{"id":56,"date":"2005-09-06T17:57:34","date_gmt":"2005-09-06T15:57:34","guid":{"rendered":"http:\/\/www.ikiru.ch\/blog\/?p=56"},"modified":"2024-10-05T18:10:48","modified_gmt":"2024-10-05T23:10:48","slug":"fight-club","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/2005\/fight-club","title":{"rendered":"Fight Club"},"content":{"rendered":"\n<p>Rien que de repenser \u00e0 ce film, un sentiment de malaise renait en moi.<\/p>\n\n\n\n<p>David Fincher, avec son acteur f\u00e9tiche Brad Pitt et avec Edward Norton sous sa houlette fait vraiment ici des merveilles.<\/p>\n\n\n\n<p>Rarement un film m&rsquo;aura autant boulevers\u00e9 et \u00ab\u00a0pris aux tripes\u00a0\u00bb. Un film de tous les superlatifs, qui incontestablement a des qualit\u00e9s artistiques, tant au niveau de la r\u00e9alisation, du sc\u00e9nario (adaptation du roman), de l&rsquo;\u00e9clairage, de la photo, des SFX (bluffants), des qualit\u00e9s techniques qui laissent pantois d&rsquo;admiration. Il est difficile de refermer la bouche et d&rsquo;essuyer le filet de&#8230;, enfin, de refermer la bouche, tant on reste contemplatif devant ce pur chef d&rsquo;oeuvre.<\/p>\n\n\n\n<p>Film de la d\u00e9cennie, film du si\u00e8cle, la question ne se pose pas en ces termes. Mais c&rsquo;est certainement un film marquant, qui fera r\u00e9f\u00e9rence plus encore que ne l&rsquo;a fait <span data-lum_link_maker=\"popup\">Seven<\/span>, tant des innovations sc\u00e9naristiques et techniques sont apport\u00e9es ici; le reste, c&rsquo;est au spectateur qu&rsquo;il appartient de le juger&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>A noter Meat Loaf (le chanteur du tube \u00e0 succ\u00e8s \u00ab\u00a0anything for love\u00a0\u00bb) dans un r\u00f4le plut\u00f4t atypique.<\/p>\n\n\n\n<p>Une ambiance terrible, glauque s&rsquo;impose \u00e0 votre esprit d\u00e8s le d\u00e9but du film. Le d\u00e9sespoir insupportable auquel doit faire face le narrateur de l&rsquo;histoire (son nom ?), un cadre menant une vie monotone, d\u00e9nu\u00e9e d&rsquo;int\u00e9r\u00eat. Un d\u00e9sespoir d\u00e9peint avec une exactitude troublante, voire d\u00e9rangeante, la perception de la soci\u00e9t\u00e9 par la x-generation.<\/p>\n\n\n\n<p>Sa seule passion, son mobilier IKEA, dont il d\u00e9vore les catalogues comme d&rsquo;autres fantasment sur Playboy. C&rsquo;est par son besoin de poss\u00e9der, par son mat\u00e9rialisme qu&rsquo;il essaie de combler son vide affectif. Mais rien y fait, il souffre d&rsquo;insomnies chroniques et d\u00e9sesp\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est par hasard qu&rsquo;il tombe sur des gens aussi d\u00e9sorient\u00e9s que lui, mais que des maladies aussi diverses qu&rsquo;\u00e9tonnantes emp\u00eachent de s&rsquo;int\u00e9grer \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 comme tout un chacun. Cette d\u00e9couverte, qui le fait r\u00e9aliser que sa souffrance n&rsquo;est pas isol\u00e9e, et surtout que des gens souffrent plus encore que lui-m\u00eame, il va l&rsquo;exploiter, s&rsquo;en repa\u00eetre. Le tout est d\u00e9peint avec un cynisme rare, un humour noir assez d\u00e9stabilisant. L&rsquo;immersion dans le film \u00e9tant totale \u00e0 ce moment du film, il est trop tard pour pouvoir prendre du recul; on s&rsquo;identifie \u00e0 ce vautour, ce charognard des grandes villes.<\/p>\n\n\n\n<p>Ses insomnies cessent jusqu&rsquo;\u00e0 la rencontre de Marla, une paum\u00e9e marginale qui vampirise tout comme lui la douleur d&rsquo;autrui. Subitement, il prend conscience de son hypocrisie, et les faux semblants ne lui sont plus d&rsquo;aucune aide.<\/p>\n\n\n\n<p>Lors d&rsquo;un de ses voyages d&rsquo;affaire, il fait la connaissance de Tyler Durden, un personnage s\u00fbr de lui, aux formes athl\u00e9tiques bref, aux antipodes de notre ch\u00e9tif et maladroit narrateur. A eux deux, ils vont former un \u00ab\u00a0fight club\u00a0\u00bb, soit un groupe de cogneurs o\u00f9 le but du jeu est de frapper jusqu&rsquo;au sang sont adversaire. On pourrait au premier abord ne voir qu&rsquo;un simple d\u00e9fouloir, mais ce club est plus que \u00e7a; il permet d&rsquo;aller \u00e0 contre- courant des sch\u00e9mas pr\u00e9-\u00e9tablis de la soci\u00e9t\u00e9 bien-pensante, il permet de se sentir unique. Pas de paris d&rsquo;argents, pas de fervents admirateurs, rien qu&rsquo;un duel viril entre hommes, qui nous est d\u00e9crit presque comme anodin.<\/p>\n\n\n\n<p>Au fur et \u00e0 mesure que l&rsquo;histoire prend forme, il d\u00e9couvre en Tyler un exemple. Avec lui, il se sent capable de tout et les tabous qu&rsquo;il a pu avoir tombent. Il prend conscience de sa vuln\u00e9rabilit\u00e9, de son inadaptation \u00e0 la vie moderne. Non, d\u00e9cid\u00e9ment, sa vie pass\u00e9 ne lui convient pas, et au travers de diff\u00e9rents dialogues que partagent nos deux protagonistes, le narrateur prend conscience de la futilit\u00e9 de son existence, et apprend \u00e0 appr\u00e9cier le moment pr\u00e9sent. Un discours presque banal de nos jours, trait\u00e9 bien plus d&rsquo;une fois, mais il y a l\u00e0 dans ce film une telle justesse dans le constat dress\u00e9 par Fincher, qu&rsquo;il ne peut que nous toucher. On se surprend \u00e0 s&rsquo;identifier \u00e0 ce type qui a tout paum\u00e9, qui est bord du gouffre, qui a d\u00e9pass\u00e9 m\u00eame le stade des questions existentielles. Mais le narrateur veut passer \u00e0 l&rsquo;\u00e9tape suivante, et agir pour que \u00e7a change. Sa r\u00e9volte, sa rage retenue, vont le pousser \u00e0 renier petit \u00e0 petit toutes ses valeurs qu&rsquo;il avait jusqu&rsquo;alors.<\/p>\n\n\n\n<p>Un suite un peu plus romanc\u00e9e prend alors le dessus du film, l&rsquo;intrigue devient plus vivante. Mais c&rsquo;est Tyler Durden qui en fait s&rsquo;active \u00e0 monter un v\u00e9ritable r\u00e9seau terroriste \u00e0 travers tous les USA, sans en avertir le narrateur; le plan KAOS est mis en chantier, et arrive rapidement \u00e0 maturit\u00e9. Le tout est servi par des dialogues poignants, saisissants d&rsquo;authenticit\u00e9, mais tellement d\u00e9moralisants. Si vous vous \u00eates un tant soit peu pos\u00e9s les m\u00eame questions que le narrateur une fois dans votre vie, sans forc\u00e9ment arriver aux m\u00eames conclusions, vous ne pouvez pas faire autrement que faire corps avec lui. Ce qui le touche, vous touche. L\u00e0 o\u00f9 il a mal, vous avez mal.<\/p>\n\n\n\n<p>Fincher, qui aime prendre le spectateur au d\u00e9pourvu, nous pr\u00e9sente un d\u00e9veloppement inattendu et plut\u00f4t rassurant, au vu des actes de nos deux Che&rsquo; en puissance; Tyler Durden n&rsquo;\u00e9tait que le complexe d&rsquo;inf\u00e9riorit\u00e9 du narrateur, en fait totalement schizophr\u00e8ne. On en reste abasourdi, mortifi\u00e9s, et on se repasse en m\u00e9moire toutes les sc\u00e8nes pr\u00e9c\u00e9dentes du film jusqu&rsquo;\u00e0 se dire \u00ab\u00a0ouais, en fait \u00e7a colle\u00a0\u00bb. Les comportements excentriques des deux rebelles \u00e9tant d&rsquo;un bout \u00e0 l&rsquo;autre compl\u00e9mentaires, la retenue de l&rsquo;un correspondant aux exc\u00e8s de l&rsquo;autre, cette explication est accept\u00e9 sans discussion. Le spectateur essayer de comprendre le pourquoi, le comment, en parall\u00e8le avec le narrateur qui para\u00eet tout aussi d\u00e9stabilis\u00e9 que le spectateur stup\u00e9fait.<\/p>\n\n\n\n<p>La fin, encore plus romanc\u00e9e (c&rsquo;est beau l&rsquo;am\u00fb\u00fb\u00fbr !), se termine sur la fusion des deux consciences du narrateur, et devient Tyler en faisant preuve du courage (folie ?) qu&rsquo;il a toujours voulu avoir. Si le d\u00e9nouement ne tient carr\u00e9ment pas debout quand on l&rsquo;analyse (une balle dans la bouche, et il se rel\u00e8ve gaiement), on s&rsquo;en fiche. La substance qu&rsquo;on en tire est bien plus important que tout le reste. Et le d\u00e9sarroi est total lorsque l&rsquo;on voit les buildings s&rsquo;effondrer dans une sc\u00e8ne digne d&rsquo;<span data-lum_link_maker=\"popup\">ID4<\/span>, le narrateur avec Marla (kidnapp\u00e9e entre temps) \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s, attendant leur mort certaine.<\/p>\n\n\n\n<p>Un conseil : n&rsquo;allez pas voir ce film si vous avez eu une mauvaise journ\u00e9e. C&rsquo;est un film qui est dur \u00e0 vivre, difficile \u00e0 assumer. Il peut amener \u00e0 se remettre profond\u00e9ment en question.<\/p>\n\n\n\n<p>(<a href=\"https:\/\/groups.google.com\/g\/fr.rec.cinema.discussion\/c\/hmRyLb_FxgE\">message original<\/a> du 03-12-1999 @ 01:00:00, j&rsquo;\u00e9tais bien jeune)<\/p>\n<div class=\"pld-like-dislike-wrap pld-template-1\">\r\n    <div class=\"pld-like-wrap  pld-common-wrap\">\r\n    <a href=\"javascript:void(0)\" class=\"pld-like-trigger pld-like-dislike-trigger  \" title=\"Super article!\" data-post-id=\"56\" data-trigger-type=\"like\" data-restriction=\"cookie\" data-already-liked=\"0\">\r\n                        <i class=\"fas fa-thumbs-up\"><\/i>\r\n                <\/a>\r\n    <span class=\"pld-like-count-wrap pld-count-wrap\">0    <\/span>\r\n<\/div><div class=\"pld-dislike-wrap  pld-common-wrap\">\r\n    <a href=\"javascript:void(0)\" class=\"pld-dislike-trigger pld-like-dislike-trigger  \" title=\"Pas terrible...\" data-post-id=\"56\" data-trigger-type=\"dislike\" data-restriction=\"cookie\" data-already-liked=\"0\">\r\n                        <i class=\"fas fa-thumbs-down\"><\/i>\r\n                <\/a>\r\n    <span class=\"pld-dislike-count-wrap pld-count-wrap\">0<\/span>\r\n<\/div><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Rien que de repenser \u00e0 ce film, un sentiment de malaise renait en moi. 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