{"id":5206,"date":"2021-03-07T12:03:58","date_gmt":"2021-03-07T16:03:58","guid":{"rendered":"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/?p=5206"},"modified":"2021-03-09T01:39:52","modified_gmt":"2021-03-09T05:39:52","slug":"canyon-tutayoj-la-grande-aventure-pour-voir-des-petits-hommes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/2021\/canyon-tutayoj-la-grande-aventure-pour-voir-des-petits-hommes","title":{"rendered":"Canyon Tutayoj : la grande aventure pour voir des petits hommes"},"content":{"rendered":"<div id=\"ez-toc-container\" class=\"ez-toc-v2_0_83 ez-toc-wrap-center counter-hierarchy ez-toc-counter ez-toc-grey ez-toc-container-direction\">\n<div class=\"ez-toc-title-container\">\n<p class=\"ez-toc-title\" style=\"cursor:inherit\">Contents<\/p>\n<span class=\"ez-toc-title-toggle\"><\/span><\/div>\n<nav><ul class='ez-toc-list ez-toc-list-level-1 ' ><li class='ez-toc-page-1 ez-toc-heading-level-2'><a class=\"ez-toc-link ez-toc-heading-1\" href=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/2021\/canyon-tutayoj-la-grande-aventure-pour-voir-des-petits-hommes\/#Tupiza_une_ville_aphone_qui_partage_les_secrets\" >Tupiza, une ville aphone qui partage les secrets<\/a><\/li><li class='ez-toc-page-1 ez-toc-heading-level-2'><a class=\"ez-toc-link ez-toc-heading-2\" href=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/2021\/canyon-tutayoj-la-grande-aventure-pour-voir-des-petits-hommes\/#Le_chemin_seme_dembuches_pour_atteindre_Tutayoj\" >Le chemin sem\u00e9 d&#8217;emb\u00fbches pour atteindre Tutayoj\u00a0<\/a><ul class='ez-toc-list-level-3' ><li class='ez-toc-heading-level-3'><a class=\"ez-toc-link ez-toc-heading-3\" href=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/2021\/canyon-tutayoj-la-grande-aventure-pour-voir-des-petits-hommes\/#Perte_de_chauffeur\" >Perte de chauffeur<\/a><\/li><li class='ez-toc-page-1 ez-toc-heading-level-3'><a class=\"ez-toc-link ez-toc-heading-4\" href=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/2021\/canyon-tutayoj-la-grande-aventure-pour-voir-des-petits-hommes\/#La_cathedrale_de_Guadalupe\" >La cath\u00e9drale de Guadalupe<\/a><\/li><li class='ez-toc-page-1 ez-toc-heading-level-3'><a class=\"ez-toc-link ez-toc-heading-5\" href=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/2021\/canyon-tutayoj-la-grande-aventure-pour-voir-des-petits-hommes\/#Florida_terra_incognita\" >Florida, terra incognita<\/a><\/li><\/ul><\/li><li class='ez-toc-page-1 ez-toc-heading-level-2'><a class=\"ez-toc-link ez-toc-heading-6\" href=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/2021\/canyon-tutayoj-la-grande-aventure-pour-voir-des-petits-hommes\/#Le_canyon_de_Tutayoj\" >Le canyon de Tutayoj<\/a><\/li><\/ul><\/nav><\/div>\n<p>Debout sur un anguleux rocher dont l&rsquo;\u00e9quilibre d\u00e9fie la gravit\u00e9, Nemesios s&rsquo;exprime avec l&rsquo;assurance d&rsquo;un tribun qui s&rsquo;appr\u00eate \u00e0 arranguer sa foule : \u00ab\u00a0C&rsquo;\u00e9tait un petit peuple, qui aimait le froid. Lorsque Dieu cr\u00e9a le soleil, la chaleur recouvrit la Terre. Ce nouveau monde, un monde fait pour les hommes, \u00e9tait trop chaud pour eux. Sans dire au revoir, ils se sont effac\u00e9s.\u00a0\u00bb Mon guide me regarde un moment, les yeux baiss\u00e9s avec une g\u00eane embarass\u00e9e. \u00ab\u00a0Enfin c&rsquo;est ce que les anciens racontent\u00a0\u00bb, s&rsquo;excuse-t-il d&rsquo;un ton devenu timide.<\/p>\r\n<p>Je suis au canyon de Tutayoj, pr\u00e8s de la communaut\u00e9 de Florida. Voil\u00e0 une semaine que je suis parti de Tupiza, le petit village de Bolivie o\u00f9 toute cette histoire a commenc\u00e9. Ma mission se termine, alors que j&rsquo;\u00e9coute le Bolivien \u00e9dent\u00e9 d&rsquo;une trentaine d&rsquo;ann\u00e9es partager un conte d&rsquo;autrefois. Ses pieds sales au cuir \u00e9paissis par le port continu de la sandale sont arrim\u00e9s \u00e0 une pierre \u00e9carlate typique de la g\u00e9ologie des canyons de la r\u00e9gion d&rsquo;Esmoruco. Une semaine durant, j&rsquo;ai cherch\u00e9 ses petites maisons rupestres qui auraient abrit\u00e9es une communaut\u00e9 de nains. Je conte \u00e0 mon tour une histoire ici faite de trahisons, d\u00e9sespoirs, et surtout des beaut\u00e9s d&rsquo;une r\u00e9gion m\u00e9connue de Bolivie, sauvage et farouche, pourtant \u00e0 quelques centaines de kilom\u00e8tres seulement du <a href=\"\/blog\/2021\/le-lithium-au-salar-duyuni-lune-des-plus-grandes-merveilles-du-monde-menacee\">Salar de Uyuni<\/a>.<\/p>\r\n<h2><span class=\"ez-toc-section\" id=\"Tupiza_une_ville_aphone_qui_partage_les_secrets\"><\/span>Tupiza, une ville aphone qui partage les secrets<span class=\"ez-toc-section-end\"><\/span><\/h2>\r\n<p>La Bolivie touristique est principalement connue pour son spectaculaire d\u00e9sert de sel, pour Evo Morales, et pour&#8230; pas grandchose d&rsquo;autre. Les touristes passent quelques jours dans le pays, puis d\u00e9talent au P\u00e9rou ou au Chili pour poursuivre leur voyage. La Bolivie est un pays encore pr\u00e9serv\u00e9 d&rsquo;une mondialisation uniformisatrice, ce qui permet aux voyageurs de se r\u00e9galer de paysages incr\u00e9es, de vall\u00e9es vierges et de pics montagneux que les saisons colorent et d\u00e9corent. Bien que l&rsquo;on croise, m\u00eame lors de la pand\u00e9mie, quelques touristes \u00e9gar\u00e9s, ils sont toutefois si rares qu&rsquo;une complicit\u00e9 de naufrag\u00e9s se noue instantan\u00e9ment, \u00e9changeant entre deux rires son \u00e9tonnement : \u00ab\u00a0et toi, comment as-tu fait pour arriver ici ?\u00a0\u00bb<\/p>\r\n<figure id=\"attachment_5231\" aria-describedby=\"caption-attachment-5231\" style=\"width: 600px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Tupiza-canyon-duende-scaled.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-5231 size-medium\" title=\"Entre Rios, Tupiza, Bolivie\" src=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Tupiza-canyon-duende-scaled-600x450.jpg\" alt=\"Entre Rios, Tupiza, Bolivie\" width=\"600\" height=\"450\" srcset=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Tupiza-canyon-duende-scaled-600x450.jpg 600w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Tupiza-canyon-duende-scaled-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Tupiza-canyon-duende-scaled-768x576.jpg 768w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Tupiza-canyon-duende-scaled-1536x1152.jpg 1536w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Tupiza-canyon-duende-scaled-2048x1536.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-5231\" class=\"wp-caption-text\">Lieu-dit Entre Rios, pr\u00e8s de la ville de Tupiza en Bolivie<\/figcaption><\/figure>\r\n<p>Tupiza \u00e9tait un lieu touristique avant la pand\u00e9mie. A l&rsquo;\u00e9chelle bolivienne, cela signifie que l&rsquo;on trouve quelque deux ou trois hostals bon march\u00e9 pour \u00e9trangers, ainsi qu&rsquo;une dizaine d&rsquo;agences de voyage. Il ne reste qu&rsquo;un \u00e9tablissement ouvert, cumulant ces deux fonctions.<\/p>\r\n<p>Je suis arriv\u00e9 sur un coup de t\u00eate, suivant une intuition \u00e0 Uyuni, voyant que de nombreux bus et <em>trufis <\/em>(fourgonnettes de transport de passagers) se rendaient dans une ville qui m&rsquo;\u00e9tait inconnue. L&rsquo;instinct \u00e9tant le seul alli\u00e9 qu&rsquo;il me reste pour d\u00e9couvrir un pays o\u00f9 les renseignements sont compartiment\u00e9s, j&rsquo;ai saut\u00e9 dans le transport sans r\u00e9fl\u00e9chir. Sur la route vers Tupiza, le paysage qui d\u00e9file devant mes yeux admiratifs me convainc d&rsquo;avoir fait le bon choix : des montagnes multicolores et des canyons sanguins s&rsquo;offrent \u00e0 mon regard incr\u00e9dule. C&rsquo;est avec excitation que je pose mon baluchon dans la ville d&rsquo;un peu plus de vingt mille habitants, impatient d&rsquo;explorer les environs, m&rsquo;appartenant enti\u00e8rement en cette p\u00e9riode de pand\u00e9mie : je suis le seul touriste.<\/p>\r\n<p>Mais si la pand\u00e9mie a parfois cet avantage de solitude pour le voyageur, elle a aussi ses revers : restaurants ferm\u00e9s, lignes de transports abandonn\u00e9es, la situation sanitaire a ravag\u00e9 l&rsquo;\u00e9conomie du pays. De plus, chaque municipalit\u00e9 en Bolivie est autoris\u00e9e \u00e0 fixer ses propres mesures d&rsquo;urgences, cr\u00e9ant une confusion constante au sein de la population lorsqu&rsquo;elle se rend d&rsquo;une ville \u00e0 une autre : elle ne sait jamais \u00e0 l&rsquo;avance s&rsquo;il elle trouvera un couvre-feu \u00e0 l&rsquo;arriv\u00e9e. Pour le touriste aussi, c&rsquo;est la loterie : vais-je trouver une ville fant\u00f4me ou non ? Mais \u00e0 vrai dire, comme personne ne sait jamais quelles sont les r\u00e8gles, de Sucre \u00e0 Santa Cruz, en passant par Tupiza, chacun se les invente. La cr\u00e9ativit\u00e9 est la soeur jumelle de la libert\u00e9.<\/p>\r\n<p>Rentrant de mon premier repas de fortune \u00e0 Tupiza, je remarque au d\u00e9tour d&rsquo;une ruelle un magasin ouvert malgr\u00e9 l&rsquo;heure tardive. En Bolivie, on ferme t\u00f4t en g\u00e9n\u00e9ral, et il est presque vingt heure trente. Je me rends avec curiosit\u00e9 dans le lieu d\u00e9fiant les horaires traditionnels, et fais la connaissance d&rsquo;Elvis, un sympathique trentenaire habitu\u00e9 aux \u00e9trangers. Il me raconte avoir \u00e9t\u00e9 guide avant que le Covid-19 ne chamboule sa vie et qu&rsquo;il n&rsquo;ouvre une boutique pour subvenir aux besoins de sa famille. Nous apprenons \u00e0 nous conna\u00eetre et brisons la glace rapidement.<\/p>\r\n<p>&#8211; Tu es venu voir quoi, exactement ?, me fait-il avec curiosit\u00e9.<\/p>\r\n<p>&#8211; Je ne sais pas. Je recherche les coins perdus.<\/p>\r\n<p>&#8211; Alors dans ce cas, laisse-moi te parler du canyon de Tutayoj. Tu ne le trouveras pas dans les manuels, c&rsquo;est un village de nains difficile d&rsquo;acc\u00e8s, il faudrait passer par&#8230;<\/p>\r\n<p>Je peine \u00e0 me concentrer sur les explications qui suivent. A l&rsquo;\u00e9vocation de ces simples mots, je suis d\u00e9j\u00e0 conquis. Rien ne pourra m&#8217;emp\u00eacher de me rendre au canyon de Tutayoj et d\u00e9couvrir pourquoi mon h\u00f4te pense qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un village de nains. Les lieux qu&rsquo;on ne trouve pas dans les manuels ont tendance \u00e0 me mettre en \u00e9tat de transe.<\/p>\r\n<p>Elvis chante les louanges du canyon alors que je cherche les villages qu&rsquo;il fredonne : Florida, Rio seco, mon google maps reste muet.<\/p>\r\n<p>&#8211; Comment est-ce que je me rends l\u00e0-bas, Elvis ?<\/p>\r\n<p>&#8211; Il faut louer un 4&#215;4. Tu ne vas trouver ni \u00e0 manger ni o\u00f9 dormir.<\/p>\r\n<p>&#8211; Je me d\u00e9brouillerai. Montre-moi sur une carte o\u00f9 \u00e7a se trouve.<\/p>\r\n<p>Elvis poss\u00e8de une carte aussi pr\u00e9cise que son souvenir du lieu. Il m&rsquo;avoue ne s&rsquo;\u00eatre rendu au canyon qu&rsquo;une fois, il y a des ann\u00e9es, lors d&rsquo;une reconnaissance pour un circuit touristique. Le village le plus proche, Florida, lui a laiss\u00e9 un mauvais souvenir. Il ne me d\u00e9courage pas, mais je sens qu&rsquo;il pense qu&rsquo;en temps de pand\u00e9mie, une telle exp\u00e9dition est impossible sans v\u00e9hicule individuel. Je crois vrai l&rsquo;inverse, mais mes donn\u00e9es sont pour l&rsquo;instant bien maigres : je prends cong\u00e9 de mon nouvel ami, et visiterai pendant quelques jours les environs de Tupiza et ses magnifiques canyons travers\u00e9s par des veines obstin\u00e9es gorg\u00e9es de rivi\u00e8res.<\/p>\r\n<p>Jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;un soir, rentrant d&rsquo;une de mes explorations, mes pas me portent \u00e0 nouveau au magasin d&rsquo;Elvis. Il attend un groupe de personnes \u00e0 qui il s&rsquo;appr\u00eate \u00e0 donner une classe d&rsquo;anglais. Il s&rsquo;essaie \u00e0 une nouvelle activit\u00e9, en temps de pand\u00e9mie tout argent est bon \u00e0 prendre.<\/p>\r\n<p>L&rsquo;un de ses amis, Edwin, entre le premier. En r\u00e9alit\u00e9, il sera aussi le dernier, les autres faisant faux bond. Edwin est chauffeur, et est originaire d&rsquo;Esmoruco. J&rsquo;entends ce nom pour la premi\u00e8re fois, et Edwin m&rsquo;explique qu&rsquo;il s&rsquo;agit de la capitale provinciale. Si j&rsquo;arrive \u00e0 me rendre \u00e0 Esmoruco, il sera facile d&rsquo;atteindre Florida, sugg\u00e8re-t-il.<\/p>\r\n<p>&#8211; \u00ab\u00a0Et comment je fais pour y aller ?\u00a0\u00bb, fais-je plein d&rsquo;espoir \u00e0 Edwin.<\/p>\r\n<p>&#8211; \u00ab\u00a0Je crois qu&rsquo;il y a des bus tous les 15 jours depuis Uyuni. Mais attend, j&rsquo;ai un ami qui part demain matin \u00e0 Esmoruco. Peut-\u00eatre qu&rsquo;il pourra t&#8217;emmener. Passe chez moi en matin\u00e9e, je te le pr\u00e9senterai.\u00a0\u00bb<\/p>\r\n<h2><span class=\"ez-toc-section\" id=\"Le_chemin_seme_dembuches_pour_atteindre_Tutayoj\"><\/span>Le chemin sem\u00e9 d&#8217;emb\u00fbches pour atteindre Tutayoj\u00a0<span class=\"ez-toc-section-end\"><\/span><\/h2>\r\n<p>La gravit\u00e9 ne r\u00e8gne ni sur le temps ni sur les pierres en Bolivie. Les heures sont l\u00e9g\u00e8res, les minutes \u00e9vanescentes. Alors que je me suis pr\u00e9par\u00e9 aux aurores pour rencontrer Arturo, le camionneur, je passe mon entretien d&rsquo;autostoppeur \u00e0 midi :<\/p>\r\n<p>&#8211; \u00ab\u00a0Tu n&rsquo;as pas le Covid ?\u00a0\u00bb, me demande inquisitivement un homme aust\u00e8re et soup\u00e7onneux, un brin agit\u00e9 avec des mouvements secs. C&rsquo;est mon meilleur ticket pour Tutayoj, aussi je me fais rassurant.<\/p>\r\n<p>&#8211; \u00ab\u00a0Pour entrer en Bolivie, j&rsquo;ai d\u00fb fournir un examen n\u00e9gatif de Covid. Donc si je l&rsquo;ai, ce sont les Boliviens qui m&rsquo;en ont fait cadeau\u00a0\u00bb. Je cherche \u00e0 le convaincre avec un sourire rassurant.<\/p>\r\n<h3><span class=\"ez-toc-section\" id=\"Perte_de_chauffeur\"><\/span>Perte de chauffeur<span class=\"ez-toc-section-end\"><\/span><\/h3>\r\n<p><a href=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Esmoruco-llama-scaled.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium wp-image-5209\" src=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Esmoruco-llama-scaled-600x400.jpg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"400\" srcset=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Esmoruco-llama-scaled-600x400.jpg 600w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Esmoruco-llama-scaled-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Esmoruco-llama-scaled-768x512.jpg 768w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Esmoruco-llama-scaled-1536x1024.jpg 1536w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Esmoruco-llama-scaled-2048x1366.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><\/a>Je ne me d\u00e9brouille pas trop mal, ce qui fait que deux ou trois questions identiques plus tard, je suis dans son v\u00e9hicule en direction d&rsquo;Uyuni, avec sa m\u00e8re et son p\u00e8re couch\u00e9s dans la cabine et leurs pieds sur mes genoux. Je suis enfin en route vers Esmoruco, avec l&rsquo;intention de faire un arr\u00eat \u00e0 Guadalupe, un hameau plus petit qu&rsquo;Esmoruco, mais avec l&rsquo;avantage de poss\u00e9der au moins un h\u00e9bergement, selon Elvis et Edwin. Arturo me le confirme, j&rsquo;ai l&rsquo;habitude de tout me faire confirmer plusieurs fois. Nous discutons pand\u00e9mie, corruption et politique durant le chemin, du moins les hommes. La m\u00e8re d&rsquo;Arturo se tait, les femmes des campagnes parlent rarement aux \u00e9trangers.<\/p>\r\n<p>Apr\u00e8s quelques heures de conduite au sein du spectaculaire r\u00e9seau montagneux du sud-ouest bolivien, nous arrivons \u00e0 Uyuni, une ville qui ne rend pas gr\u00e2ce \u00e0 son grandiose Salar \u00e9ponyme. Je suis ici pour la seconde fois, j&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 mes marques. Je ne connais pas les prix des n\u00e9cessit\u00e9s de base de la r\u00e9gion o\u00f9 je me rends, je ne sais combien de temps je vais y rester, il faut donc que je m&rsquo;assure des r\u00e9serves financi\u00e8res. Ma carte de d\u00e9bit a \u00e9t\u00e9 refus\u00e9e \u00e0 Tupiza, aussi je demande \u00e0 Arturo de m&rsquo;attendre quelques instants le temps que je fasse une nouvelle tentative \u00e0 Uyuni. Je trouve rapidement un distributeur automatique, et&#8230; ma carte bancaire reste coinc\u00e9e. Aval\u00e9e sans demander son reste. Je reste abasourdi devant l&rsquo;\u00e9cran qui me dit d&rsquo;appeler un num\u00e9ro gratuit, mais \u00e0 19 heures, tout est d\u00e9j\u00e0 ferm\u00e9.<\/p>\r\n<p>La mort dans l&rsquo;\u00e2me, perdant une belle occasion de me rapprocher rapidement de mon objectif, je fais part \u00e0 Arturo de la complication. Sans grande compassion, il \u00e9nonce sobrement qu&rsquo;il continuera sa route et me conseille de trouver un bus pour Esmoruco, puis d\u00e9marre et s&rsquo;en va. Apr\u00e8s quelques recherches &#8211; peu de personnes ont entendu parler d&rsquo;Esmoruco &#8211; je trouve un bus qui part dans deux jours. Le lendemain, apr\u00e8s avoir m&rsquo;\u00eatre fait remettre ma carte bancaire, je profiterai du Salar d&rsquo;Uyuni \u00e0 nouveau : je ne me lasse pas d&rsquo;un des paysages les plus mystiques de la plan\u00e8te.<\/p>\r\n<h3><span class=\"ez-toc-section\" id=\"La_cathedrale_de_Guadalupe\"><\/span>La cath\u00e9drale de Guadalupe<span class=\"ez-toc-section-end\"><\/span><\/h3>\r\n<p>Le bus qui effectue la liaison avec Esmoruco met les voiles \u00e0 19 heures. 6 heures de trajet, arriv\u00e9e estim\u00e9e \u00e0 1 heure du matin. Je monte dans le bus en me demandant la raison d&rsquo;un horaire aussi incommode. J&rsquo;envoie un message \u00e0 Arturo, arriv\u00e9 depuis deux jours \u00e0 Esmoruco, pour m&rsquo;enqu\u00e9rir d&rsquo;un h\u00e9bergement pouvant m&rsquo;accueillir \u00e0 1 heure. Il me conseille de descendre \u00e0 Guadalupe plut\u00f4t comme pr\u00e9c\u00e9demment pr\u00e9vu, et de contacter un d\u00e9nomm\u00e9 Mario. Ce que je fais imm\u00e9diatement, puis m&rsquo;endors berc\u00e9 par les soubresauts du bus sur la route boueuse et cailleuse.<\/p>\r\n<p>Quelques heures plus tard, je me r\u00e9veille soudainement, avec inqui\u00e9tude : le bus man\u0153uvre avec difficult\u00e9, et je passe des yeux inquiets par la fen\u00eatre. J&rsquo;ai la phobie des bus en montagne, je m&rsquo;imagine toujours sombrer dans un pr\u00e9cipice en raison d&rsquo;un\u00a0 de route d\u00e9tach\u00e9. J&rsquo;effectue ces trajets dans des v\u00e9hicules qui \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 vieux \u00e0 l&rsquo;\u00e8re sovi\u00e9tique depuis deux ans, sans parvenir \u00e0 vaincre mes terreurs. Mon coup d&rsquo;\u0153il me rassure, nous somme en rase campagne, seulement embourb\u00e9s, il est minuit. Je suis encore loin de Guadalupe, nous n&rsquo;avons pas beaucoup avanc\u00e9 : les autres passagers se plaignent de l&rsquo;inexp\u00e9rience du chauffeur. Alors que les manoeuvres pour extraire la boue des roues prend des airs comiques avec une dizaines d&rsquo;experts autoproclam\u00e9s fournissant au conducteur des avis contradictoires, je sors quelques instants observer la Voie Lact\u00e9e. Elle est d&rsquo;une clart\u00e9 inou\u00efe, qu&rsquo;un croissant de lune vermeille arrogant cherche \u00e0 s&rsquo;approprier. Le spectacle s&rsquo;ach\u00e8ve avec la victoire pr\u00e9visible du petit mais lumineux satellite, je regagne alors mon si\u00e8ge, bien d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 reprendre mon repos l\u00e0 o\u00f9 je l&rsquo;avais laiss\u00e9. Je r\u00eave de combats astraux jusqu&rsquo;\u00e0 trois heures du matin, lorsque le chauffeur tire les passagers de leurs songes c\u00e9lestes en annon\u00e7ant que nous joindrons notre destination avec du retard, \u00e9tant dans l&rsquo;imcapacit\u00e9 de continuer \u00e0 conduire dans l&rsquo;obscurit\u00e9 nocturne. Je suis pour ma part satisfait d&rsquo;arriver avec l&rsquo;astre solaire, car trouver o\u00f9 dormir \u00e0 Guadalupe sera facilit\u00e9 par la lumi\u00e8re du jour.<\/p>\r\n<p>Il est neuf heures lorsque le bus p\u00e9n\u00e8tre le village qui doit abriter une quinzaine de familles. Guadalupe est entour\u00e9 de somptueuses montagnes que le lever du jour transforme en arc-en-ciel serpentin. Je reste estomaqu\u00e9 par la beaut\u00e9 du site, et ne remarque m\u00eame pas qu&rsquo;un homme me fait signe. Il s&rsquo;agit de Mario, il n&rsquo;a dormi que d&rsquo;un oeil depuis 2 heures du matin, \u00e0 l&rsquo;aff\u00fbt de mon arriv\u00e9e.<\/p>\r\n<p><a href=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Esmoruco-Guadalupe-vue-montagnes-scaled.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-5214 size-large\" src=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Esmoruco-Guadalupe-vue-montagnes-scaled-1024x683.jpg\" alt=\"Montagnes pr\u00e8s de Guadalupe, Bolivie\" width=\"1024\" height=\"683\" srcset=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Esmoruco-Guadalupe-vue-montagnes-scaled-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Esmoruco-Guadalupe-vue-montagnes-scaled-600x400.jpg 600w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Esmoruco-Guadalupe-vue-montagnes-scaled-768x512.jpg 768w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Esmoruco-Guadalupe-vue-montagnes-scaled-1536x1024.jpg 1536w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Esmoruco-Guadalupe-vue-montagnes-scaled-2048x1366.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><\/p>\r\n<p>Les pr\u00e9sentations faites, il me conduit dans l&rsquo;unique h\u00e9bergement du patelin, qui se trouve \u00eatre au coin de la ruelle. Tout est au coin de la ruelle dans un hameau. Mon logeur se nomme Cirilo, et il m&rsquo;offre une chambre bien commode. Elle contient l&rsquo;un des plus grands raffinements jamais invent\u00e9 par l&rsquo;homme, la douche chaude.<\/p>\r\n<p><a href=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Guadalupe-peinture-rupestre-scaled.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright wp-image-5257 size-thumbnail\" src=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Guadalupe-peinture-rupestre-200x200.jpg\" alt=\"Petite Peinture rupestre de Guadalupe - Bolivie\" width=\"200\" height=\"200\" \/><\/a>J&rsquo;interroge Mario et Cirilo sur la meilleure mani\u00e8re de rejoindre Florida. Ils sont perplexes : pourquoi est-ce que je veux aller aussi loin ? J&rsquo;explique que je suis \u00e0 la recherche d&rsquo;un village de nains. Ils affichent des mines encore plus perplexes, mais m&rsquo;assurent que s&rsquo;ils entendent parler d&rsquo;un camion ou une voiture s&rsquo;y rendant, ils m&rsquo;avertiront de l&rsquo;opportunit\u00e9 \u00e9ventuelle. Mario s&rsquo;engage \u00e0 m&#8217;emmener \u00e0 la <em>Ciudad de Roma<\/em> (Cit\u00e9 de Rome) le lendemain, un complexe g\u00e9ologique impressionnant me garantit-il. Personne ne semblant plus se pr\u00e9occuper de moi, je me mets en route pour \u00e9tudier les environs. Une caverne au-dessus du village a attir\u00e9 mon attention, je traverse pieds nus un large cours d&rsquo;eau puis escalade quelques rochers friables pour y parvenir. Je d\u00e9couvre dans les hauteurs de la grotte une peinture rupestre, dont l&rsquo;interpr\u00e9tation reste hasardeuse bien que je pense \u00e0 la dualit\u00e9 andine. Mais nous sommes loin des Andes et il s&rsquo;agit peut-\u00eatre simplement d&rsquo;un adolescent qui s&rsquo;est adonn\u00e9 \u00e0 des exp\u00e9rimentations picturales. Les nuages se sont amoncel\u00e9s durant mes recherches ; Mario m&rsquo;avait pr\u00e9venu que l&rsquo;apr\u00e8s-midi les pluies sont fr\u00e9quentes. Je quitte la cave et m&rsquo;en retourne chez Cirilo prendre du repos, \u00e9coutant les cieux pleurer, qui poursuivront leur mis\u00e8re jusqu&rsquo;\u00e0 une heure avanc\u00e9e de la nuit.<\/p>\r\n<p>J&rsquo;ai rendez-vous avec Mario t\u00f4t la matin\u00e9e suivant. Je veux voir la <em>Cidudad de Roma<\/em> avec les rayons obliques du lever de soleil, je pressens que le spectacle sera de toute beaut\u00e9. Il m&rsquo;y emm\u00e8ne \u00e0 moto, et sur le trajet je contemple les nuages quitter des vall\u00e9es invisibles o\u00f9 pourraient bien vivre des dinosaures oubli\u00e9s, et se faufiler entre les z\u00e9brures des falaises pour d\u00e9colorer\u00a0 le bleu immacul\u00e9 c\u00e9leste. Nous nous rapprochons d&rsquo;un lieu fascinant, les nuages s&rsquo;\u00e9cartent et je sors mon appareil photo pour immortaliser le tableau. Des champs de menhirs sculpt\u00e9es chantent \u00e0 l&rsquo;unisson un cantique pour des fr\u00e8res coinc\u00e9s dans les nues, comme si des stalagmites demandaient \u00e0 des stalactites de les rejoindre.<\/p>\r\n<p><a href=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Esmoruco-region-cathedrale-rome-nuages-02-scaled.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone wp-image-5219 size-large\" src=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Esmoruco-region-cathedrale-rome-nuages-02-scaled-1024x683.jpg\" alt=\"Ciudad de Roma dans les nuages\" width=\"1024\" height=\"683\" srcset=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Esmoruco-region-cathedrale-rome-nuages-02-scaled-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Esmoruco-region-cathedrale-rome-nuages-02-scaled-600x400.jpg 600w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Esmoruco-region-cathedrale-rome-nuages-02-scaled-768x512.jpg 768w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Esmoruco-region-cathedrale-rome-nuages-02-scaled-1536x1024.jpg 1536w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Esmoruco-region-cathedrale-rome-nuages-02-scaled-2048x1366.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><\/p>\r\n<figure id=\"attachment_5216\" aria-describedby=\"caption-attachment-5216\" style=\"width: 1024px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Esmoruco-Cathedrale-Roma-scaled.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-5216 size-large\" src=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Esmoruco-Cathedrale-Roma-scaled-1024x683.jpg\" alt=\"Ciudad de Roma, Guadalupe\" width=\"1024\" height=\"683\" srcset=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Esmoruco-Cathedrale-Roma-scaled-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Esmoruco-Cathedrale-Roma-scaled-600x400.jpg 600w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Esmoruco-Cathedrale-Roma-scaled-768x512.jpg 768w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Esmoruco-Cathedrale-Roma-scaled-1536x1024.jpg 1536w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Esmoruco-Cathedrale-Roma-scaled-2048x1366.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-5216\" class=\"wp-caption-text\">La g\u00e9ologie de la r\u00e9gion du Sur L\u00edpez dans toute sa splendeur. Ici, Ciudad de Roma<\/figcaption><\/figure>\r\n<p>Je passe la journ\u00e9e \u00e0 visiter la r\u00e9gion, et Mario se r\u00e9v\u00e8le un h\u00f4te sympathique et bavard. Il n&rsquo;est pas habitu\u00e9 aux \u00e9trangers, car il est mineur dans des gisements communautaires d&rsquo;or et d&rsquo;argent. Il m&rsquo;avoue avoir vot\u00e9 pour le MAS, le parti d&rsquo;Evo Morales. Il votera \u00e0 nouveau pour ce parti : c&rsquo;est le seul \u00e0 s&rsquo;\u00eatre inqui\u00e9t\u00e9 des communaut\u00e9s rurales, les \u00ab\u00a0oubli\u00e9s de la Bolivie\u00a0\u00bb.<\/p>\r\n<p>Il regrette de ne pouvoir me mener \u00e0 Flordia, il n&rsquo;a trouv\u00e9 personne qui puisse m&rsquo;aider. Il me met en garde sur la difficult\u00e9 pour me rendre jusqu&rsquo;au coeur de la r\u00e9gion, qui n&rsquo;a rien de touristique.<\/p>\r\n<p>&#8211; \u00ab\u00a0Le plus simple serait de t&rsquo;acheter un 4&#215;4\u00a0\u00bb, termine-t-il.<\/p>\r\n<p>&#8211; \u00ab\u00a0Non, le plus simple est de trouver un 4&#215;4 qui part \u00e0 Flordia. Je veux me d\u00e9plaver et vivre comme les gens d&rsquo;ici.<\/p>\r\n<p>&#8211; Alors vend de la blanche ou lance-toi dans le trafic de voitures avec l&rsquo;Argentine !\u00a0\u00bb, explose-t-il de rire, faisant r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la coca\u00efne.<\/p>\r\n<p>A mon retour \u00e0 Guadalupe, je rencontre un jeune motard passablement \u00e9m\u00e9ch\u00e9, Ruben Fafa. Il vient d&rsquo;acheter une moto \u00e0 Oruro, et rentre \u00e0 Flordia avec son fr\u00e8re, assis \u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re de l&rsquo;engin. Je lui conseille de passer la nuit \u00e0 Guadalupe avant de prendre la route, c&rsquo;est plus s\u00fbr dans son \u00e9tat. Visiblement supris de voir un touriste isol\u00e9, il me jure \u00e0 plusieurs reprises qu&rsquo;il s&rsquo;occupera bien de moi lorsque je me rendrai \u00e0 Florida. Il conna\u00eet bien le canyon Tutayoj. Je ne sais pas si je pourrai lui faire confiance, mais il est utile d&rsquo;avoir des noms \u00e0 fournir lorsqu&rsquo;on arrive dans un lieu inconnu.<\/p>\r\n<p><a href=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Esmoruco-region-cathedrale-rome-montagne-de-nuages-scaled.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-5211 size-large\" src=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Esmoruco-region-cathedrale-rome-montagne-de-nuages-scaled-1024x683.jpg\" alt=\"\" width=\"1024\" height=\"683\" srcset=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Esmoruco-region-cathedrale-rome-montagne-de-nuages-scaled-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Esmoruco-region-cathedrale-rome-montagne-de-nuages-scaled-600x400.jpg 600w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Esmoruco-region-cathedrale-rome-montagne-de-nuages-scaled-768x512.jpg 768w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Esmoruco-region-cathedrale-rome-montagne-de-nuages-scaled-1536x1024.jpg 1536w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Esmoruco-region-cathedrale-rome-montagne-de-nuages-scaled-2048x1366.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><\/p>\r\n<h3><span class=\"ez-toc-section\" id=\"Florida_terra_incognita\"><\/span>Florida, terra incognita<span class=\"ez-toc-section-end\"><\/span><\/h3>\r\n<p>Je passe une nuit tranquille, confiant que je finirai par trouver un compagnon de route pour atteindre l&rsquo;insaisissable Florida. Lass\u00e9 par mes \u00e9checs \u00e0 Guadalupe, je fais de l&rsquo;autostop pour Esmoruco, une communaut\u00e9 plus nombreuse. Un pick-up s&rsquo;arr\u00eate pour me prendre, je m&rsquo;assieds dans l&rsquo;espace arri\u00e8re \u00e0 l&rsquo;air libre, et \u00e9chaffaude un plan. Je ne peux pas arriver au milieu du village et alpaguer les passants comme si je cherchais \u00e0 recruter des saisonniers pour travailler aux champs. Cela me sembe si absurde que j&rsquo;en ris. Une fois \u00e0 Esmoruco, c&rsquo;est pourtant ce que je vais faire.<\/p>\r\n<p>Enfin, presque. Dans les faits, je me rends \u00e0 la place d&rsquo;armes (le centre), et m&rsquo;offre des mets de rue vendus par quelques dames \u00e2g\u00e9es. L&rsquo;une d&rsquo;entre-elles panique et fuit pour \u00e9viter que je ne la contamine. Je parle quelques instants avec sa comparse, moins impressionnable, qui me r\u00e9v\u00e8le ne pas conna\u00eetre de villageois se rendant \u00e0 Florida dans l&rsquo;imm\u00e9diat. Je reste quelques temps \u00e0 parler avec les passants, croise m\u00eame Arturo qui travaille sous le soleil de plomb, mais personne n&rsquo;est en mesure de m&rsquo;\u00eatre utile. Apr\u00e8s un certain temps pass\u00e9 \u00e0 faire les cent pas autour de la petite place, je remarque avec \u00e9tonnement qu&rsquo;un restaurant existe et de plus est ouvert, contrairement aux affirmations d&rsquo;Arturo et d&rsquo;Edwin ; c&rsquo;est un endroit id\u00e9al pour enqu\u00eater, les langues se d\u00e9lient plus facilement dans une taverne. Je m&#8217;empresse de tenter ma chance.<\/p>\r\n<p>Peu de temps apr\u00e8s m&rsquo;\u00eatre assis, un vieil homme vif comme le sont ces vieux villageois autoritaires, habit\u00e9 par l&rsquo;assurance de celui qui conna\u00eet toutes les histoires de sa r\u00e9gion, entre dans l&rsquo;\u00e9tablissement et m&rsquo;apostrophe aussit\u00f4t :<\/p>\r\n<p>&#8211; \u00ab\u00a0T&rsquo;es qui, toi ?\u00a0\u00bb, fait-il du ton de celui \u00e0 qui on ne refuse jamais rien.<\/p>\r\n<p>&#8211; Je pense que je ne suis pas du coin.<\/p>\r\n<p>&#8211; Tu viens d&rsquo;o\u00f9 ? T&rsquo;es pas malade au moins ?\u00a0\u00bb<\/p>\r\n<p>Cette question me sera repos\u00e9e plusieurs fois. Puis de nouvelles fois encore. Ce dr\u00f4le de bonhomme s&rsquo;av\u00e8re \u00eatre le maire du village d&rsquo;Esmoruco, Don Angel. Il est du parti du MAS, et tout le bistrot rit d&rsquo;une seule voix lorsque je lui dis que j&rsquo;aurais \u00e9t\u00e9 \u00e9tonn\u00e9 du contraire. Le hasard veut que Don Angel se rende pr\u00e9cisement le lendemain \u00e0 Florida : je fais tout pour qu&rsquo;il me fasse confiance, et d\u00e9passe sa suspicion naturelle \u00e0 mon \u00e9gard. Il finit par accepter de m&#8217;emmener \u00e0 Florida, la chance semble me sourire \u00e0 nouveau. Je retourne en autostop \u00e0 Guadalupe, le sentiment du devoir accompli. Une nuit de repos plus tard, je retourne au lieu de rendez-vous convenu. Avec \u00e0 peine trois heures de retard sur l&rsquo;horaire pr\u00e9vu, nous mettons les voiles et d\u00e9marrons une tourn\u00e9e \u00e9lectorale devant se poursuivre jusqu&rsquo;\u00e0 Florida.<\/p>\r\n<p>Sir le trajet, Don Angel est un homme volubile. Il parle malgr\u00e9 tout avec un certain savoir du n\u00e9ant, et fait preuve d&rsquo;une curiosit\u00e9 superficielle \u00e0 mon \u00e9gard. Nous parlons beaucoup ensemble du vide. Il est toutefois une aide inesp\u00e9r\u00e9e pour rejoindre l&rsquo;objet de mes obsessions, aussi je me plie \u00e0 ses habitudes. Lorsque je demande \u00e0 sa collaboratrice si les gens du coin sont machos, le maire la coupe sans m\u00e9nagement en l\u00e2chant un \u00ab\u00a0bien s\u00fbr que non, Jorge!\u00a0\u00bb (il oublie constamment mon pr\u00e9nom, en plus du respect d\u00fb \u00e0 sa collaboratrice). Mon interrogation a \u00e9t\u00e9 satisfaite.<\/p>\r\n<p><a href=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Esmoruco-Quillacas-scaled.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-5225 size-large\" src=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Esmoruco-Quillacas-scaled-1024x683.jpg\" alt=\"Vue depuis Quillacas Bolivie\" width=\"1024\" height=\"683\" srcset=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Esmoruco-Quillacas-scaled-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Esmoruco-Quillacas-scaled-600x400.jpg 600w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Esmoruco-Quillacas-scaled-768x512.jpg 768w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Esmoruco-Quillacas-scaled-1536x1024.jpg 1536w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Esmoruco-Quillacas-scaled-2048x1366.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><\/p>\r\n<p>Nous traversons plusieurs hameaux o\u00f9 Don Angel fait signer quelques menus papiers administratifs aux autorit\u00e9s des communit\u00e9s, et prend des airs de conspirateurs lorsqu&rsquo;il leur demande de soutenir l&rsquo;un de ses amis qui brigue un poste \u00e0 la mairie d&rsquo;Esmoruco. Il rit beaucoup avec ses administr\u00e9s, et je ris parfois avec eux posant quelques questions imb\u00e9ciles pour faire connaissance &#8211; \u00ab\u00a0je n&rsquo;ai pas vu beaucoup de touristes\u00a0\u00bb &#8211; comme si une telle question \u00e9tait sens\u00e9e lors d&rsquo;une pand\u00e9mie. Le long de la route, mon h\u00f4te s&rsquo;improvise guide et me clame avec beaucoup d&rsquo;orgueil que Daniel Chappuis lui avait dit autrefois qu&rsquo;il \u00e9tait assis sur une montagne d&rsquo;or inexploit\u00e9e : le tourisme. C&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 la seconde fois que ce nom sonne le carillon de mes oreilles. Cirilo m&rsquo;avait d\u00e9voil\u00e9 qu&rsquo;un Suisse visitait la r\u00e9gion chaque ann\u00e9e, et qu&rsquo;il est \u00e0 l&rsquo;origine des noms \u00e9trangers appos\u00e9s aux montagnes, tel que la <em>Ciudad de Roma<\/em>.<\/p>\r\n\r\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><a href=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Esmoruco-region-03-scaled.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-5217 size-large\" src=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Esmoruco-region-03-scaled-1024x683.jpg\" alt=\"R\u00e9gion d'Esmoruco montagnes\" width=\"1024\" height=\"683\" srcset=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Esmoruco-region-03-scaled-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Esmoruco-region-03-scaled-600x400.jpg 600w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Esmoruco-region-03-scaled-768x512.jpg 768w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Esmoruco-region-03-scaled-1536x1024.jpg 1536w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Esmoruco-region-03-scaled-2048x1366.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><\/figure>\r\n\r\n<h2><span class=\"ez-toc-section\" id=\"Le_canyon_de_Tutayoj\"><\/span>Le canyon de Tutayoj<span class=\"ez-toc-section-end\"><\/span><\/h2>\r\n<p>Nous arrivons \u00e0 Florida, hameau abritant une quinzaine de familles, ainsi que de Jaime, un ing\u00e9nieur ind\u00e9pendant de Potos\u00ed, son fils, et Feliza, une consultant de La Paz charg\u00e9e du transfert de connaissances et autonomisation de la population. Jaime est un hispanodescendant qui s&rsquo;agite dans tous les sens sans plan apparant, et Feliza une femme petite et ronde, calme et souriante. Jaime est responsable de construire un approvisionnement en eau potable, et Feliza de s&rsquo;assurer que la population soit capable de se d\u00e9brouiller seule en cas de probl\u00e8me avec le syst\u00e8me. Et je le comprends \u00e0 mon arriv\u00e9 que Don Angel est venu pour baptiser le projet.<\/p>\r\n<p>Mon objectif est \u00e0 pr\u00e9sent \u00e0 port\u00e9e de main. Je m&rsquo;active et me d\u00e9tache de mon groupe dont l&rsquo;utilit\u00e9 a fait son temps et interroge quelques locaux \u00e9parpill\u00e9s sur le canyon de Tutayoj. Les r\u00e9ponses sont vagues : c&rsquo;est \u00e0 10 kilom\u00e8tres. Dans quelle direction aller, quel embranchement suivre tout est flou. Je me mets en qu\u00eate d&rsquo;une personne dispos\u00e9e \u00e0 me guider sur place, car les dessins que l&rsquo;on me trace rapidement sur le sable ne me sont gu\u00e8re utiles. Je fais face \u00e0 un refus g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9, o\u00f9 tout le monde semble vouloir accompagner le maire \u00e0 un ch\u00e2teau d&rsquo;eau pas tr\u00e8s loin. Je me mets alors \u00e0 la recherche de Ruben Fafa, le jeune alcoolique rencontr\u00e9 \u00e0 Guadalupe deux jours auparavant. Je ne le trouve pas, et quelques membres de la communaut\u00e9 me demandent d&rsquo;attendre, que certains vont revenir \u00ab\u00a0plus tard\u00a0\u00bb. Si je me fiais aux \u00ab\u00a0plus tard\u00a0\u00bb en Am\u00e9rique Latine, je passerais mon temps sur un hamac \u00e0 siroter des jus de fruits. Impulsivement, je d\u00e9cide de partir explorer le canyon que l&rsquo;on m&rsquo;a indiqu\u00e9 en face du village. Je passe un mont qui m&rsquo;en cache la vue, et&#8230; je d\u00e9couvre un espace qui s&rsquo;offre \u00e0 moi \u00e0 perte de vue. Une sensation d&rsquo;ivresse me fait tourner la t\u00eate, je suis dans mon canyon, un canyon rien qu&rsquo;\u00e0 moi.<\/p>\r\n<p><a href=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Esmoruco-Florida-canyons-scaled.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-5215 size-large\" src=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Esmoruco-Florida-canyons-scaled-1024x768.jpg\" alt=\"Canyon de Florida\" width=\"1024\" height=\"768\" srcset=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Esmoruco-Florida-canyons-scaled-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Esmoruco-Florida-canyons-scaled-600x450.jpg 600w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Esmoruco-Florida-canyons-scaled-768x576.jpg 768w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Esmoruco-Florida-canyons-scaled-1536x1152.jpg 1536w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Esmoruco-Florida-canyons-scaled-2048x1536.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><\/p>\r\n<p>Le paysage est d\u00e9sertique, la terre jaun\u00e2tre se craqu\u00e8le sous mes pieds comme un fruit spongieux \u00e0 coquille dure, et l&rsquo;espace multicolore bigarre mes r\u00e9tines alors que je m&rsquo;aventure sur le lit ass\u00e9ch\u00e9 du canyon. Un boulevard entour\u00e9 de part en part de rampes de billards, je suis la boule t\u00eatue qui tente de gagner le jeu toute seule. J&rsquo;h\u00e9site quelques instants \u00e0 revenir au village, par couardise. Je fais taire mes craintes devant l&rsquo;immensit\u00e9, un cosmonaute me m\u00e9priserait abondemment. Je m&rsquo;avance r\u00e9solument en direction du canyon aux milles canyons. Advienne que pourra.<\/p>\r\n<p>Le soleil est aussi intense \u00e0 Florida que la pluie \u00e0 Guadalupe. Des embranchements attisent r\u00e9guli\u00e8rement ma curiosit\u00e9 alors que je m&rsquo;enfonce dans le d\u00e9dale, mais je refuse de m&rsquo;y aventurer car un villageois m&rsquo;a parl\u00e9 d&rsquo;une dizaine de kilom\u00e8tres. Je ne prends pas cette distance pour argent comptant, mais j&rsquo;estime \u00e0 2 ou 3 heures de marche avant de chercher l&rsquo;entr\u00e9e du canyon \u00ab\u00a0obscur\u00a0\u00bb. Un pas apr\u00e8s l&rsquo;autre, je contemple le paysage : le d\u00e9cor est digne du meilleur western, \u00e0 ceci pr\u00e8s que des llamas font un festin sur des arbres semblables aux acacias \u00e9ternels. J&rsquo;aurais appr\u00e9ci\u00e9 avoir un cheval, car je navigue \u00e0 vue. Ma boussole consiste en une photo de l&rsquo;entr\u00e9e du canyon envoy\u00e9e il y a quelques jours par Elvis. Elle semble avoir \u00e9t\u00e9 prise lors d&rsquo;une saison diff\u00e9rente, et ressemble \u00e0 toutes les entr\u00e9es de canyons. Il y a des dizaines d&#8217;embranchements, je m&rsquo;approche parfois de certains, reviens sur mes pas, contrari\u00e9. Je poursuit mon p\u00e9riple, obstin\u00e9, traversant des huttes de pierre abandonn\u00e9es et effrayant quelques oiseaux que je ne reconnais pas. Alors que le soleil n&rsquo;\u00e9claire que par l&rsquo;oblique, je parviens \u00e0 l&rsquo;une des naissances principales du canyon. Un \u00e9norme rocher pr\u00e9vient mes vell\u00e9it\u00e9 de vouloir aller plus loin, et je n&rsquo;imagine pas \u00ab\u00a0mon canyon\u00a0\u00bb \u00eatre derri\u00e8re \u00e7a. Je d\u00e9cide de rebrousser chemin, il me reste 2h30 de marche selon mes calculs. Ma vague soupe de riz \u00e0 l&rsquo;eau a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 dig\u00e9r\u00e9e, la faim m&rsquo;exhorte \u00e0 retourner au hameau. Croyant que j&rsquo;allais accomplir l&rsquo;impossible, mes pas exhalent le d\u00e9pit, mais le menton est relev\u00e9 pour admirer l&rsquo;extraordinaire nature qui m&rsquo;accueille. Je marche plus vite que pr\u00e9vu, et parvient \u00e0 Florida aux alentours des 19 heures.<\/p>\r\n<p>Je m&rsquo;attends \u00e0 \u00eatre accueillis en h\u00e9ros, l&rsquo;\u00e9tranger qui \u00e0 peine arriv\u00e9 s&rsquo;en va \u00e0 l&rsquo;assaut de l&rsquo;interminable canyon, mais c&rsquo;est \u00e0 peine si on me jette un regard. Les villageois s&rsquo;appr\u00eatent \u00e0 participer \u00e0 une assembl\u00e9e municipale, ils sont calmes et concentr\u00e9s. Je m&rsquo;assieds sur un banc dans ce qui leur sert de salle de r\u00e9union, les murs d\u00e9cr\u00e9pis retrouvent une nouvelle jeunesse au fur et \u00e0 mesure que le soleil se fait oublier. J&rsquo;observe les villageois, ils sont nombreux \u00e0 afficher un visage asym\u00e9trique, peinent \u00e0 articuler, et parfois m\u00eame \u00e0 marcher. Vu la taille de la communaut\u00e9, je suspecte que la malnutrition et la consanguinit\u00e9 ne sont pas \u00e9trang\u00e8res aux difformit\u00e9s que je discerne.\u00a0<\/p>\r\n<p>La r\u00e9union villageoise d\u00e9bute, et s&rsquo;av\u00e8re d&rsquo;un ennui flaubertien. Le maire et ses collaborateurs, ainsi que l&rsquo;ing\u00e9nieur, parlent interminablement du projet d&rsquo;eau potable avec un formalisme risible (on appelle le maire \u00ab\u00a0honorable\u00a0\u00bb, un licenci\u00e9 universitaire est d\u00e9nomm\u00e9 \u00ab\u00a0licenciado\u00a0\u00bb). Je suis d\u00e9contenanc\u00e9 devant tant de palabres ampoul\u00e9es, la fatigue me rend impatient et irritable. Je pars chercher de quoi remplir mon estomac, et trouve un plat qui m&rsquo;a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9par\u00e9, du <em>choclo<\/em> (ma\u00efs) avec des os o\u00f9 sont accroch\u00e9s une fine bande imm\u00e2chable de viande sentant les intestins faisand\u00e9s. Je mange le ma\u00efs et donne les os aux chiens, je n&rsquo;ai presque rien mang\u00e9 de la journ\u00e9e. Mais il faut me pr\u00e9occuper d&rsquo;un autre besoin essentiel, trouver un h\u00e9bergement pour la nuit. Questionnant quelques femmes autour de moi au sujet d&rsquo;un logement, des refus agac\u00e9s et nonchalants me sont offerts pour toute r\u00e9ponse. Les femmes semblent d\u00e9cider de tout ici, de la nourriture \u00e0 l&rsquo;h\u00e9bergement. J&rsquo;insiste. Non, me fait-on \u00e0 nouveau. J&rsquo;essaie de sourire, d&rsquo;appara\u00eetre poli et endurant malgr\u00e9 mon \u00e9tat vaseux. L&rsquo;une d&rsquo;entre elle finit par accepter, sans que je sache qui exactement , la nuit est tomb\u00e9 et efface totalement murs comme visages.<\/p>\r\n<p>Je retourne avec les hommes dans la salle communale, une ou deux femmes pr\u00e9sentes \u00e9coutent mais n&rsquo;interviennent pas. La soir\u00e9e avance et les hommes du village s&rsquo;enivrent plus que de raison. L&rsquo;ambiance est beauf, on me fait boire au tuyau d&rsquo;une fontaine d\u00e9guis\u00e9e en femme qui pisse. Je ris, j&rsquo;essaie de me faire accepter, mais je sens que la chose est difficile. Je parle avec le maire, lourdement alcoolis\u00e9, mais les discussions ressemblent \u00e0 un os sans viande. J&rsquo;essaie d&rsquo;ajouter de la chair, et le maire m&rsquo;avoue \u00eatre persuad\u00e9 que les Europ\u00e9ens sont plus intelligents. Ce complexe d&rsquo;inf\u00e9riorit\u00e9, rencontr\u00e9 parfois dans les pays du Tiers-Monde mais tr\u00e8s fr\u00e9quemment en Bolivie, je ne m&rsquo;y attendais pas de la part d&rsquo;un maire. Mais que sais-je de son enfance et du monde dans lequel il a \u00e9t\u00e9 \u00e9duqu\u00e9. M\u00eame aujourd&rsquo;hui, ses interactions avec la complexit\u00e9 sont limit\u00e9es.<\/p>\r\n<p>Je prends cong\u00e9 de lui, et cherche une femme arborant un pull rouge \u00e9clatant refl\u00e9tant la lumi\u00e8re nocturne. Elle \u00e9tait aux c\u00f4t\u00e9s de celle qui avait accept\u00e9 de m&rsquo;h\u00e9berger et dont je n&rsquo;ai plus le souvenir. Son pull qui brille la nuit, je m&rsquo;en souviens, par contre. Je la d\u00e9niche entour\u00e9e de quelques poivrots, et consent \u00e0 m&rsquo;aider \u00e0 trouver mon h\u00f4tesse. Nous la trouvons au-dehors, et elle accepte de mauvais gr\u00e9 de me mener \u00e0 mon lit. Je p\u00e9n\u00e8tre dans une maison qui poss\u00e8de 4 chambres inoccup\u00e9es, et je m&rsquo;effondre sur mon lit sans m\u00eame une pens\u00e9e pour les refus r\u00e9p\u00e9t\u00e9s de m&rsquo;h\u00e9berger motiv\u00e9s par un manque de place. Je m&rsquo;appr\u00eate \u00e0 rejoindre le pays des songes en esp\u00e9rant que le lendemain sera fructueux. Il n&rsquo;y a que \u00e7a qui compte.<\/p>\r\n<p><a href=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Esmoruco-region-scaled.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium wp-image-5220\" src=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Esmoruco-region-scaled-600x450.jpg\" alt=\"cactus dans le canyon de Florida\" width=\"600\" height=\"450\" srcset=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Esmoruco-region-scaled-600x450.jpg 600w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Esmoruco-region-scaled-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Esmoruco-region-scaled-768x576.jpg 768w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Esmoruco-region-scaled-1536x1152.jpg 1536w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Esmoruco-region-scaled-2048x1536.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><\/a><\/p>\r\n<p>Je me r\u00e9veille avec \u00e9nergie et une forte envie de caf\u00e9. Le maire est parti t\u00f4t dans la matin\u00e9e, et je suis dor\u00e9navant isol\u00e9 dans un hameau solitaire o\u00f9 personne ne me parle spontan\u00e9ment. Les enfants se cachent lors de mon passage, les vieux me vouent aux g\u00e9monies, le solde semble m&rsquo;ignorer avec une superbe indiff\u00e9rence. Je prends un caf\u00e9 \u00e0 l&rsquo;eau froide de la fontaine qui hier \u00e9tait une femme d\u00e9guis\u00e9e. Je tra\u00eene avec moi quelques grammes de caf\u00e9 emball\u00e9s dans plusieurs mouchoirs protecteurs. J&rsquo;aurais d\u00fb transporter de la nourriture plut\u00f4t, mais je n&rsquo;avais pas pr\u00e9vu ce type de difficult\u00e9. Je me mets en qu\u00eate d&rsquo;un \u00eatre pouvant m&#8217;emmener au Tutayoj, mais les t\u00eates se tournent, les yeux prennent l&rsquo;aspect vitreux de celui qui ne comprend pas. Personne ne se pr\u00e9occupe de mon existance, et je me sens isol\u00e9. Lorsque le maire \u00e9tait \u00e0 mes c\u00f4t\u00e9s, on me montrait un peu de politesse, mais d\u00e9j\u00e0 aucune empathie. J&rsquo;ai l&rsquo;habitude de la duret\u00e9 de l&rsquo;Am\u00e9rique Latine, mais il y a l\u00e0 quelque chose d&rsquo;inhumain, une m\u00e9fiance des origines.<\/p>\r\n<p>Alors que je fais du porte-\u00e0-porte, je tombe sur Ruben, les yeux bouffis d&rsquo;alcool, les pupilles noy\u00e9es dans les restes nocturnes \u00e9thiliques. J&rsquo;insiste lourdement pour qu&rsquo;il me conduise au canyon Tutayoj, apr\u00e8s lui avoir rappel\u00e9 ses engagements pr\u00e9c\u00e9dents. Il finit par c\u00e9der, son 4&#215;4 d\u00e9marre, je commence \u00e0 me d\u00e9tendre, peut-\u00eatre que cette apr\u00e8s-midi je pourrai quitter le p\u00e9nible village. On roule sur les plaines de sables sur lesquelles je d\u00e9ambulais hier. J&rsquo;accueille avec reconnaissance la possibilit\u00e9 de me rendre en v\u00e9hicule au canyon, mes pieds me sont gonfl\u00e9s et je suis affam\u00e9.<\/p>\r\n<p>Une dizaine de minutes apr\u00e8s avoir p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 dans le canyon, Ruben bondit hors de la voiture pour vomir des excuses d&rsquo;alcoolo et expliquant qu&rsquo;il ne peux pas me transporter au canyon : son foie le fait souffrir, sa t\u00eate cogne, il s&rsquo;en veut mais il n&rsquo;ira pas plus loin. Il parle \u00e0 toute vitesse et je ne saisis pas la moiti\u00e9 de ses complaintes. Je lui dis de ne pas s&rsquo;en faire et de m&rsquo;expliquer avec pr\u00e9cision comment me rendre \u00e0 Tutayoj. Il fait quelques dessins sur le sol, puis prend la fuite.<\/p>\r\n<p>La journ\u00e9e sera \u00eatre longue, il est \u00e0 peine 8h30. Je vais explorer, suivant les indications fragmentaires de Ruben, deux embranchements du canyon principal. Les paysages sont somptueux, je me cogne et saigne en escaladant les passages bloqu\u00e9s par des rochers, m&rsquo;enfonce dans des sables mouvants de la r\u00e9gion rocailleuse. Je m&rsquo;\u00e9l\u00e8ve \u00e0 des hauteurs o\u00f9 des pics gris indiquent les \u00e9toiles cach\u00e9es de la vo\u00fbte. Des centaines de ces doigts dress\u00e9s me montrent le ciel, certains d&rsquo;entre eux parfois coiff\u00e9s d&rsquo;un roc rond destin\u00e9 peut-\u00eatre \u00e0 calmer leurs ambitions de grandeur.<\/p>\r\n<p>L&rsquo;exploration me fait d\u00e9couvrir une nature intacte, souvent st\u00e9rile, qui offre de puissantes \u00e9motions. Elle refuse de me d\u00e9voiler le canyon tant recherch\u00e9 toutefois, et apr\u00e8s une longue et fatiguante journ\u00e9e, je d\u00e9cide de rentrer par un chemin maintenant familier, profitant du paysage jusqu&rsquo;\u00e0 Florida.<\/p>\r\n<p><a href=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Esmoruco-Florida-scaled.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium wp-image-5212\" src=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Esmoruco-Florida-scaled-600x400.jpg\" alt=\"Florida, Sur Lipez, Bolivie\" width=\"600\" height=\"400\" srcset=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Esmoruco-Florida-scaled-600x400.jpg 600w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Esmoruco-Florida-scaled-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Esmoruco-Florida-scaled-768x512.jpg 768w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Esmoruco-Florida-scaled-1536x1024.jpg 1536w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Esmoruco-Florida-scaled-2048x1366.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><\/a><\/p>\r\n<p>Je parviens affam\u00e9 et \u00e9reint\u00e9 au village. Mon dos me fait souffrir, je me rends en premier dans la salle communale pour m&rsquo;\u00e9tendre. Quelques personnes hantent le lieu en continuant \u00e0 boire, dont Ruben qui \u00e9tait trop malade ce matin pour m&rsquo;amener au canyon. Ils n&rsquo;ont pas cess\u00e9 de boire depuis la f\u00eate d&rsquo;hier au soir. Ext\u00e9nu\u00e9, je m&rsquo;\u00e9croule sur un banc souhaitant seulement un peu calme. Un homme, qui ressemble au fils de sa s\u0153ur et bavant un peu, s&rsquo;approche pour m&rsquo;offrir \u00e0 boire. Je refuse. Il insiste. Mon \u00e9puisement prend le dessus, je me l\u00e8ve et lui demande d\u00e9guerpir. Le ton s&rsquo;envenime, je pense \u00e0 le frapper pour compenser mes malheurs en s\u00e9rie. La frustration monte en moi tel un venin et je veux mordre \u00e0 la fa\u00e7on d&rsquo;une vip\u00e8re, je sors pour me calmer \u00e0 la place. L&rsquo;homme issu d&rsquo;un croisement endogamique aussi, m&rsquo;insultant avec la v\u00e9h\u00e9mence de son alcool\u00e9mie. Je l&rsquo;observe un instant, pesant les cons\u00e9quences d&rsquo;une bagarre avec lui. Je risque de me mettre \u00e0 dos le village. Mais le frapper me semble une id\u00e9e exquise. Je songe \u00e0 mes poings \u00e9crasant ses traits mesquins, faisant sortir du sang plut\u00f4t que de la bave de son orifice buccal &#8211; ou anal, je ne sais pas diff\u00e9rencier la bouche du cul de cet homme.<\/p>\r\n<p>Mais Ruben s&rsquo;interpose, il est assis dans sa voiture et me fais des signes que je peine \u00e0 interpr\u00e9ter. Je m&rsquo;approche de lui sans plus pr\u00eater attention au <a href=\"https:\/\/www.lexpress.fr\/actualite\/sciences\/une-bouche-enorme-et-pas-d-anus-voici-le-plus-vieil-ancetre-de-l-homme_1874464.html\"><em>Saccorhytus coronarius<\/em><\/a> maximus. Je demande \u00e0 Ruben s&rsquo;il n&rsquo;aurait pas \u00e0 manger mais il ne pr\u00eate pas attention \u00e0 mes pri\u00e8res. Il a le visage vitreux et les yeux absents, tout son corps m&rsquo;indique qu&rsquo;il n&rsquo;est plus capable de m&rsquo;\u00e9couter. J&rsquo;en ai ma claque des soulards. Je d\u00e9cide de le laisser l\u00e0 et de regagner ma chambre, et entend Ruben s&#8217;emporter avec les poivrots. Apr\u00e8s quelques instants, il me rattrape en courant et me supplie de retourner \u00e0 la salle communale pour confirmer aux piliers de bars que lui, Ruben, est honn\u00eate et ne gagne pas d&rsquo;argent avec moi. Je suis abasourdi. Je veux me reposer, manger, pas participer \u00e0 des rivalit\u00e9s familiales incongrues. Je lui signifie mon refus, et le jeune pochard pleure avec abondance. Je ne sais comment g\u00e9rer ses larmes, aussi je m&rsquo;assieds sur un monticule de poussi\u00e8re et l&rsquo;\u00e9coute avec patience m&rsquo;expliquer, interrompant avec des hoquets ses sanglots enfantins, que les gens du village sont mauvais avec lui, et qu&rsquo;on lui a tir\u00e9 une balle l&rsquo;ann\u00e9e derni\u00e8re sur la m\u00e2choire (il me montre une cicatrice) parce qu&rsquo;il avait amen\u00e9 un touriste au village. Je tente de consoler l&rsquo;ivrogne qui, le matin m\u00eame m&rsquo;avait affirm\u00e9 souffrir du foie et qui, apr\u00e8s m&rsquo;avoir assur\u00e9 qu&rsquo;il allait se reposer, a poursuivi sa picole. Malgr\u00e9 sa trahison, ses mensonges \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition, je fais preuve d&#8217;empathie, lui conseille de quitter le village s&rsquo;il est en danger. Il m&rsquo;assure qu&rsquo;il ne m&rsquo;oubliera jamais et me promet de m&rsquo;amener au canyon le lendemain. Na\u00eff, je le crois.<\/p>\r\n<p>Il me laisse enfin seul et retourne \u00e0 ma maison vide. J&rsquo;aper\u00e7ois Felizia, la consultante, dans une maison voisine de la mienne. Elle jette les eaux us\u00e9es d&rsquo;une casserole dans une fontaine, elle a des habitudes de citadines. Je tente de rester digne malgr\u00e9 mon corps tordu par la faim, et mendies dignement solennellement un petit quelque chose \u00e0 manger. Elle me souffle avec gentillesse poss\u00e9der des nouilles chinoises instantan\u00e9es en stock (je tressaille de bonheur), car elle conna\u00eet la pr\u00e9disposition du village \u00e0 ne rien partager. Nous bavardons un long moment, elle m&rsquo;est tr\u00e8s sympathique. Je d\u00e9couvre qu&rsquo;elle ne r\u00eave que d&rsquo;une chose, c&rsquo;est de quitter ce village et retourner \u00e0 La Paz. Elle compte litt\u00e9ralement les heures. Je prends cong\u00e9 d&rsquo;elle et, apr\u00e8s un repos, retourne au local communal \u00e0 la recherche d&rsquo;un guide. Je n&rsquo;ai pas abandonn\u00e9 mon obsession. Dans le hall, de nouvelles ombres ont remplac\u00e9 les spectres de l&rsquo;apr\u00e8s-midi, et ont repris avec passion le jeu de leurs pr\u00e9d\u00e9cesseurs\u00a0 : oublier sa condition humaine et la noyer avec du vin bon march\u00e9. Jorge l&rsquo;ing\u00e9nieur titube, et je me fatigue de ce gens qui n&rsquo;ont rien de mieux \u00e0 faire que de vivre de l&rsquo;alambic. Je regagne une fois encore ma couche, tourment\u00e9 par le fait de ne trouver personnene pouvant ou ne voulant me guider \u00e0 Tutayoj. J&rsquo;ai toutefois appris \u00e0 me poser les questions au moment o\u00f9 l&rsquo;on peut agir : demain, je chercherai un nouveau moyen d&rsquo;attendre le canyon obscur. En cette soir\u00e9e, ma seule option consiste \u00e0 dormir. Je la saisis avec d\u00e9lectation et ne me r\u00e9veille que dix heures plus tard.<\/p>\r\n<p>Il n&rsquo;est pas encore 7 heures et je tourne d\u00e9j\u00e0 comme une mouche autour de Florida pour trouver un guide. Je tente bien d&rsquo;aller voir Ruben pour lui faire tenir sa promesse, mais il me rembarre sans ciller, affirmant qu&rsquo;il ne s&rsquo;en souvient plus. Je garde ma col\u00e8re pour une future bagarre avec un ivrogne de village, et lui demande calmement de m&rsquo;aider au moins \u00e0 d\u00e9goter un Floridien qui le pourra : il a des choses \u00e0 faire, objecte-t-il, il n&rsquo;a pas de temps \u00e0 m&rsquo;accorder.<\/p>\r\n<p>Sans mot ni regard, je lui tourne le dos. Ce village a eu raison de moi, j&rsquo;abandonne. J&rsquo;ai peut-\u00eatre surestim\u00e9 mes capacit\u00e9s, ma chance et mon obstination, il me faut redescendre sur terre. Je vais chercher mes quelques affaires, d\u00e9termin\u00e9 \u00e0 aller \u00e0 Rio Seco, une communaut\u00e9 beaucoup plus grande (le double de familles de Florida au bas mot), prendre du repos et des repas chauds avant de m&rsquo;enqu\u00e9rir d&rsquo;une personne pour m&#8217;emmener \u00e0 Tutayoj. Mes chances seront minces, le d\u00e9part pour le canyon se ferait d&rsquo;un lieu plus \u00e9loign\u00e9. J&rsquo;ai le moral du h\u00e9ros grec qui a vis\u00e9 trop haut, destin\u00e9 \u00e0 \u00eatre puni pour son hubris d\u00e9mesur\u00e9e. Alors que je m&rsquo;extrais avec d\u00e9ception du village de Florida, je juge ma mission \u00e9chou\u00e9e.<\/p>\r\n<p>Je ne connais pas la distance exacte qui me s\u00e9pare de Rio Seco, mais je marche aussi vite que je le peux. Il doit y avoir une quinzaine de kilom\u00e8tres \u00e0 vol d&rsquo;oiseau, donc une trentaine en suivant la route. J&rsquo;ai de l&rsquo;eau, aucune voiture \u00e0 l&rsquo;horizon, et je cherche \u00e0 tirer un enseignement de mon \u00e9chec. Mes pas sont rapides, je profite de la fraicheur matinale, lorsque je remarque un 4&#215;4 gar\u00e9 devant une s\u00e9rie de b\u00e2tisses tr\u00e8s modestes. Construites en terre, elles ne semblent pas habit\u00e9es. J&rsquo;h\u00e9site : je suis dans les hauteurs de Florida, je vois encore le hameau au loin. Qui loge ici ? Et accepterait-il de me mener au canyon, pour autant qu&rsquo;il le connaisse ?<\/p>\r\n<p>Je fais mine de reprendre ma route pour Rio Seco, puis reviens sur mes pas; je n&rsquo;ai rien \u00e0 perdre apr\u00e8s tout, et dans le pire des sc\u00e9narios cette famille a peut-\u00eatre \u00e0 manger. J&rsquo;arrive par les b\u00e2tisses arri\u00e8res, entrevois un jeune qui s&rsquo;occupe de ch\u00e8vre. Je me dirige \u00e0 sa rencontre, et il m&rsquo;explique que son p\u00e8re est dans la cour. Je la cherche des yeux, suis le chemin, puis rencontre un homme aux mains larges et au sourire amical et d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9. J&rsquo;ai presque envie de l&#8217;embrasser pour l&rsquo;humanit\u00e9 qu&rsquo;il d\u00e9gage, mais ce type d&rsquo;effusion est peu orthodoxe au sein des populations andines et affili\u00e9es. Nous faisons connaissance, je lui explique mes difficult\u00e9s \u00e0 Florida, il fait mine de comprendre. Il conna\u00eet le canyon de Tutatyoj, son p\u00e8re l&rsquo;a emmen\u00e9 dans son enfance. Il h\u00e9site toutefois \u00e0 me donner un coup de main, car sa maison ne fait pas partie administrativement de la communaut\u00e9 de Florida, et les habitants pourraient se se montrer soup\u00e7onneux en le voyant se diriger vers le canyon. Ils sont mauvais et vindicatifs, l\u00e2che-t-il. J&rsquo;approuve d&rsquo;un mouvement d\u00e9finitif du menton, r\u00e9fr\u00e9nant un d\u00e9but d&rsquo;applaudissement. Son visage rid\u00e9 par le soleil lui donne des airs de sage. Il se tourne vers moi et me confie : \u00ab\u00a0Je suis Nemesios, et je vais essayer de t&rsquo;aider\u00a0\u00bb.<\/p>\r\n<p>Une version masculine de Nemesis se propose de m&rsquo;aider \u00e0 d\u00e9passer mon arrogance ? Je reste bouche b\u00e9e. L&rsquo;univers est certainement d\u00e9nu\u00e9 de raison, mais il a sans aucun doute des raisons que ma raison ignore. Nemesios m&rsquo;offre \u00e0 manger, et j&rsquo;accepte avec gratitude. J&rsquo;attends plus d&rsquo;une heure que la nourriture soit pr\u00e9par\u00e9e par sa m\u00e8re, orn\u00e9e de plus de rides encore. La nourriture est infecte, des morceaux de foie et d&rsquo;intestins avec du riz, j&rsquo;en absorbe le plus possible, car la politesse ainsi que mon estomac me vocif\u00e8rent \u00e0 l&rsquo;unisson de ne pas faire cas du go\u00fbt r\u00e9pugnant. Je souris \u00e0 sa m\u00e8re et la remercie pour sa d\u00e9licieuse nourriture. Je le comprendrai plus tard, mais elle n&rsquo;a pas cru un tra\u00eetre mot de mes louanges.<\/p>\r\n<p>Une fois sustent\u00e9, Nemesios se rend \u00e0 sa 4&#215;4, tourne la cl\u00e9 pour la d\u00e9marrer, et&#8230; toute l&rsquo;\u00e9nergie du v\u00e9hicule s&rsquo;\u00e9vanouit dans un morne silence. La batterie est \u00e0 plat. Je ne suis m\u00eame pas surpris, Nemesios \u00e9tait donc bien ma Nemesis et jamais je ne verrai Tutayoj. Il me fait signe de venir pousser la voiture, et je m&rsquo;ex\u00e9cute m\u00e9caniquement. Un fr\u00e8re plus jeune nous rejoint, puis un autre, puis son p\u00e8re (mais o\u00f9 \u00e9taient-ils ?), et \u00e0 nous quatre nous poussons la 4&#215;4 alors que Nemesios attend le bon moment pour d\u00e9marrer&#8230; et alors qu&rsquo;elle commence \u00e0 descendre une l\u00e9g\u00e8re pente, elle se met en marche. Nous fon\u00e7ons \u00e0 Tutayoj, avec le p\u00e8re dans le coffre, il sera charg\u00e9 de ramasser du bois. J&rsquo;angoisse de savoir si Nemesios conna\u00eet vraiment le lieu : ma parano\u00efa atteint des sommets.<\/p>\r\n<p>Nous traversons Florida \u00e0 qui je fais un doigt d&rsquo;honneur mental, puis nous engageons dans les pr\u00e9misses du canyon. Un bout de chemin plus tard, Nemesios m&rsquo;informe qu&rsquo;il nous faut descendre du v\u00e9hicule et poursuivre \u00e0 pieds. Nous allons nous enfiler dans un grand embranchement pr\u00e9cis\u00e9ment proscrit par Ruben. Des \u00e9motions col\u00e9riques surgissent en moi, que je refoule et avance avec mon compagnon dans le canyon, laissant le vieux p\u00e8re de r\u00e9colter le bois. Je ne reconnais pas l&rsquo;entr\u00e9e du canyon dans lequel nous nous enfon\u00e7ons, il ne ressemble pas \u00e0 l&rsquo;image que m&rsquo;a envoy\u00e9 Elvis. Nous traversons un petit tunnel obscur, c&rsquo;est bon signe pour un canyon nomm\u00e9 Tutayoj. Apr\u00e8s une courte marche, je d\u00e9tecte des maisonnettes sur la paroi, en hauteur. Je &#8211; suis &#8211; arriv\u00e9 &#8211; \u00e0 &#8211; Tutayoj !<\/p>\r\n<p><a href=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Esmoruco-Tutayoj-premiere-vue-scaled.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-large wp-image-5222\" src=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Esmoruco-Tutayoj-premiere-vue-scaled-1024x683.jpg\" alt=\"\" width=\"1024\" height=\"683\" srcset=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Esmoruco-Tutayoj-premiere-vue-scaled-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Esmoruco-Tutayoj-premiere-vue-scaled-600x400.jpg 600w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Esmoruco-Tutayoj-premiere-vue-scaled-768x512.jpg 768w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Esmoruco-Tutayoj-premiere-vue-scaled-1536x1024.jpg 1536w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Esmoruco-Tutayoj-premiere-vue-scaled-2048x1366.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><\/p>\r\n<p>J&rsquo;entreprends de tout fouiller. Ces maisonnettes sont hors d&rsquo;atteinte sans \u00e9chelle. Je poursuis ma d\u00e9ambulation dans le canyon, et trouve une autre s\u00e9rie de maisonnettes, facile d&rsquo;acc\u00e8s et plus basses. Il est temps de v\u00e9rifier cette civilisation de nains.<\/p>\r\n<p>&nbsp;<\/p>\r\n<p>&nbsp;<\/p>\r\n<p>&nbsp;<\/p>\r\n<p>&nbsp;<\/p>\r\n<p><a href=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Esmoruco-Tutayoj-vue-scaled.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-5224 size-thumbnail\" src=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Esmoruco-Tutayoj-vue-scaled-200x200.jpg\" alt=\"\" width=\"200\" height=\"200\" \/><\/a><a href=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Esmoruco-Tutayoj-os-scaled.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-5218 size-thumbnail\" src=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Esmoruco-Tutayoj-os-scaled-200x200.jpg\" alt=\"\" width=\"200\" height=\"200\" \/><\/a><a href=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Esmoruco-Tutayoj-comparaison-doigts-scaled.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-5213 size-thumbnail\" src=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Esmoruco-Tutayoj-comparaison-doigts-scaled-200x200.jpg\" alt=\"\" width=\"200\" height=\"200\" \/><\/a>Rapidement, j&rsquo;\u00e9tablis qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un entrep\u00f4t de nourriture. Ancien ou non, impossible \u00e0 dire sans analyse. Le lieu est sec et froid, parfait pour une conversation de longue dur\u00e9e. Et ce qui explique peut-\u00eatre la conservation du village est \u00e9galement ce qui explique sa disposition en hauteur, difficile d&rsquo;acc\u00e8s, cach\u00e9e des yeux jaloux de bandes rivales. Le climat est parfait pour conserver les maisons et les aliments, cach\u00e9s dans un lieu \u00e9loign\u00e9 de vie v\u00e9g\u00e9tatale et animale. Cet \u00e9loignement compliquerait toutefois la collecte de nourriture : il semble hasardeux de postuler que ce puisse \u00eatre des habitations humaines.<\/p>\r\n<p>D&rsquo;autre part, je retrouve des os (des tibias humains ?) de grande taille. Puis je m&rsquo;attaque \u00e0 l&rsquo;argument majeur d&rsquo;Elvis, \u00e0 savoir que les empreintes de mains sur les maisonnettes sont de taille minuscule pour un \u00eatre humain. J&rsquo;ins\u00e8re mes doigts sur toutes les marques, de mon pouce \u00e0 mon petit doigt, sans trouver les empreintes \u00e9tonnantes. Elles sont \u00e0 vrai dire plus grandes que les miennes, en raison du mouvement de va et vient que l&rsquo;on r\u00e9alise lorsqu&rsquo;on manipule de l&rsquo;argile dans une construction.<\/p>\r\n<p>Je prends quantit\u00e9 de photographies, et partage ma conclusion avec Nemesios. Qui choisit ce moment pour me conter la br\u00e8ve l\u00e9gende sur les habitants du lieu. Je remballe mes affaires, satisfait et vaniteux, et prie Nemesios-le-mal-nomm\u00e9 de me ramener \u00e0 Rio Seco. Nous faisons un arr\u00eat \u00e0 sa maison pour d\u00e9charger le bois, puis laissons la r\u00e9gion de Forida derri\u00e8re nous. J&rsquo;apprends \u00e0 mieux conna\u00eetre mon guide sauveur, qui me demande si je connais l&rsquo;Argentine. Non, je lui r\u00e9ponds, et encourag\u00e9 par mon ignorance, il me parle avec abondance du pays dans lequel il se rend pour travailler. Et des difficult\u00e9s pour s&rsquo;acclimater \u00e0 un pays diff\u00e9rent. Je lui dis que si j&rsquo;\u00e9cris un livre sur mon voyage en Am\u00e9rique Latine, je le mentionnerai. Il rougit.<\/p>\r\n<p>A peine arriv\u00e9s \u00e0 Rio Seco, une grosse bonne femme s&rsquo;approche de la voiture avec curiosit\u00e9. Alors que je prends \u00e0 peine cong\u00e9 de Nemesios, elle me demande si je sais o\u00f9 dormir. Je ris de bon coeur devant sa sollicitude. Et d\u00e9couvre que la m\u00e8re de Nemesios a gliss\u00e9 un sachet de ma\u00efs et de fromage de ch\u00e8vre dans mon sac-\u00e0-dos. Elle n&rsquo;a pas cru \u00e0 mon histoire de repas d\u00e9licieux. B\u00e9nie soit cette femme et cette famille. Alors que le temps recouvrira d&rsquo;un oubli opaque la tra\u00eetrise et l&rsquo;indiff\u00e9rence rencontr\u00e9e dans mon p\u00e9riple, le souvenir d&rsquo;une humanit\u00e9 simple, bienveillante sera vivifi\u00e9e dans mes souvenirs de la recherche du village de nains du canyon de Tutayoj.<\/p>\r\n<p><a href=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Esmoruco-route-de-Rio-Seco-scaled.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-5223 size-large\" src=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Esmoruco-route-de-Rio-Seco-scaled-1024x768.jpg\" alt=\"\" width=\"1024\" height=\"768\" srcset=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Esmoruco-route-de-Rio-Seco-scaled-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Esmoruco-route-de-Rio-Seco-scaled-600x450.jpg 600w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Esmoruco-route-de-Rio-Seco-scaled-768x576.jpg 768w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Esmoruco-route-de-Rio-Seco-scaled-1536x1152.jpg 1536w, https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Esmoruco-route-de-Rio-Seco-scaled-2048x1536.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><\/p><div class=\"pld-like-dislike-wrap pld-template-1\">\r\n    <div class=\"pld-like-wrap  pld-common-wrap\">\r\n    <a href=\"javascript:void(0)\" class=\"pld-like-trigger pld-like-dislike-trigger  \" title=\"Super article!\" data-post-id=\"5206\" data-trigger-type=\"like\" data-restriction=\"cookie\" data-already-liked=\"0\">\r\n                        <i class=\"fas fa-thumbs-up\"><\/i>\r\n                <\/a>\r\n    <span class=\"pld-like-count-wrap pld-count-wrap\">0    <\/span>\r\n<\/div><div class=\"pld-dislike-wrap  pld-common-wrap\">\r\n    <a href=\"javascript:void(0)\" class=\"pld-dislike-trigger pld-like-dislike-trigger  \" title=\"Pas terrible...\" data-post-id=\"5206\" data-trigger-type=\"dislike\" data-restriction=\"cookie\" data-already-liked=\"0\">\r\n                        <i class=\"fas fa-thumbs-down\"><\/i>\r\n                <\/a>\r\n    <span class=\"pld-dislike-count-wrap pld-count-wrap\">0<\/span>\r\n<\/div><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Debout sur un anguleux rocher dont l&rsquo;\u00e9quilibre d\u00e9fie la gravit\u00e9, Nemesios s&rsquo;exprime avec l&rsquo;assurance d&rsquo;un tribun qui s&rsquo;appr\u00eate \u00e0 arranguer sa foule : \u00ab\u00a0C&rsquo;\u00e9tait un petit peuple, qui aimait le froid. 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