ont que du vent, les Guaranis vous en offrent de petites brises.<\/p>\n<h2><span class=\"ez-toc-section\" id=\"Le_mepris_du_colon\"><\/span>Le m\u00e9pris du colon<span class=\"ez-toc-section-end\"><\/span><\/h2>\n<p>La journ\u00e9e suivante sera tout aussi instructive, mais bien moins joyeux. Des Paraguayens, m\u00e9decins et administratifs, font leur arriv\u00e9e en 4&#215;4 pour ex\u00e9cuter la louable t\u00e2che d\u2019assurer des soins basiques au Guaranis. Un dentiste et une gyn\u00e9cologue ob\u00e9issent \u00e0 une responsable du d\u00e9partement d\u2019Itap\u00faa, qui occupe l\u2019espace comme un ouragan. Elle d\u00e9couvre avec effroi qu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 dans l\u2019\u00e9cole, et explique \u00e0 la gyn\u00e9cologue que lors de sa derni\u00e8re venue, il y a trois ans, le r\u00e9seau \u00e9lectrique \u00e9tait fonctionnel. Elle cherche des excuses \u00e0 son impr\u00e9paration, et sa m\u00e9connaissance du monde indig\u00e8ne va transformer en fiasco son op\u00e9ration.<\/p>\n<p>R\u00e9unissant toutes les femmes de la communaut\u00e9, elle demande \u00e0 chacune d\u2019entre elles si elles ont eu des relations sexuelles durant la nuit. Ouvertement et devant ses soeurs, chacune est somm\u00e9e de d\u00e9cliner ses rapports nocturnes. G\u00ean\u00e9es, chacune r\u00e9pond par l\u2019affirmative puis refuse de se rendre aupr\u00e8s de la gyn\u00e9cologue. La responsable paraguayenne s\u2019offusque, s\u2019emporte, criant que \u00ab\u00a0ces femmes sont ingrates. J\u2019ai r\u00e9unis des volontaires \u2013 savez-vous combien c\u2019est difficile, de trouver des volontaires\u00a0? &#8211; et personne ne suit les consignes. Plus jamais je ne reviendrai ici\u00a0\u00bb. Les indig\u00e8nes s\u2019\u00e9parpillent, calmement, sans rien r\u00e9pondre.<\/p>\n<p>J\u2019observe la sc\u00e8ne de loin et Raquel me traduit les \u00e9changes en guarani que je ne saisis pas. Je comprends cependant \u00e0 quel type d\u2019attitude les Guaranis font face : un racisme de bas \u00e9tage, o\u00f9 la Paraguayenne, atteinte du syndrome de la sauveuse, croit avoir tous les droits sur une population arri\u00e9r\u00e9e puisqu\u2019elle vient les aider. Elle est frustr\u00e9e qu\u2019on ne lui ob\u00e9isse pas comme elle s\u2019y attend. Ses \u00e9motions sont le reflet de sa maladie interne, une infirmit\u00e9 transmis par les colons europ\u00e9ens, o\u00f9 le ne voit pas les autochtones comme des humains \u00e0 part enti\u00e8re. Elle, qui n\u2019oserait jamais attrouper des femmes paraguayennes \u00e0 Encarnaci\u00f3n pour leur demander si elles ont couch\u00e9 avec quelqu\u2019un le jour pr\u00e9c\u00e9dent, s&rsquo;autorise ici l&rsquo;impensable ; car int\u00e9rieurement, elle ne voit pas les Guaranis comme ses semblables. Une fois que le dentiste a termin\u00e9 son affaire avec les quelques enfants qui sont venus le voir \u2013 en d\u2019autres termes, qu&rsquo;il leur a arrach\u00e9 des dents \u2013 la petite troupe prend la poudre d\u2019escampette dans un nuage de poussi\u00e8re.<\/p>\n<p>Jorge me rejoint sur ces entre-faits. Nous \u00e9changeons sur ce qu\u2019il vient de se passer, mais il n\u2019est pas tr\u00e8s int\u00e9ress\u00e9 par le sujet. Les Guaranis n\u2019aiment pas se f\u00e2cher, ni dire du mal d&rsquo;autrui.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Mais tu ne t\u2019\u00e9nerves jamais\u00a0?, je questionne mon guide chasseur-cueilleur.<\/p>\n<p>&#8211; Je n\u2019en vois pas l\u2019int\u00e9r\u00eat. Tu sais, j\u2019ai eu trois femmes. Et j\u2019aurais pu tuer la premi\u00e8re, mais je ne l\u2019ai pas fait.<\/p>\n<p>&#8211; Tu aurais pu la tuer\u00a0? Comment \u00e7a\u00a0?<\/p>\n<p>&#8211; Ici, on a des f\u00eates qui co\u00efncident avec celles des blancs. No\u00ebl, par exemple. Et l\u2019un de mes amis de la communaut\u00e9, alors que je travaillais \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur depuis plusieurs mois, m\u2019a dit de faire attention avec ma femme, qu\u2019elle faisait des choses louches. J\u2019ai alors dit \u00e0 ma femme que je n\u2019allais pas rentrer \u00e0 No\u00ebl, mais je suis rentr\u00e9 malgr\u00e9 tout. Je me suis rendu \u00e0 la f\u00eate du village, et suis rest\u00e9 dans l\u2019obscurit\u00e9, pour l\u2019observer. Apr\u00e8s quelques danses, elles s\u2019est \u00e9clips\u00e9 avec un homme dans les bois. Je l\u2019ai suivie avec ma lampe torche, de loin.<\/p>\n<p>&#8211; Et qu\u2019as-tu vu\u00a0?<\/p>\n<p>&#8211; Je l\u2019ai vu avec cette homme en train de faire l\u2019amour. Au lieu de la frapper ou la mutiler, je lui ai dit que puisqu\u2019elle ne m\u2019aimait plus, elle devrait rester avec cet homme, et que nous devrions nous s\u00e9parer. Je lui ai aussi dit qu\u2019elle m\u2019avait fendu le coeur \u00bb, fait dans un souffle le Guarani. Son visage est impassible, la souffrance doit \u00eatre lointaine.<\/p>\n<p>Je suis abasourdi par la force de cette homme, qui peut troquer sa col\u00e8re pour la raison dans les moments critiques. Ses comp\u00e9tences \u00e9motionnelles m\u2019impressionnent bien plus que sa connaissance de la for\u00eat. Et je lui fais part de mon admiration.<\/p>\n<p>\u00ab &#8211; Tout le monde au village m\u2019a f\u00e9licit\u00e9 pour ma r\u00e9action. Il y a une femme, ici, celle qui a une septantaine d\u2019ann\u00e9es, qui a un tendon coup\u00e9. C\u2019est son ex-mari qui l\u2019a puni d\u2019une infid\u00e9lit\u00e9. C\u2019est pour \u00e7a qu\u2019elle boite \u00bb.<\/p>\n<p>Du pire comme du meilleur, la soci\u00e9t\u00e9 guarani dans laquelle je vis est identique \u00e0 toute soci\u00e9t\u00e9. Mais cet homme Jorge, Kalil de son nom guarani, fait parti des meilleurs.<\/p>\n<p>Nous partons p\u00eacher ensemble car le cacique s\u2019est fait encore porter p\u00e2le, et comme il me semble clair que je n\u2019apprendrai rien sur les coutumes ancestrales guaranis, autant profiter du temps \u00e0 disposition. Nous partons avec un autre enfant, d\u2019une douzaine d\u2019ann\u00e9e lui aussi, qui selon Kalil, \u00ab est tr\u00e8s valeureux car il chasse tout seul et \u00e0 plus d\u2019une heure de sa maison \u00bb. Je suppose que ce qui impressionne Kalil devrait m\u2019\u00e9poustoufler.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Guaranis-Jorge-et-gamin-de-12-ans-scaled.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium wp-image-5641\" src=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Guaranis-Jorge-et-gamin-de-12-ans-scaled-600x450.jpg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"450\" srcset=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Guaranis-Jorge-et-gamin-de-12-ans-scaled-600x450.jpg 600w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Guaranis-Jorge-et-gamin-de-12-ans-scaled-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Guaranis-Jorge-et-gamin-de-12-ans-scaled-768x576.jpg 768w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Guaranis-Jorge-et-gamin-de-12-ans-scaled-1536x1152.jpg 1536w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Guaranis-Jorge-et-gamin-de-12-ans-scaled-2048x1536.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><\/a>Alors que nous nous enfon\u00e7ons dans la for\u00eat en ingurgitant tous les fruits que nous pouvons, je r\u00e9fl\u00e9chis sur le futur de ma communaut\u00e9 d\u2019accueil. Son extr\u00eame pauvret\u00e9 oblige le gouvernement paraguayen \u00e0 lui fournir des vivres. L\u2019ann\u00e9e de la pand\u00e9mie, la communaut\u00e9 ne pouvait ni vendre son artisanat pour cause de Covid-19 ni chasser dans la for\u00eat en raison des feux de for\u00eats. L\u2019\u00c9tat avait promis des vivres tous les mois, mais ils ne se seraient acquitt\u00e9s de leur promesse qu\u2019une seule fois. L\u2019\u00e9lectricit\u00e9 arrivera bien un jour dans le hameau. De tous les c\u00f4t\u00e9s que l\u2019on regarde, on d\u00e9note la d\u00e9pendance toujours plus accentu\u00e9es de ce peuple qui n\u2019avait besoin, autrefois, que de la jungle. Quel avenir ont les Guaranis aujourd\u2019hui ? Ne seront-ils pas bient\u00f4t qu\u2019une ethnie suppl\u00e9mentaire \u00e0 ajouter sur la sinistre liste des cultures disparues ? L\u2019une des strat\u00e9gie les plus efficaces pour la d\u00e9fense des autochtones, alors que nous entrons dans une \u00e8re qui sera dict\u00e9e par le changement climatique et la disparition accentu\u00e9e de la biodiversit\u00e9, est de reconna\u00eetre le r\u00f4le jou\u00e9e sur cette derni\u00e8re par les indig\u00e8nes. Partout dans le monde, les scientifiques ont \u00e9t\u00e9 surpris de d\u00e9couvrir que la richesse de la biodiversit\u00e9 l\u00e0 o\u00f9 les ethnies premi\u00e8res vivaient. Lorsque l\u2019homme sait m\u00e9nager ses besoins, il est b\u00e9n\u00e9fique \u00e0 la nature. Mais pour cela, il doit gu\u00e9rir de sa triple ignorance : apprendre \u00e0 conna\u00eetre ses fr\u00e8res humains, contempler la beaut\u00e9 naturelle, et surtout se d\u00e9couvrir lui-m\u00eame. Nous reviendrons au village, Kalil et moi, laissant l\u2019enfant p\u00eacher tout seul, avec quelques minuscules poissons qui seront bouillis en soupe. Un repas aussi l\u00e9ger que les chances pour l\u2019homme de changer, mais nous ne sommes pas revenus bredouilles. Et la rel\u00e8ve, l\u00e0 bas, pr\u00e8s de l&rsquo;\u00e9tang, continue sans se d\u00e9moraliser.<\/p>\n<div class=\"pld-like-dislike-wrap pld-template-1\">\r\n    <div class=\"pld-like-wrap  pld-common-wrap\">\r\n    <a href=\"javascript:void(0)\" class=\"pld-like-trigger pld-like-dislike-trigger  \" title=\"Super article!\" data-post-id=\"5636\" data-trigger-type=\"like\" data-restriction=\"cookie\" data-already-liked=\"0\">\r\n                        <i class=\"fas fa-thumbs-up\"><\/i>\r\n                <\/a>\r\n    <span class=\"pld-like-count-wrap pld-count-wrap\">0    <\/span>\r\n<\/div><div class=\"pld-dislike-wrap  pld-common-wrap\">\r\n    <a href=\"javascript:void(0)\" class=\"pld-dislike-trigger pld-like-dislike-trigger  \" title=\"Pas terrible...\" data-post-id=\"5636\" data-trigger-type=\"dislike\" data-restriction=\"cookie\" data-already-liked=\"0\">\r\n                        <i class=\"fas fa-thumbs-down\"><\/i>\r\n                <\/a>\r\n    <span class=\"pld-dislike-count-wrap pld-count-wrap\">0<\/span>\r\n<\/div><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un peuple autochtone sans terre, c\u2019est une peuple sans identit\u00e9. C\u2019est un groupe qui se meurt, et dont la splendeur n\u2019est qu\u2019un lointain \u00e9cho du pass\u00e9. Les peuples guaranis, une s\u00e9rie de diff\u00e9rentes ethnies autrefois r\u00e9partie entre la Bolivie, le Paraguay, le Br\u00e9sil et l\u2019Argentine, suivent le chemin de l\u2019extinction commune de tant d\u2019autres peuples. [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":5643,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"ocean_post_layout":"","ocean_both_sidebars_style":"","ocean_both_sidebars_content_width":0,"ocean_both_sidebars_sidebars_width":0,"ocean_sidebar":"0","ocean_second_sidebar":"0","ocean_disable_margins":"enable","ocean_add_body_class":"","ocean_shortcode_before_top_bar":"","ocean_shortcode_after_top_bar":"","ocean_shortcode_before_header":"","ocean_shortcode_after_header":"","ocean_has_shortcode":"","ocean_shortcode_after_title":"","ocean_shortcode_before_footer_widgets":"","ocean_shortcode_after_footer_widgets":"","ocean_shortcode_before_footer_bottom":"","ocean_shortcode_after_footer_bottom":"","ocean_display_top_bar":"default","ocean_display_header":"default","ocean_header_style":"","ocean_center_header_left_menu":"0","ocean_custom_header_template":"0","ocean_custom_logo":0,"ocean_custom_retina_logo":0,"ocean_custom_logo_max_width":0,"ocean_custom_logo_tablet_max_width":0,"ocean_custom_logo_mobile_max_width":0,"ocean_custom_logo_max_height":0,"ocean_custom_logo_tablet_max_height":0,"ocean_custom_logo_mobile_max_height":0,"ocean_header_custom_menu":"0","ocean_menu_typo_font_family":"0","ocean_menu_typo_font_subset":"","ocean_menu_typo_font_size":0,"ocean_menu_typo_font_size_tablet":0,"ocean_menu_typo_font_size_mobile":0,"ocean_menu_typo_font_size_unit":"px","ocean_menu_typo_font_weight":"","ocean_menu_typo_font_weight_tablet":"","ocean_menu_typo_font_weight_mobile":"","ocean_menu_typo_transform":"","ocean_menu_typo_transform_tablet":"","ocean_menu_typo_transform_mobile":"","ocean_menu_typo_line_height":0,"ocean_menu_typo_line_height_tablet":0,"ocean_menu_typo_line_height_mobile":0,"ocean_menu_typo_line_height_unit":"","ocean_menu_typo_spacing":0,"ocean_menu_typo_spacing_tablet":0,"ocean_menu_typo_spacing_mobile":0,"ocean_menu_typo_spacing_unit":"","ocean_menu_link_color":"","ocean_menu_link_color_hover":"","ocean_menu_link_color_active":"","ocean_menu_link_background":"","ocean_menu_link_hover_background":"","ocean_menu_link_active_background":"","ocean_menu_social_links_bg":"","ocean_menu_social_hover_links_bg":"","ocean_menu_social_links_color":"","ocean_menu_social_hover_links_color":"","ocean_disable_title":"default","ocean_disable_heading":"default","ocean_post_title":"","ocean_post_subheading":"","ocean_post_title_style":"","ocean_post_title_background_color":"","ocean_post_title_background":0,"ocean_post_title_bg_image_position":"","ocean_post_title_bg_image_attachment":"","ocean_post_title_bg_image_repeat":"","ocean_post_title_bg_image_size":"","ocean_post_title_height":0,"ocean_post_title_bg_overlay":0.5,"ocean_post_title_bg_overlay_color":"","ocean_disable_breadcrumbs":"default","ocean_breadcrumbs_color":"","ocean_breadcrumbs_separator_color":"","ocean_breadcrumbs_links_color":"","ocean_breadcrumbs_links_hover_color":"","ocean_display_footer_widgets":"default","ocean_display_footer_bottom":"default","ocean_custom_footer_template":"0","ocean_post_oembed":"","ocean_post_self_hosted_media":"","ocean_post_video_embed":"","ocean_link_format":"","ocean_link_format_target":"self","ocean_quote_format":"","ocean_quote_format_link":"post","ocean_gallery_link_images":"off","ocean_gallery_id":[],"footnotes":""},"categories":[1649,1871,26],"tags":[1648,12399,12397],"class_list":["post-5636","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-anthropologie","category-chroniques","category-voyages","tag-autochtones","tag-guarani","tag-paraguay","entry","has-media"],"aioseo_notices":[],"language":"fr","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5636","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=5636"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5636\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":5656,"href":"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5636\/revisions\/5656"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media\/5643"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=5636"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=5636"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=5636"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}