{"id":5423,"date":"2021-04-08T22:47:35","date_gmt":"2021-04-09T02:47:35","guid":{"rendered":"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/?p=5423"},"modified":"2024-11-01T13:09:10","modified_gmt":"2024-11-01T18:09:10","slug":"les-vrais-heros-de-lamazonie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/2021\/les-vrais-heros-de-lamazonie","title":{"rendered":"Les vrais h\u00e9ros de l\u2019Amazonie"},"content":{"rendered":"<div id=\"ez-toc-container\" class=\"ez-toc-v2_0_83 ez-toc-wrap-center counter-hierarchy ez-toc-counter ez-toc-grey ez-toc-container-direction\">\n<div class=\"ez-toc-title-container\">\n<p class=\"ez-toc-title\" style=\"cursor:inherit\">Contents<\/p>\n<span class=\"ez-toc-title-toggle\"><\/span><\/div>\n<nav><ul class='ez-toc-list ez-toc-list-level-1 ' ><li class='ez-toc-page-1 ez-toc-heading-level-2'><a class=\"ez-toc-link ez-toc-heading-1\" href=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/2021\/les-vrais-heros-de-lamazonie\/#Evo_Morales_nest_pas_le_hero_que_lon_pretend\" >Evo Morales n\u2019est pas le h\u00e9ro que l\u2019on pr\u00e9tend<\/a><\/li><li class='ez-toc-page-1 ez-toc-heading-level-2'><a class=\"ez-toc-link ez-toc-heading-2\" href=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/2021\/les-vrais-heros-de-lamazonie\/#Alex_Villca_Limaco\" >Alex Villca Limaco<\/a><\/li><li class='ez-toc-page-1 ez-toc-heading-level-2'><a class=\"ez-toc-link ez-toc-heading-3\" href=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/2021\/les-vrais-heros-de-lamazonie\/#Ruth_Aliapaz\" >Ruth Aliapaz<\/a><\/li><li class='ez-toc-page-1 ez-toc-heading-level-2'><a class=\"ez-toc-link ez-toc-heading-4\" href=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/2021\/les-vrais-heros-de-lamazonie\/#Le_combat_dAlex_et_Ruth_le_Chepete_et_le_Bala\" >Le combat d\u2019Alex et Ruth : le Chepete et le Bala<\/a><\/li><\/ul><\/nav><\/div>\n<p>Lorsqu&rsquo;en janvier 2006 le gouvernement d&rsquo;Evo Morales s&rsquo;installe \u00e0 la t\u00eate de la Bolivie, la victoire symbolique des peuples opprim\u00e9s se r\u00e9pand dans tout le pays puis dans toute l&rsquo;Am\u00e9rique Latine, o\u00f9 les peuples autochtones c\u00e9l\u00e8brent que \u00ab\u00a0l&rsquo;un des leurs\u00a0\u00bb soit parvenu aux fonctions supr\u00eames. Dans cette nation enclav\u00e9e d&rsquo;Am\u00e9rique du Sud, les paysannes cholitas ne peuvent ouvrir de compte bancaire, les autochtones sont ignor\u00e9s, l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 des chances un concept que l&rsquo;on pr\u00e9f\u00e8re cantonner aux t\u00e9l\u00e9novelas. L&rsquo;enthousiasme transporte les Boliviens qui esp\u00e8rent pouvoir mettre fin \u00e0 5 si\u00e8cles de pouvoir d\u00e9tenu par les hispanodescendants.<\/p>\n<h2><span class=\"ez-toc-section\" id=\"Evo_Morales_nest_pas_le_hero_que_lon_pretend\"><\/span>Evo Morales n\u2019est pas le h\u00e9ro que l\u2019on pr\u00e9tend<span class=\"ez-toc-section-end\"><\/span><\/h2>\n<p>Ils vont toutefois d\u00e9chanter devant les actions du \u00ab\u00a0pr\u00e9sident autochtone\u00a0\u00bb, mais le propre des l\u00e9gendes est de se moquer de la r\u00e9alit\u00e9. Le pr\u00e9sident Morales a gagn\u00e9 l&rsquo;estime des intellectuels de gauche de Bolivie et du monde entier, des d\u00e9fenseurs de la cause autochtone, et m\u00eame des autochtones eux-m\u00eames des pays voisins. Les peuples indig\u00e8nes boliviens ont beau crier \u00e0 l&rsquo;usurpateur, ils ne font pas le poids face \u00e0 la d\u00e9ferlante pan\u00e9gyrique dans les m\u00e9dias.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Rio-Beni-Rurrenabaque-scaled.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-large wp-image-5435\" src=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Rio-Beni-Rurrenabaque-scaled-1024x683.jpg\" alt=\"\" width=\"1024\" height=\"683\" srcset=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Rio-Beni-Rurrenabaque-scaled-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Rio-Beni-Rurrenabaque-scaled-600x400.jpg 600w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Rio-Beni-Rurrenabaque-scaled-768x512.jpg 768w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Rio-Beni-Rurrenabaque-scaled-1536x1024.jpg 1536w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Rio-Beni-Rurrenabaque-scaled-2048x1366.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><\/p>\n<p>Il est difficile de se d\u00e9barrasser de tels pr\u00e9jug\u00e9s. Mes propres fondations ont commenc\u00e9 \u00e0 trembler lorsque, au hasard des r\u00e9seaux sociaux, je d\u00e9couvre une ONG d&rsquo;autochtones nomm\u00e9e <a href=\"https:\/\/www.facebook.com\/contiocap\/\">CONTIOCAP<\/a> qui se r\u00e9jouit en 2019 du d\u00e9part d\u2019Evo Morales, \u00e0 la suite des remous provoqu\u00e9s par sa r\u00e9\u00e9lection anticonstitutionnelle \u00e0 un troisi\u00e8me mandat. Imm\u00e9diatement, je pense \u00e0 une op\u00e9ration \u00e9tasunienne pour \u00e9branler le pouvoir de gauche dans le pays sud-am\u00e9ricain. Un classique dans le domaine, mon pass\u00e9 de d\u00e9fenseur des droits humains m&rsquo;a fait rencontrer une foultitude de fausses ONG. J&rsquo;\u00e9pluche le parcours de l&rsquo;organisation anti-Morales, pensant rapidement pouvoir la d\u00e9masquer au moyen des informations publi\u00e9es sur internet : je reste perplexe devant les renseignements que j&rsquo;analyse, rien ne semble la lier au pays nord-am\u00e9ricain. J&rsquo;oublie l&rsquo;histoire, jusqu&rsquo;\u00e0 ce que je me rende en Bolivie.<\/p>\n<p>Lors de mon voyage dans le pays en 2021, je fr\u00e9quente une population disparate plut\u00f4t de gauche (paysans, intellectuels, religieux, travailleurs sociaux). Je traverse des lieux isol\u00e9s, visite ses montagnes intactes, travaille dans ses villes, explore les terres basses (la jungle). Et je m&rsquo;\u00e9tonne de l&rsquo;uniformit\u00e9 des discours des habitants : \u00e0 l&rsquo;unisson ou presque, les Boliviens s&rsquo;accordent pour dire que l&rsquo;\u00e9lection d&rsquo;Evo Morales en 2006 est un changement cataclysmique pour le pays. Son impact dans les campagnes a \u00e9t\u00e9 notable, d\u00e9bloquant pour la premi\u00e8re fois de l&rsquo;histoire des fonds pour construire des ponts, des centres de sant\u00e9, fournir l&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9 aux communaut\u00e9s recul\u00e9es. Les paysans sont ravis, les citadins reconnaissent que la discrimination \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des campagnes \u00e9tait insoutenable. Mais on reconna\u00eet \u00e9galement le d\u00e9dain de Morales pour la place de la femme, son inaction pour la protection des peuples autochtones, son aversion pour le processus d\u00e9mocratique bolivien, et m\u00eame sa bienveillance \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard du d\u00e9veloppement du trafic de narcotiques dans le Chapare. La r\u00e9alit\u00e9 m&rsquo;\u00e9touffe : cet homme auto-proclam\u00e9 autochtone, adul\u00e9 par ses semblables de toute l&rsquo;Am\u00e9rique Latine, serait-il un imposteur, comme le sugg\u00e9rait CONTIOCAP ? C&rsquo;est en me rendant dans l&rsquo;Amazonie bolivienne, dans le Beni, que je fais la rencontre d&rsquo;Alex Villca Limaco, un autochtone uchupiamona d\u00e9fenseur des droits humains et protecteur de la nature qui affronte le gouvernement bolivien et les multinationales depuis de nombreuses ann\u00e9es. Premi\u00e8re co\u00efncidence, Alex se trouve \u00eatre le porte-parole de l&rsquo;association CONTIOCAP, cette association dont je ne pouvais concevoir la l\u00e9gitimit\u00e9. Un curieux hasard, qui sera suivi par d\u2019autres.<\/p>\n<p>Sous forme d&rsquo;interview r\u00e9flexive, je pr\u00e9sente nos \u00e9changes qui me semblent indispensables pour comprendre le quotidien d&rsquo;une communaut\u00e9 qui pour sa survie a lutt\u00e9 contre Evo Morales hier, et aujourd&rsquo;hui le parti politique M\u00c1S cr\u00e9\u00e9 par ce dernier.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: left;\"><span class=\"ez-toc-section\" id=\"Alex_Villca_Limaco\"><\/span>Alex Villca Limaco<span class=\"ez-toc-section-end\"><\/span><\/h2>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Alex-Villca-Rurrenabaque-scaled.jpeg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-large wp-image-5433\" src=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Alex-Villca-Rurrenabaque-scaled-1024x683.jpeg\" alt=\"\" width=\"1024\" height=\"683\" srcset=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Alex-Villca-Rurrenabaque-scaled-1024x683.jpeg 1024w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Alex-Villca-Rurrenabaque-scaled-600x400.jpeg 600w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Alex-Villca-Rurrenabaque-scaled-768x512.jpeg 768w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Alex-Villca-Rurrenabaque-scaled-1536x1024.jpeg 1536w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Alex-Villca-Rurrenabaque-scaled-2048x1366.jpeg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><br \/>\n&#8211; Pourquoi penses-tu que le gouvernement Morales vous a laiss\u00e9 tomber ? J&rsquo;ouvre les feux d&rsquo;un dialogue qui durera pr\u00e8s de 5 heures, o\u00f9 nous parlerons aussi bien d&rsquo;\u00e9cologie, de politique que d&rsquo;\u00e9conomie.<\/p>\n<p>&#8211; L&rsquo;argent, le pouvoir, je ne sais pas. En 2005, j&rsquo;ai activement pris part \u00e0 sa campagne \u00e9lectorale dans ma communaut\u00e9. J&rsquo;encourageais mes oncles, mes parents, mes amis \u00e0 voter pour Evo. Je voyais en lui la cl\u00e9 du changement. Ma famille me disait que j&rsquo;\u00e9tais na\u00eff, que son \u00e9lection ne changerait rien pour nous, me r\u00e9pond l\u2019activiste amazonien avec un visage grave. Avec le temps, j&rsquo;ai compris qu&rsquo;ils avaient su juger avec prescience le nouveau pr\u00e9sident.<\/p>\n<p>Je cherche \u00e0 comprendre les motivations de l&rsquo;homme qui me fait face. Je l\u2019observe, et peine \u00e0 reconna\u00eetre l&rsquo;origine de ses traits qui ne me semblent pas enti\u00e8rement amazonien. Alex me r\u00e9v\u00e8le que les Espagnols, lors de la colonisation de la r\u00e9gion au 17e si\u00e8cle, ont embarqu\u00e9 avec eux des Quechuas (les descendants des Incas) pour qu&rsquo;ils se chargent de communiquer avec les indig\u00e8nes, car les Espagnols qui avaient d\u00e9j\u00e0 appris le quechua se d\u00e9courageaient devant la multitude de langues de la r\u00e9gion. Peut-\u00eatre pensaient-ils que la t\u00e2che serait plus facile pour des habitants du m\u00eame continent, l\u2019histoire semble ahurissante.<\/p>\n<p>Alex est membre de la communaut\u00e9 autochtone uchupiamona, compos\u00e9e des descendants de deux familles ayant surv\u00e9cu aux massacres des conquistadors, dont les deux derniers locuteurs parlant uchpiamona sont morts dans les ann\u00e9es 1880. La soci\u00e9t\u00e9 amazonienne a surv\u00e9cu en raison de son m\u00e9lange avec les Quechuas, les Aymaras, et s\u00fbrement quelques Espagnols. Elle est une survivante m\u00e9tisse, m\u00e9langeant ses traditions ancestrales avec la modernit\u00e9. Quelques communaut\u00e9s s\u0153urs, beaucoup plus enfonc\u00e9es dans la jungle, refusent aujourd&rsquo;hui encore le contact avec les \u00ab\u00a0colons\u00a0\u00bb (incluant dans ce terme les communaut\u00e9s aymara et quechua de l&rsquo;Altiplano), \u00ab\u00a0mais un jour la modernit\u00e9 se pr\u00e9sentera \u00e0 eux aussi\u00a0\u00bb, glisse Alex.<\/p>\n<p>&#8211; Pourquoi prendre ces risques ? Lorsque tu combats le gouvernement bolivien et les multinationales \u00e9trang\u00e8res, tu n&rsquo;as pas peur ?, questionne-je l&rsquo;activiste. Il r\u00e9fl\u00e9chit un moment, puis se lance dans un monologue.<\/p>\n<p>&#8211; Je viens d&rsquo;une famille humble. J&rsquo;ai eu la chance d&rsquo;obtenir de l&rsquo;aide &#8211; et c&rsquo;est ironique &#8211; de religieux europ\u00e9ens pour suivre une formation de base hors de ma communaut\u00e9. Puis j&rsquo;ai obtenu une bourse par le biais de la coop\u00e9ration belge pour \u00e9tudier \u00e0 l\u2019universit\u00e9. Durant mes \u00e9tudes sup\u00e9rieures \u00e0 La Paz, j\u2019ai fait le travail de trois personnes durant le week-end pour gagner ce qu&rsquo;il me fallait pour survivre. Une fois l&rsquo;universit\u00e9 termin\u00e9e, j&rsquo;ai rapidement trouv\u00e9 un poste de garde forestier dans le parc de Madidi, proche de Rurrenabaque, pas tr\u00e8s loin de ma communaut\u00e9. J&rsquo;ai appris \u00e0 aimer la nature, tout en me rapprochant de nos cultures. Il se tait quelques instants, comme pour mesurer la port\u00e9e de ses mots, avant de se lancer \u00e0 nouveau : \u00ab\u00a0Non, je n&rsquo;ai pas peur. Je travaille pour quelque chose de plus grand que moi : mes anc\u00eatres et la nature. Je suis insignifiant en comparaison de cela. Si je dois mourir, j&rsquo;accepterai mon destin.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>L&rsquo;homme parle beaucoup, mais je suis frapp\u00e9 par son manque de passion apparent. Il est r\u00e9serv\u00e9, presque sto\u00efque : j&rsquo;interroge un soldat en mission. Il conna\u00eet les risques de son engagement, et je ne peux croire qu&rsquo;il se lance dans un combat tel que le sien sans \u00e9motion.<\/p>\n<p>Nous abordons les raisons de sa lutte. C&rsquo;est avec un ton monocorde qu&rsquo;il m&rsquo;avoue que l&rsquo;\u00e9lection de Morales en est la cause premi\u00e8re :<br \/>\n&#8211; Peu de temps apr\u00e8s son arriv\u00e9e au pouvoir, les projets d&rsquo;envergure ont d\u00e9but\u00e9 dans les territoires autochtones. Le gouvernement voulait s&rsquo;approprier nos terres ancestrales et en extraire ses richesses. D&rsquo;autres membres de ma communaut\u00e9 se sont \u00e9galement battus, comme Ruth. Ruth, qui n&rsquo;a jamais eu confiance en Evo, m&rsquo;a lanc\u00e9 un \u00ab\u00a0je te l&rsquo;avais bien dit\u00a0\u00bb apr\u00e8s l&rsquo;\u00e9lection de Morales et que j&rsquo;aie ouvert les yeux sur sa politique pr\u00e9dactrice, fait l&rsquo;activiste en l\u00e2chant un sourire. \u00ab\u00a0On nous a expuls\u00e9 tous les deux du directoire autochtone du village de San Jos\u00e9, un organisme de notre propre communaut\u00e9, car on estimait que nous \u00e9tions trop durs avec le gouvernement. Evo Morales \u00e9tait encore en \u00e9tat de gr\u00e2ce, m\u00eame chez nous, alors que nous \u00e9tions des victime directes de ses politiques.\u00a0\u00bb Il s\u2019interrompt un instant pour se rem\u00e9morer des \u00e9l\u00e9ments qu\u2019il conna\u00eet par c\u0153ur, puis reprend : \u201cPourtant, l&rsquo;histoire nous a donn\u00e9 raison, \u00e0 Ruth et moi-m\u00eame. Les peuples qui n\u2019ont pas combattus se sont fait expulser de leurs territoires. Un peuple sans terre est un peuple sans avenir. Ces peuples indig\u00e8nes qui ont pens\u00e9 pouvoir \u00eatre conciliants avec le pouvoir de La Paz ont eu tort. Ils ont ch\u00e8rement pay\u00e9 leur na\u00efvet\u00e9, car une fois les terres perdues, il n\u2019y a pas de retour en arri\u00e8re possible. Je veux \u00e9viter qu\u2019il nous arrive la m\u00eame chose, c&rsquo;est la raison de notre combat, et pour l\u2019instant nous tenons bon\u201d, termine-t-il d&rsquo;un ton convaincu.<\/p>\n<p>&#8211; \u00ab\u00a0Quel est ton combat que tu estimes \u00eatre le plus embl\u00e9matique ? Tu en as men\u00e9 beaucoup, mais il y en a bien un de plus symbolique\u00a0\u00bb, je m\u2019aventure \u00e0 demander \u00e0 Alex.<\/p>\n<p>&#8211; \u00ab\u00a0Je n\u2019ai jamais pens\u00e9 devenir d\u00e9fenseur des droits humains, jamais. Je pensais vivre une vie plut\u00f4t tranquille, gagnant ma vie avec une petite entreprise d\u2019\u00e9colodge que j\u2019ai cr\u00e9\u00e9. Mon engagement d\u2019activiste est, assez ironiquement, d\u00fb \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e d\u2019Evo Morales au pouvoir. En 15 ans, j\u2019ai men\u00e9 de nombreuses manifestations : mais obtenir l&rsquo;arr\u00eat du projet de la centrale hydro-\u00e9lectrique des Chepete et Bala est sans aucun doute l&rsquo;une de nos plus belles victoires.\u00a0\u00bb Je note en \u00e9coutant mon interlocuteur que, tout comme avec la plupart des indig\u00e8nes que j\u2019ai rencontr\u00e9 dans mon existence, le \u00ab\u00a0nous\u00a0\u00bb collectif revient la plupart du temps pour parler des combats et des succ\u00e8s, m\u00eame dans les cas o\u00f9 ils seraient dus \u00e0 lui seul. Mais Alex continue avant que je r\u00e9fl\u00e9chisse plus en avant sur la pens\u00e9e collective indig\u00e8ne. \u00ab\u00a0La Bolivie produit aux alentours de 2600 MWh, et n\u2019en consomme que deux mille. Nous sommes un pays exportateur d\u2019\u00e9nergie qui reste obs\u00e9d\u00e9 par la volont\u00e9 de produire plus encore. Le gouvernement s\u2019est mis en t\u00eate de construire de nombreux barrages hydro\u00e9lectriques en Amazonie. Dont au Chepete et Bala, deux projets qui auraient forc\u00e9 de nombreuses communaut\u00e9s \u00e0 plier bagage. Morales, qui a promis de faire de la Bolivie le c\u0153ur \u00e9nerg\u00e9tique du continent, a pouss\u00e9 pour la construction de ces deux barrages. Sans tenir compte de l\u2019obligation constitutionnelle obligeant les pouvoirs publiques \u00e0 consulter les habitants pr\u00e9alablement \u00e0 tout projet pouvant engendrer un impact sur leurs vies. La Paz avait d\u00fb penser l\u2019affaire conclue, et nous leurs avons d\u00e9montr\u00e9 le contraire. Les locaux ne voulant pas se laisser faire, nous avons organis\u00e9 des protestations, alert\u00e9 la presse et, apr\u00e8s un long combat, nous avons gagn\u00e9\u00a0\u00bb, d\u00e9clare l\u2019activiste satisfait.<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Amazonie-Rurrenabaque-scaled.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-large wp-image-5432\" src=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Amazonie-Rurrenabaque-scaled-1024x683.jpg\" alt=\"\" width=\"1024\" height=\"683\" srcset=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Amazonie-Rurrenabaque-scaled-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Amazonie-Rurrenabaque-scaled-600x400.jpg 600w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Amazonie-Rurrenabaque-scaled-768x512.jpg 768w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Amazonie-Rurrenabaque-scaled-1536x1024.jpg 1536w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Amazonie-Rurrenabaque-scaled-2048x1366.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><br \/>\nPourtant, Alex reconna\u00eet plus tard que la bataille n&rsquo;est pas gagn\u00e9e : le projet a \u00e9t\u00e9 remis sur le tapis par le nouveau gouvernement bolivien, men\u00e9 par Luis Arce, nouveau pr\u00e9sident du pays. L\u2019Amazonien s&rsquo;attend \u00e0 une lutte \u00e2pre, car il ne doute pas que cette fois-ci les multinationales se lancent dans une campagne de d\u00e9nigrement de CONTIOCAP, son association au discours tellement inattendu qu&rsquo;on peine \u00e0 le croire. Ses forces sont lanc\u00e9es dans la bataille contre certains membres de sa communaut\u00e9, pr\u00eats \u00e0 pactiser avec l\u2019ennemi malgr\u00e9 les risques, contre ses opposants qui veulent lui imposer des projets \u00e9lectriques d\u00e9mesur\u00e9s bien s\u00fbr, mais aussi contre ses fr\u00e8res autochtones d\u2019autres pays. Des alli\u00e9s, Alex va les chercher au niveau international, o\u00f9 il s&rsquo;\u00e9poumone \u00e0 raconter son histoire aux personnes d&rsquo;influence.<\/p>\n<p>C&rsquo;est ici qu&rsquo;Alex me raconte une histoire troublante faite de co\u00efncidences et disputes intestines. En 2019, l\u2019Uchupiamona s\u2019est rendu \u00e0 Gen\u00e8ve dans le cadre d\u2019une rencontre internationale de droits humains. Il s\u2019est envol\u00e9 pour\u00a0 la ville au jet d\u2019eau et si\u00e8gle europ\u00e9en de l&rsquo;ONU gr\u00e2ce au soutien d\u2019<a href=\"https:\/\/www.upr-info.org\">UPR Info<\/a>, une ONG internationale prot\u00e9geant la voix de la soci\u00e9t\u00e9 civile dans l\u2019enceinte onusienne du Conseil des droits de l&rsquo;homme. Il m\u2019explique que lors d\u2019une r\u00e9union organis\u00e9e par cette ONG, il a pu exposer la r\u00e9alit\u00e9 du terrain aupr\u00e8s de diplomates, pr\u00e9sentant combien le gouvernement Morales se moquait de la cause autochtone.<\/p>\n<p>&#8211; \u00ab\u00a0Les r\u00e9actions d\u2019associations de fr\u00e8res autochtones de la r\u00e9gion et qui \u00e9coutaient mes discours ont \u00e9t\u00e9 virulentes. Ils ont quitt\u00e9 la salle en me qualifiant de tra\u00eetre, supposant que j\u2019\u00e9tais aux ordres des \u00c9tats-Unis. Comment un indig\u00e8ne peut-il oser critiquer une pr\u00e9sident indig\u00e8ne, alors tous les peuples premiers de la Terre r\u00eavent d\u2019avoir un leader issu de leurs rangs pour diriger le pays ? Nous \u00e9tions vu au mieux comme ingrats, au pire comme des agents infiltr\u00e9s par les renseignements occidentaux.\u00a0\u00bb<br \/>\nJe reste perplexe devant cette histoire, cherchant mes mots. CONTIOCAP est l\u2019organisation qui m\u2019a gu\u00e9rit de mon ignorance sur la situation en Bolivie, et par un curieux hasard je m&rsquo;entretiens avec son porte-parole. Et il se trouve qu&rsquo;UPR Info est une organisation non-gouvernementale que j\u2019ai cofond\u00e9e il y a plus d&rsquo;une d\u00e9cennie, pour la quitter il y a des ann\u00e9es. Lorsqu\u2019Alex se fait un devoir de m\u2019expliquer ce qu\u2019est UPR Info, se m\u00e9prenant s\u00fbrement sur mon regard interloqu\u00e9, je l\u2019arr\u00eate :<\/p>\n<p>&#8211; Je connais bien UPR Info, mon fr\u00e8re, j\u2019ai particip\u00e9 \u00e0 sa cr\u00e9ation.<\/p>\n<p>C\u2019est au tour d\u2019Alex de me regarder avec \u00e9tonnement :<\/p>\n<p>&#8211; Il existe des forces qui nous d\u00e9passent. Ces hasards n\u2019en sont pas. On doit rencontrer les gens que l\u2019on rencontre. Tu n\u2019es pas dans le d\u00e9partement du Beni par hasard. Tu as un r\u00f4le \u00e0 jouer, me dit Alex sur le ton du comploteur.<\/p>\n<p>Je pr\u00e9f\u00e8re quant \u00e0 moi croire que le monde est un chaos d\u00e9nu\u00e9 de sens o\u00f9 nous cherchons \u00e0 rationaliser a post\u00e9riori tout ce qui nous arrive et omettons bien commod\u00e9ment les occasions rat\u00e9es. Je garde pour moi mes pens\u00e9es et encourage l\u2019activiste \u00e0 poursuivre.<\/p>\n<p>&#8211; Malgr\u00e9 nos d\u00e9fis pour nous faire entendre \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur et \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur du pays, je ne suis heureusement pas seul : 36 \u00ab r\u00e9sistances \u00bb sont membres CONTIOCAP, des alli\u00e9s allant du simple paysan sans terres \u00e0 l\u2019organisation proprement structur\u00e9e. Ce sont des victimes qui se sont lev\u00e9es contre les projets de Morales des quatre coins du pays. Je n\u2019imaginais, au d\u00e9but, inclure des communaut\u00e9s non-autochtones de paysans aymara et quechua.<\/p>\n<p>&#8211; Pourquoi \u00e7a ?<\/p>\n<p>&#8211; \u00ab\u00a0Je voyais les Aymaras et Quechuas comme inf\u00e9od\u00e9s au gouvernement. Je ne pensais pas trouver parmis eux des victimes qui pourraient \u00eatre solidaires de notre cause. Car eux aussi souffrent de la d\u00e9sappropriation des terres \u00e0 des fins extractivistes. Les multinationales ne font pas de discriminations entre les autochtones et non-autochtones : elles vont l\u00e0 o\u00f9 il y a des b\u00e9n\u00e9fices \u00e0 r\u00e9aliser, que ce soit l\u2019Amazonie ou l\u2019Altiplano, peu importe\u00a0\u00bb, clame-t-il.<\/p>\n<p>Nous continuons notre \u00e9change jusque tard dans la nuit. Comme il se doit, nous parlons de nos propres vies, et l\u2019Uchupiamona m\u2019interroge sur ma familiarit\u00e9 avec les autochtones latino-am\u00e9ricains.<\/p>\n<p>&#8211; J\u2019ai v\u00e9cu avec quelques-uns. Les <a href=\"\/blog\/2020\/les-qeros-un-peuple-descendant-des-incas-mais-plus-pour-longtemps\">Qeros<\/a> au P\u00e9rou, les <a href=\"\/blog\/2019\/les-kogis-ou-comment-survive-face-a-la-modernite-lorsquon-valorise-la-tradition\">Kogis<\/a> en Colombie, et les <a href=\"\/blog\/2019\/la-cosmovision-des-bribris-du-costa-rica\">Bribris<\/a> au Costa Rica.<\/p>\n<p>De nouveau ce regard.<\/p>\n<p>&#8211; Mon cousin est parti au Costa Rica pour un \u00e9change interculturel avec les Bribris.<\/p>\n<p>Les co\u00efncidences s\u2019accumulent, et nous partageons comme deux fr\u00e8res qui se seraient perdus de vue. J\u2019apprendrai plus tard que son cousin avait pass\u00e9 son s\u00e9jour au sein de la m\u00eame famille bribrie qui m\u2019avait pr\u00e9cisemment accueilli. Les Bribris sont environ 10\u2019000 en Am\u00e9rique Centrale, ce hasard est d\u00e9stabilisant. Mais Alex, peut-\u00eatre convaincu que le destin m&rsquo;a men\u00e9 aupr\u00e8s de lui, me demande si je veux rencontrer Ruth Aliapaz, une activiste dont il a pr\u00e9c\u00e9demment fait mention et reconnue internationalement comme une farouche d\u00e9fenseuse de la cause autochtone. \u00ab\u00a0Bien s\u00fbr que je le veux !\u00a0\u00bb, fais-je enthousiaste. Nous prenons rendez-vous pour le lendemain.<\/p>\n<p>Je passe la nuit \u00e0 m\u00e9diter sur les hasards de la vie ; je souhaiterais que ces puissances qui r\u00e9unissent les individus puissent par la m\u00eame occasion prot\u00e9ger les causes justes.<\/p>\n<h2><span class=\"ez-toc-section\" id=\"Ruth_Aliapaz\"><\/span>Ruth Aliapaz<span class=\"ez-toc-section-end\"><\/span><\/h2>\n<p>Je d\u00e9couvre Ruth le lendemain, une femme d\u00e9bordant d\u2019\u00e9nergie et de sourires dans sa cinquantaine. Elle compense sa fr\u00eale stature par une volubilit\u00e9 rayonnante. Nous sympathisons imm\u00e9diatement et parcourons les guerres qu\u2019elle a men\u00e9es. Elle me retrace comment son peuple ainsi que le cur\u00e9 de son village refusaient qu\u2019elle fasse des \u00e9tudes : mais qu&rsquo;inspir\u00e9e par la figure paternelle de son grand-p\u00e8re, chef du village de San Jos\u00e9, elle a franchi toutes les barri\u00e8res qu\u2019une soci\u00e9t\u00e9 patriarcales interpose entre une femme et sa lib\u00e9ration. Son enfance a \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9e par un grand-p\u00e8rela familiarisant avec toutes sortes d\u2019activit\u00e9s d\u2019habitude r\u00e9serv\u00e9es aux hommes, comme la chasse. Et par sa curiosit\u00e9 sans bornes, la poussant \u00e0 \u00e9couter aux portes et lui permettant de s&rsquo;initier aux discussions politiques et de toutes ces choses dont une femme devrait rester \u00e0 distance.<\/p>\n<p>&#8211; On m\u2019a toujours sous-estim\u00e9 en raison de mon sexe. Je me souviens d\u2019une r\u00e9union d\u2019autochtones, il y a bien des ann\u00e9es. Nous avions \u00e0 statuer sur la meilleure r\u00e9ponse \u00e0 donner aux autorit\u00e9s sur une affaire mineure. A mes yeux, elle ne semblait pas mineure, mais je me suis assise et ai \u00e9cout\u00e9 les hommes parler entre eux. Beaucoup de chefs parlaient quechua, une langue que l\u2019on ne parle que rarement dans la for\u00eat amazonienne. Mais mon peuple la parle, et j&rsquo;ai observ\u00e9 un groupe influant d\u00e9battre de la n\u00e9cessit\u00e9 de s\u2019opposer \u00e0 un projet qui d\u00e9placerait quelques familles indig\u00e8nes, ne pensant pas q&rsquo;une femme des terres basses puisse les comprendre. Chacun se plaignait des dommages qu\u2019une opposition organis\u00e9e ferait courir \u00e0 ses liens privil\u00e9gi\u00e9s avec le gouvernement : des ponts \u00e0 r\u00e9aliser, un neveu \u00e0 faire entrer \u00e0 l\u2019universit\u00e9 ou un cousin \u00e0 qui il faut trouver un travail de fonctionnaire. Lorsque les Quechuas se sont rassembl\u00e9s avec le reste des autochtones, les discussions ont \u00e9t\u00e9 men\u00e9es en espagnol. Et le groupe que j&rsquo;avais espionn\u00e9 harangua les autres fr\u00e8res faisant valoir qu&rsquo;un petit d\u00e9placement de population ne valait pas la peine de mobiliser tous les peuples indig\u00e8nes, car nous aurions plus \u00e0 perdre qu\u2019\u00e0 gagner. Instinctivement, je me suis lev\u00e9e et les ai pris \u00e0 partie : les invectivant sur leur l\u00e2chet\u00e9 et leur n\u00e9potisme, j\u2019ai critiqu\u00e9 vertement leur choix de ne pas se battre afin de pr\u00e9server la construction d&rsquo;un pont qui dure 50 ans, ou pour un poste qui subsiste encore moins longtemps. Alors qu\u2019un territoire, lui, il est \u00e9ternel. J\u2019ai conclu en criant que si dans la salle personne n\u2019avait les roubignoles pour d\u00e9fendre nos droits, j\u2019aurais les seins pour le faire, rougit-elle \u00e0 l\u2019\u00e9vocation du souvenir cocasse. J\u2019ai toujours \u00e9t\u00e9 une femme timide. M\u00eame si \u00e7a ne se voit pas !, explose-t-elle de rire.<\/p>\n<p>&#8211; Toi aussi tu connais UPR Info ?, j&rsquo;encha\u00eene.<\/p>\n<p>&#8211; Oui, bien s\u00fbr ! J\u2019ai voyag\u00e9 \u00e0 Gen\u00e8ve gr\u00e2ce \u00e0 eux pour convaincre la communaut\u00e9 internationale que Evo Morales n\u2019est pas la personne que tout le monde croit. Pourquoi cette question ?<\/p>\n<p>Elle rit face \u00e0 mon explication. Plus tard, il sera question de savoir comment Ruth et moi-m\u00eame donneront un cours sur un processus de l\u2019ONU que je connais sur le bout des doigts \u00e0 des activistes autochtones r\u00e9partis dans le pays. Je d\u00e9couvrirai \u00e0 cette occasion une application de vid\u00e9oconf\u00e9rence que le monde entier utilise mais qui m\u2019\u00e9tait inconnue jusqu&rsquo;alors, Zoom. Tout cela dans le coeur de l\u2019Amazonie. Mais tout cela est pour plus tard, pour l\u2019heure il est l\u2019heure de m\u2019enfoncer avec mes nouveaux amis dans la jungle amazonienne, une for\u00eat bien moins dangereuse que ne laissent croire les documentaires faisant la part belle aux tarentules et aux crocodiles, dont les Europ\u00e9ens sont abreuv\u00e9s d\u00e8s l\u2019enfance. L\u2019Amazonie semble vide \u00e0 ceux qui n\u2019\u00e9coutent pas le chant des oiseaux, contemplent les fourmis qui d\u00e9coupent avec insistance les feuillages. L\u2019Amazonie est une guetteuse qui d\u00e9robe les animaux pour les prot\u00e9ger de ses pr\u00e9dateurs.<\/p>\n<h2><span class=\"ez-toc-section\" id=\"Le_combat_dAlex_et_Ruth_le_Chepete_et_le_Bala\"><\/span>Le combat d\u2019Alex et Ruth : le Chepete et le Bala<span class=\"ez-toc-section-end\"><\/span><\/h2>\n<p><a href=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Alex-Villca-et-Ruth-Aliapaz-Rurrenabaque-scaled.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-5434 size-large\" src=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Alex-Villca-et-Ruth-Aliapaz-Rurrenabaque-scaled-1024x683.jpg\" alt=\"\" width=\"1024\" height=\"683\" srcset=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Alex-Villca-et-Ruth-Aliapaz-Rurrenabaque-scaled-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Alex-Villca-et-Ruth-Aliapaz-Rurrenabaque-scaled-600x400.jpg 600w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Alex-Villca-et-Ruth-Aliapaz-Rurrenabaque-scaled-768x512.jpg 768w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Alex-Villca-et-Ruth-Aliapaz-Rurrenabaque-scaled-1536x1024.jpg 1536w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Alex-Villca-et-Ruth-Aliapaz-Rurrenabaque-scaled-2048x1366.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a>Alex et Ruth ont d\u00e9cid\u00e9 de me montrer les lieux retenus par le gouvernement pour \u00e9tablir les barrages hydro\u00e9lectriques de Chepete et Bala. Et c\u2019est l\u00e0, devant les beaut\u00e9s de l\u2019Amazonie, avec une fleuve brun si typique de la r\u00e9gion et qui l\u00e8che la berge \u00e0 nos pieds, que les deux Uchupiamonas s\u2019ouvrent totalement \u00e0 moi, avec une tendre sinc\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p>&#8211; On ne veut pas dispara\u00eetre comme d\u2019autres avant nous, commence Alex. Je connais les Mapuche du Chili. Ils sont en voie d\u2019extinction en raison de l\u2019id\u00e9ologie du progr\u00e8s. Le Chili est la r\u00e9f\u00e9rence en mati\u00e8re de d\u00e9veloppement en Am\u00e9rique du Sud, mais le prix \u00e0 payer est la disparition des traditions des indig\u00e8nes. Ce sont des choses qui chez vous se questionnent ?, s&rsquo;enqui\u00e8re-t-il.<\/p>\n<p>&#8211; \u00ab\u00a0Franchement, non.\u00a0\u00bb Je r\u00e9ponds sans h\u00e9siter. \u00ab\u00a0On en parle superficiellement, on donne un peu d\u2019argent aux ONG pour mitiger les impacts de notre mode de consommation, on \u00e9lit des repr\u00e9sentants verts qui s\u2019occupent des arbres dans les villes et il y a bien quelques likes pour Greta Thunberg sur twitter, mais je ne connais personne qui ai chang\u00e9 r\u00e9ellement son mode de vie. Je veux dire int\u00e9rieurement, philosophiquement et pratiquement. Il y a vingt ans, lorsque je parlais d\u2019\u00e9cologie autour de moi, on me regardait avec m\u00e9prit en m&rsquo;opposant que \u00ab c\u2019est le progr\u00e8s ou la bougie \u00bb. Je ne pense pas que les pens\u00e9es profondes des Europ\u00e9ens aient boug\u00e9es d\u2019un iota, malgr\u00e9 les apparences.\u00a0\u00bb D&rsquo;habitude, je garde pour moi mes noires pens\u00e9es, mais la sinc\u00e9rit\u00e9 des deux activistes est contagieuse.<\/p>\n<p>Alex me regarde pensivement. Ruth observe quelques fourmis balles, les fourmis \u00e0 la piq\u00fbres la plus douloureuse du r\u00e8gne animal. Je m\u2019\u00e9carte en \u00e9vitant de les \u00e9craser tout en m&rsquo;abstenant d&rsquo;offrir mon corps en p\u00e2ture \u00e0 ces terribles insectes.<\/p>\n<p>&#8211; \u00ab\u00a0Nous avons un d\u00e9fi \u00e0 relever\u00a0\u00bb, continue Alex de sa voie monocorde. \u00ab\u00a0On doit poursuivre notre lutte d\u2019opposition, il n&rsquo;y a aucun doute. Mais on ne peut se contenter de r\u00e9sister, il nous faut aussi proposer des solutions de rechange. Et malgr\u00e9 nos r\u00e9flexions en commun, nous ne parvenons pas \u00e0 proposer des solutions globales qui nous sauvegarderaient et permettraient de faire cro\u00eetre l\u2019\u00e9conomie.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Je ne souhaite pas d\u00e9courager plus l\u2019activiste et tait mes pens\u00e9es cette fois-ci. Je suis arriv\u00e9 \u00e0 la conclusion pour ma part que le rem\u00e8de au changement climatique est la d\u00e9croissance. Ce qui signifie soutenir des politiciens qui promettraient \u00e0 leur population plus de pauvresse. Je n\u2019imagine pas qu\u2019un citoyen, o\u00f9 qu\u2019il soit, puisse glisser dans l\u2019urne de vote un soutien pour quelqu\u2019un qui lui proposerait de s\u2019appauvrir.<\/p>\n<p>&#8211; \u00ab\u00a0Nous ne sommes pas contre le d\u00e9veloppement\u00a0\u00bb, fait Alex comme s\u2019il lisait dans mes pens\u00e9es, \u00ab\u00a0mais contre la forme qu\u2019il prend. L\u2019extraction des ressources a toujours exist\u00e9. Nos anc\u00eatres, ici m\u00eame, pr\u00e9levaient de l\u2019or, l\u2019argent et les pierres pr\u00e9cieuses. Mais on le faisait de mani\u00e8re artisanale, en respectant la nature. Pourquoi sacrifie-t-on l\u2019Amazonie ? Principalement pour \u00e9lever des vaches. Donc pour nourrir les Chinois et les Occidentaux, pas les Boliviens, car nous produisons suffisamment pour notre peuple. A toi je peux te le dire, mais lorsqu\u2019on monte sur un bateau pour suivre le cours d\u2019une rivi\u00e8re, on demande toujours la permission aux esprits.<\/p>\n<p>&#8211; Je sais que tu trouves \u00e7a \u00e9trange, encha\u00eene Ruth, mais nous, on trouve \u00e9trange que les \u00e9trangers p\u00e9n\u00e8trent dans les bois, d\u00e9marrent une embarcation sans respecter les lieux. Chaque lieu poss\u00e8de un esprit, et cet esprit peut se retourner contre toi si tu ne pr\u00eates pas attention.<\/p>\n<p>Nous parlons alors de spiritualit\u00e9 et de la s\u00e9paration de l\u2019homme et son habitat naturel pendant pr\u00e8s d\u2019une heure. J\u2019ai l\u2019habitude de tels \u00e9changes avec les autochtones du monde entier, et bien que je ne partage pas leurs croyances, je trouve plus de points de jonctions que de discorde entre ma philosophie et la leur. Le respect pour la nature, pierre de touche pour les indig\u00e8nes du monde entier, d\u00e9finit leur n\u00e9cessit\u00e9 de la pr\u00e9server. Le p\u00e9ch\u00e9 de la modernit\u00e9, c&rsquo;est d&rsquo;avoir extrait l&rsquo;\u00eatre humain de son environnement, a tel point qu&rsquo;il ne sais plus d&rsquo;o\u00f9 il vient. Nos racines sont coup\u00e9es et nos consciences ali\u00e9n\u00e9es, nous cherchons des r\u00e9ponses dans des arbres g\u00e9n\u00e9alogiques pour penser en termes de g\u00e9n\u00e9rations et non plus en mill\u00e9naires. Nous finissons par revenir \u00e0 des questions plus imm\u00e9diates :<\/p>\n<p>&#8211; \u00ab\u00a0Quelles seraient les cons\u00e9quences de ces deux barrages\u00a0\u00bb, j\u2019interroge Alex en montrant le lieu du Bala, situ\u00e9 en face de nous.<\/p>\n<p>&#8211; La construction du barrage du Bala devrait mener \u00e0 l\u2019expulsion de 17 communaut\u00e9s. Celui du Chepete, environ 40. Certains avancent le chiffre de 100 communaut\u00e9s pour ce dernier, m\u00eame au sein du gouvernement.<\/p>\n<p>J&rsquo;imaginer ces centaines d\u2019indig\u00e8nes partant \u00e0 La Paz ou Santa Cruz pour mendier. Sans formation, sans r\u00e9seau dans les grandes villes, il y a peu de chances qu\u2019ils puissent s\u2019int\u00e9grer avant une ou deux g\u00e9n\u00e9rations. On cr\u00e9e des g\u00e9n\u00e9rations de mendiants pour exporter de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 et \u00ab nourrir des Chinois \u00bb. Mais nous arrivons au bout de notre journ\u00e9e, et il est bient\u00f4t temps de retourner \u00e0 Rurennabaque. Je demande \u00e0 Alex s&rsquo;il compte se lancer en politique un jour, ou de soutenir un parti autre que le MAS d\u2019Evo Morales.<\/p>\n<p>&#8211; Ma couleur politique, c\u2019est la nature, les arbres et les rivi\u00e8res. Je ne vois personne qui nous repr\u00e9sente aujourd\u2019hui. Mais je sais que j\u2019ai chang\u00e9, et peut-\u00eatre que je changerai encore \u00e0 l\u2019avenir. Au d\u00e9but de mon action, je me m\u00e9fiais des paysans de l\u2019Altiplano, pensant qu\u2019ils \u00e9taient de m\u00e8che avec le gouvernement. J\u2019ai avanc\u00e9 dans ma compr\u00e9hension des in\u00e9galit\u00e9s du pays et dans leur dynamique nationale. CONTIOCAP est une association qui inclut des paysans. J\u2019ai compris que nous ne gagnons nos batailles que lorsque nous nous unissons. Nous cherchons maintenant des soutiens de plus grand poids, \u00e0 l\u2019\u00e9tranger aussi. La question que je me pose : Serons-nous assez fort pour faire face aux int\u00e9r\u00eats internationaux ? Nous opposer aux politiques de l\u2019\u00c9tat bolivien, qui n&rsquo;ont pas chang\u00e9 avec le nouveau pr\u00e9sident Arce ? (nda : le pr\u00e9sident Luis Alberto Arce Catacora est \u00e9galement issu du MAS). Ses appuis sont identiques \u00e0 son pr\u00e9d\u00e9cesseur, qui voulait faire de l&rsquo;exportation \u00e9nerg\u00e9tique la pierre angulaire du d\u00e9veloppement \u00e9conomique. Autrefois, l\u2019ONU a f\u00e9licit\u00e9 Evo pour sa politique \u00ab\u00a0d\u2019\u00e9nergie propre\u00a0\u00bb. Mais une \u00e9nergie peut-elle \u00eatre propre si elle tue et d\u00e9place des autochtones ? Rien ne change vraiment, ni \u00e0 l&rsquo;ONU ni au gouvernement bolivien.<\/p>\n<p>Je sais quoi r\u00e9pondre \u00e0 l&rsquo;activiste. C&rsquo;est la deuxi\u00e8me fois que je me tais, mais cette fois-ci c&rsquo;est par respect. Je respecte Alex et Ruth de la m\u00eame mani\u00e8re que les deux respectent la nature. Ils sont des colosses \u00e0 mes yeux, combattent par devoir tout en sachant que leur chances de victoire sont minces. Ils auraient pu accepter l&rsquo;argent du gouvernement pour la vente de leur terre, et tout aurait \u00e9t\u00e9 plus simple pour eux. A la place, ils ont choisit la voie rugueuse, faite d&rsquo;asp\u00e9rit\u00e9s et de peurs constantes, r\u00eavant de sauver les miettes de leur pass\u00e9 et les bribes restantes de l&rsquo;Amazonie.<\/p>\n<p>Tous les trois nous nous mettons en route pour rejoindre la civilisation. Une civilisation qui leur a tant arrach\u00e9, et qu&rsquo;ils continuent de combattre.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><a href=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Alex-Villca-et-Ruth-Aliapaz-Chepete-Rurrenabaque-scaled.jpeg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-large wp-image-5436\" src=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Alex-Villca-et-Ruth-Aliapaz-Chepete-Rurrenabaque-scaled-1024x683.jpeg\" alt=\"Alex Villca et Ruth Aliapaz regardant le site du Chepete\" width=\"1024\" height=\"683\" srcset=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Alex-Villca-et-Ruth-Aliapaz-Chepete-Rurrenabaque-scaled-1024x683.jpeg 1024w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Alex-Villca-et-Ruth-Aliapaz-Chepete-Rurrenabaque-scaled-600x400.jpeg 600w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Alex-Villca-et-Ruth-Aliapaz-Chepete-Rurrenabaque-scaled-768x512.jpeg 768w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Alex-Villca-et-Ruth-Aliapaz-Chepete-Rurrenabaque-scaled-1536x1024.jpeg 1536w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Alex-Villca-et-Ruth-Aliapaz-Chepete-Rurrenabaque-scaled-2048x1366.jpeg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><\/p>\n<div class=\"pld-like-dislike-wrap pld-template-1\">\r\n    <div class=\"pld-like-wrap  pld-common-wrap\">\r\n    <a href=\"javascript:void(0)\" class=\"pld-like-trigger pld-like-dislike-trigger  \" title=\"Super article!\" data-post-id=\"5423\" data-trigger-type=\"like\" data-restriction=\"cookie\" data-already-liked=\"0\">\r\n                        <i class=\"fas fa-thumbs-up\"><\/i>\r\n                <\/a>\r\n    <span class=\"pld-like-count-wrap pld-count-wrap\">0    <\/span>\r\n<\/div><div class=\"pld-dislike-wrap  pld-common-wrap\">\r\n    <a href=\"javascript:void(0)\" class=\"pld-dislike-trigger pld-like-dislike-trigger  \" title=\"Pas terrible...\" data-post-id=\"5423\" data-trigger-type=\"dislike\" data-restriction=\"cookie\" data-already-liked=\"0\">\r\n                        <i class=\"fas fa-thumbs-down\"><\/i>\r\n                <\/a>\r\n    <span class=\"pld-dislike-count-wrap pld-count-wrap\">0<\/span>\r\n<\/div><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Lorsqu&rsquo;en janvier 2006 le gouvernement d&rsquo;Evo Morales s&rsquo;installe \u00e0 la t\u00eate de la Bolivie, la victoire symbolique des peuples opprim\u00e9s se r\u00e9pand dans tout le pays puis dans toute l&rsquo;Am\u00e9rique Latine, o\u00f9 les peuples autochtones c\u00e9l\u00e8brent que \u00ab\u00a0l&rsquo;un des leurs\u00a0\u00bb soit parvenu aux fonctions supr\u00eames. 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