{"id":211,"date":"2007-05-07T20:29:31","date_gmt":"2007-05-07T18:29:31","guid":{"rendered":"http:\/\/www.ikiru.ch\/blog\/2007\/big-fish"},"modified":"2025-05-08T18:37:06","modified_gmt":"2025-05-08T23:37:06","slug":"big-fish","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/2007\/big-fish","title":{"rendered":"Big Fish"},"content":{"rendered":"\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Dans tout mensonge, il existe une part de v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Jouons franc jeu : il m&rsquo;est totalement impossible d&rsquo;\u00eatre calme, objectif ou dans un \u00e9tat mental serein requis pour l&rsquo;\u00e9criture d&rsquo;un commentaire cin\u00e9matographique qui se voudrait neutre sur Tim Burton. Compl\u00e8tement d\u00e9jant\u00e9, il fait partie de cette clique de r\u00e9alisateurs qui, depuis Eisenstein, n&rsquo;ont cess\u00e9s de d\u00e9velopper le vocabulaire et la grammaire du 7\u00e8me art. Il a compris, aux c\u00f4t\u00e9 des Fritz Lang, Kubrick ou Welles, que le cin\u00e9ma n&rsquo;est pas simplement un montage de photographies superpos\u00e9es les unes sur les autres. Il existe un cadrage, oui, mais les interstices cal\u00e9s entre les sc\u00e8nes sont des univers que \u00ab\u00a0quelques uns\u00a0\u00bb ne savent exploiter; Burton fait partie des \u00ab\u00a0quelques autres\u00a0\u00bb, raison pour laquelle il restera, sans doute, parmi les quelques 50 ou 100 r\u00e9alisateurs qui auront marqu\u00e9s le XX\u00e8me si\u00e8cle, le si\u00e8cle du cin\u00e9ma. Souvent subversif, anticonventionnel, sensible, il fait voyager un spectateur qui oublie \u00e0 chaque fois combien il va cruellement souffrir, lors de l&rsquo;immanquable retour \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 de fin de projection; le monde semble si monochrome, en comparaison, et manque tellement de merveilleux.<br \/><br \/>Son langage, c&rsquo;est avant tout un univers f\u00e9erique compl\u00e8tement d\u00e9cal\u00e9, burlesque, qu&rsquo;il r\u00e9invente pour chacune de ses r\u00e9alisations. Il cultive le go\u00fbt du burlesque, qui avec <span data-lum_link_maker=\"popup\" class=\"notneeded\">Mars Attacks!<\/span> atteint son paroxysme, dans cette folle histoire d&rsquo;extraterrestres qui ridiculisent l&rsquo;humain, jusqu&rsquo;\u00e0 qu&rsquo;ils soient eux-m\u00eames victimes du mauvais go\u00fbt (le <em>easy listening<\/em> qui leur fera exploser la cervelle). Il raffole \u00e9galement des c\u00f4t\u00e9 morbides d&rsquo;une histoire : <span data-lum_link_maker=\"popup\" class=\"notneeded\">Vincent<\/span>, <span data-lum_link_maker=\"popup\" class=\"notneeded\">Beetljuice<\/span>, <span data-lum_link_maker=\"popup\" class=\"notneeded\">Sleepy Hollow<\/span> ou le r\u00e9cent <span data-lum_link_maker=\"popup\" class=\"notneeded\">Corpse Bride<\/span> (le corps de la mari\u00e9e) flirtent tous avec la grande faucheuse.<\/p>\n\n\n\n<p><span data-lum_link_maker=\"popup\" class=\"notneeded\">Big Fish<\/span>, c&rsquo;est un condens\u00e9 de tout ce qu&rsquo;aime faire Burton. Mais les contes ne sont pas ici sugg\u00e9r\u00e9s, ils sont assum\u00e9s, car ils sont un outil de communication entre un p\u00e8re et son fils. Plut\u00f4t que de parler d&rsquo;un quotidien assommant et morne, Ed Bloom (le p\u00e8re) embellit ses exp\u00e9riences, transforme le banal en extraordinaire. Voulant vivre \u00e0 100 \u00e0 l&rsquo;heure, il oublie son petit boulot de VRP qui offre peu de sujets d&rsquo;excitations \u00e0 transmettre au coin du feu \u00e0 sa prog\u00e9niture.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft\"><a href=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/big-fish.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"200\" height=\"200\" src=\"https:\/\/www.jcvignoli.com\/blog\/wp-content\/uploads\/big-fish-200x200.jpg\" alt=\"Affiche du film Big Fish\" class=\"wp-image-4210\"\/><\/a><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Autre personnage principal &#8211; mais au contraire des contes, il est en retrait &#8211; la mort. Car c&rsquo;est bien la mort qui est tapie au fond du bois, qui en constitue la trame, sans s&rsquo;avancer &#8211; jusqu&rsquo;au grand final. Ed Bloom est mourant, son fils Will veut combattre Thanatos en apprenant \u00e0 conna\u00eetre son p\u00e8re avant de le perdre. Malgr\u00e9 l&rsquo;\u00e9ch\u00e9ance, Ed, fid\u00e8le \u00e0 lui-m\u00eame, veut oublier la r\u00e9alit\u00e9 de son \u00e9tat de sant\u00e9, et poursuivra ses histoires fantaisistes. Il est de toute fa\u00e7on trop tard, trop tard pour changer de mode de communication, trop tard pour changer sa magnifique fa\u00e7on d&rsquo;enrober la r\u00e9alit\u00e9 d&rsquo;un manteau de folie. Si les contes \u00e9taient, lors de sa jeunesse, un passage temporaire de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 du miroir, Ed a pass\u00e9 trop de temps dans l&rsquo;ailleurs et a perdu d\u00e9finitivement pied avec la r\u00e9alit\u00e9. Il a perdu la cl\u00e9, il a oubli\u00e9 le chemin du retour, mais il semble tellement heureux que seuls des sentiments comme la haine ou l&rsquo;amour seraient suffisamment exigeants pour pousser un proche de demander \u00e0 Ed d&rsquo;oublier ses histoires.<\/p>\n\n\n\n<p>Partag\u00e9 en amour et haine, Will, pr\u00e9sent\u00e9 comme un adulte qui a refuse de se souvenir de sa capacit\u00e9 enfantine \u00e0 voyager dans l&rsquo;irr\u00e9el, va exiger de son p\u00e8re une mise \u00e0 nu de ses sentiments, de ses exp\u00e9riences. \u00ab\u00a0Je ne sais pas qui tu es\u00a0\u00bb, lui lance-t-il. A force de broder un monde imaginaire, son fils a l&rsquo;impression d&rsquo;\u00eatre en face d&rsquo;un inconnu, qui ne parle jamais de lui mais d&rsquo;un personnage fictif \u00e9voluant dans un monde proche du sien. Qui est vraiment son p\u00e8re ? De quoi a-t-il peur ? De l&rsquo;ennui et de la mort, voil\u00e0 la cl\u00e9 que lui livre son p\u00e8re, mais Will semble aveugle. Cette v\u00e9rit\u00e9 est peut-\u00eatre m\u00eame la cl\u00e9 de lecture de toute l&rsquo;oeuvre de Burton : le conte repr\u00e9sente le plus beau moyen pour s&rsquo;\u00e9vader et oublier, de tromper le temps avant de passer l&rsquo;arme \u00e0 gauche.<\/p>\n\n\n\n<p>De toute fa\u00e7on, savons-nous r\u00e9ellement qui nous sommes ? Ne passons-nous pas notre temps \u00e0 nous mentir \u00e0 nous-m\u00eame, \u00e0 nos proches, \u00e0 embellir des histoires v\u00e9cues ? Nous nous mentons et mentons aux autres sans cesse, et ce que l&rsquo;autre pense que nous sommes, ce n&rsquo;est qu&rsquo;un invention de notre propre r\u00e9alit\u00e9. Ed l&rsquo;assume simplement plus que d&rsquo;autres et paradoxalement, en mentant au vu et au su de tous, il est peut-\u00eatre celui qui cache le moins la v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Car les contes sont une extension de nous-m\u00eames. Ils en disent beaucoup plus que ne le feraient quelques mots creux et banals, en d\u00e9crivant ce que nous voudrions de tout coeur vivre. Avant qu&rsquo;Ed deviennent incapable de faire la part entre r\u00e9alit\u00e9 et fiction, il ne cherchait qu&rsquo;\u00e0 pimenter sa vie, en ajoutant certaines exp\u00e9riences ressentie \u00e0 l&rsquo;histoire objective. Il mettait en exergue sa propre passion, ses sentiments, plut\u00f4t que de simplement \u00ab\u00a0s&rsquo;en tenir au faits\u00a0\u00bb &#8211; comme il le reproche \u00e0 Will. On ne peut nourrir son \u00e2me de faits, et que Will soit journaliste &#8211; m\u00e9tier repr\u00e9sentant la recherche de faits &#8211; n&rsquo;est pas le fruit du hasard. Ed a parcouru le monde dans un \u00e9tat d&rsquo;esprit extraordinaire, positif, optimiste, et amoureux de la vie, voil\u00e0 ce que traduisent ses histoires. Et si mourir ne lui fait pas peur, car rien n&rsquo;est d\u00e9finitif, renier ses aventures (ce que lui demande son fils) signifierait enterrer tout espoir de continuer \u00e0 vivre au sein de ses proches, \u00e0 travers des histoires abracadabrantesques de g\u00e9ants et autres monstres de foire.<\/p>\n\n\n\n<p>Will finira par comprendre tout cela durant la derni\u00e8re soir\u00e9e d&rsquo;Ed. S&rsquo;apercevant que les contes sont \u00e9ternels, il racontera \u00e0 son p\u00e8re, agonisant, comment il imagine sa future disparition : une transformation en carpe g\u00e9ante, apr\u00e8s une course-poursuite effr\u00e9n\u00e9e. \u00c9mouvant moment, ou un fils explique comment meurt \u00e0 son p\u00e8re alors que celui-ci tr\u00e9passe. Acte d&rsquo;amour fantastique, pour celui qui ne vie que par le biais des faits.<\/p>\n\n\n\n<p>La sc\u00e8ne finale explique encore mieux tout cela : Will, qui s&rsquo;est transform\u00e9 en conteur aupr\u00e8s de ses propres enfants, affirme \u00e0 son fils que les grandioses aventures de son grand-p\u00e8re se sont bel et bien produites. Ed n&rsquo;est pas mort, ses histoires vivront \u00e9ternellement, dans l&rsquo;esprit des petits-enfants.<\/p>\n\n\n\n<p>Fuyant toute facilit\u00e9, raccourci ou sentiment convenu, Burton est plus bouleversant que jamais. Big Fish est le film le plus conventionnel qu&rsquo;il ait jamais r\u00e9alis\u00e9, puisque l&rsquo;histoire elle-m\u00eame n&rsquo;est pas un conte. Et pourtant, il \u00e9mane de ce film une splendeur qui ferait de l&rsquo;ombre \u00e0 ses pr\u00e9c\u00e9dents films. Pas parce qu&rsquo;il est dans l&rsquo;univers r\u00e9el, mais parce qu&rsquo;il explique pourquoi il a choisi son monde int\u00e9rieur \u00e0 un quotidien moins exaltant. Burton la l\u00e9gende ne mourra jamais, il vivra dans l&rsquo;esprit de ses spectateurs.<\/p>\n<div class=\"pld-like-dislike-wrap pld-template-1\">\r\n    <div class=\"pld-like-wrap  pld-common-wrap\">\r\n    <a href=\"javascript:void(0)\" class=\"pld-like-trigger pld-like-dislike-trigger  \" title=\"Super article!\" data-post-id=\"211\" data-trigger-type=\"like\" data-restriction=\"cookie\" data-already-liked=\"0\">\r\n                        <i class=\"fas fa-thumbs-up\"><\/i>\r\n                <\/a>\r\n    <span class=\"pld-like-count-wrap pld-count-wrap\">0    <\/span>\r\n<\/div><div class=\"pld-dislike-wrap  pld-common-wrap\">\r\n    <a href=\"javascript:void(0)\" class=\"pld-dislike-trigger pld-like-dislike-trigger  \" title=\"Pas terrible...\" data-post-id=\"211\" data-trigger-type=\"dislike\" data-restriction=\"cookie\" data-already-liked=\"0\">\r\n                        <i class=\"fas fa-thumbs-down\"><\/i>\r\n                <\/a>\r\n    <span class=\"pld-dislike-count-wrap pld-count-wrap\">0<\/span>\r\n<\/div><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans tout mensonge, il existe une part de v\u00e9rit\u00e9. 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