{"id":313,"date":"2008-04-16T09:31:43","date_gmt":"2008-04-16T08:31:43","guid":{"rendered":"http:\/\/www.ikiru.ch\/blog\/?p=313"},"modified":"2024-05-16T22:26:32","modified_gmt":"2024-05-17T03:26:32","slug":"requiem-for-a-dream","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/2008\/requiem-for-a-dream","title":{"rendered":"Requiem for a dream"},"content":{"rendered":"\n<p>Hallucinant. C&rsquo;est le meilleur terme pour d\u00e9finir le deuxi\u00e8me long-m\u00e9trage de Darren Aronofsky, r\u00e9alisateur de <span data-lum_link_maker=\"popup\" class=\"notneeded\">Pi<\/span> et <span data-lum_link_maker=\"popup\" class=\"notneeded\">The fountain<\/span>. Un film laboratoire, o\u00f9 toute une palette d&rsquo;effets de raccords, d&rsquo;esth\u00e9tiques visuelles, de mises en sc\u00e8nes sont exp\u00e9riment\u00e9es. On aurait pu avoir du Godard, mais au final on a du Lynch. Aussi tortur\u00e9, fantasmagorique et artistique que ce dernier : un r\u00e9gal pour les sens, mis \u00e0 mal par un simple film.<\/p>\n\n\n\n<p>Si <span data-lum_link_maker=\"popup\" class=\"notneeded\">Requiem for a dream<\/span> est aussi r\u00e9ussi, c&rsquo;est parce que son assemblage combine le meilleur du monde onirico-cin\u00e9matographique. Une musique prenante, une sc\u00e9nario haletant, un montage ravag\u00e9, des acteurs au go\u00fbt d&rsquo;opiac\u00e9s. Tout dans le film est construit autour du r\u00eave de la vie, un r\u00eave que l&rsquo;on m\u00e8ne de bout en bout les yeux ouverts. Bien que Requiem for a dream traite des individus qui choisissent de fermer les yeux sur ce r\u00eave, se r\u00e9fugiant soit dans un futur impossible, soit dans un pass\u00e9 rassurant.<\/p>\n\n\n\n<p>Mettant sur le m\u00eame plan l&rsquo;addiction \u00e0 la l&rsquo;h\u00e9ro\u00efne et \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision, Aronofsky n&rsquo;y va pas par quatre chemin : nous voil\u00e0 embarqu\u00e9s dans une soci\u00e9t\u00e9 aux \u00e9l\u00e9ments qui fuient la morne r\u00e9alit\u00e9 qu&rsquo;elle a \u00e0 leur offrir. Le fils, Harry Goldfarb, croulant sous le poids du devoir (ne pas d\u00e9cevoir sa m\u00e8re, remplacer son p\u00e8re, \u00e9pater son amie), va se lancer dans le trafic de stup\u00e9fiants. Quant \u00e0 la m\u00e8re, Sara, elle explique dans une sc\u00e8ne &#8211; malheureusement trop didactique &#8211; combien elle se sent seule, combien la vie n&rsquo;a plus rien \u00e0 lui offrir. Tous les deux feront le choix, par des chemins a priori diam\u00e9tralement oppos\u00e9s &#8211; le conventionnalisme t\u00e9l\u00e9visuel, le r\u00e9volutionnisme opiac\u00e9 &#8211; d&rsquo;oublier leur triste existence, d\u00e9nu\u00e9e de tout but.<\/p>\n\n\n\n<p>Harry, le junky, est en d\u00e9calage avec le monde qui l&rsquo;entoure. Un look \u00e0 la James Dean des temps nouveaux, voulant vivre \u00e0 100 \u00e0 l&rsquo;heure, il exp\u00e9rimente tout ce qui lui passe \u00e0 port\u00e9e de veine, de bouche ou de nez. Il aime les sensations fortes, et s&rsquo;envoie en l&rsquo;air par le sexe et par les drogues. Conscient qu&rsquo;il ne peut passer sa vie sans travailler, il choisit de se lancer dans la vente d&rsquo;h\u00e9ro\u00efne, imaginant pouvoir faire fortune rapidement. De bout en bout, il sera dans un r\u00eave, dans son r\u00eave, o\u00f9 les choses sont simples : il suffit d&rsquo;avoir le courage de se lancer, la chance sourit aux audacieux. Est-ce que c&rsquo;est le r\u00eave am\u00e9ricain ? Certainement, mais il contient toutes ses d\u00e9convenues, avec l&#8217;emprisonnement, l&rsquo;amputation, la perte de tous ses proches. La gueule de bois est insupportable, avec un r\u00e9veil en h\u00f4pital, sans avenir ni bras gauche; la gangr\u00e8ne \u00e0 attaqu\u00e9 le corps d&rsquo;Harry comme elle a d\u00e9truit sa vie.<\/p>\n\n\n\n<p>Sara, la t\u00e9l\u00e9vore, contrairement \u00e0 sa prog\u00e9niture, a fait une croix sur tous ses r\u00eaves. Son \u00e9poux est d\u00e9c\u00e9d\u00e9, son fils a quitt\u00e9 la maison, elle n&rsquo;attend plus rien. Le tube cathodique, qu&rsquo;elle s&rsquo;injecte quotidiennement, lui permet d&rsquo;oublier la fatuit\u00e9 de son existence. Riv\u00e9e sur le poste de t\u00e9l\u00e9, elle oublie le go\u00fbt des sensations fortes. Le petit \u00e9cran lui ouvre tout grand les ab\u00eemes de la non-existence; en oubliant de vivre, elle oublie qu&rsquo;elle ne vit pas. Pourtant, sa routine prend fin avec l&rsquo;arriv\u00e9e d&rsquo;une invitation pour participer \u00e0 une \u00e9mission t\u00e9l\u00e9visuelle; elle en devient obs\u00e9d\u00e9e, et d\u00e9cide de perdre du poids, afin de rentrer \u00e0 nouveau dans une robe rouge, un habit lourd de sens chez elle. C&rsquo;\u00e9tait la parure dont elle s&rsquo;ornait lorsque son mari \u00e9tait en vie, lorsque son fils r\u00e9ussissait ses \u00e9tudes. Lorsqu&rsquo;elle n&rsquo;\u00e9tait pas seule, lorsque s&rsquo;occuper de sa famille lui donnait une raison. L&rsquo;invitation devient un pr\u00e9texte pour se replonger dans le passer, un jadis o\u00f9 elle \u00e9tait heureuse. Pour quelques kilos, elle va mettre sa vie en danger, encha\u00eenant amph\u00e9tamines sur amph\u00e9tamines, consciente des risques encourus mais encore plus consciente qu&rsquo;elle n&rsquo;a rien \u00e0 perdre. Son r\u00e9veil \u00e0 elle ne s&rsquo;op\u00e9rera jamais, elle est rest\u00e9 scotch\u00e9e dans un autre univers. Son sort est pire que celui de Harry.<\/p>\n\n\n\n<p>M\u00e8re et fils ont progressivement plong\u00e9 dans une stup\u00e9fiante descente aux enfers. Perdus tous deux dans leurs r\u00eaves cotonneux, ils explorent les recoins de leur inconscient au fil de sc\u00e8nes de plus en plus d\u00e9jant\u00e9es. Le film est d&rsquo;ailleurs une exp\u00e9rience rare, se faisant de plus en plus exp\u00e9rimentale au fil des sc\u00e8nes : splits screens, cam\u00e9ra subjective ou haut plac\u00e9e, couleurs changeantes, sc\u00e8nes imag\u00e9es d\u00e9connect\u00e9es du fil de l&rsquo;histoire, Aronofsky s&rsquo;essaie \u00e0 tout. Les protagonistes secondaires, Marion Silver (l&rsquo;amie de Harry) et Tyrone C. Love (le copain avec qui Harry s&rsquo;essaie au deal de masse) plongent \u00e9galement dans leurs r\u00eaves, se rappelant leur enfance et les espoirs qui les habitaient alors. Que d&rsquo;occasions g\u00e2ch\u00e9es ? Qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;il est difficile de grandir, et voir ces r\u00eaves et sensations si simples s&rsquo;\u00e9vanouir ? Un peu des deux, semble expliquer Aronofsky.<\/p>\n\n\n\n<p>Requiem for a dream rappelle avec force les oeuvres de David Lynch : un monde non verbal, difficile \u00e0 exprimer autrement que par l&rsquo;image et le son, o\u00f9 les deux composants s&#8217;emm\u00ealent dans un spectacle qui n&rsquo;est pas sans ressembler \u00e0 l&rsquo;incoh\u00e9rence de l&rsquo;inconscience de nos propres songes. On \u00e9volue avec une combinaison lunaire, sans apesanteur, \u00e0 la d\u00e9couverte de cet univers inconnu. L&rsquo;Aronofskynaute retrouve bien quelques rep\u00e8res, communs \u00e0 toutes les songes. La sensation de planer, de pouvoir tout r\u00e9ussir, d&rsquo;autant plus \u00e9tranges que Requiem for a dream s&rsquo;apparente \u00e0 un cauchemar. Mais le film est suffisamment \u00e9th\u00e9r\u00e9 pour ne pas lasser de go\u00fbt amer au r\u00e9veil, seul le plaisir d&rsquo;avoir particip\u00e9 \u00e0 une exp\u00e9rience du troisi\u00e8me type &#8211; la rencontre avec Aronofsky &#8211; reste.<\/p>\n\n\n\n<p>Avec au moins autant de talent que Lynch, Aronofsky suit des pistes balis\u00e9es par nos hallucinations, qu&rsquo;il reproduit avec classe sur pellicule. On se demande, en regardant le film, si la r\u00e9alit\u00e9 n&rsquo;est pas dans l&rsquo;\u00e9cran, et si nous n&rsquo;avons pas \u00e9t\u00e9 \u00e9ject\u00e9s de notre confortable divan pour subir les affres d&rsquo;une vie plus r\u00e9elle encore. En apn\u00e9e, Aronofsky pr\u00e9sente froidement les d\u00e9rives de l&rsquo;\u00e9vasion, et ses cons\u00e9quences d\u00e9sastreuses. Impossible de reprendre son souffle, tout le long du film le spectateur prend le train \u00e0 pleine vitesse dans la figure, sans \u00e9chappatoire possible.<\/p>\n\n\n\n<p>Aronofsky est pleinement conscient, dans son film, des m\u00e9faits des drogues telles qu&rsquo;utilis\u00e9es dans nos soci\u00e9t\u00e9s modernes; elles coupent l&rsquo;individu de son milieu, l&rsquo;affaiblissent, en font un parasite sans espoir. Mais dans sa lanc\u00e9e, il d\u00e9montre que d&rsquo;autres drogues, pas interdites pour un sou, produisent le m\u00eame effet \u00e0 tout point de vue : la t\u00e9l\u00e9vision n&rsquo;a rien \u00e0 envier \u00e0 l&rsquo;h\u00e9ro\u00efne, ni sur le plan de l&rsquo;addiction, ni sur le plan du ramollissement. Ces deux types d&rsquo;<em>assommoirs<\/em> modernes sont aussi nocifs l&rsquo;un que l&rsquo;autre, et encha\u00eenent l&rsquo;homme \u00e0 des r\u00eaves inatteignables. Ils nous refusent notre libert\u00e9, et que nous nous encha\u00eenions de notre plein gr\u00e9 n&rsquo;y change rien.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est aussi la force du film d&rsquo;Aronofsky; le r\u00eave est un cathartique fantastique, mais \u00e0 trop s&rsquo;y plonger on perd pied. Requiem for a dream, con\u00e7u sous forme onirique, ne doit par cons\u00e9quent pas remplacer notre propre volont\u00e9 de vivre. Il faut savoir sortir du film-r\u00eave d&rsquo;Aranofsky, qui doit \u00eatre un simple pr\u00e9texte \u00e0 la r\u00e9alisation de nos propres r\u00eaves.<\/p>\n<div class=\"pld-like-dislike-wrap pld-template-1\">\r\n    <div class=\"pld-like-wrap  pld-common-wrap\">\r\n    <a href=\"javascript:void(0)\" class=\"pld-like-trigger pld-like-dislike-trigger  \" title=\"Super article!\" data-post-id=\"313\" data-trigger-type=\"like\" data-restriction=\"cookie\" data-already-liked=\"0\">\r\n                        <i class=\"fas fa-thumbs-up\"><\/i>\r\n                <\/a>\r\n    <span class=\"pld-like-count-wrap pld-count-wrap\">0    <\/span>\r\n<\/div><div class=\"pld-dislike-wrap  pld-common-wrap\">\r\n    <a href=\"javascript:void(0)\" class=\"pld-dislike-trigger pld-like-dislike-trigger  \" title=\"Pas terrible...\" data-post-id=\"313\" data-trigger-type=\"dislike\" data-restriction=\"cookie\" data-already-liked=\"0\">\r\n                        <i class=\"fas fa-thumbs-down\"><\/i>\r\n                <\/a>\r\n    <span class=\"pld-dislike-count-wrap pld-count-wrap\">0<\/span>\r\n<\/div><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Hallucinant. 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