{"id":5368,"date":"2021-05-04T07:55:45","date_gmt":"2021-05-04T11:55:45","guid":{"rendered":"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/?p=5368"},"modified":"2021-11-28T19:05:42","modified_gmt":"2021-11-28T23:05:42","slug":"les-cholitas-luchadoras-de-la-paz","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/2021\/les-cholitas-luchadoras-de-la-paz","title":{"rendered":"Les cholitas luchadoras de La Paz"},"content":{"rendered":"\r\n<p>(Une version remani\u00e9e de l&rsquo;article paru dans <a href=\"https:\/\/web.archive.org\/web\/20211126134332\/https:\/\/www.letemps.ch\/sport\/cholitas-catcheuses-legalite\">Le Temps<\/a>)<\/p>\r\n<p>Elles ne d\u00e9passent pas le m\u00e8tre soixante. Elles portent la <em>pollera<\/em> de la <em>cholita<\/em>, comprendre la jupe traditionnelle des femmes de l&rsquo;altiplano bolivien, ainsi que leurs deux longues tresses si caract\u00e9ristiques. Elles sont connues dans toute la Bolivie comme les femmes traditionnelles lutteuses, les <em>cholitas luchadoras<\/em>. Des dames v\u00eatues d&rsquo;une robe que l&rsquo;on rencontre plus commun\u00e9ment dans les montagnes et les villages que sur un ring de catch s&rsquo;affrontent devant les foules boliviennes, garnies des quelques touristes qui ont entendu parler de ce ph\u00e9nom\u00e8ne. Lorsque le spectacle d\u00e9bute, quelques lutteurs ouvrent les feux et se donnent du mal, mais sans parvenir \u00e0 chauffer l&rsquo;ambiance de la salle : les spectateurs sont venus pour voir les stars, les catcheuses porteuse de tresses. D\u00e8s que celles-ci font enfin leur entr\u00e9e, les cris de joie fusent, on jette des morceaux de poulet sur celles qui ont le r\u00f4le de la mauvaise lutteuse. Comme dans la tradition du catch \u00e9tasunien, les <em>cholitas<\/em> s&rsquo;en prennent \u00e0 l&rsquo;arbitre, se couvrent de faux sang pour feindre des blessures, les spectateurs lancent les chaises sur leur passage lorsqu&rsquo;elles sortent du ring pour poursuivre une combattante qui s\u2019enfuit. Aucun \u00e9l\u00e9ment ne manque au th\u00e9\u00e2tre, le public est conquis.<\/p>\r\n<p><p class=\"responsive-video-wrap clr\"><iframe loading=\"lazy\" title=\"Las cholitas luchadoras de La Paz\" width=\"1200\" height=\"675\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/k4Rc99-mqP0?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture\" allowfullscreen><\/iframe><\/p><\/p>\r\n<h2>Les d\u00e9buts conflictuels de la lutte des <em>cholitas<\/em><\/h2>\r\n<p><a href=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Denys-Sanjines-cholitas-La-Paz.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-5377 size-thumbnail alignright\" src=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Denys-Sanjines-cholitas-La-Paz-200x200.jpg\" alt=\"Denys Sanjines\" width=\"200\" height=\"200\" \/><\/a><\/p>\r\n<p>C&rsquo;est \u00e0 La Paz, la capitale de facto de la Bolivie, que ce ph\u00e9nom\u00e8ne a pris naissance. Denys Sanjines a \u00e9t\u00e9 la premi\u00e8re \u00e0 cr\u00e9er, en 2004 la premi\u00e8re lutte de catch dans la ville. \u00ab\u00a0Nous vivions une crise sociale majeure en Bolivie, et la lutte traditionnelle, import\u00e9e du Mexique dans les ann\u00e9es 70 ne trouvait plus son auditoire. Les gens cherchaient quelque chose de nouveau pour oublier leurs malheurs\u00a0\u00bb, se souvient Denys. \u00ab\u00a0Il existait d\u00e9j\u00e0 des combats f\u00e9minins entre <em>cholitas<\/em>, mais c&rsquo;\u00e9tait un spectacle terrible : les femmes \u00e9taient moqu\u00e9es, ridiculis\u00e9es, et sexualis\u00e9es. J&rsquo;ai cherch\u00e9 \u00e0 offrir une exhibition plus positive, aussi bien pour le public que pour les femmes lutteuses : un v\u00e9ritable sport professionnel\u00a0\u00bb, s&rsquo;enthousiasme l&rsquo;entrepreneuse bolivienne.<\/p>\r\n<p>En parall\u00e8le, Denys surfe sur la vague des changements sociaux qui se d\u00e9roulent dans le pays : des <em>cholitas<\/em> parviennent \u00e0 de hautes fonctions gouvernementales, elles prennent progressivement conscience de leur citoyennet\u00e9 et se risquent \u00e0 entrer dans les caf\u00e9s ou les banques qui les refusaient s\u00e8chement. Le combat des <em>cholitas<\/em> au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000 en Bolivie, c&rsquo;est avant tout celui d&rsquo;\u00eatre reconnues comme des \u00eatres humains \u00e0 part enti\u00e8re, un combat repris par le pr\u00e9sident Evo Morales (2006-2019), le premier pr\u00e9sident bolivien autochtone. Dans un contexte de mutations profondes en Bolivie, Denys Sanjines saisit l&rsquo;opportunit\u00e9 de mettre des <em>cholitas<\/em> en avant et les aide \u00e0 d\u00e9passer leurs appr\u00e9hensions, car \u00ab\u00a0elles \u00e9taient consid\u00e9r\u00e9es comme des paysannes ignares, des citoyennes de seconde classe tout juste bonne \u00e0 faire le m\u00e9nage. Le m\u00e9pris \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque \u00e9tait palpable\u00a0\u00bb, explique la femme d&rsquo;affaire.<\/p>\r\n<h2>Un message f\u00e9ministe<\/h2>\r\n<p><a href=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Cholitas-luchando-La-Paz-scaled.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-5392 size-full\" src=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Cholitas-luchando-La-Paz-scaled.jpg\" alt=\"Des cholitas boliviennes luttant \u00e0 La Paz\" width=\"2560\" height=\"1920\" srcset=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Cholitas-luchando-La-Paz-scaled.jpg 2560w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Cholitas-luchando-La-Paz-scaled-600x450.jpg 600w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Cholitas-luchando-La-Paz-scaled-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Cholitas-luchando-La-Paz-scaled-768x576.jpg 768w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Cholitas-luchando-La-Paz-scaled-1536x1152.jpg 1536w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Cholitas-luchando-La-Paz-scaled-2048x1536.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px\" \/><\/a>Le message est semble-t-il pass\u00e9 : les <em>cholitas<\/em> se sont lanc\u00e9es dans la lutte suivant les pas de leurs homologues masculins. Timidement au d\u00e9but, elles n&rsquo;\u00e9taient qu&rsquo;une poign\u00e9e. Les Boliviens traditionnalistes voient d&rsquo;un mauvais oeil ces femmes en robes qui se prennent au s\u00e9rieux. Mais Denys tient bon, et d\u00e9cline m\u00eame l&rsquo;id\u00e9e sous d\u2019autres formes, comme les <em>cholitas<\/em> escaladeuses devenant guides de montagne pour touristes. Elle ouvre une agence de voyage se sp\u00e9cialisant dans le soutient des femmes du quartier d\u00e9favoris\u00e9 de l&rsquo;Alto de La Paz, et les clients \u00e9trangers se bousculent au portillon. Le changement est en marche.<\/p>\r\n<p><a href=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Maribel-catcheuse-cholita-la-paz-scaled.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-5374 size-thumbnail alignleft\" src=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Maribel-catcheuse-cholita-la-paz-scaled-200x200.jpg\" alt=\"Maribel catcheuse cholita \u00e0 montrant ses muscles\" width=\"200\" height=\"200\" \/><\/a><\/p>\r\n<p>Le cas de Maribel Mamani Riveros, 23 ans, connu sous le nom de sc\u00e8ne \u00ab\u00a0Anabel\u00a0\u00bb, est \u00e0 ce titre embl\u00e9matique. Alors qu&rsquo;elle n&rsquo;a que 17 ans, Maribel s&rsquo;immisce dans un spectacle de catch. Elle reste \u00e9poustoufl\u00e9e par ce qu\u2019elle d\u00e9couvre : \u00ab\u00a0Je n&rsquo;avais qu&rsquo;une envie, ressembler \u00e0 ces femmes qui courraient et sautaient sur le ring. Les clameurs de la foule me transcendaient\u00a0\u00bb, confie-t-elle. \u00ab\u00a0Je voulais faire partie de ce mouvement, et montrer qu&rsquo;une femme peut \u00eatre aussi forte qu&rsquo;un homme !\u00a0\u00bb, fait-elle, exalt\u00e9e. En effet, une partie du spectacle de catch voit les lutteuses \u00eatre oppos\u00e9es aux hommes. \u00ab\u00a0C&rsquo;est une choix des <em>cholitas<\/em>. Je ne l&rsquo;avais pas envisag\u00e9 au d\u00e9part, mais elles souhaitaient prouver qu&rsquo;elles savent se d\u00e9fendre, et qu&rsquo;elles n&rsquo;ont pas peur de se mesurer aux lutteurs\u00a0\u00bb, pr\u00e9cise Denys.<\/p>\r\n<p>Maribel est mari\u00e9e \u00e0 un lutteur, ce qui lui assure la bienveillance de son \u00e9poux sur son choix professionnel. Ses parents, raconte-t-elle, sont toujours effray\u00e9s par les risques de son m\u00e9tier, mais elle n&rsquo;a jamais rencontr\u00e9 de r\u00e9sistances machistes dans son entourage. \u00ab\u00a0Les mentalit\u00e9s ont \u00e9volu\u00e9. Dans les ann\u00e9es 2000, l&rsquo;environnement des <em>cholitas<\/em> \u00e9tait bien diff\u00e9rente. Il est bien plus facile d&rsquo;\u00eatre lutteuse en jupe aujourd&rsquo;hui\u00a0\u00bb, fait Denys satisfaite. En effet, propuls\u00e9 par les touristes toujours plus nombreux aux spectacles, on trouvait \u00e0 La Paz, avant la pand\u00e9mie de Covid-19, de nombreuses salles offrant des combats de <em>cholitas<\/em> au centre-ville, embo\u00eetant le pas \u00e0 l\u2019id\u00e9e originale de Denys. La multiplication des sc\u00e8nes produit de nouvelles vocations, de plus en plus de jeunes femmes r\u00eavent de devenir catcheuses et veulent t\u00e2ter son aspect th\u00e9\u00e2tral, ce qu&rsquo;Anabel avoue son pudeur \u00eatre une des raisons majeures de son choix.<\/p>\r\n<p>La pand\u00e9mie oblige toutefois Denys et ses suiveurs \u00e0 fermer boutique. L&rsquo;entrepreneuse n&rsquo;a rouvert les portes qu&rsquo;en janvier 2021, et la foule est presque uniquement compos\u00e9e de locaux. \u00ab\u00a0On ne peut pas arr\u00eater la lutte\u00a0\u00bb, souffle Maribel, \u00ab\u00a0lorsqu&rsquo;on arr\u00eate de s&rsquo;entra\u00eener, on ne peut plus reprendre. Mon deuxi\u00e8me enfant est n\u00e9 il y a six mois, en pleine pand\u00e9mie, mais je me suis remise \u00e0 l&rsquo;entra\u00eenement d\u00e8s que j&rsquo;ai pu. Et je suis satisfaite de pouvoir monter sur le ring \u00e0 nouveau\u00a0\u00bb, explique avec conviction la <em>cholita<\/em>, tout en montrant ses muscles. La jeune femme s&rsquo;entra\u00eene tous les apr\u00e8s-midi pour s\u2019exercer \u00e0 tomber sans se blesser : mais en ce soir de spectacle, elle se tordra la cheville, ayant atterrit un peu brusquement sur le sol. Peu importe, Maribel sourit, satisfaite de pouvoir combattre : \u00ab\u00a0Depuis la reprise des shows, nous ne gagnons pas beaucoup. Mais pourvoir profiter de la passion du public, c&rsquo;est plus important que tout\u00a0\u00bb.<\/p>\r\n<p>Les <em>cholitas luchadoras<\/em> ont d\u00e9montr\u00e9 qu&rsquo;il ne faut pas s&rsquo;arr\u00eater aux apparences. Une femme pauvre et en tenue traditionnelle peut participer \u00e0 des spectacles sportifs autrefois r\u00e9serv\u00e9s aux lutteurs masculins seuls. Elles ont \u00e9galement su prouver qu&rsquo;un sport populaire et violent pouvait servir la cause f\u00e9ministe. Petites, en jupe et avec des \u00a0tresses, ces femmes sont pr\u00eates \u00e0 tout pour suivre leurs passions.<\/p>\r\n<div class=\"pld-like-dislike-wrap pld-template-1\">\r\n    <div class=\"pld-like-wrap  pld-common-wrap\">\r\n    <a href=\"javascript:void(0)\" class=\"pld-like-trigger pld-like-dislike-trigger  \" title=\"Super article!\" data-post-id=\"5368\" data-trigger-type=\"like\" data-restriction=\"cookie\" data-already-liked=\"0\">\r\n                        <i class=\"fas fa-thumbs-up\"><\/i>\r\n                <\/a>\r\n    <span class=\"pld-like-count-wrap pld-count-wrap\">0    <\/span>\r\n<\/div><div class=\"pld-dislike-wrap  pld-common-wrap\">\r\n    <a href=\"javascript:void(0)\" class=\"pld-dislike-trigger pld-like-dislike-trigger  \" title=\"Pas terrible...\" data-post-id=\"5368\" data-trigger-type=\"dislike\" data-restriction=\"cookie\" data-already-liked=\"0\">\r\n                        <i class=\"fas fa-thumbs-down\"><\/i>\r\n                <\/a>\r\n    <span class=\"pld-dislike-count-wrap pld-count-wrap\">0<\/span>\r\n<\/div><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>(Une version remani\u00e9e de l&rsquo;article paru dans Le Temps) Elles ne d\u00e9passent pas le m\u00e8tre soixante. 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